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Un photographe sur la route

 

Vagabonder sur la route

Les documents de police qui sont parvenus jusqu’à nous attestent que tout au long de la grande époque du pèlerinage, un bon tiers des pèlerins est incapable de donner une précision sur sa destination. Beaucoup semblent s’être installés dans un vagabondage sans fin, situation qui vaut au pèlerinage d’être frappé de suspicion. Trop d’individus se soustraient par son biais à l’autorité des parents ou à l’obligation sociale qui impose implicitement à tous de travailler. Les législations successives expriment toutes la nécessité de faire la distinction entre le statut de pèlerin et celui de vagabond, ce dernier restant de tout temps voué aux pires sanctions.

Ce  reportage, commandé par Fleurus depuis pas mal de temps était également l’occasion de ce retrouver, de confronter des époques differentes, des rythmes totalement hors norme…1600 kms de marche, de rencontre, un reportage photographique loin de la productivité et des agitations du monde.

 

 

 

Saint-Jacques-de-Compostelle

Le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle illustre par un acte fort et depuis plus de mille ans la vitalité du monde chrétien occidental. Désertées pendant quelques siècles, les routes de Compostelle renouent avec un engouement plus que jamais d’actualité. Nous sommes partis relever les indices présents et passés d’un itinéraire puissamment chargé de ferveur, un parcours mystique où les témoignages humains et architecturaux abondent. Nous y avons rencontré des hommes, pénétré leurs croyances, leurs symboles, et revisité l’histoire d’un chemin de pèlerinage emprunté par des millions d’entre eux depuis le Moyen Âge.

Tous les chemins ne mènent pas à Compostelle. Nous empruntons le plus usité, depuis le cœur de la ville du Puy-en-Velay jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle, au bout du bout de la Galice, tout près du cap Finisterre. Pour rejoindre le centre de la France au point le plus à l’ouest de toute l’Europe, il faut arpenter plus de mille cinq cents kilomètres de chemins creux. Deux mois de marche où l’on ne croise personne car tous convergent vers un seul but, atteindre la basilique et saluer à sa manière les reliques présumées de l’apôtre Jacques.

Au bout de la route, après avoir vaincu la fatigue et s’être débarrassé de la poussière, nous en saurons un peu plus sur ce qui poussait et pousse les hommes à quitter leur maison, à se déraciner provisoirement et partir sur des routes improbables dans l’espoir caressé de comprendre d’où ils viennent… et où ils vont. Les quêtes et les pèlerinages seraient avant toute chose liés à notre condition humaine : essayer de retrouver celui ou celle qui nous a un jour débarqué sur cette terre en nous donnant les clefs de l’amour mais pas celles de l’immortalité.

Sac sur le dos, lacets ficelés par un double nœud, bâton de pèlerin en main, prêts à mettre un pied devant l’autre et à recommencer, Santiago, nous voici !

LE PUY-EN-VELAY

Il est encore tôt et les portes de la cathédrale sont closes. Malgré le calme apparent de ce petit matin d’été, une agitation à peine perceptible depuis le parvis fait vibrer l’air et témoigne d’une singulière effervescence. Une rumeur joyeuse parvient vers l’extérieur depuis les lourds ventaux de l’édifice et, à qui sait entendre, les murs de la cathédrale résonnent d’une liturgie particulière. Il est 7 heures 30 du matin et nous sommes au début du mois de juillet, le soleil qui caresse les toitures et les statuaires de pierre promettent déjà une journée caniculaire.

Enfin, les portes de la cathédrale, franchies par tant de souverains et de princes, s’écartent lentement et une musique religieuse s’épanouit vers l’extérieur. Ce chant de sortie, qui indique la fin de la messe, signale aussi le début d’une grande aventure. Des pèlerins en partance, ayant reçu à l’instant la bénédiction du prêtre, sortent de l’édifice et se regroupent sur le parvis. On les appelle Jacquets, Jacquots, Jacquaires, Jacots et ceux qui avaient déposé leur bagage et leur bâton de pèlerin contre le mur du fond de l’église les reprennent en sortant. C’est ici et maintenant que commence leur pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

À âme vaillante, rien d’impossible ; l’aventure qui s’ouvre devant leurs pas s’annonce rude et ce n’est pas par manque d’un enthousiasme perceptible sur le parvis que beaucoup n’iront pas jusqu’au

bout. Du moins pas cette année ! La plupart morcelle l’itinéraire et ajoute chaque été une étape supplémentaire à leur carnet de pèlerin. Pragmatisme : la quête d’un mysticisme moderne s’accorde avec l’exercice d’un emploi et le départ en pénitence coïncide le plus souvent avec les congés payés.

Carnet de notes et topo guide du GR 65 en mains, nous joignons nos pas aux leurs. Mille six cent kilomètres de marche à pied, il paraît que ça use les souliers, d’autres disent que ça affûte l’esprit.

Bénédiction du prêtre :

« Reçois cette besace en signe de ta pérégrination pour qu’ayant mérité ton salut par ta pénitence, tu parviennes au but de ton vœu de pèlerin. Reçois ce bâton, qu’il te fasse vaincre les embûches de l’ennemi et parvenir au but. »

SAINT-ALBAN- SUR-LIMAGNOLE

Selon l’Evangile, Jacques le Majeur, frère de l’apôtre Jean et chouchou de Jésus, fut décapité dans sa Judée natale après avoir passé une partie de sa vie à évangéliser la péninsule ibérique. Une légende raconte que sa dépouille fut ramenée en Espagne par la route maritime, sur une nef de pierre, guidée, comme il se doit, par des anges. Une fois abordées les côtes de Galice, non loin du cap Finisterre, le corps du supplicié fut porté vers l’intérieur des terres avant d’être inhumé en un lieu appelé champ de l’étoile (Campus stellae : Compostelle).

En l’an 830, deux bergers, guidés par une étoile, découvrent un sarcophage contenant des reliques. De cet instant, naît un mythe qui fait sensation dans toute la chrétienté. De ce mythe grandit une bourgade au cœur de laquelle on élève une basilique. La nouvelle à peine répandue, les premiers pèlerins se mettent à affluer. Le roi des Asturies, Alphonse II, doit faire agrandir la basilique. Celle-ci devient cathédrale. Dans la foulée, la ville se dote d’une université qui fait d’elle la capitale culturelle de toute une région et le centre spirituel de l’Espagne tout entière. Compostelle, dont les moins croyants prétextent que l’origine étymologique de son nom provient du mot cimetière, est aujourd’hui une cité à l’aise dans son époque : sa pieuse destinée cohabite sans complexe avec le modernisme d’une grande ville estudiantine. L’Espagne a de l’appétence pour les festivités nocturnes et Compostelle « by night » n’est pas une légende.

ESPALION

L’an Mil vient d’être célébré, les hommes vivent dans un cadre rural, au cœur de grands domaines

hérités des Romains et alors qu’ils attendent le retour promis de Dieu sur Terre, rien ne se passe. Persuadés d’être eux-mêmes des créations divines et ne concevant le monde que comme un espace magique dont seul le clergé possède les clefs, ils commencent à avoir des soupçons sur la manière dont ce dernier assure la religion (du latin religio, religare : relier). Les châtiments divins qui s’abattent sur eux les font douter de la qualité de ce lien, et deviennent prétextes à rechercher un salut plus proche des enseignements originels. D’autant que les excès des ecclésiastiques ne font qu’envenimer le sentiment de suspicion ; le partage des ressources semble obéir à une stricte loi : aux hommes de Dieu les richesses, les bombances, fornications, vices et autres trafics, au reste du monde la famine, la misère, les invasions, les troubles et les épidémies. Même si un dixième des revenus de l’Eglise est consacré aux besoins des pauvres, la misère est grande et la maladie comme la disette hantent les esprits du plus grand nombre. Les hommes vont progressivement investir par eux-mêmes la relation à Dieu, se montrer davantage acteur de leur propre croyance.

Pourtant, jusqu’au Xe siècle, malgré la nouvelle fascination exercée par Compostelle, de nombreux pèlerins se contentent de partir pour Rome ou Jérusalem. Le premier pèlerin reconnu, l’évêque du Puy-en-Velay, Mgr Godescale, ne prend la route qu’en l’an 950, un siècle après la découverte des restes de l’apôtre. Loin de revêtir la simplicité requise à celui qui s’adresse à Dieu, il s’encombre d’un cortège de barons, d’ecclésiastiques et de troubadours et s’entoure d’une escorte militaire éloignant tout danger. On imagine le tout, paradant davantage que chevauchant, sur des chevaux ou des mulets lourdement caparaçonnés. Après lui, nobles et riches, prennent l’habitude de voyager en grand équipage. D’autres, moins téméraires mais tout aussi fortunés, font leur pèlerinage par procuration et se contentent d’envoyer un messager. C’est ce que font Louis XI, Blanche de Castille ou bien encore Jacques Cœur (indisponible pour cause d’emprisonnement). Parmi les grands de ce monde, seul Louis VII fait le voyage. Si pour les plus aisés, garder son rang consiste en une sorte d’hommage rendu à l’Apôtre Jacques, les plus humbles se risquent sans protection sur des routes peu sûres où sévissent mille dangers : loups, détrousseurs, pillards, ribaudes, routiers, vagabonds, déserteurs, sans emploi, faux guides, arracheurs de dents, vendeurs de remèdes contre les serpents, faux péages, bateliers malhonnêtes ou coquillards (voir plus loin).

Avant de partir, chacun rédige son testament, se procure des recommandations auprès du curé, se confesse et guette l’arrivée des beaux jours. Il faudra être de retour avant les vendanges ou les récoltes de la fin de l’été, et pendant le voyage, on pourra profiter des basses eaux pour traverser les rivières.

Malgré les complications et les dangers, rien n’arrête la passion. Saint-Jacques-de-Compostelle devient rapidement la principale destination de l’Occident chrétien. On prête au saint la capacité d’accomplir des miracles de guérison et sa réputation qui ne cesse de croître attire toujours plus de croyants. On y vient depuis toute l’Europe et même au-delà, convergeant vers des lieux de regroupements à partir desquels plusieurs chemins conduisent les pèlerins vers l’Espagne. Tout est prétexte à venir s’agenouiller devant les ossements présumés de saint Jacques : accomplissement d’un vœu personnel, remerciement pour une guérison ou bien quête de celle-ci, garantie d’une météo clémente (nous sommes au Moyen Âge, et la survie dépend en grande partie des récoltes), voir naître un fils, obtenir une grâce de justice, ou simplement s’assurer le salut de son âme dans l’au-delà. Il arrive aussi qu’une paroisse mandate des pèlerins, comme à Perpignan en 1482, pour obtenir la fin de la peste. A la belle saison, plus de mille pèlerins traversent chaque jour les villages.

L’effervescence durera jusqu’au XVe siècle. Mises à mal par les guerres de religion qui rendent les déplacements dangereux, la dévotion faite aux saints et la superstition médiévale ne survivront pas au nouvel esprit de la Réforme et des Lumières. Luther se prononcera contre les pèlerinages et Erasme dans son Eloge de la folie s’indignera : « Il faut être fou pour aller à Saint-Jacques ! ».

Il faut attendre le milieu du XXe siècle pour que le pèlerinage ressuscite. En 1987, le Conseil de L’Europe attribue au pèlerinage vers Saint-Jacques le titre de premier itinéraire culturel de l’Europe. Aujourd’hui il est classé Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

L’HOSPICE D’AUBRAC

Fondé en 1120 par le comte d’Adalard, l’hospice d’Aubrac témoigne de l’importance des dons qui pouvaient être faits pour honorer saint Jacques. Réchappé par miracle d’une embuscade alors qu’il est en route pour Compostelle, le comte formule le vœu de créer à son retour un hôpital destiné aux pèlerins. Rappelé à l’ordre par Dieu sur le trajet qui le reconduit chez lui, il fait bâtir au point le plus élevé et le moins accessible du plateau d’Aubrac, une imposante domerie (une domerie était une

sorte d’hôpital) dans laquelle 12 prêtres, 12 dames, 12 moines augustins et 12 chevaliers allaient vivre à demeure. A la fin du XVe siècle, on estime qu’entre 50 et 100 personnes s’arrêtent chaque jour à l’hospice. Pendant la belle saison, les pèlerins étaient autorisés à y passer une nuit, et cela pouvait aller jusqu’à trois en hiver.

Pour cette étape, nous rattrapons Pascal et Florence, des amis du Vaucluse. Leur petite fille de quatre ans est du voyage, ainsi que Napoléon, une mule efflanquée pour qui cette route est une habitude familiale, puisque c’est traditionnellement sur le dos de cet aimable ongulé que les ecclésiastiques, dûment autorisés par leur évêque à quitter leur paroisse, parcouraient le chemin. Les crottins de notre sherpa du jour rivalisent avec les balises rouge et blanc spécifiques aux chemins de grande randonnée pour guider les pas de nos éventuels poursuivants. Quant à nous, pas de danger, il parait que si on se perd, il suffit d’attendre la nuit et de s’orienter vers la voie lactée.

Le vêtement du pèlerin :

Les hommes portent une robe assez courte recouverte d’un chaperon qui s’ouvre de plus en plus sur les épaules, c’est le mantelet. Progressivement il devient une cape : la pèlerine.

Le chapeau (sombrero bello), fait d’un cuir souple ou de feutre, est relevé sur le front.

Aux pieds, on porte des sandales ou des brodequins, au moins au début du trajet. Beaucoup terminent nus pieds, pas seulement par pénitence, mais simplement à cause de l’usure de leurs souliers.

La besace de cuir contient les vivres, le passeport (la Compostelle) et les attestations du curé.

Le bourdon est un bâton ferré idéal pour la marche et faire fuir les chiens. A l’aller on y accroche la gourde. Au retour, on y joint une coquille Saint-Jacques.

Pour ne pas se tromper :

Les quatre départs sont eux-mêmes des centres de pèlerinage importants, lieux culturels et religieux qui attirent les foules. Leurs chemins filaient (plus ou moins) droit vers l’Espagne et se rejoignaient à Puenta la Reina, de l’autre côté des Pyrénées. Certains pèlerins choisissaient une variante de la via Turonensis et partaient du Mont-Saint-Michel. Leur route ne quittait pour ainsi dire pas le littoral atlantique mais obligeait à la traversée redoutée de la Gironde.

1 : Via Tolosana ou via Egidiana : départ Arles, Espagne par le col du Somport.

2 : Via Podensis : départ du Puy-en-Velay.

3 : Via Turonensis : départ de Tours, traversée de la Gironde, les Landes puis Ostabat. Une certaine Mme Paulmier, habitante riveraine de ce chemin, inventa un jour, à l’intention des pèlerins, un gâteau en forme de coquille boursouflée. Elle lui donna son prénom, Madeleine, et ignorait qu’elle ferait plus tard les délices d’un certain Marcel Proust.

4 : Via Lemovicensis : départ de Vézelay, puis Limoges.

Selon certaines études récentes, il n’y avait pas une route… mais une multitude de routes et de ramifications. Il semble même qu’on aurait mis bout à bout des chemins qui menaient à des pèlerinages locaux. Le guide du pèlerin, rédigé par Aimery Picaud au XIIe siècle sur la base duquel nous avons étayé notre parcours, ne serait connu que depuis sa traduction en 1938 et totalement ignoré précédemment.

Aimery Picaud, moine natif du Poitou, rédige son Carnet de voyage entre 1110 et 1140. Son récit fait partie d’un ensemble de textes appelés Codex calixtinus, dont un manuscrit est conservé à Compostelle.

CAHORS

Au Moyen Âge, à peine sorti de l’Antiquité chrétienne, on accorde une forme de dignité aux pauvres. Ceux-ci sont considérés comme l’incarnation du Christ souffrant sur la croix, et bénéficient d’un regard bienveillant de la part des plus nantis. Faire l’aumône à un démuni permettait de gagner des faveurs pour le Paradis. Commerce équitable : le pèlerin, détaché des biens matériels et des affections du monde, peut prétendre momentanément assurer son existence par le don de nourriture fait par d’autres. Pour autant, sa dépendance est relative, il n’est ni un vagabond, ni un mendiant, et bénéficie d’un statut qui le place dans une parenthèse bien particulière.

Pas besoin d’être fortuné pour se lancer sur les chemins. Pendant la première moitié du XIIe siècle, période suscitant le plus d’engouement pour le pèlerinage, beaucoup quittent famille et chaumière. Pas mal meurent en route, la plupart reviennent fortifiés. La route est dangereuse et incertaine, mais les témoignages de pèlerins font état d’un esprit bien éloigné de la contrition dont on les affuble. Les paysages enchanteurs que nous traversons l’étaient tout autant voici mille ans, et à n’en pas douter, tous ceux qui sont passés ici ont pris plaisir à l’aventure et à la découverte. Les chants et les récits parvenus jusqu’à nous témoignent de cette joie qui habite les prétendants au départ. A tel point que si le pèlerinage reste aux yeux de certains la pénitence et le geste de piété, il est aussi pour les plus jeunes une forme d’évasion, un moyen de découvrir le monde, de « veoir pais » tel qu’on le prononce à l’époque médiévale.

 

Sous François Ier, une police des vagabonds est créée. Sous Louis XIV, certains pèlerins, confondus avec des mendiants et n’ayant pas su justifier d’un domicile, se voit expédier aux galères, ou enfermés dans des prisons, on peut aussi les enchaîner deux par deux à creuser des canaux.

La passion du Christ ne peut expliquer cet engouement pour le pèlerinage. Si tant de gens se retrouvent sur les routes c’est qu’ils vivent à une époque où politique et religion sont intimement liés. Compostelle doit un peu de sa notoriété aux intérêts des alliances diplomatiques qui se nouent. Ce n’est pas un hasard si saint Jacques, renommé pour la circonstance « le Matamore » (celui qui tue les Maures) est présenté comme le sauveur de la chrétienté, patron de l’Espagne face aux invasions musulmanes ou à la montée de l’hérétisme cathare.

MOISSAC

Au fil des jours, le corps s’adapte à l’effort et les kilomètres s’égrènent sans qu’on y pense. Le chemin serpente entre les clairières, les bourgs, les abbayes. Il s’écarte d’un passage pourtant ombragé pour obéir de manière imprévisible au relief du terrain, mais, bonne surprise, forme une

halte inespérée auprès d’une fontaine de pierre séculaire. Les préoccupations des derniers mois laissent place à des perspectives optimistes. Surproduction euphorisante d’endomorphine due à l’effort sportif disent les uns, effets élémentaires de la rencontre avec Dieu pensent les autres. Peu importe, un pas chasse l’autre et les jours se succèdent en rythme. On sait que nos besoins seront contentés. Aujourd’hui comme hier et comme demain, on trouvera bien de l’eau pour boire, un peu de verdure pour se reposer ; le soleil sera présent et s’il pleut on sera heureux quand même.

CONQUES : L’abbatiale Sainte-Foy

Nous passons à Conques mais nous n’y dormons pas. Le presbytère qui nous accueille ce soir permet un hébergement pour le moins modique. Ce décor fait de murs recouverts de chaux et d’un lit doté d’un matelas rayé de gris, sur lequel on jette notre duvet pour le transformer en un havre merveilleux, est tout ce dont nous avons besoin. C’est l’heure où on enlève ses chaussures et où on s’allonge tout habillé. Dans les hospitalets médiévaux, les pèlerins secouaient leur manteau devant les cheminées pour en faire tomber la vermine. La saleté a disparu, le passé est dépoussiéré et l’âtre de briques rutilantes de notre chambrée n’a pas vu une allumette depuis des lustres. Mains derrière la tête et talons appuyés contre les renforts métalliques de notre couche, le corps et l’esprit se mettent au diapason. Ni douleurs, ni soucis, c’est ce que les Grecs appelaient l’état de catharsis, on se sent infiniment bien et heureux.

Le saviez-vous ?

Le Crédencial est une sorte de passeport qui identifie le Jacquet auprès du réseau des hébergeurs.

Le Compostella est une certificat délivré au randonneur qui réalise au moins les 100 derniers kilomètres avant la basilique de Compostelle.

Il y a longtemps que nos conversations ont quitté les rivages de nos préoccupations habituelles. Le bavardage est le meilleur passe-temps du randonneur. Tout est prétexte, les souvenirs et les projets se teintent de perspectives philosophiques et le moindre papillon qui passe devient source de dialogue. Disponibles pour observer la nature et deviser de tout, nous le sommes aussi pour les rencontres. Voici justement de drôles de « Jacotins ». Henk et Marika viennent des Pays-Bas ; le pèlerinage, ils le font en deux-chevaux Citroën et si ce ne sont pas les étoiles de la voie lactée qui guident leur route, les informations leur proviennent quand même du ciel via un GPS ventousé sur le pare-brise. Camping à la ferme, petites routes très secondaires et lectures de guides font le quotidien de leur périple. En réduisant le parcours aux seules haltes accessibles par le réseau routier, ils ont davantage de temps pour les visites, pour les bonnes petites tables et pour la sieste nous

disent-ils. Péché avoué, à moitié pardonné.

SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT

A Ronceveaux, une pancarte annonce la couleur : Compostelle 787 km. A une époque où les hôtels n’existent pas, où les routes sont des chemins muletiers et où on se protège du froid et de la pluie avec des vêtements de fibres naturelles, au col d’Ibaneta et au monastère de Roncevaux, des cloches appellent les égarés perdus dans le brouillard. Les pèlerins, exténués par une marche d’approche dans des conditions climatiques pour lesquelles ils ne sont pas équipés, peuvent alors espérer se laver à l’eau courante et même prendre un bain. Certains sont à bout de force, leurs brodequins sont en lambeaux et leur état de santé général est calamiteux. On ne traverse pas à pieds la France du

Moyen Âge ou de la Renaissance sans encombre. L’hospice de Ronceveaux voulu par le roi d’Aragon et l’évêque de Pampelune garantit quelques douceurs aux pénitents. A 952 mètres d’altitude, sur le versant espagnol du col d’Ibaneta, ils sont attendus par des Augustins et tout est prévu pour eux, l’hospice comprend une grande église, un hôpital, une auberge et… un cimetière.

Le pèlerinage se nomme désormais périgrinacion. Nous voici en Espagne. Espagne dévote et facilement pénitente, Espagne pieuse et définitivement catholique depuis la reconquista (la reconquête) de ses royaumes repris aux musulmans après plusieurs siècles de luttes. Si Tolède est récupérée en 1085, Grenade doit patienter jusqu’en 1492. L’art de la pierre et les pèlerins n’ont pas attendu toutes ces années pour exalter la grandeur du christianisme et l’amour de saint Jacques. Aujourd’hui, de ce côté-ci des Pyrénées, les églises continuent à faire le plein le dimanche et il n’est pas rare que l’on doive assister à la messe depuis le parvis, tant la nef est pleine de monde. En Espagne, si l’on écarte la Corrida et les succès de Fernando Alonso en Formule 1, Dieu reste sans concurrence.

Puenta La Reina assure la jonction de tous les chemins qui viennent de France, désormais, on pérégrine sur le camino francès, le chemin des Français.

VISCARRET

Ici, on aime les pèlerins, les maisons qui bordent le chemin assurent par leur décor la pérennité du chemin. Toute une économie, une iconographie, une ambiance constituent cette impression qu’un comité d’accueil itinérant accompagne nos pas. Pourtant, ici comme ailleurs, les détracteurs ne manquent pas. Il parait même que le culte de saint Jacques n’est qu’une falsification d’une vérité invérifiable destinée à servir la consolidation d’une Europe catholique. Les reliques sont souvent fausses ou absentes et les contradictions historiques ne manquent pas. La tête supposée de saint Jacques est douée d’ubiquité et plusieurs sites revendiquent d’ailleurs sa possession (c’est le cas de Toulouse ou de Grenoble) A Compostelle même, des fouilles sont régulièrement entreprises pour tenter d’authentifier les reliques. Idolâtrie et sciences archéologiques ne font pas bon ménage. Justement, ce matin, nous partageons un bout de chemin avec un pèlerin d’une grande piété. Nous bavardons de tout et de rien et il finit par nous interroger sur le Mystère : « Si Dieu était visible, ce serait trop facile », nous prévient-il. Puis il disparaît à grandes enjambées et nous laisse seul avec un questionnement renouvelé.

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PAMPLUNE

A San Sébastian se vendaient des pierres d’hirondelle. On en portait une sur soi et on ne souffrait ni de la fatigue, ni de la soif, on était protégé des maladies. Le long du chemin, on pouvait aussi acheter des pierres de croix ou des pierres d’aigle, que l’on trouvait, croyait-on, dans des nids d’aigles ( il s’agissait en fait d’oxyde de fer), qui guérissaient des empoisonnements.

En 997, l’Espagne adopte pour cri de guerre : « Santiago y cierra Espana ». Saint Jacques, l’apôtre de la paix, se transforme pour les besoins de la cause en guerrier arrogant. Il devient saint Jacques le Matamore, une sorte de super saint Jacques. Vêtu d’une cuirasse et armé d’une épée digne d’Excalibur, il encourage ainsi les énergies de reconquête. Ce n’est pas inutile, les hommes du sultan Cordouan Al-Mansour sont d’impitoyables guerriers. Ils ont l’audace de piller Compostelle et de raser son église, sacrilège ! ils seront vaincus à la bataille de Calatanazor. On est en pleine Reconquista. Encouragés par les rois, les papes et les abbés de Cluny, les Espagnols se battent et

tentent de renvoyer les assaillants d’où ils viennent. En 1118, les Béarnais de Gaston IV dévalent des Pyrénées et les Maures sont vaincus. Le chemin de Compostelle par Léon et Burgos est rouvert. Il est équipé d’hospices, d’auberges et d’églises, les pèlerins peuvent reprendre leur marche.

ESTELLA

Souffrance de la marche, voûtes plantaires en surchauffe, tendinites, crampes, hanches douloureuses au moment de charger le sac sur les épaules. Nous sommes duel, séparés distinctement en deux, une partie de nous, notre squelette, nos muscles et nos sens, appartient à la nature et nous inscrit dans le monde des animaux. L’autre partie, notre âme et notre système de pensée nous font homme. Nous sommes des animaux doués d’intelligence et de sensibilité, des bêtes de somme en gamberge perpétuelle. Le langage fait le lien de tout, on pense, on s’interroge, on se parle.

On ne marche pas sur les chemins de Compostelle sans s’interroger sur la vie, sur notre passage terrestre et ce qui restera de tout ça. La douleur de la bretelle du sac à dos qui cisaille l’épaule s’oublie à l’instant où on décide d’une pause à l’ombre bienveillante d’un olivier biscornu ou bien d’un montjoie, petits monticules de cailloux qui jalonnent encore le chemin à destination des pèlerins. Le chemin de Compostelle, c’est le chemin de la vie, la vraie, faite de souffrances et de

NAJERA

Plus de gaz. Ce soir on mangera cru. Dans les récits où il est question d’êtres diabolisés, on raconte que les possédés absorbent uniquement de la nourriture crue. Celle-ci étant symboliquement caractéristique de l’animalité, de la possession, du Diable en soi.

BURGOS

C’est un moine de la Chaise-Dieu, Aleaume, qui a fondé le grand hospice de Burgos. Burgos, c’est Bourges en espagnol. Ailleurs, les hospitalets et les hospices (tous lieux destinés à accueillir les pèlerins) ont pour certains été créés par d’anciens pèlerins, des templiers (comme à Jaca ou à Burnao), ou même des associations de pèlerins regroupés dans des organisations appelées confréries Saint-Jacques. L’une d’entre elles a subsisté jusqu’à aujourd’hui. On lui doit même un hôpital à Paris, l’hôpital Saint-Jacques.

SAHAGUN

A Sahagun, les lances étincelantes de guerriers victorieux, plantées là, en alignement, pour glorifier le dieu des chrétiens, ont pris racine, se sont mis à verdoyer et forment une rangée d’arbres. Les végétaux qui nous font un peu d’ombre sont un cadeau du ciel mais n’empêchent pas notre gourde d’être souvent à sec. La soif oblige à une aumône des plus sobres et la quête de l’eau permet souvent les plus belles rencontres ; par l’attitude d’humilité qu’elle implique, demander la charité s’apparente à une prière. Les riverains d’aujourd’hui ne s’y trompent pas, « Qui vous reçoit me reçoit » proclame l’Evangile de saint Jacques. De fait, la tradition d’accueil orchestrée par leurs ancêtres n’est pas reniée et souvent quelques fruits du potager viennent compléter notre menu.

Le saviez-vous ?

Un jour, un groupe de pèlerins se présente devant une passerelle dont le franchissement est rendu périlleux par la faute d’une forte crue. La situation empire et bientôt un embouteillage se crée. Des milliers de personnes sont bloquées et personne n’ose s’aventurer. Parmi les pèlerins, une jeune femme, Bone de Venise, portée par un courage qualifié de miraculeux, s’engage sur la passerelle, bras et yeux levés vers le ciel. Tout le monde passe ensuite. Leur témoignage a permis de canoniser Bone qui est aujourd’hui la patronne des hôtesses de l’air.

LEON

Au cours des siècles, hospitalité et protection s’offrent aux pèlerins tout au long de leur longue pérégrination. Les moines de Cluny et de Cîteaux ont en charge leur accueil et l’entretien des chemins. Dans les hospices et les monastères de l’Aubrac, des Pyrénées ou des Landes, sur les hauts plateaux espagnols (régions redoutées), on s’efforce de partir à la rencontre des pèlerins égarés dans les brumes ou la nuit et l’on trouve même des volontaires pour faire un bout de route le lendemain matin. Contre la fatigue, on prescrit des bains chauds, on distribue des infusions de salsepareille, de ronce, de tilleul. Pour soigner les bronches, on sert de la menthe avec du miel, on applique des cataplasmes. Chaque hospice cultive un jardin de simples (herbes aux vertus médicinales) et possède ses recettes, ses pommades, ses tisanes.

Les particularités géographiques ou climatiques, les souffrances corporelles ne constituent pas les seules difficultés. La peur des bandits de grand chemin habite les pèlerins et les incite à rester grouper pour faire front. Au sortir de la guerre de Cent Ans, la misère a jeté sur les routes bon nombre de désœuvrés et de malheureux. Rapidement acquis à la cause du crime, des bandits aussi mobiles que cruels, les coquillards, perpétuent leurs crimes sur les axes fréquentés par les pèlerins. Hors de toute citoyenneté et portant une coquille en signe de reconnaissance, ils rodent à la recherche de larcins, avant de se détendre dans des tavernes et s’adonner à d’autres activités tout autant proscrites : jeux d’argent, beuverie, prostitution. Beaucoup finissent à la potence et c’est à cause d’eux que les pèlerins doivent désormais se doter d’attestations et de passeports. Une ordonnance de Philippe II (1590), interdit plus tard à quiconque de s’habiller en pèlerin s’il n’est pas en pèlerinage. Il ne peut désormais s’écarter de plus de quatre lieues du chemin. Un droit international franco-espagnol est même élaboré, se substituant aux réglementations locales, pour protéger les pèlerins et leur accorder des privilèges (exemption de péages par exemple).

RABANAL DEL CAMINO

L’attrait pour Compostelle stimule le commerce tout au long du chemin. Avec le développement de l’économie monétaire, les Français viennent faire des affaires en Navarre et en Castille. Ils sont couteliers, tailleurs, cordonniers, aubergistes, changeurs de monnaie, artisans… Dans le sens inverse, le chemin conduit des négociants de Galice jusqu’en Champagne, ils vendent de la laine, des peaux, du blé et même des coquilles. Ils se chargent d’étoffes en retour. Même si le chemin est encombré de soldats, de mendiants, de paysans déracinés par la misère ou de vagabonds en maraude, tout un peuple assure sa subsistance par le commerce avec les pèlerins. Témoignage sur la vivacité des rencontres possibles, selon Christian Paultre (historien) :

« … les pèlerins se rendant à de nombreux pèlerinages, surtout à Saint-Jacques, vivaient d’aumônes. Les frères mendiants, les prêcheurs de toutes espèces allaient de ville en ville, prononçant devant les églises des discours passionnés ; d’autres spéculaient sur les mérites des saints du paradis ; les clercs se rendaient de couvent en couvent, apportant les nouvelles ; les étudiants rejoignaient leur université… Puis on rencontrait sur les routes des jongleurs, des diseurs

de contes, des marchands d’animaux ; des soldats en congé ou rejoignant une armée, qui encombraient les chemins, côtoyant une multitude de mendiants… »

Les chevaliers de l’ordre de Santiago protégent les pèlerins à partir du XIIe siècle (depuis lors, en cas de problème, s’adresser plus simplement à la gendarmerie du district).

VILLAFRANCA

A Villafranca, l’église Saint-Jacques offre à ceux qui s’y arrêtent à bout de forces, les mêmes privilèges que s’ils étaient parvenus au but ultime à Compostelle. Dieu leur accordera les mêmes indulgences et leur ouvrira béantes les portes du Paradis. Sur le chemin, les boiteux, bossus, tuberculeux et autres éclopés de la vie étaient plus nombreux que les biens portants, et si les récits de guérisons miraculeuses stimulaient les ardeurs, les cimetières du bord du camino francés sont pleins de ces pèlerins morts en route, mis en terre par leurs compagnons dans l’odeur des thyms et de brebis. C’est aussi parce que ces cimetières sont pleins que le chemin est resté vivant.

Le saviez-vous ?

Au XVIIIe siècle, les correcteurs d’imprimerie indiquaient une erreur en dessinant dans la marge un signe : petit cercle barré d’un trait vertical, qui ressemblait au bâton des pèlerins fichus d’une coquille Saint-Jacques. D’où le nom donné à une erreur de typographie : la coquille.

TRIACASTELA

La marche à pied est un hommage à la lenteur, une manière d’assumer nos racines. Nos pieds buttent dans les pierres usées qui entravaient déjà la marche de nos prédécesseurs et la fatigue est la même. A cela s’ajoute la crasse, la vulnérabilité, et la peur qui sont les composantes intemporelles de l’humilité propre au pèlerin. Vertu et détachement des biens matériels de ce monde sont agréés par Dieu. La marche du pèlerin est une pénitence, une prière permanente (certains y ajoutaient le port d’une chaîne nouée autour des hanches ou cheminaient nus pieds). On sait dès le Moyen Âge que la dignité du pauvre, image du Christ souffrant, favorise le rapport à Dieu et permet d’atteindre le Paradis.

Certains pèlerins faisaient un crochet par Ovédio, capitale des Asturies, où se trouvent des reliques attractives (et désaltérantes) : pas moins que du lait de la vierge et du vin des noces de Cana. Par paresse, on se contentera d’un peu de lait de vache additionné de cacao en poudre. Le vin, on s’en passera, même si d’aucuns argumentent que c’est bon contre les courbatures.

Le saviez-vous ?

Lorsque le 25 juillet, jour de la Saint-Jacques, tombe un dimanche, l’année est considérée comme « année sainte ». Une des portes de la cathédrale de Compostelle, la porte du Pardon, murée de pierres et de chaux, est alors dégagée à l’aide d’un marteau d’argent par l’archevêque. Elle restera ouverte pendant un an et ceux qui la franchiront bénéficieront de grâces et d’indulgences supplémentaires. Prochaine année sainte : 2010

En vagabondage depuis plus d’un mois, on n’a rien à se faire pardonner, depuis le Puy notre existence est d’une probité exemplaire. Marcher dans la campagne, le nez au vent, ou marcher vers Compostelle sont deux choses incomparables. La première vous offre une immersion dans la nature

et à cela, la seconde ajoute une dimension mystique, une quête qui se dessine à mesure que la distance au but s’amenuise.

PALAZ DE REI

Les aubergistes espagnols n’avaient pas la réputation d’être d’une scrupuleuse honnêteté. On les soupçonnait de mettre de l’eau dans les pichets de vin, d’utiliser des tonneaux à double fond pour servir un vin différent de celui qu’ils font goûter, d’utiliser de faux poids et mesures et de servir souvent des nourritures douteuses. L’expression « auberge espagnole » provient du fait que l’on ne pouvait être certain de ne pas se faire rouler, à moins de s’y nourrir de ce que l’on apportait. .

SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE

« Tant d’angélus / DING qui résonne / Et si en plus, DING, il n’y a personne ? » , se demande Alain Souchon. Ding, ding, dong, on aurait donc fait tout ça pour rien ? Pas question. Si Dieu est immanent, nous l’avons approché dans notre marche, forgé par l’effort à la fois musculaire et psychique. Si l’homme n’était pas capable d’inventer une intelligence et une force supérieure à la sienne, une détermination qui nous pousse vers les autres et vers des mythes que nos ancêtres nous ont légués, nous n’en serions pas là. Il y a eu trop de bonheurs et de souffrances partagés tout au long du sentier, trop de rencontres, pour ne pas avoir l’impression d’être entrés dans une lumière qui nous éclairera encore longtemps. Ceux qui l’ont fait pourront témoigner d’une candeur renouvelée et d’une aspiration à une vie plus simple. Ils auront, comme nous, perçu l’infini simplicité du bonheur terrestre, et témoigneront qu’il n’est pas de plus grande joie sur terre que de se voir offrir un verre d’eau après une marche torride.

Qui doit-on remercier pour ça ? Dieu ou nous-mêmes ? Les cloches de la tour Berenguela nous donnent raison et semblent ne pas se lasser de saluer notre arrivée ; la plus grosse est même capable de se faire entendre à près de vingt kilomètres. Il ne nous reste plus qu’à respecter les rituels, toucher le pilier central de la cathédrale et saluer les restes supposés de Jacques de Galice, Jacques le mystérieux, ce type incroyable qui a réussi à nous faire faire la plus belle virée de notre vie de piéton.

Pourquoi une coquille comme symbole ?

Sur les côtes de Galice, on raconte qu’un chevalier dont la monture s’est emballée fut précipité dans la mer. Apeuré, le chevalier invoqua saint Jacques et le cheval sortit de l’eau, couvert d’une multitude de coquillages plats, nervurés et larges comme la main. Dès lors, la coquille Saint-Jacques deviendra l’emblème de Compostelle, le symbole du pèlerinage. Traditionnellement, on la ramasse sur la plage du Padron, à l’endroit où la légende fit aborder la barque contenant les reliques de saint Jacques.

A noter que les pèlerins en provenance de Jérusalem rapportent comme symbole une branche de palme.

Notre pèlerinage n’est pas tout à fait terminé. Demain, nous irons (en bus ! la marche à pieds ça suffit !) à Padron, une plage près du cap Finisterre. Cette pointe que nos ancêtres ont longtemps cru être le bout du bout d’une terre supposée être « centre de l’univers », bordée par un océan au-delà

duquel il n’y avait plus rien. On n’y trouvera pas seulement des stigmates du naufrage du pétrolier Prestige, mais aussi d’étonnantes carapaces de mollusques, appelés coquilles Saint-Jacques, cadeaux de la nature offerts en symbole, et conservés en souvenir par tous ceux qui ont franchi le premier pas vers Compostelle… par ceux qui sont convaincus, mais également par ceux qui, avant de juger, sauront que l’empathie ne se nourrit pas seulement de bienveillance. L’expérience commune permettant mieux que tout de comprendre ceux qui nous ont précédés, mais aussi d’apprécier l’autre, ce contemporain dont on ne comprend pas forcément les ferveurs et les croyances, mais avec qui l’on doit partager et non pas se battre.
Mon travail est disponible chez PEMF, BAYARD PRESS, MANGO, n’hesitez pas à visiter mon siteet me contacter pour tous renseignement.
Tous les contenue Texte et photo présent sur ce blog sont bien évidament protégé par le dépos des oeuvres à la BNF ainsi que par l’éditeur qui en posséde l’exploitation pour une durée limité.Toute copie même partiel sans mon accord est donc interdite.

 

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Un voyage dans le voyage, une expérience parmis toute, une terre d’exception ou ce livre vous emménenes avec déléctation…
Un reportages qui en préparait bien d’autre…La thailande à été pour moi la premiere marche de l’Asie du sud ESt, une lente découverte faite de fascination et d’emerveillement!
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Thailande

deuxième pôle touristique d’Asie : plus de 5 millions de touristes en franchissent chaque année ses frontières. Impossible de résister à la fascination qu’il exerce.pays en forme, la forme de sa carte en dessine la tête, le front butant contre la Birmanie, l’ennemi héréditaire, la trompe traversant la mer d »Andaman et le golfe de Thaïlande pour atteindre la Malaisie.

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la rivière des rois – coule au creux de la plaine centrale, arrose des rizières émeraude, pour se fondre harmonieu­sement  avec la terre, et offrir ses marchés flottants et sa trépidante mégapole, sa capitale, où se télescopent temples dorés et  néons scintillants, bazars et centres commerciaux dans des tours de verre. La tentaculaire Bangkok qui effraie ou ravit .carrefour de civilisations, point de convergence de trois pays, le « Triangle d’Or », montagnes embrumées et jungles où sont parqués les éléphants, cités anciennes marquées par les influences birmanes, laotiennes et khmères.longues plages de sable blanc bordées de cocotiers, îles de rêves cernées de récifs coralliens, pittoresques villages de pêcheursmérite sa popularité, même si parfois elle évolue en véritables ghettos touristiques. Sa première séduction réside dans la gentillesse de ses habitants. En dépit d’une tradition d’hospitalité, ce peuple a lutté avec obstination pour préserver son indépendance d’esprit.      pays où le bonheur de vivre se palpe encore, havre de paix et de verdure où la paix et la nature régénèrent la vie… un art de vivre… « Il n’y a pas d’autre bonheur que la paix » dit un proverbe thaï, alors bon voyage Douze heures passées en l’air dans l’avion de la Thaï Airway et mes voisins de fauteuil m’ont déjà raconté suffisamment de leurs précédents voyages pour rédiger un guide complet sur la Thaïlande. Aucune possibilité de fuite, je n’en peux plus, Maurice et Jeannine ont tout vu, tout visité et tout goûté de la frontière du Myanmar (nom offi­ciel actuel de la Birmanie) aux plages malaises. Ils en sont à leur troisième circuit en Asie du Sud-Est et, quand ils ont reçu une offre de fidélité de leur agence de voyage, ils ont choisi la Thaïlande : « Ben oui, puisqu’on connaissait déjà », me disent-ils.

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Ils ont dormi dans les bouis-bouis les plus infâmes de Chiang Ray et dans les hôtels les plus luxueux de Phuket, ils ont connu les pires tour-operators et sont incollables sur la température de l’eau des piscines et les virus qui indépendamment s’y déve­loppent.

Maurice est champion de sa rue, ingé­nieur honoris causa du voyage organisé, et sa femme est d’accord sur tout.

Seule une résistance et un courage hors du commun letir ont permis de supporter les vicissitudes d’un périple dans un car à la climatisation défaillante ou la vue d’un soda décapsulé par des mains non septisées. « Hein Jeannine I »

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Maurice était instituteur. Trente ans dans la même école. Il est désormais en retraite et, faute d’élèves, il s’occupe de ses voisins de bord dans l’avion. D’un sens, tant mieux pour les voisins. Un dernier détail : Maurice a abandonné l’argentique pour le numérique et, quand il me voit bricoler mon Leïca qui n’est même pas reflex, il a du mal à croire que je viens ici pour faire .

Je profite de la descente sur Bangkok pour couper court aux commentaires, colle mon nez contre le hublot – dix centimètres d’épaisseur de verre, selon Maurice ­et me laisse aspirer par l’harmonie de la riziculture en terrasse, quelques centaines de pieds sous moi, l’humanité des parcelles comme autant de miroirs bordés de diguettes vertes à croquer où le petit peuple de Siam, le «peuple heureux» de Gérard Manset, s’active. Ici bas, les hommes jardinent, gestes et silhouettes légers comme la paille des chapeaux coniques ; paysans discrets et respectueux de l’autre, ne parlant qu’en cas de nécessité et souriant avec les yeux.

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Nom :   Royaume de Thaïlande.

Superficie :        513 115 km2.

Population : 64 265 270 habitants.

Capitale :          Bangkok.

Régime :           monarchie constitutionnelle.

Frontières : 4 865 km (à l’Est, Laos et Cambodge ; au Nord et à l’Ouest, Myanmar ; au Sud, Malaisie).

Sommet :          Doi Ithanon, 2 596 m

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S’accommoder de la fournaise accablante qui coupe les jambes, à la pollution dan­tesque qui s’attaque aux bronches, puis me lance à l’as­saut de la circulation pour pas­ser de l’autre côté de la route.

Dans ce coin du monde, tres loin de la photographie mariage, on jardine, mais pas seule­ment : « L’Orient ne connaît pas le silence » révélait Somerset Maugham en 1922 dans son Gentleman en Asie, nous n’en étions alors qu’aux prémices de la vulgarisation du moteur à explosion. Aujourd’hui, sachant que soixante pour cent de la population mondiale est asiatique, après soustraction de la dia­spora que l’on sait et des inconditionnels de la bicy­clette, il reste suffisamment de monde

pour faire mouvoir des engins à moteur à tire-larigot. Bangkok ne coupe pas à la règle et, détail non sans importance pour le touriste qui s’apprête à traver­ser la rue, que ce soit à deux ou quatre temps, sur deux, trois, quatre roues ou plus, ici on péta­rade à gauche.

Sitôt franchies les portes vitrées de l’aéroport Dong Muang, je me plante devant la voie express par­ticulièrement grouillante. Je reste un instant inerte, laisse passer le temps d’adaptation nécessaire à un organisme lambda .

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Ça finit par passer, mais un automobiliste klaxonne et me hurle dessus, je lève les mains en signe de paix et tends le pouce, le geste est simple et ses vertus internationales, l’homme se gare précipitam­ment et m’ouvre la portière du côté du passager. Alors que Maurice vient enfin de trouver place dans un car climatisé aux vitres recouvertes d’un film noir et va pouvoir commenter le manque de fluidité du trafic auprès de ses nouveaux voisins — on peut mettre facilement deux heures pour parcourir les vingt-cinq kilomètres qui relient l’aéroport à la ville —, je jette mon bras le long du montant de la portière… Top départ, une Datsun hors d’âge s’enfuit dans la direction inver­se et je me félicite d’une mise en action aussi rapide. Pendant que mon aimable chauffeur continue à hurler des propos devenus pacifiques, un bouddha sous forme d’amulette, enturbanné de rubans de soie, se balance joyeusement au-des­sous du rétroviseur et nous protège des aléas de la route. Ce n’est pas un luxe.

Pour survoler les embouteillages aux heures de pointe, Bangkok s’est doté d’un métro aérien, qui repose sur des piliers de béton plantés au centre des artères principales. 35 trains de 3 wagons circulent sur les deux lignes appelées Sukhumvit et Silom, nom des deux principales avenues de Khroungtheep, la Cité des Anges. Ce moyen de transport reste encore très cher pour les Thaïlandais (environ 1 euro, 1/3 du salaire journalier de base pour traverser la ville du Nord au Sud).

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Le lendemain, retour sur Bangkok, que ses habitants appellent Kron theep (<, cité des anges ») et que les usagers de notre alpha­bet écrivent BK. Mon cousin m’a offert une chemise toute neuve, coût de fabrication dans son usine : 60 baths, soit moins de 2 euros, prix de vente de l’ar­ticle rendu en France dans une grande chaîne de magasins de sport : 40 euros environ. Sans commen­taires. D’ailleurs, peu importe le prix, puisque c’est le tarif à régler pour rester dans le club des pays émer­gents, tout est bon ou presque pour réussir le virage du xxie siècle : précarité, flexibilité, travail posté, tra­vail des enfants parfois (malgré un effort majeur ces dix dernières années) et, question avantages sociaux, c’est tout juste si les femmes n’accouchent pas sur leur lieu de travail. En Occident, perdre son emploi signifie chômage, ici les conséquences posent parfois pour les plus démunis le problème de la vie et de la mort.

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À midi, malgré le soleil caché der­rière un fog impressionnant, la chaleur est à peine soutenable, ça « peigue » comme on dit près de la Méditerranée et le moindre déplacement justifierait une douche. Je fais couler du sel dans mon soda pour éviter la déshydratation, me planque à l’abri d’une immense publicité peinte dans le plus pur style Pop art et me laisse couler, abruti de fatigue et de chaleur, sur les trottoirs encombrés de piétons et de cuisiniers ambulants qui jouxtent les avenues à la circulation dantesque.Cuisson et rissolage dans tous les coins, brochettes suspendues au-dessus de la braise, cas­seroles noircies de fumée, fumeuses et fumantes, cartons épars, livraisons en attente, gamins assis, animaux, vendeurs, acheteurs, promeneurs, quéman­deurs… il faut jouer des coudes, esquiver et rigoler, passer de biais, de face, de force (l’Occidental de sta­ture moyenne y gagne, il dépasse d’une tête et d’une carrure d’épaule le Thaïlandais), chemise collée sur la peau par un mélange de crasse et de transpiration, d’odeurs d’épices et de combus­tion, l’Asie d’hier et d’aujourd’hui, grouillante de cette humanité affai­rée et sans retenue… certains détestent, on dirait qu’ils ont tort.

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Bordant le fleuve Chao Phraya (la rivière des rois), Bangkok fut fon­dée en 1782 par Rama ter, le premier monarque de l’actuelle dynastie Chakri. La capitale de la Thaïlande compte plus de six millions d’habitants et un thaïlandais sur dix y vit Les Thaïs la nomment Krung Thep, la Cité des Anges.

Le paysage urbain y est contrasté : les bureaux modernes côtoient les palais, les BMW partagent le bitume avec les tuks-tuks, les temples sont entourés de néons publicitaires géants,…

De jour comme de nuit, la ville est bruyante, embou­teillée et polluée, mais Bangkok reste une ville atta­chante avec ses fracas, ses lumières, sa vie nocturne, sa frénésie, mais aussi avec ses recoins tranquilles,

sa part d’ombre, ses palais, ses temples, ses monuments, ses boutiques et ses mar­chés.

• • Kosan Road, la nuit, Z; la rue des guesthouse

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Tous les lieux publics ne sont pas aussi encombrés : à l’entrée de la galerie marchande Siam Center, un vigile  filtre les entrées. Ce n’est pas compliqué, dans un pays où le partage du PIB ne fait pas dans la subtilité, les propriétaires de cartes de crédit ont ce grand quelque Ln chose qui les distinguent du reste du monde, des espaces  comme on dit dans le football.

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A l’intérieur, la densité de population est devenu  incroyablement plus faible et donne une idée de la répartition des richesses. Le décor est grandiose, a) façon de parler, ça rappelle le Eaton center de Toronto  ici aussi on parvient à cette prouesse inutile qui consiste à maintenir en vie des plantes tropicales ^ géantes à l’intérieur d’un bâtiment climatisé. Pour le reste aussi c’est pareil, on croise des enseignes  au rayonnement international et des femmes à l’allure sophistiquée qui se déplacent généralement deux par deux, déplient des pièces de tissus aux formes et aux couleurs variées, puis les reposent en tas sans autre forme de procès en effectuant une grimace dubitative. J’en profite pour passer chez le coiffeur.Six gracieuses petites mains rien que pour moi… shampoing, massage du crâne jusqu’à usure des racines capillaires, coiffage, puis shampoing,de soie et une coupe au bol comme Bruce Lee. Si le cerbère de l’entrée refuse de me laisser sortir, je pourrais toujours lui porter un irimi-nagué digne des films de karaté qui abondent dans les vidéothèques locales.re-massage, re-coiffage, ensuite on passe à la coupe avant de retourner au bac à shampoing, surveillé de prêt par le portrait du roi Rama IX consciencieuse­ment suspendu au mur.Je sors avec le cheveu fluide et léger comme des fils

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Chao Phraya

efleuve Chao Phraya et la dentelle de canaux, construits au xixe siècle, valurent à Bangkok le nom de « Venise de l’Asie ».

Chao Phraya et les canaux, klong en thaï, offrent une image inoubliable d’un mode de vie aquatique, resté absolument inchangé depuis des siècles.

On peut facilement circuler sur le fleuve et les klong, grâce aux transports publics. Voyager sur l’eau pendant la saison chaude est très confortable, car l’air est beaucoup plus frai

Après le coiffeur, j’ai rendez-vous avec Bouddha ; une virée en bateau-taxi sur le Chao Phraya, le fleuve qui traverse la ville et qui soit dit en pas­sant est davantage encombré de déchets d’origine plastique que de fleurs de lotus, me rapproche du Wat Pho, le plus ancien temple de Bangkok. Si le temps capturé par la photo ne passe jamais, le bouddhis­me Theravâda (dit du petit véhicule), religion officielle et pratiquement unique (95 % de la population), est hors d’atteinte des vicissitudes du progrès en marche, il reste étranger aux conservatismes inévitables de la société civile et s’adapte sans ciller aux mutations de son siècle. Bouddha a réponse à tout. Quoiqu’il arrive, dans le wihan du Wat Pho ou dans l’un des innombrables temples de la ville (environ 400), il reste impas­sible dans la pénombre et la fraîcheur relative de sa pagode pour un semblant de (A sieste pendant laquelle il ne dort que d’un oeil. Dans la > position allongée où il figure ici, on l’appelle « Bouddha çu l’éveillé ». Quelle que soit sa posture, il ne faillit jamais à sa mission d’accompagner tout un peuple dans une continuité sans faille et permet à l’homme de se libérer  de son karma (résultat des bonnes et mauvaises actions passées). Le bouddhisme est une sagesse, un art de vivre, une philosophie bien plus qu’une religion (pas de dieu : pas de religion.

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En Thaïlande, à la différence de l’Inde, Bouddha n’est -C3 pas seulement une réponse au besoin de spiritualité des hommes, ici il les éloigne du conditionnement à cette fatalité si facilement attribuée à la résultante inévitable:- d’une vie antérieure et les porte vers l’avant. Si ses pré­ceptes aident à supporter le quotidien dont on devine le r poids parfois — sans compter qu’avec la chaleur… —, il incite finalement à positiver et est disponible à des degrés divers pour donner des conseils et nourrir l’inspi­1 4 ration. Tous ceux qui ont connu une vie monastiques.

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Les fumées interlopes des bâtons d’encens déposés par les fidèles pour obtenir des mérites qui leur permettent d’amé­liorer leur karma symbolisent idéalement le flou qu’entretien­nent les Thaï entre le profane et le sacré. Moines et laïcs vivent en osmose, partagent leur univers respectif et s’ins­crivent dans un système de dépendance mutuelle (enfin, surtout les moines puisqu’ils doivent compter sur la dévo­tion des fidèles pour recevoir des offrandes sous forme de nourriture). Deux mondes s’interpénètrent physiquement et psychiquennent ; la présence du bouddhisme inscrite dans le blanc du drapeau est un des piliers de la nation avec la royauté et la culture du riz. L’adoration due à Bouddha est aussi évidente pour un Thaïlandais que de prendre son éléphants Somerset Maugham, émerveillé, a dîné ici, Malraux aurait apprécié : porcelaines Ming, statues birmanes, tables de jeu, poteries chinoises… Jim Thompson avait un goût très sûr pour choisir ce qui se fai­sait de mieux dans l’art asiatique. Arrivé en Thaïlande après la Seconde Guerre mondiale pour le compte des services de renseignement américain, l’homme est tombé amoureux d’une femelle, plus pré­cisément celle du bombyx mori (enten­dons le papillon du ver à soie) : il en délaissa rapidement sa mission et se consacra tout entier à la remise sur pied de l’industrie de la soie dont il avait perçu l’étendu des bénéfices potentiels. Le nom de sa société aux débouchés inter­nationaux, la Thaï Silk Company Limited, tranchait avec les méthodec de travail ancestrales de ces manufactures disper­sées dans le nord-est du pays et l’hom­me d’affaire avisé doublé d’un esthète fit venir d’Ayutthaya d’anciennes maisons qu’il réunit en une seule en plein centre-ville de Bangkok. Le confort y était – et est toujours – savoureux. La décoration inaugurait un mélange d’inspirations diverses qui ne jurerait pas dans le plus Ln contemporain de nos magazines de décoration et, depuis la disparition mystérieuse

du propriétaire dans  les forêts de Malaisie, l’endroit est devenu un musée doublé d’un havre de paix au milieu d’un quartier bétonné et peu attrayant. On se surprend à s’asseoir sur un banc de teck au  milieu du jardin forcément exotique et à  instant le confort  d’une vie d’aventurier  au faîte de sa réussite.ressentir l’espace d’un

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L’histoire de Jim Thompson

Né en 1906, il exerce comme ‘- architecte à New York. En 1941, il s’engage

dans l’armée, puis arrive à Bangkok comme agent de l’OSS (l’actuelle ClA)..

Après sa démobilisation, il se passionne pour la soie.’ tissée à la main et se consacre à la renaissance de cet e-e artisanat tombé dans l’oubli.

Dessinateur et coloristes de talent, sa participation es fondamentale au renouveau du tissage de la soie thaïlandaise.

fonde la « Thai Silk Company »- qui, en 1960, compte 2 000 tisseurs.

Jim Thompson s’intéresse à l’art t› thaïlandais et construit sa résidence de six bâtiments en teck, représentatifs de l’architecture traditionnelle thaïlandaise.

démonte trois vieilles maisons du xixe siècle dans la région d’Ayutthaya ;’et les fait reconstruire le long d’un klong à Bangkok.

Thompson disparaît mystérieuse­ment en 1967, lors d’un séjour chez des amis en Malaisie.

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Dans la plaine qui entoure Bangkok, située au niveau de la mer et inondable, il y avait jusqu’au xxe siècle davantage de klongs (canaux) que de routes. La solution la plus heureuse pour aller vendre les pro­ductions agricoles était de les transporter en bateau. Si le marché flottant de Thon Buri à Bangkok s’adresse maintenant presque exclusivement aux touristes et ne propose que de l’artisanat, c’est que, malgré une image tenace, BK est devenue une ville moderne, la plupart des klongs ont été comblés et goudronnés, les légumes comme les hommes se déplacent désormais en camionnette et transitent directement dans les supermarchés. À une centai­ne de kilomètres aus sud-ouest de la capitale, la tradition est restée indemne et les femmes qui convergent vers les marchés flottants à force coups de pagaies viennent vendre le produit du travail familial mené dans les vergers alentours.

L’étendue des productions laisse entrevoir l’abondante fertilité des sols thaïlandais et l’immense capacité de la nature à produire des formes

étranges dont l’imagination n’a d’égal que celle des hommes à leur trou­ver un nom : il y en a des pointus, des chevelus, des granuleux, des -0 poilus, des odorants… durians, goyaves, longans, mangoustans, ram­boutans, jack-fruits sont autant d’occasion pour l’occidental lambda n5d’y perdre son latin et de tenter des expériences gustatives. Embarqué sur une pirogue aux clins rendus étanches par du goudron (et dont je doute que les taches portées sur mon pantalon lui autorise les mêmes qualités d’imperméabilité), j’accoste au hasard des odeurs ou des cou­leurs ; il est bien rare qu’une de ces paysannes à chapeau conique et vêtement de toile bleue spécifiques aux campagnes ne me tende avec un air de défi amusé un échantillon de sa marchandise.

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Pour gagner Ayutthaya depuis Bangkok, rien de plus confortable que les voies navigables paraît-il, en l’occurrence la remontée du Chao Phraya (« la rivière des rois »). Je troque ma pirogue salissante et m’embarque sur un « longue queue », un hang yao, embarcation toute en longueur à la carène éprouvée, large canoë à fond plat revisité par l’industrie et bruyamment propulsé par six cylindres en ligne d’origine automobile. Pas de boîte de vitesses, pas de capot moteur non plus, l’arbre de transmission prolongé par l’hélice plonge directement dans l’eau et pendant que le conduc­teur, yeux mi-clos et bras secoués par les vibrations du manche, se débat avec des projections d’huile brûlante et une carburation déréglée, les passagers, genoux dans le menton et pieds dans un mélange d’essence et d’eau boueuse, recroquevillés sur des bancs minuscules, profi­tent du boucan de l’échappement libre et des éclabous­sures causées par le croisement hasardeux d’une embar­cation similaire. L’ambiance à bord est celle que l’on ren­contre dans le panier d’un vieux side-car un jour d’orage,les moustiques en plus… Bouddha l’a dit : «La source

réelle du bonheur, c’est la paix intérieure. » C’est noté : je rentre la tête dans mon tee-shirt et j’attends l’arrivée. La prochaine fois, j’irai à la nage.

En 1685 Louis XIV envoyait à Ayutthaya
deux vaisseaux avec le chevalier de Chaumon
et l’abbé de Choisy (la traversée durait 6 moi
et 20 jours pour arriver au Siam).
Dans son journal du 26 novembre 1685,
l’abbé de Choisy note
:
« Le roi de Pilou, ayant appris ve Le roi de Siam
avait sept éléphants blancs, lui en envoya demander
un 1> on refusa net. IL renvoya et menaça de le venir
quérir Lui-même à La tête de deux cent mille hommes
on se moto de Set menaces.

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Les Birmans atteignirent Ayutthaya en Février 1564.
Le roi de Siam était tout à Fait incapable de lever
une armée suffisamment puissante pour offrir
La moindre résistance efficace. Après cive les Birmans
eurent
dirigé une canonnade contre La ville,
la population, réalisant vielle était à peu près
tans défense, pressa le roi de négocier avec
les envahisseurs. Leur demande Fut appuyée par ceux
det nobles qyi, dès Le début, avaient été Favorables
à donner les éléphants blancs. C…3
IL (Le roi de Péciou) demanda d’abord six éléphants
blancs, ctui Lui furent Livrés. »

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Il fait bon déambuler parmi ces édifices qui émergent au gré d pelouses idéalement structurées, et rechercher l’ombre de végétau offrant tout ce qui se fait en matière de branches palmées. Le site n’attend que le passage d’un cortège d’éléphants blancs sorti de l’imagination du visiteur pour reprendre un peu de sa splendeur pas­sée. En cas de difficultés, on peut toujours s’inspirer des pachy­dermes qui promènent les touristes, mais on a beau ne pas aimer la guerre, il faut reconnaître qu’un groupe de ressortissants japonais accrochés à sa sacoche photo n’a pas la prestance d’un escadron d’officiers birmans lancés dans une fougueuse campagne d’an­nexion. Les palanquins et autres dais ornés de dorures et de pompons soyeux n’y font rien.

presque Je continue ma route vers le nord. Je m’assied à l’arrière du car vide et un jeune homme vient m’informer dans un anglais parfait que ces places sont réservées aux bonzes. Je n’ai pas le temps de m’en excuser qu’il m’invite à voyager à ses côtés, heureux de rencontrer un Français. Chuck est étudiant mais il est surtout joueur de takraw, sport local qui consiste à garder en l’air une petite balle de fibres végétales tressées sans la toucher avec les mains. Il se rend dans un sanctuaire boud­dhiste renommé situé au-dessus de Chiang Mai pour se res­sourcer avant de participer aux jeux asiatiques. Chez nous, on appelle ça la préparation mentale.

Avant de s’enfermer dans le silence du monastère, d’enfiler la tenue safran et de raser ses cheveux, mon voisin se montre

plutôt bavard et comme la route vers Chiang Mai est longue (et chaotique), j’apprends que celle vers la liberté d’expres­sion l’est aussi. D’après Chuck, les activistes politiques et

même les journalistes thaïlandais mettent leur vie en péril s’ils se montrent un peu trop actifs. Il m’explique que le peuple, conditionné à vivre dans un système hiérarchique où la parité n’existe pas (un frère aîné a des droits sur son cadet, un riche sur un pauvre, un vieux sur un jeune…), ne revendique que très peu la parole. Dans un groupe qui fonctionne toujours de manière pyramidale et dans un pays où le moindre fonctionnaire porte un uniforme, l’individu apprend dès son plus jeune âge à repérer les limites du cadre dans lequel il agira somme toute à sa guise. Et comme la démocratie est uneLe massage thaïlandais

chose trop sérieuse pour la laisser aux mains du peuple et que seuls les journaux en langue anglaise permettent de lire quelques critiques, il est rare d’entendre une opinion sur les décisions du pouvoir en place, encore moins sur le roi. Si j’en juge par l’acuité de son analyse et connaissant la faci­lité avec laquelle les étudiants de Bangkok descendent dans la rue, la jeunesse d’aujourd’hui possède de bons atouts pour améliorer la situation.

Un violent orage de mousson accompagne notre arrivée à Chiang Mai, les rues se transforment rapidement en ruisseaux mais les cyclistes continuent leur chemin, parapluies déployés. Je m’abrite sous le store d’un restaurant en déjeunant d’une soupe aux nouilles et aux boulettes d’une viande inconnue. Chuck est mon invité et l’arrosa­ge qui ressemble à une pluie de cinéma n’appor­te qu’une fraîcheur pro?

visoire : dès le retour du soleil, l’évaporation est radicale et l’air redevient étouffant, humidité en sus

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Chiang Mai

Situé approximative­ment à 700 kilomètres au nord de Bangkok sur la rivière Ping, Chiang Mai, capitale du nord de la Thaïlande, a été fondée en 1296.

Cette province fut le premier royaume thai indépendant au sein d fameux « triangle d’Or », région où, autrefois, on cultivait l’opium.

Entre Birmanie et Laos, Chiang Mai fut un important centre religieux et d’échanges commerciaux.

J’accompagne Chuck jusqu’au wat, évite sur ses recommandations de poser le pied sur le seuil car un esprit peut y résider et, tandis que je m’interroge sur ma propre capacité à accepter même momentanément les contraintes d’une telle retraite (à commencer par l’interdiction de parler pour ne rien dire et autres deux cent vingt-sept règles de conduites), Chuck se tourne vers moi, joint ses mains près de son menton en un wai emprunt de respect et s’éloigne en silence vers la chapelle principale. Plus tard, j’apprendrai que ce type de salut est toujours à l’initiative de la personne de rang inférieure. On ne m’y prendra pas deux fois.

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Perché sur la nuque d’un éléphant d’Asie et bercé par le doux dandinement de sa marche, la terre devient plus ronde et le monde plus humain… pas étonnant que la Thaïlande avec sa géographie en forme de tête de pachyderme, en ait fait un de ses symboles. Même s’il est aujourd’hui près de la retraite, le plus gros animal sauvage dompté par l’homme n’a pas son pareil pour déplacer des charges, travailler dans les marécages ou dépla­cer des grumes dans les terrains accidentés et puis, une fois caparaçonné et adoubé au rang de véhicule d’apparat ou de transport de troupes, quelle allure ! Malheureusement pour lui, soldats et monarques utilisent désormais des moyens de locomotion qui ne détalent pas au premier  coup de canon et la déforestation du pays  étant ce qu’elle est, l’éléphant fait l’objet d’un plan de licenciement massif. Parmi les 3 565 animaux domestiqués recensés en Thaïlande il y a dix ans, un demi-millier a trou­vé du travail dans le tourisme, un millier tra­vaille au noir dans des exploitations fores­tières pirates, les autres vivent des fortunes diverses: certains errent avec leur cornac dans les grandes villes à la recherche de subsides touristiques, d’autres travaillent dans des fermes ou sont la vitrine sociale de riches propriétaires, quant au reste, ceux qui n’ont pas disparus, errent dans tout le pays.

  • L’éléphant

Les chiffres sont édifiants : en 1900
on comptait plus de 100 000 éléphants
en Thaïlande, aujourd’hui il n’en reste
qu’entre 3 000 et 4000…
La chasse et la colonisation
par l’homme de son habitat
en sont les principales raisons.

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L’école de dressage de Pang La, du côté de Lampang, dresse de jeunes animaux pour le compte de la F.I.O. (Forest Industry Organisation) et forme aussi des cornacs. À voir obéir ces mastodontes à la moindre sollicitation sans jamais rechigner – je parle des éléphants -, on reste ébahi devant la qualité du dressage. L’éléphant domestiqué, avec sa musculatu­re de travailleur de force, ne ferait pas de mal à une mouche et pourtant mieux vaut ne pas se promener entre ses jambes lorsque l’heure du repas de cannes à sucre est arrivée. Quand on apprend qu’une cin­quantaine de décès de cornac est déclarée chaque année (mais on sait qu’il y en a beaucoup plus), on n’a pas envie d’aller lui chatouiller les oreilles.

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(1)       L’éléphant, symbole de la Thailande

7:3 es éléphants, ces animaux patauds, ne trouvent pas leur place dans la société moder. Ces gros consommateurs d’eau - ils boivent 150 litres par jour - et de jungle ­ils mangent jusqu’à 300 kilos par jourpeuvent vivre 70 ans. Jusqu’en 1989, l’éléphant était principalement utilisé dans le nord de la Thaïlande pour la coupe du bois. Depuis cette date, la coupe du bois étant interdite, l’éléphant s’est retrouvé sans utilité. Parfois il est utilisé dans des spectacles navrants pour touristes, affublé de robes ridicules, en train de danser.. Parfois il vit dans des villes où il ne parvient, bien entendu, pas à satisfaire ses besoins en eau et en végétaux.Plus grave, il est encore parfois utilisé pour la coupe de bois clandestinement à la frontière birmane, zone criblée de mines anti-personnels sur lequelles les éléphants marchent.

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La Thailande du nord est peuplée par un demi million d’habitants appartenant à diverses tribus : les Hmong, les Mien, les Karen, les Akha, les Lisu et les Lahu

Ces tribus ne possédent pas de territoires permanents, mais vivent plutôt dispersées dans une mosaïque de villages, chacune choisissant de s’établir à une altitude différente. Chaque tribu conserve ses propres traditions, porte un style de costume particulier et parle sa propre langue. Les Karen, de loin les plus nombreux (250 000), sont le seul groupe à peupler cette région depuis 300 ans. Les Lahu (60 000), les Hmong (80 000) et les Mien (25 000) ont commencé leur migration vers la Thailande du nord au xixe siecle.

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Certains villages sont complètement dénaturés par le tourisme. Visités quotidiennement par des centaines de personnes, ils ne sont plus authentiques. Aujourd’hui, ces tribus montagnardes ne cultivent plus l’opium et se sont sédentarisées, subventionnées par le gouvernement thaïlandais. Beaucoup d’enfants reçoivent maintenant une éducation primaire et presque tous parlent un peu le the

Au départ de Chiang Mai, on n’a que l’embarras du choix pour trouver une officine qui propose sa palette de mini trek­kings dans les régions du Nord. Ambiance très « bourgeois bohème » en compagnie d’un groupe cosmopolite d’une dizaine de randonneurs, cita­dins émoustillés devant la pers­pective de passer trois nuits au milieu des araignées et des cobras.

Nous voilà partis, un guide devant, un autre derrière, un peu à la traîne — et pour cause, il porte la nourriture pour tout le groupe.

Au bout d’une journée de marche, nous déambulons dans un village Karen comme on visite un zoo. Je suis gêné.

Même s’il est préférable que ces tri­bus vivent du tourisme plutôt que de la récolte du pavot, en s’entêtant à considérer l’autre comme quelqu’un

à voir et non pas comme quelqu’un qui voit, en disqualifiant ainsi le

sujet, il est réduit au statut d’objet. Du coup, la culture de certaines tri­bus Karen ainsi que celles d’autres minorités ethniques du Nord ont été stoppées nette par un croche-pied ethno-touristique. Leurs traditions sont figées dans une sorte de spectacle en Kodachrome…

Arrêt sur image sur l’art de vivre d’un peuple qui n’a rien demandé à personne et dont l’originalité et la richesse de l’existence ont dis­paru derrière les apparence sont toujours tribales – du moins, ça y ressemble -, les

femmes aux -C La carte postale est jolie, les tissages complexes, les danses cous de cygne enchâssés dans des anneaux de r-1 laiton se déplacent avec une grâce éloquente, le chaman

arrive encore à entrer en relation directe avec les esprits et

i/1

l’eau courante, toujours prélevée au torrent voisin, est trans­0.) portée à l’aide de carquois de bambou. Pourtant, il ne faut -0 pas longtemps pour s’apercevoir que ce petit peuple, à l’al?

lure finalement très romanesque – on aimerait arriver ici seul v) à dos d’éléphant au siècle dernier, s’asseoir en tailleur à l’in­>, térieur d’une paillote au sol de bambou et allumer une pipe (13 d’opium -, a quelque de chose de si particulier : il a perdu son CD- sourire originel.

Le tissage

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Le tissage, ancré dans leur culture Karen, est un art que les femmes Karen ont su transmettre de génération en génération. Les broderies originales et l’emploi des graines utilisées pour décorer leurs habits sont incroyablement variés. Dès l’âge de io ans, les fillettes apprennent à faire leurs propres jupes. En grandissant, les dessins d’abord simples se transforment en motifs plus élaborés. Le talent de tissage d’une femme Karen indique si elle sera une bonne mère et une bonne épouse. Et une jeune fille devient femme lorsqu’elle maîtrise certaines techniques de tissage. Apprendre à tisser est beaucoup plus qu’apprendre un art, c’est toute une compréhension de la culture Karen.

Femmes girafes les Karen au long cou

Dès leur plus jeune âge – entre 3 et 5 ans -, les petites filles commencent à porter des anneaux autour du cou. C’est en fait une spirale d’anneaux dont la longueur et le poids augmentent à mesure que les femmes deviennent plus âgées.

Le poids considérable (il peut atteindre jusqu’à près de 8 kilos pour une femme adulte) provoque un affaissement des côtes et des épaules et non un allongement du cou.

Cou bien dégagé, présence des anneaux, épaules basses… tout concourt à donner l’illusion de femmes girafes.

La jungle du nord de la Thaïlande

Dix ans en arrière, on pouvait encore croiser des caravanes de mulets lourdement chargés d’opium fraîchement transformé en morphine-base dans la

jungle du nord, désormais ça paraît improbable.

Sans doute la drogue transite-t-elle désormais

CU en jeep et si la lutte contre les producteurs
du triangle d’or a atteint son paroxysme dans les années 1980 et que la plupart d’entre eux s’est reconverti dans la culture du café, des haricots ou de fleurs (avec la bénédiction de l’État), les trafics de méthamphétamines en provenance du Myanmar, organisés par les triades chinoises, ont pris la relève. Le transfert par le triangle d’or vers la mer et les marchés australiens ou américains est d’ailleurs une des principales préoccupations

du Premier ministre avec la grippe aviaire et le rachat du Liverpool Football Club (!).

La lutte contre les trafiquants est sans pitié et les usagers de narcotiques durs sont jetés

en prison ou pris en charge dans des centres *de désintoxication tenus par des militaires,

  • ·c’est au choix. La recherche du paradis mène parfois droit en enfer; la pire solution n’étant pas forcément celle qu’on croit.

Retour à l’hôtel à Chiang Mai après mon « aventu­re » dans la jungle : à en juger par le vrombisse­ment incessant qui meurtrit mes oreilles, les 470 espèces de moustiques répertoriées en Thaïlande ont dû se donner rendez-vous ici pour leur jamboree annuel. On se croirait revenu au temps où le pays servait de plate-forme logistique à l’armée américaine et où les forteresses volantes B52 chargées de napalm ou de défoliant s’envo­laient vers le Viêt-Nam. Je n’aime pas les mous­tiques et les moustiques n’aiment pas le vent, j’immobilise le ventilateur selon un axe pieds/tête et m’allonge droit comme un I dans le courant d’air. Foin d’insecticide : ça marche, le meeting aérien s’éloigne en vrombissant de dépit. Par contre, je me réveille avec un rhume carabiné que le retour sur Bangkok dans un autocar

moderne et un peu trop climatisé n’arrange pas.

Gare ferroviaire de Hua Lamphong, Bangkok : direction le grand sud et la ville de Nakhon Si

  • Thammarat, aux portes de la Malaisie. Je croi­co se Maurice, mon voisin de l’avion, de retour de Phuket et en chemin pour aller prendre son vol CL retour vers la France. Il s’est encombré d’un ..(L) magnifique siège-éléphant de porcelaine et se

-                  presse à ma rencontre pour me montrer sa (1-) trouvaille. Sans doute parce que l’enseigne­ment de Bouddha fond déjà sur moi et me pro­fesse qu’il ne faut pas provoquer la discorde, je

n’ose pas lui dire qu’on trouve les mêmes dans le Xllle arrondissement de Paris. Je le regarde partir avec son encombrant souvenir fabriqué en grandes séries dans des usines chinoises et

me dis qu’au moins, en cas d’affluence dans le

métro aérien de Bangkok, ça lui fera un bien joli strapontin.

L’express aux flancs encrassés par les fumées r de son moteur diesel laisse apparaître son nom

en lettres autrefois dorées : ‹< State Railway of Thailand ». Train de nuit, train aux draps qui collent, aux chromes dépolis et aux secousses 73 tapageuses, seconde classe surpeuplée et bavarde encombrée de paquets ficelés aux

-                  contenus énigmatiques, de bagages démodés :

valises de carton bouilli, sacs militaires réinves?

tis en cantine de fortune… Les Asiatiques ne _C transpirent pas, alors les odeurs sont celles de

la cuisine, le curry bout déjà avec le riz dans sa marmite d’aluminium et répand son fumet alors 6 que nous quittons à peine la gare. La vitesse

est inversement proportionnelle au bruit des essieux, l’air qui pénètre par les vitres descendues est épais et chargé d’autres odeurs, le contrô­leur joue des coudes et la queue se forme déjà devant le wagon-restau­rant.

Le convoi n’en finit pas de rouler au milieu des bidonvilles et la notion d’urbanité se dissout à mesure que l’on quitte les limites territoriales de la ville pour s’enfoncer dans la cam­pagne. Sur le toit des masures qui s’égrainent de chaque côté du bal­last, des couvertures issues de

végétaux se substituent progressivement à la tôle récupération, les bidonvilles deviennent paillotes. Furtivement, la trace des hommes disparaît dans le paysage et la nuit, et expire dans le souffle des moteurs diesel.

La ville est déjà loin, nous caracolons maintenant au milieu de la jungle, les dîneurs refluent vers leur couchette, il est temps pour moi de passer à table dans le wagon de tête. On m’installe avec une famille de vacanciers thaïlandais, à six sur des banquettes en vis-à-vis prévues pour quatre. Déjà

des gouttes de sueur me coulent sur le

front et le skaï de la banquette brûle mes cuisses. Pendant que je m’interroge sur la proportion inquiétante de curry que le cuisi­nier a mis dans le riz, mes voisins m’adressent des sourires char­més et m’indiquent par une aimable gestuelle que je peux me resservir à discrétion.

Plus qu’une étape sur la route du sud, Nakhon Si Thammarat et surtout son wat vieux de 1 500 ans exprime ce que personne mieux que Baudelaire ne saurait écrire pour justifier le sentiment d’harmonie que dégage l’endroit : «Je suis venu chercher un asile dans l’impeccable naïveté. C’est là que ma conscience philosophique a trouvé le repos. » La couleur or des robes des novices, la matiè­re pure et massive de la flèche du chedi qui abrite un Bouddha for­cément sacré tranche avec la blancheur immaculée des prangs, mondop et autre wihan (il s’agit des diverses constructions à vocation religieuse qui composent un wat) pour contribuer à la spiri­tualité et à l’Éveil.

Si l’ambiance de nos églises marque le respect, celle de ce temple témoigne de l’adoration que les pèlerins portent à l’enseigne­ment de Bouddha. À force de gestes répétés comme l’application de minces feuilles d’or sur les sta?

tues, la crémation de bâtons d’encens ou l’offrande de riz posé sur une feuille de bananier, chacun vient à sa façon chercher des mérites qui permettront d’améliorer l’existence à venir avant d’atteindre le Nirvana.

NAKHON SI THAMMARAT, à 780 km au sud de Bangkok, est une province côtière du sud de la Thailande qui surplombe le golfe de Thailande. La province couvre une superficie de 9 942 km2. La province est historiquement importante dans la mesure où, à la fin du me siècle, le commerce fut établi entre Nakhon Si Thammarat et l’Inde du Sud.

Les mariages

entre les femmes et les marchands étrangers importèrent certaines croyances et coutumes indiennes (parmi lesquelles le brahmanisme et les ombres chinoises). Ces influences eurent

de profonds effets sur

Nakhon Si Thammarat qui

D était – il y a déjà i 700 ans

et qui le reste – un centre

bouddhiste important.

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Plage de Samila à Songkhla

caractérisée par son sable blanc et doux, les pins qui la bordent et la statue de « la sirène dorée. »

LA MER D’AIVIDAMAN

aux côtes, découpées de caps et de baies, face à une multitude d’îles et d’îlots baignées par des eaux limpides, palette incroyable de bleus et de verts.

VI Ses eaux bleu azur

furent pendant

des milliers d’années la principale route commerciale empruntée

par les vaisseaux des marchands, mais aussi des pirates, des explorateurs et des missionnaires en provenance de l’Inde, des pays arabes et  de l’Europe à destination de la Chine, du Siam (Thailande) et du Japon. En dépit de sa position stratégique et de sa longue histoire maritime, de nombreuses îles restent relativement inexplorées.

/Thaï land

Même s’il existe dans le pays une tradition de poly­gamie et que les trois quarts des Thaïlandais fréquen­tent « des concubines », les soldats américains ont largement contribué à ce que le pays développe une certaine forme de tourisme que l’on appellera pudi­quement « industrie du loisir ». Les go-go bars, bor­dels et autres salons de massages dont les presta­tions allaient bien au-delà de la tradition locale ont proliféré dans le quartier de

Patpong à Bangkok, à Pataya ou ailleurs drogue, alcool, trafic d’armes et prostitu­tion faisaient le quo?

tidien des GI’s en bordée et un nombre incalculable d’enfants métis est né de la présence américai­ne. Ces distractions qui offraient un déri­vatif somme toute légitime à ceux qui vivaient quelques jours

de stand-by (judicieusement nommés « R and R »: « Repos and Récréation » par le commandement mili­taire), entre deux virées dans les rizières vietna­miennes, créèrent une véritable économie parallèle dont les revenus firent défaut au sortir du conflit et ouvrirent la voie à des habitudes touristiques singu­lières. Comme quoi, les jeunes, même avec une bonne guerre…

Au sud-ouest de la Thaïlande, dans la mer d’Andaman, s’égrène un chapelet d’îles, une cinquantaine, la plu­part inhabitées. En voici quelques unes… pour rêver…

r-i KOH LANTA, deux îles, Ko Lanta Yai et Ko Lanta Noi. .(1) À l’ouest de Koh Lanta Yai, des plages paradisiaques et pratiquement désertes, la majeure partie de l’île (A étant recouverte de montagnes verdoyantes.

KO TALABENG, une succession de petites plages 7:5 qui rivalisent chacune de beauté.

KOH ROK NOK, ses falaises impressionnantes et ses > admirables récifs de coraux, des plages idylliques.

KOH ROK NAI, de longues 1.) plages de sable blanc et fin, ornées de coraux en eau peu profonde.

^ KOH MUK, une eau émeraude cerclée d’une plage de sable blanc, entourée de hautes falaises.

KOH NGAI, une plage de rêve,

une profusion de récifs ru de coraux préservés.

  • KOH SUKORN et ses plages de

H     rêve.

54 KOH CHUAK, deux îles séparées

par un immense rocher creusé, faisant office de tunnel naturel.

KOH LIBONG, la plus grande île de l’archipel, pour les amoureux de la nature.

KOH LAO LIENG, couverte de forêts denses, véritables paradis habités par quelques pêcheurs et des oiseaux, rares et magnifiques.

KOH KRADAN, un petit bijou dans la mer de Trang, avec ses plages de sable blanc et ses eaux cristallines.

Thaïlande,

Ko Phi Phi, même le nom incite à la décontraction : des fleurs, du soleil, une mer couleur lapis-lazuli, des filles en monokini, des poissons de toutes les cou­leurs et les pieds nus dans un sable à la granulation parfaite… ça doit ressembler à ça, le Nirvana. J’ai trouvé refuge chez l’homme le plus heureux de la terre : José, aussi haut que large, capable de rester plus de cinq minutes en apnée, d’origine thaïlandaise par sa mère et natif de Lisbonne. Il est arrivé ici voici vingt ans avec une truelle pour travailler sur un chan­tier de barrage dans le nord et, si le premier Européen débarqué en Thaïlande était portugais, le dernier à en repartir, ça sera lui. Hypnotisé par le site de Ko Phi Phi où il était venu passer quelques jours de repos, il ne s’en est pour ainsi dire jamais éloigné. Il a commencé par acquérir un bout de terrain et s’est construit un bunga­low sur pilotis (le bambou, c’est plus cool à travailler que le béton, dit-il). Il a planqué un groupe électrogène dans la palmeraie pour faire

fonctionner sa chaîne hi-fi et affirme que le deuxième mouvement de la septième symphonie de Beethoven est ce qu’il y a de mieux pour faire la sieste sur son futon. Les voisins pourtant pacifiques ont fini par se plaindre et, comme leur terrain a été mis en vente, il s’est empressé de l’ac­quérir. Aujourd’hui, trente bungalows iden­tiques se répartissent sur un hectare de cocotiers et accueillent les touristes. José mène une vie de Sybarite et s’est acheté un lecteur MP3 et un casque pour passer le temps pendant la saison creuse.

e menu dépend en partie de ce que la pêche a rapportée : turbots, requins, raies, langoustes, araignées… il suffit de choisir l’animal posé vivant sur la pierre, où le couteau du cuisinier attend, et patienter jusqu’à la fin des préparatifs autour d’une partie d’échecs thaï ou de backgammon. Alors, une bière locale idéalement accompagnée d’une chaude averse de mousson apporteront ce détail subtil qui fait encore de l’Asie un endroit où la vie offre à ceux qui en ont les moyens un évident parfum de paradis.

Thaïlande. Impossible de résister à la fascination de ce pays.

Thaïlande. Pays des éléphants, pays en forme d’éléphant, la tête butant contre la Birmanie, la trompe traversant la mer d’Andaman et le golfe deThaïlande pour atteindre la Malaisie.

Thaïlande. Marchés flottants. Bangkok, tentaculaire capitale qui effraie ou ravit. Longues plages de sable blanc. Montagnes embrumées. Cités et temples marqués par les Birmans, les Laotiens, les Khmères.

Thaïlande. Une popularité méri­tée, même si parfois elle évolue en véritables ghettos touristiques. Sa première séduction, la gentillesse de ses habitants.

Thaïlande. Pays où le bonheur de vivre se palpe encore. Havre de paix et de verdure où la paix et la nature régénèrent la vie… Un art de vivre… « Il n’y a pas d’autre bonheur que la paix » dit un proverbe thaï.

Un Photographe journaliste en INDE

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Vous trouverez ci joint des extraits d’un de mes livres en INDE, « A la recherche du temple des Singes »  http://livre.fnac.com/a1452214/J-C-Rey-A-la-recherche-du-temple-des-singes.

Un voyage de plusieurs années sur cette terre d’émerveillement et de fascination.

Mes nombreuses collaborations Presse et Agence (GAMMA, SPOONER, BLACK-STAR)

http://www.teachersbookdepository.com/titlelisting.aspx?type=publish&publishid=2514

m’ont très souvent offert la chance de parcourir l’Asie, encore aujourd hui une terre que j’affectionne particulièrement.

Les textes et les photographies sont bien évidement déposé à la BNF et protégé par la législation en vigueur sur les droits d’auteur. Toute utilisation, même partiel est soumise à autorisation.

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éditO

Visiter l’Inde demanderait toute une vie. Trop immense pour unesimple approche touristique,

l’Inde, si vaste par ses dimensions, est démesurée par ses diversités culturelles, religieuses, ethniques..Ce pays de contraste, pauvre et généreux, offre, avec une égale abondance, végétations, palais, temples, civilisations et… des hommes, des femmes, des enfants. À mi-chemin entre une réalité sauvage de misère, de pollution, de bruit et une spiritualité religieuse de philosophie, de sacré, de mystère, l’Inde s’incarne, pour notre étonnement d’Occidental, des formes les plus baroques et les plus inattendues. En Inde, tout est possible, y compris l’impossible… et tout possible surgit n’importe où, n’importe quand, n’importe comment. Au fur et à mesure et dans le même temps, l’Inde propose tous les imprévus, toutes les péripéties, tous les chaos, tout l’inextricable en autant de pièces éparses pour se reconstituer en un fabuleux puzzle des plus aboutis. Notre regard de voyageur-voyeur peu à peu s’efface. Les couleurs vives de l’Inde s’estompent en toile de fond : le vieil or des saris des bonzes, le noir de la chevelure de Shiva, le vert des plan­tations de thé, le blanc de l’aube sur une plage de Goa, le jaune des taxis de Bombay… Le touriste disparaît, devient lui-même, pour comprendre, se taire et se révéler, dans le temple d’Hampi, en compagnie des singes – comme si on l’attendait depuis plus de trois mille ans -, puis pour repartir en y laissant à tout jamais un fragment de son âme. L’Inde n’est plus un pays, mais une partie de soi. Alors on peut faire sienne le cri de D. Paes : « Tout y était si magnifique que

je m’y sentais comme dans un rêve. »        E VOYAGES

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Le Gange est un fleuve sacré, il s’écoule de la cheve­lure de Shiva et il est de bon augure pour un hindou de venir y mourir. Mais il y vient d’abord en pèlerinage. Quelques coutumes religieuses y ont cours : se faire décorer d’un point sur le front, s’immerger dans le Gange pour pratiquer des ablutions, être immolé ou satisfaire à toutes sortes d’activités mystiques, mais néanmoins nécessaires. Les rituels se pratiquent avec passion le long d’escaliers aux marches de géant qui bordent une rive du fleuve pendant sa traversée de la ville : les ghats.

Outre ses qualités métaphysiques, la rivière apporte l’eau nécessaire à la vie quotidienne et un peu de fraî­cheur descendue tout droit des monts de l’Himalaya indien. « Ganga », le Gange : aussi volumineux quemiséricordieux, sorte de sablier liquide peu pressé,

est inapte à l’atermoiement. Ses eaux ont de telles vertus hygiéniques que l’on s’en sert à la fois d’égout, de baignoire et de bénitier… Ici, pas vraiment de centre-ville, l’activité citadine est tendue vers la rive gauche du cours d’eau qui s’étire au ralenti d’un bout à l’autre de l’agglomération.

L’autre rive du large fleuve n’a pas la même allure – ni ghat, ni ancien palais de maharaja -, on distingue juste une étendue infertile et boueuse qui s’éloigne à l’infini. L’autre berge n’est pas sacrée, de fait elle n’est pratiquement pas habitée. Le territoire qui s’étend au-delà s’appelle « la plaine des voleurs ». Sauvage et inhospitalière, peuplée d’insectes repoussants et de bêtes peu courtoises, même les voleurs ne s’y risquent pas : ça ne serait vraiment pas bon pour le karma, m’a-t-on dit.

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Située sur la rive gauche du Gang enarès est construite sur un promontoirt

face au soleil levant..

De grands escaliers, les ghats, donnent un accès direct au bord de l’eau pour la baignade ou pour les bûchers funéraires. Le Gange est vénéré comme une déesse vivante, une mère qui purifie spirituellement chaque personne qui se baigne dans ses eaux, en les lavant de leurs péchés.

Bénarès est un agglomérat d’habitations multidimensionnelles à faire pâlir tous les urbanistes. Un agrégat exubérant impré­gné de ce mélange d’humanité, d’humus animal, puant et bruyant, de pourriture sanctifiée, de vie et de mort intimement mêlées que l’on rencontre dans les cités les plus pauvres de la planète.

Heureusement, il y a le Gange purificateur avec ses ghats faits de larges dalles de pierre laiteuse, ses sorties d’égouts et sa multitude d’engins flottants amarrés les uns aux autres. C’est là que l’on fait le ménage z depuis ce matin. C’est ici que la ville puise -0 ses origines millénaires— Bénarès est une des plus anciennes cités du monde mais aussi trouve la régénération nécessaire à son fonctionnement spirituel et hygiénique. La température ne dépasse pas dix degrés à cette heure matinale. Féerique densité visuelle, depuis les saris poes par les femmes constellés de miroirs qui renvoient aux hommes leurs regards impurs, jusqu’à la peinture des portes d’entrée, les fresques dont certaines maisons sont décorées, subli­rmées par une lumière… pure, lumineuse, violente… et des ombres à rendre cauchemardeux le plus aguerri des photographes.Les habitants du quartier me connaissent désormais et beaucoup me saluent déjà chaleureusement : hochements de tête, mains jointes devant  le  ment on, mains port ées sur  l e  coeur, devant  l a   bouc he… c’  e s t  se lon la religion. À se demander parfois s’il n’y en a pas une par  habitant. D’autres, par un regard appuyé, me font comprendre que je ne suis pas le touriste lambda. Il est vrai que des voya­geurs par ici, même si on en rencontre beaucoup tôt le matin alors que la chaleur est encore suppor­table, il y en a peu. Une infime minorité fréquente le vieux Bénarès, elle se cantonne en général à la seule visite de Manikarnika ghat, le ghat le plus ancien et le plus sacré. Les seuls que je croise dans le voisinage s’empressent de me demander leur route. J’en déduis qu’ils se sont perdus.

J’ai aussi quantité d’amis dans le quartier, ils me sautent parfois au cou ou s’accrochent à ma main dès qu’ils me rencontrent, ils me demandent de leur apprendre des mots en français et les oublient aussitôt. Le plus vieux doit avoir une douzaine d’années. Un peu moins ou un peu plus, il ne le sait pas lui-même — le rite des anniver­saires avec gâteaux et bougies n’a pas cours par ici… À Bénarès, ville sainte parmi les villes saintes, les enfants des rues, angelots ano­nymes disséminés au hasard des rues, se partagent les mille petits boulots qui leur sont réservés : tra­vaux trop peu rentables ou trop dangereux. Ces gosses issus des couches les plus indigentes ponc­tuent l’environnement urbain de leur présence juvénile avec simplicité et spontanéité. Fauchés mais sou­riants, lumineux mais modestes : ils ne connaissent ni l’angoisse du lendemain ni celle du temps qui passe. Leurs journées s’écoulent avec une fatalité rendue banale tant il n’existe que peu d’issues, à l’image des eaux chargées d’immondices charriées par le fleuve, ils se dirigent béatement vers un avenir inéluctable, delta aux ramifi­cations variées et miséreuses d’une société généreuse mais incapable de donner ce qu’elle n’a pas. On dit qu’ils s’amusent d’un rien — ça tombe bien, ils n’ont rien. Chacun des gamins de mon quartier pourrait être le héros joyeux d’uncompte   d’Andersen moderne. Leurs straté­gies de survie sont des fables pour enfants de pays riches. Il y a Avinesh, petit gardien de buffles… Sunita, petite vendeuse de thé… Estha, petite ramasseuse de bouses de vache… Kerran, vendeuse de bou­gies… et bien d’autres encore. Malgré les risques connus de contamination, la pré­carité de leur situa­tion, les misères phy­siques, intellectuelles

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Je repère la motopompe, abandonnée momentané­ment, moteur en route. La pompe aspire l’eau boueuse qu’elle recrache simultanément dans le fleuve au travers d’un gros tuyau de caoutchouc qui louvoie nerveusement. Il y a des bulles énormes, le moteur s’emballe, quelques pèlerins restent impassibles, un buffle s’amène en trottinant au milieu des parasols de jute et de paille des brahmanes. Des touristes passent au loin dans une sorte de bateau-mouche, certains ont des mouchoirs sur la bouche à cause des microbes. Il est six heures du matin, Bénarès, Inde : la journée ne fait que commencer.

La vidange des égouts est un travail extrêmement insalubre, il sera confié à de tous jeunes garçons, pas plus de dix ans. En échange de leurs services, ils recevront de quoi s’acheter à manger. Ni soin, ni considération, ni même hébergement pour ces enfants orphelins ou abandonnés qui vivent dans les rues. Ils vont passer les semaines qui viennent à charrier les boues en se faufilant dans la puanteur fétide d’un cloaque malodorant. Maladies de peau, bronchites chroniques, malnutrition, retard de croissance…

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On est loin des accords internationaux concernant le travail des enfants. On pour­rait penser à une forme d’exploitation. C’en est une. Sauf qu’ici, il n’y a pas de hiérarchie, la relation patron-ouvrier répond à des lois héréditaires et reli­gieuses dont il ne viendrait à personne de trouver à redire. Là où on serait tenté de parler de classes sociales et de partage des richesses, cela se traduit en indien par échange réciproque. Difficile de com­prendre que nettoyer la merde des autres puisse être un honneur, mais c’est comme ça! C’est la condition nécessaire pour accéder à un sort meilleur dans une vie future, donc bon pour le karma… et puis ça permettra de manger à midi.

pourquoi les enfants travaillent-ils ?

Environ vingt millions d’enfants ne sont toujours pas scolarisés, dont une majorité de filles : 42 % d’entre elles fréquentent l’école primaire, contre 70 % des garçons. Deux facteurs expliquent cet état de fait : d’une part, la pauvreté - basses castes, paysans pauvres, urbains sans emplois ou mal payés ­et, d’autre part, le poids de la tradition - la faible valeur » sociale et économique des filles,

Ils sont deux arroseurs joyeux à diriger le tuyau vers le magma boueux qui recouvre les marches. C’est un bon job. Il commence à faire chaud maintenant et la vase rendue au fleuve libère tout un tas de trésors qui ont été charriés pendant les pluies: débris diverà,,.bouts de -matières plastiques, emballages, rares pièces de monnaies jetées en offrande l’an passé… ici, il y a belle lurette que l’on pratique le tri sélectif et la valorisation des déchets.

Plus loin, d’autres gamins chantent un remake de Frère Jacques ››, leur voix nous parvient depuis l’intérieur deségouts. La besogne avance. Le soleil monte dans te ciel. Le limon retourne auileuve et Ja pierre rose nettoyée et mouillée renvoie une lumière.agressive. Il fait mainte­nant trente-cinq degrés e il n’y a pas un nuage.

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LeS égoutiers ne chantent plus, on aperçoit de temps en temps un bras maigre et las sortir du conduit et vider un seau dehors. Pendant ce temps, le respon­sable des opérations, le seul qui percevra un salaire à peu près déCent, enivré d’alcool synthétique, est affalé à l’ombre du mur d’un ancien palais de maharaja.

Il paraît qu’aux Indes (on dit encore les Indes par un vague réflexe colo­nisateur, comme on disait les Amériques avant l’invention du hamburger), dans certains quar­tiers des grandes cités, les pauvres dorment dans la rue, en famille, à même le sol sur de grands cartons d’emballages. C’est faux. Les pauvres en Inde n’ont même pas de carton, ils n’ont parfois pas defamille non plus, et les rues, n’enparlons pas. Les Indes, c’est biensimple, on n’en voudrait pas cheznous. Ou alors en photos couchées sur du papier glacé avec des commentaires lénifiants sur les vaches sacrées, les planches à clous et sur ces grands types à lapeau cuivrée qui se baignent dans des fleuves peu ragoûtants pourse purifier l’âme…

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Les castes sont partagées en deux groupes :

Les impurs, de la caste des intouchables. Considérés comme des sous-hommes, tous les métiers dégradants et salissants leur’ sont réservés : travail dans les mines, cré­mation des corps, tri ou ramassag ordures. Caste abolie sans succès par Ghandi qui ne tolérait pas la discrimination dont ils étaient victimes.

Images traditionnelles de l’Inde, à l’heure des embouteillages des écoliers, issus de familles « riches » et vêtus d’uniformes, sont conduits à l’école dans un rickshaw hors d’âge. D’autres enfants, hilares, analphabètes et crasseux,transportent du lait dans des seaux d’inox ou restent accroupis le long des murs, promenant un regard à la fois sombre mais lumineux d’un étonnement sans cesse renouvelé sur la vitalité exubérante de leur environnement. Les rues de New Dehli sont bruyantes et encombrées rick?shaws, bicyclettes, motos, vaches et humains E produisent une vague sonore éthérée qui ondule  dans la chaleur et la crasse.

Les Indiennes ont obtenu le droit de vote en 1930, bien avant les Françaises.

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De nombreuses lois ont été adoptées pour améliorer leurs conditions de vie. Ainsi, une loi, votée en 1997, interdit le système de la dot. Pourtant, donner naissance à une fille est toujours considéré comme une charge : elle ira vivre dans sa belle-famille et la dot sera versée pour son mariage. Les Indiennes sont souvent illettrées. Pour remédier à cette situation et améliorer l’alphabétisation des jeunes filles, leur scolarité est gratuite les cinq premières années. Le taux d’alphabétisation des filles n’évolue que très lentement. Il est passé de 30 % en 1981 à 39 % en 1991. Pour les autorités indiennes, la scolarisation des garçons semble rester prioritaire.

Les signes apparents de la modernité et l’existence urbaine de ses habitants flirtent avec les témoi­gnages d’époques ancestrales. La ville illustre à elle seule les paradoxes faits de modernité et de tradi­tion d’un pays qui possède des réacteurs atomiques depuis 1957, installe des plates-formes offshore per­fectionnées en mer d’Oman ou forme des ingénieurs informatiques ultra-performants, mais légifère pour instaurer une législation qui encadre le travail des éléphants et continue de laisser la priorité aux vaches, même si elles n’ont pas compris qu’il ne faut pas faire la sieste au milieu des rues.

  • • • de Delhi à New Delhi : une nouvelle capitale
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En 1912, les Britanniques délaissent Calcutta pour transférer le siège du pouvoir à Delhi, qui retrouve alors brièvement sa place
historique dans la vie politique indienne. Mais en 1929, la jugeant insalubre, les Britanniques décident de construire une
nouvelle ville, New Delhi, au sud de la vieille ville. En 1931, ils inaugurent la cité administrative aux larges avenues et pouvant accueillir
65 000 fonctionnaires. Dès lors, New Delhi se développe rapidement, et aujourd’hui on lui attribue une population de plus de 12,5 millions d’habitants  (avec une prévision à 21,6
millions en 2025).

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Je roule vers le nord-ouest, cap sur Amritsar tout près de la frontiè­re avec le Pakistan ; le train est indien, un vestige de l’Empire colonial à en juger par le pénible tchacatchac » des roues qui résonnent dans le wagon et le système de propulsion de la locomotive — la vapeur. Les Indiens achètent leurs billets en fonction de leur caste d’apparte­nance, les plus riches voyagent en première classe climatisée, les moins nantis s’installent sur le toit — les intouchables n’ont pas le droit de fréquenter les lieux des gens de castes supé­rieures. Je me contente du service ordinaire et de ses banquettes de bois ; c’est le plus surchargé. Un guidon de bicyclette dont le propriétaire m’envoie des sourires désarmant vient régulièrement heurter mes côtes. La poussière et la chaleur sont évidemment aussi du voyage Dans cette province du Pendjab, même si la majorité des habitants actuels est musulmane, c’est ici le berceau des sikhs, branche rebelle de l’hindouisme qui rejette le culte de la divinité, ne tolère ni sacrifices, ni rituels.

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Les Sikhs

(littéralement : « ceux qui apprennent ») tentent de combiner  en une seule foi le meilleur de l’Islam et de l’Hindouisme.Les fidèles les plus respectueux des enseignements de leur maître spirituel Guru Nânak respectent dans leur tenue le principe des cinq

les cheveux ne sont jamaiscoupés,

Kangh : ils sont proprement maintenus par un peigne de bois,

Kirpan :

Kara : le bracelet autour du bras qui tient l’épée,

Kacch : longues culottes.

Je visite les différents sites religieux de la ville. Quel que lJ soit l’objet des différentes dévotions, à proximité des édifices se ressent la même blancheur et le même apai?

  • sement, les architectes ont veillé à ce que la pierre par­ticipe à la spiritualité des lieux, qu’elle pénètre l’âme
  • des hommes. On dit qu’il n’y a qu’un seul Dieu en haut

de la colline mais plusieurs chemins pour atteindre son

sommet ; cette ambiance similaire de piété et de joie ro transmise par le culte que je rencontre partout serait?

  • elle la preuve de la capacité des hommes à conjuguer

leurs croyances ? On dit aussi que la fabrication de la 413 coupole du Har Mandir Sahib, le temple d’or d’Amritsar,

a nécessité l’emploi de 400 tonnes d’or. Je me mêle 2 2 aux pèlerins sikhs et pénètre dans la fraîcheur relative

 

En novembre 1984, pour répliquer aux mesures répressives prises à

l’encontre des Sikhs dont le mécontentement provient

d’une partition de territoires

effectuée en 1947 lors de l’indépendance de l’Inde, deux d’entre eux, membres de la garde présidentielle, assassinent le Premier ministre : lndira Gandhi.

Des émeutes éclatent alors dans tout le Pendjab et font plusieurs milliers de victimes. Une situation proche de la guerre civile qui marque l’opposition historique entre les confessions .s k.hoest hindoue.

de l’édifice. Les soieries brodées des visiteurs nom­breux, le pacifisme et l’allégresse apparents des rap­ports humains, la sobre richesse des ornements confèrent à l’ensemble un goût de pureté élégante et de calme qui tranchent avec les villes que j’ai quittées. Difficile aussi de penser que nous sommes à quelques kilomètres d’une frontière entre deux pays parmi ceux qui se haïssent le plus au monde (même si, aujour­d’hui, ces ennemis de longue date n’ont jamais été aussi près de ‹< normaliser » leurs rapports). Difficile aussi d’imaginer que ces lieux ont été le point de départ meurtrier (des centaines de pèlerins furent mitraillés par l’armée hindoue dans la piscine sacrée) d’une rébellion initiée par les sikhs et qui a fait des milliers de morts dans les années 1980.

• • • • •lotus, fleur des dieux ? Les racines du lotus plongent dans la glaise fangeuse des marécages pour s’épanouir à la surface en une corolle d’une pureté audacieuse. Le lac sacré de Pushkar est, dit-on, né d’un lotus que Brahma aurait laissé tomber des cieux. Une fleur tombée du ciel méritait bien un temple, celui-ci a été bâti sur ses rives : marbres, enluminures, colonnes ciselées…

On dit que les femmes du Rajahstan sont parmis les plus belles du monde. En tout cas les plus 3 élégantes. Leurs saris de coton aux assorti--0 ments de couleurs audacieux sont copiés par la haute couture (Ritu Beri, originaire de New Dehli, vient de signer quelques collections du prêt-à-porter Scherrer) et leurs bijoux les accompa­gnent même dans les travaux les plus rudes. Nous sommes pourtant dans une région où il ne fait pas bon naître sous le sexe féminin. Même si les infanticides régressent (grâce à l’IVG après prédiction du sexe, légale en Inde depuis 1971) et même si la famine disparaît, l’arrivée d’une fille est davantage perçue comme une bouche ro inutile à nourrir et signifie le montant d’une dot

La vallée de Pushkar est renommee pour ses innombrables temples hindous s’échelonnant sur les rives du lac sacré. Chaque année, lors de la pleine lune du mois lunaire de Kartik (octobre-novembre), des milliers de fidèles hindous viennent rendre hommage au dieu Brahma, divinité de Pushkar. La nuit venue, les pèlerins se rendent sur les ghats les plus sacrés et se purifient s eaux gla

Je m’engage, suivi par quelques enfants curieux et silencieux, sur une route à une voie qui serpente jusqu’aux collines environnantes… le coucher du soleil sur les constructions blanches, le lac dans lequel se reflètent les façades rougies par le soleil couchant et le désert qui s’étend alentour confèrent une impression féerique. D’un temple éloigné par­vient une musique traditionnelle, sitar et tabla, jouée par des musiciens que je devine concen­trés et enturbannés. Contrairement aux appa­rences, la musique indienne n’a pas vocation à favoriser la méditation, elle s’écoute tout simple­ment comme du jazz, permet juste de s’envoler un instant, de savourer l’ambiance sirupeuse d’une soirée passée sur les hauteurs, le temps de griller un bidi (minuscule cigarette faite d’une simple feuille roulée) et d’avoir le sentiment qu’une fois dans sa vie on a pu jouir du temps arrêté.

Je décide de rejoindre Udaipur par le train de nuit. Mon billet de seconde en poche, je m’installe dans un compartiment avec trois hindous à l’élégance toujours marquée, cheveux impeccablement gominés et pei­gnés, veste à col mao posée sur un gilet de laine à grosses mailles et une chemise qui semble sortir du repassage. Nous nous partageons les quatre cou­chettes aux draps blancs immaculés et puis, comme il n’y a pas de place pour s’asseoir, je fais comme eux, je me couche . avant même le départ, on m’invite

avec insistance à prendre la couchette supérieure et je fais les remerciements d’usage avec fortes démons­trations gestuelles. Dans le compartiment où la cha­leur est éprouvante, j’essaye de rester immobile, de calmer mon rythme cardiaque pour supporter la tem­pérature du wagon de tôle chauffée au soleil toute la journée ; malgré tout, mon drap est rapidement ouillé de sueur.

‘Heureusement, le Chetak Express s’ébranle lentement et ‘,quitte la ville au pas. Il se lance ensuite à un bon 40 km/h à travers la campagne aride et buissonneuse, un vague filet d’air chaud du désert me parvient depuis la fenêtre et m’apporte tout juste de quoi respirer. La nuit est tom­bée, un lumignon tremblote au-dessus de ma tête, un coup d’oeil sur mes voisins et je me rends compte que la couchette du haut, située en aval de la marche du train, est la moins bien aérée — le vent fait bouger leurs draps, les miens sont comme plombés.

Udaipur : « Cité de l’Aurore », « Venise de l’Orient », « Ville du lever de soleil », chaque guide touristique propose sa version. On y met surtout en avant le tournage du film de James Bond, Octopussy, en oubliant que Fritz Lang y a tourné Le tigre du Bengale et que l’industrie cinématographique indienne, la plus prolixe du monde, a bien dû y tourner quelques mélos dont elle a le secret. Mais l’essentiel de la cité n’est pas là, nous sommes dans le fief du plus haut dignitaire des Rajpoutes, le maharana Udai Singh. La ville apparaît délicate, fragile comme un coquillage ciselé par des doigts de fées, le romantisme des bâtiments couleur du sucre confine à l’enchantement… on la dit féminine — je confirme. Pas une fenêtre, pas un linteau qui ne portent la marque d’un orientalisme emprunt de religiosité : ici une fleur gravée, ici un trumeau encadré de deux colonnes incroyablement ouvragées, ici une représen­tation de Shiva, ici… de la dentelle ? Non, une simple balustrade de pierre sculptée. Chaque bâtisse, de la plus modeste à la plus extravagante, s’écrit en pleins et en déliés, le tout souligné finement à la règle avec une plume de colombe.

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Après le calvaire du train, un peu de luxe ne nuit pas : conformément aux habitudes locales qui veulent qu’un riche ne se déplace surtout pas à pied, un taxi me dépose abso­lument au ras du perron du Jag Nivas.

Les Rajpoutes vivent dans le centre et dans le nord de l’Inde. Ils parlent le hindi mais n’hésitent pas à employer localement un des 1 600 dialectes recensés dans tout le sous-continent indien — le sous-continent comprend huit pays : Inde, Népal, Bhoutan, Bangladesh, Pakistan, Afghanistan, Maldives, Sri Lanka). Descendants des tribus d’Asie centrale qui envahirent la région vers le ve siècle, ils ont fini par s’intégrer aux sociétés hin­doues locales en fonction de leur rang respectif. Les chefs et les nobles s’assimilèrent à la caste des kshatriyas (guerriers) et les sujets, inférieurs à la classe des sudras (agriculteurs). Depuis l’in­dépendance en 1947 et la création de l’État du Rajasthan l’année sui­vante, les uns ont reçu des postes de gouverneurs ou de hauts fonc­tionnaires, les autres ont attendu mon passage pour me montrer leurs troupeaux de moutons ou m’inviter dans un cercle de conver­sation improvisé et me questionner — dans un bricolage d’anglais, de gestes éloquents et d’expression du visage au lexique universel — sur ce que je sais du reste du monde.

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Pas question de traverser l’Inde sans s’interroger sur t2 la mosaïque de religions posées en vrac qui la

constelle. Ce n’est pas si compliqué : près de 80 % des Indiens sont hindouistes, la deuxième religion, c’est l’islam avec 100 millions de fidèles (14 % de la in population), pour le reste on compte des bouddhistes, (i) des jainistes, des sikhs, des zoroastriens, auxquels -0 s’ajoutent des minorités chrétiennes et juives.

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En revanche, pour qui veut s’initier aux subtilités a) d’une de ces pratiques, de ses codes ou de son voca­bulaire, une vie bien remplie ne lui suffira sans doute pas, à tel point que chacun propose de continuer le chemin dans l’au-delà. Évidemment, ça se mérite ! En ce qui concerne la réincarnation (hin­douisme, bouddhisme, jaïnisme), les actes de l’esprit, la parole et le corps produisent des particules de matières infra-atomiques, c’est ce qu’on appelle le karma. Celui-ci, consécutivement à sa petite taille, est très susceptible et la moindre petite contrariété (infra-contrariété ?) pourrait contrarier vos projets pour la suite, après votre mort terrestre. Le karma est très sensible à la violence par exemple, certains adeptes les plus radicaux se voilent la bouche pour ne pas avaler d’insectes par inadvertance et essuient délica­tement l’emplacement où ils prévoient de s’asseoir pour éviter un génocide de micro-organismes.

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  • les Jaïna et les temples de Delwara

Au nombre de trois millions, la communauté des Jaïna a une influence en Inde due à son passé, mais aussi à son rôle actuel au sein de la République indienne. Relativement aisés, agriculteurs, commerçants, industriels ou hommes d’affaires, installés dans tous les grands centres, les Jaïna consacrent une forte part de leurs richesses à des oeuvres d’entraide, à l’instruction de leurs membres et à la construction de temples.

La tradition dont les Jaïna se réclament remonte à la moitié du premier millénaire av. J.-C Ils firent élever, sur le Mont Abu, les deux temples de Delwara, en marbre blanc délicatement poli et ciselé : le temple Vimala Vasahi (1031-1043) consacré au premier prophète, Adinath, et le temple louna Vasahi (1230) dédié à Neminathe, le vingt-deuxième Tirthankara.

Plus modestement, la plupart des initiés se contentent de respecter au mieux les trois enseignements : une foi juste, une connaissance juste et un comportement juste. Beaucoup d’entre nous n’auront pas besoin de se faire immoler dans le Gange, c’est déjà trop tard.

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Pour percevoir d’autres subtilités, rien ne vaut une visite au Jaya Sthamba, temple de neuf étages érigé sur le mont Abu. C’est dans l’art indien traditionnel que l’on peut repérer (avec l’aide d’un guide ou de solides lectures) toutes les sub­tilités des conceptions philoso­phiques des écrits fondateurs :

fusion de la chair et de l’esprit, symbolisme complexe des orne­mentations qui figurent le temps comme la matrice de l’éternité ou la silhouette féminine comme l’ex­pression du mystère du sexe et de la création ».

Tout cela est bien complexe, ce que je ressens pendant la visite, c’est surtout l’énergie, le rythme et la volupté féconde de ces sculptures humaines ou géométriques. On comprend mieux pourquoi la conception du monde promue par les anciens bouddhistes et jàinistes ait essaimé à travers toute l’Asie comme un fleuve en crue dans lequel on a envie de se laisser emporter.

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le temple de Raknapur

sur la route entre Udaipur et le mont Abu •

La route maritime de la soie

Dès le Moyen Âge, l’océan Indien et le golfe de Bengale étaient sillonnés d’embarcations de marchands en provenance d’Arabie ou plus loin encore de l’Égypte via la mer Rouge.

Ils profitaient des vents de la mousson pour venir quérir des h 4* e étoffes de coton, des épices, des drogues, des médicaments, de la porcelaine et des produits manufacturés comme certaines r armes qui permettaient en outre de faire un peu de brigandage en chemin. Pendant un voyage de près de trois mois, il faut bien s’occuper un peu.

J’ai le sentiment que, plus j’essaye de  comprendre, plus ça se complique. Un petit tour en ville me détendra, encore que pour se détendre ici il faille s’accommoder des 43 000 personnes au mètre carré qui tentent de faire la même chose et d’un trafic dan­tesque. Bombay est sans doute la ville la plus densément peuplée du monde, à toute heure du jour, c’est comme le métro de Paris aux heures de pointe.

Les Portugais l’avaient baptisée Bom Bahia (< la belle baie ») et profitaient de l’accueil (z5 douillet de ce qui n’était qu’un village de 1-1 pêcheurs, les Anglais en ont fait un comptoir et

y ont installé le siège de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Depuis, on bétonne à tout  va et les Indiens, du plus nanti au plus fauché, s’y sont donné rendez-vous.

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Bombay a récemment été rebaptisée Mumbai : volonté de changement, de tendre vers l’avant, la ville voudrait jouer dans la cour des grands et devenir par son dynamisme commercial une sorte de Singapour indien. Pourquoi pas ? Une partie du potentiel est là. Mais pour l’instant, Bombay reste une ville duelle d’un côté, cité portuaire tournée vers le commerce international avec ses activités administratives et financières ; de l’autre, un entasse­ment humain livré à la survie où règne une économie qui ne s’étudie pas dans les livres. À proximité des buil­dings ultra-modernes, dix millions de personnes vivent dans le plus gigan­tesque bidonville du monde. À Dharavie, bidonville réputé qui semble s’étaler à l’infini entre deux voies de chemin de fer, pendant la période qui précède la mousson et où les températures dépassent large­ment les quarante degrés, je circule avec un foulard sur la bouche et le nez : une puanteur de boue et de charogne, d’eau croupie, relayée par celles des tanneries de cuir installées non loin. Un effluve nauséeux de matière fécale, de cimetière vivant, catacombes bourdonnant d’une ville submergée par tous ceux qui ont fui la misère rurale, abandonnant la ruralité des États voi­sins du Maharashtra dans l’espoir d’une vie meilleure. C’est sûr, les gens qui squattent ces abris de tôle et cohabitent avec les rats et les corbeaux omniprésents ne le font pas pour entendre la poésie des averses de mousson crépiter sur le toit. Quoi qu’en dise mon hôte navigateur, il faut vraiment avoir crevé de faim ailleurs pour supporter pareilles conditions.

« Voyager, c’est demander à la distance ce que le temps ne peut nous donner que peu à peu » écrivait Paul Morand. En Inde, sortis des villes, la léthargie ambiante donne par­fois l’impression de conjuguer les deux. Le bus des Compagnies publiques indiennes brinquebale et se traîne laborieusement, casse son rythme par des arrêts intempes­tifs et les kilomètres s’égrènent avec une lenteur qui exaspère le voyageur occiden­tal que je suis. Les Indiens ont-ils inventé le yoga pour supporter la lenteur ou inventé la lenteur pour tester les limites du yoga ? Je sens que mes chakras se referment et je mobilise toute mon énergie pour rester cool.

L’état de la route est identique à celui des sièges et un nid de poule mal négocié par le chauffeur fait basculer l’impression­nant cubage de matelas que nous trans­portions sur le toit. Aucun dégât, mais le nouveau ficelage de l’ensemble stimule les compétences des autres voyageurs, Pratiquement tout le monde est monté sur la galerie et le moindre noeud donne lieu à des discussions aimables et argu­mentées qui repoussent encore un pe plus les frontières de l’espace-temp

jayanaeir fut la capitale de l’un des plus vaste, empires hindous l’histoire de

Fondée en 1356, elle atteignit son apogée sous le régne de Krishna Devanaya (1509-1520 qui contrôlait toute la région. La prospérité de la ville provenait du commerce des épices au sud et de l’industrie du coton. L’empire fut anéanti en 1565, date à laquelle la ville fut mise à sac. Aujourd’hui, ces ruines constituent l’un des sites les plus fascinants, dans un décor insolite et grandiose, parsemé de rochers aux formes rondes.

fils et la remplaça par la tête du premier animal rencontré. Ganesh est la divinité des arts, de la connaissance et des sciences. On l’honore toujours avant un spectacle.

Ganesh, omniprésent • • Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, est le fils de Shiva et de Parvati.

C’est probablement Vielle la plus populaire du panthéon hindou.

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L’arrivée à Hampi me le confirme : cette fois, c’est sûr, le temps s’est arrêté. Pendant cinq siècles, cette ville est restée figée, comme morte. Ancienne capi­tale du royaume de Vijayanagar qui dominait tout le sud de l’Inde, elle a été vidée de ses occupants par des envahisseurs musulmans. Seuls des pèlerins hindous ont continué à fréquenter ses temples jus?

qu’à une récente réincarnation en ville touristique et un nouvel essor. C’est ici que l’on trouve la plus grande quantité de représentations de Ganesh (dieu à tête d’éléphant) ou de temples dédiés à Vishnu (la trinité hindoue est composée de trois membres : Brahma, Vishnu et Shiva. Brahma est né d’un lotus surgit du nombril de Vishnu). Hampi, ce sont trente kilomètres carrés de temples, de ruines et d’énormes rochers posés çà et là comme de gros ani­maux endormis au milieu desquels passe une rivière placide et lustrée comme un chrome.

D’autres bêtes, bien vivantes celles-là, cavalent en tout sens et apportent un peu d’activité dans cette chaleur accablante mais moins humide qu’à Bombay ; ce sont des singes macaques, me semble-t-il — on les appelle ici des black-nose. Ils sont partout, grimpent sur les toits, grouillent sous les rochers, se suspendent aux arbres, s’épouillent ou forniquent sur les multiples statues de divinités. Les singes bénéficient de la croyance hindoue selon laquelle tout être vivant porte une parcelle de divinité et ne peut donc être tué. Fléau sacré et surtout choyé par cette surenchère d’attentions, ils se comportent en enfants gâtés

et s’autorisent toutes les exactions : vol de sacs à main, d’appareils photo, de couvre-tête,projection de pierres… (On cite aussi la défenes tration d’un nouveau-né arraché à sa mère.) Ils ne risquent au pire que d’être ramenés dans la

jungle de bambous et d’arbres à palmes où les guépards qui profitent du même statut risquent de leur réserver un accueil moins aimable.

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Les apparences sont trompeuses, l’Inde n’est pas un pays qui somnole. À l’opposé de nos philosophies matérialistes, d’une recherche systématique de la raison ou de preuves scientifiques qui caractérisent la science occidentale, la pensée orientale donne l’impression de privilégier le travail sur soi, la méditation transcendantale et la sagesse. On l’a cru contemplative et inapte au raisonnement logique, c’était oublier que, dès l’Antiquité, les Indiens avaient la maîtrise du système décimal et utilisaient le zéro. À l’heure de l’effondrement de l’Empire romain, les performances de l’Orient et de (13 l’Inde en particulier étaient bien supérieures r.–1 aux nôtres dans des domaines aussi vastes

que la botanique, l’astronomie, la minéralo­gie ou l’agriculture. Le paradoxe veut que le compas de marine inventé par les Chinois et introduit en Europe via l’Inde, en permettant.

Mon travail est consultable sur mon site internet

 

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photographe humaniste

La pratique de la photographie contient de petit rituels…des petite habitudes, des rendez vous…
Ma première année de formation fut marqué par un refus absolue de regarder le travail photographe internationaldes références de la photographie, des maitres qui ont ponctué son histoire et composé sa richesse! Si si!
Une histoire véridique à laquelle François Canard , mon maitre de stage, mis un terme dés mon arrivé au conseil général de Toulouse! Depuis, bien au delà des cours de sémiologie de l’image, d’histoire de l’art, j’ai dévoré texte et images de nos maitres sans redouter d’être trop influencé et de perdre une originalité que j’espérais génial :) ….En fait j’étais certain d’avoir inventé le fil à couper le beurre, quelle déception!
La photographie, par essence, est un art ouvert et en constante mutation! Les œuvres, les créations et les artistes cultivent la différence, ignorant le sectarisme, » les nuances » social ou les obédiences…
Le petit rituel d’aujourd’hui n’a aucune prétention professoral, c’est pour moi juste l’occasion de vous faire partager mon amour pour ces génies, ces hommes simples et juste

Jacques Henri-Lartigue
Quelques 100 000 négatifs ont été légué à l’état! Une production couvrant 70 ans de notre histoire collective. Lartigue ne photographiait que pour le plaisir, une sorte de hobbies qui le suivra toute sa vie dans les instants les plus heureux de son existence. Son appétit de vivre lui à permis de jouir librement et sans excès d’un milieu très favorisé dont il extrayait le nectar avec un talent d’homme généreux et intarissable. Son état de conscience ajouté à ces qualité humaine lui permirent de créer une œuvre vaste et sensible, résolument optimiste et joyeuse. C’est aussi l’œil d’une classe aisée sur un pays en dangereuse mutation, une époque agité ou une minorité nantie profite avec délectations des plaisir d’une éphémère existence.
Des années lumineuse parcouru de vrais plaisirs ou le rêve semble presque suspendue dans notre réalité. Il ce disait photographe du dimanche!
Que de modestie dont bon nombre d’entre nous ont oublié jusqu’au simple sens!
Mon site internet vous permettra de découvrir mes différents domaines de prédilection, mes activitivités photographiques dont la porté ne serait ce comparé qu’a un pouilleme minimaliste de ces hommes dont l’humanité et la générosité ont témoigné à leurs façon d’une époque déjà lointaine.

photojournaliste ou photojournaliste

De photo-journaliste à photo-journaliste de mariage
En 2007, je m’essoufflais…Depuis 15 ans sur les routes de notre si vaste planète, j’agonisais. J’étais de ceux qui survivais dans l’univers impitoyable de la photographie dite de reportage….d’agence en éditeur ….De continent en pays, d’organisme non gouvernementaux en organisme très officiel, j’égrenais lentement mais surement l’essence même de de mon existence, ce qui en faisait la substance depuis si longtemps…Ma liberté tant chérie, mon outil de travail perdait de jour en jour de l’intérêt!
Mes conceptions du monde ce sont pourtant bien affermies, mais l’ensemble c’est ébranlé, improbable et pourtant j’étais toujours farouchement passionné!

Comment, quoi, où, tout ces amoncèlement d’images …pour quoi faire finalement…La délicatesse ou la rudesse du monde que je continue de rêver au travers de mes engagement humanitaire. Cette remise en question , ce désir d’authenticité qui s’évapore devant les famines, les crises en tout genre. Mais sous l’écorce du monde je ne découvrais souvent que souffrance et intolérance.

Ralentir, ce poser quelque part ou l’on aime à flâner ,regarder comme ca le temps s’écouler avec délicatesse et volupté. Puis mes enfants sont arrivé et l’espoir d’absolue et de renouveau. Mon regard altéré devait ce renouveler, ce resourcer!D’autre travaux, en France ou en Europe, plus…moins….enfin très différent ont participé à cette régénération vital! La richesse de notre profession, l’apprentissage indéfini pousse chaque photographe au dépassement et à une certaine forme de modestie(du moins cela devrait être automatique!).

Mon travail est pésenté sur mon site internet ainssi que toute les prestations à ce jour disponible.

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En canoë sur le canal du Midi

Toulouse.

De Toulouse à Sète, de l’esplanade du Capitole de la ville rose au pied du Mont Saint Clair de l’ancienne Setius Mons (Sète), du ring de Nougaro à la guitare de Brassens, il existe un chemin de randonnée aussi tendu qu’une route à la travers la forêt : un canal dont l’eau est aussi verte que les briques des Minimes sont rouges et dont le nom n’indique pas seulement une direction mais donne l’heure du départ : Midi. Une quasi ligne droite aux rives aussi buissonnières qu’un chemin pour l’école : Carcassonne et ses remparts, Bram et ses hérétiques aux yeux crevés, Malpas et son tunnel, mais aussi des coteaux de vignobles, ses 328 ouvrages d’art : ponts, tunnels, digues, écluses, aqueduc, moulins à eau, déversoirs, ses spécialités culinaires aux noms truculents : cargolades, garbure, Bourrides de Narbonne, poutoux de Béziers et Bouillabaisse… Un canal bordé de platanes bicentenaires et de cyprès, d’iris sauvages et de mûriers, jalonné d’écluses au bassin en forme d’olives, autant de haltes où des riverains à l’accent couleur de rocaille semblent ne se soucier de rien et se gardent bien de lancer le cochonnet face au soleil.
Alors, même si nos amours sont aussi ratés que nos garagistes sont indélicats, nos horaires impossibles et nos examens échoués, notre courrier recommandé tandis que nos fréquentations ne le sont plus mais surtout parce qu’il faut exister et non se contenter de vivre, laisser la fourmi devenir cigale et savoir botter le quotidien en touche, l’envie m’a pris de tracer un sillage dans l’eau, de balayer l’ordinaire derrière moi à coups de pagaie et le laisser se disperser en vaguelettes qui iront mourir doucement sur les berges.

Equipé d’un canoë de course en ligne, 12 kilos de carbone pur chargés au minimum : un duvet, une tente, une cafetière, une bouteille de cru minervois médaillé d’or au concours agricole et deux ou trois autres bricoles indispensables logées dans des sacs étanches, j’ai décidé de tailler ma route droit vers la mer. 241 kilomètres de quasi solitude en sur une carène légère comme une plume et issue de l’empreinte d’un coup d’épée dans l’eau. Une trentaine de kilomètres par jour avec la garantie de huit jours de paix et d’apesanteur dans un royaume entre parenthèses, au cœur d’une marge qui ondule au centre d’un monde forcément plus terre à terre. De quoi exaucer aussi ce vieux rêve de compétiteur, continuer la course au-delà des milles mètres qui séparent les lignes de départ et d’arrivée, vérifier si les paroles de Nougaro dont les cendres flottent quelque part sur la Garonne voisine tiendront leurs promesses de jours meilleurs : « Ah tu verras, tout recommencera, qui vivra verra… » Alors qui m’aime se garde bien de me suivre et me fiche la paix jusqu’à la Méditerranée, jusqu’à l’étang de Thau et jusqu’au matin du monde, le temps de réaffirmer ma capacité à faire face aux obstacles et d’éprouver l’envie restituée d’ouvrir la porte sur le premier jour du reste de ma vie.

Avant de partir, un petit tour en ville s’impose. Recette toulousaine : prenez de l’argile comme celle que l’on trouve dans les plaines alluviales de la Garonne, modelez en un parallélépipède, faites cuire jusqu’à durcissement, recommencez, empilez avec art : Faites des arches, des voûtes, des ponts, des églises, ajoutez un soupçon de grés et de marbre pour les pilastres d’une bâtisse que vous appellerez Capitole et qui subséquemment abritera les administrateurs de la Cité, les capitouls. Offrez vous le luxe d’inventer un style inspiré de ce qui se fait plus haut dans le nord mais mâtinée du savoir faire local : le gothique méridional, vous obtiendrez une ville à nulle autre pareille. Une création urbaine à l’atmosphère changeante, rose le matin, rouge le midi et mauve au crépuscule, un endroit où accessoirement vous pourrez vivre, ou bien comme beaucoup ne faire qu’y passer en vous promettant de revenir plus longuement. Venir voir Toulouse, c’est comme rendre visite à une très vieille tante que l’on croyait alitée dans un coin de province depuis le Moyen–Age et puis découvrir qu’elle est plus active que nous. On la croyait renfermée derrière ses rideaux comme des remparts, avec des soupçons de thésaurisation, de la poussière sur les vitres et une activité tournée sur elle-même. On l’imaginait profiter de sa situation charnière entre Guyenne et bas Languedoc et sa position en plein cœur d’une riche zone agricole, grenier à grain réputé, pour s’octroyer les taxes garantes d’une retraite confortable et on découvre que les remparts sont détruits depuis des lustres, les rats et les puces vecteurs de la peste se sont enfuis par les fenêtres ouvertes d’où on voit passer les derniers produits de l’aéro-spacial, et son université millénaire se porte comme un charme. N’eut été le récent accident d’AZF dont les mémoires restent à juste titre meurtries, on pourrait dire que la ville est en plein boum. (note de l’auteur : on la garde cette phrase ? même si ce n’est pas « politiquement correct »).

Je quitte mes attaches terrestres à Toulouse dans le port de L’Embouchure pour rejoindre en quelque sorte le monde des hommes (mauvais jeu de mot : le canoë de course en ligne est le seul sport au monde interdit aux filles). Lorsque le corps fournit un effort, le cerveau expédie l’oxygène vers les muscles, il est mis au repos d’office. «…Je me réveillerai, tout rayé de soleil…des palmiers plein les cieux, ah le joli forçat » : c’est consigné dans la chanson, le sport promet une vie encore plus rose que ne le ferait aucune drogue. J’ajuste ma position, bien en ligne, en canoë faire face est une obligation, un genou coincé dans un bloc de mousse dense, une jambe tendue vers l’avant, le reste du corps perpendiculaire à la marche, je sangle mes pieds, repère la position de mes mains sur le manche, repousse la berge lentement, trouve l’équilibre… Si le canal est un fil, je suis funambule. Top départ : un biréacteur prend son envol au-dessus de Blagnac et rappelle le constat de Saint Exupéry : « Avec l’avion nous avons inventé la ligne droite ». Erreur, avec ce fossé qui courrait dès le XVII ème siècle entre la mer et l’océan, le canal était en avance sur le progrès. Devant moi s’ouvrent deux voies, je snobe celle de gauche, le canal de Garonne qui s’en va longer la rivière du même nom, inapte à la navigation une partie de l’année, et m’enfourne sous le pont de droite, direction la Méditerranée. Un coup de pagaie pour moi, un coup de pioche pour les 12 000 ouvriers qui ont ouvert le passage, 14 ans de pelletage et 7 millions de mètres cubes de terre, la fine étrave imprime tout de suite son tempo, une cuillère pour papa, une cuillère pour maman, et un, et deux, et trois, je plante la pagaie loin devant, ramène l’eau vers l’arrière et corrige le cap à chaque brassée. A peine les rumeurs de la ville s’éloignent derrière moi que déjà je trime, courbé sur le manche de mon outil, agenouillé face au vent d’Autant qui pousse d’emblée en sens inverse et me rappelle d’autres paroles du chanteur boxeur toulousain : « Il y a des coups, des beaux coups, beaucoup de vent ». Qu’importe, rien ni personne ne m’arrêtera, naufrages et abandons de poste interdits. De la friction naît l’énergie et je sais ce qui m’attend : d’infinies lignes droites noyées dans la brume de chaleur et bordées de quelques 45 000 platanes, des horizons intouchables, irradiés de ce soleil d’août qui transforme l’eau en plomb fondu… le bonheur.

Seuil de Naurouze, réservoir de St Férréol.
Deux jours plus tard, je termine en roue libre jusqu’à l’écluse de l’Océan et m’arrête au seuil de Naurouze, le point culminant du canal, 189,43 mètres au-dessus du niveau de la mer, « Laquelle ? » a ajouté un petit malin sur la pancarte (pour info, le niveau de la mer, on le mesure dans le vieux port de Marseille, et c’est valable pour toutes les mers). C’est ici la limite de partage des eaux, celles qui arrivent par la Rigole de la Plaine depuis le bassin de Saint-Férréol situé à trente-cinq kilomètres (lui-même mis à niveau par les ruisseaux de la Montagne Noire) se déversent dans le canal en fonction des besoins en navigation et en irrigation (sauf lors des années de sècheresse où les éclusiers devenus avares en eau s’obstinent à gaver leur écluse de bateaux avant d’en ouvrir les portes) soit du côté de l’Atlantique, soit vers la Méditerranée. Je suis à mi-chemin entre l’Est et L’Ouest. Il faut imaginer Pierre Paul Riquet, le biterrois très « grand siècle », perruque et chemise à jabot arpenter la Montagne Noire accompagné de son sourcier pour rechercher le point idéal où amener l’eau qui servirait son projet de « Canal royal de Languedoc ». On raconte que c’est en observant l’eau raviner de part et d’autre d’un caillou qu’il eut l’idée de l’alimentation de son canal.
Souvent présenté en génial inventeur et patron moderne et social, mais plus rarement comme ce qu’il devait être : un gabelou brutal, chargé de collecter l’impôt sur le sel, un héritier aux dents longues et à la limite de la mégalomanie. Il fut sans doute le premier affairiste à comprendre que de bonnes conditions de travail améliorent le rendement et s’il a su convaincre à la fois Colbert et les évêques locaux de financer un vieux projet de canal « d’entre deux mers » ce n’est pas certainement pas pour des motifs humanitaires. A l’un, il fit miroiter le passage des bateaux de guerre qui éviteraient ainsi les 3000 kilomètres du détour par Gibraltar et obtint en échange pour les autres le droit de persécuter les huguenots comme bon leur semblait. De quoi assurer à ses descendants sur plusieurs générations un train de vie princier car lui-même décèdera alors que les dernières lieues étaient en voie d’achèvement, il ne lui aura manqué que quelques mois pour assister à l’inauguration de son œuvre en mars 168l.

Castelnaudary. P 14/15

J’aborde la capitale du cassoulet avec une faim de loup. Entorse aux principes touristiques, je n’en mangerai pas. Si j’abandonne mon menu régulier depuis le départ, nouilles chinoises mélangées avec une portion iophylisée pour quatre personnes de soupe à la tomate, c’est pour le grand luxe : une boite de confit de canard aux lentilles cuisiné à la graisse d’oie de la maison Spanghero, artisanerie locale qui fabrique accessoirement des rugbymen.
850 grammes plus tard, je tends la main pour cueillir mon dessert, des mures grosses comme des pastèques et une fois vidée ma bouteille de vin du minervois (il parait que le vin calme les douleurs musculaires), je la remplis de l’eau du canal, un cru de choix pour ma collection « des grands cours d’eau du monde ».
Quant à la ville, elle ne s’ouvre pas à moi si facilement. N’en déplaise à feu Amaury de Montfort qui se résigna après huit mois de siège durant la croisade contre les Albigeois, rien ne m’empêchera de trouver un endroit où passer la soirée intra muros, alors je lutte pour vaincre le pourcentage de la rue principale qui me rappelle les abus de mon tout récent régime alimentaire. Je m’assied enfin sur un tabouret de bar tenu par un ancien première ligne du quinze local et m’enquiers d’une boisson digestive non alcoolisée, provoquant ipso facto les questionnements du patron :
- « Tu es malade, con ? »
Malade non, barbouillé peut-être. L’homme me sert un verre d’un alcool aux vertus, parait-il digestive, et me fait profiter de ses connaissances culinaires. Il m’enseigne les origines du confit, autrefois davantage mode de conservation que recette : cuisson de la viande dans la graisse pour tuer les germes puis mise à l’écart de l’atmosphère dans des pots recouverts de cette même graisse. Il m’apprend finalement que la recette n’est pas « parfaite », s’en va essuyer quelques verres et revient en riant. Explication : « Les parfaits c’étaient des Cathares, ils étaient végétariens, pas vrai con. Ils ne pouvaient pas inventer le confit de canard, par contre, quand elle est fabriquée dans la région, la recette elle est parfaite, pigé con ?
« Les bars de nuit sont plus dangereux que la mer » écrivait Blaise Cendrars, confirmation. Je ressors de l’endroit bien tard pour un sportif moyen. Heureusement l’alcool dissout les graisses et pour rejoindre le canal, ça descend, con ».

Les parfaits, soient les plus engagés des chrétiens hérétiques Cathares respectaient la vie à tel point que découvrant un lièvre pris au piège ils libéraient l’animal, mais comme ils respectaient aussi le bien d’autrui, ils déposaient un écu en lieu et place de l’animal

.

Pages 16/17 ; 18/19

« On ne s’arrête jamais au pied d’une côte » ressassent les marathoniens en délicatesse avec leurs ambitions et ralentis par leurs ampoules et la perte de leurs glucides, j’applique la règle car depuis tout à l’heure, le canal monte et je plante sans fin ma pagaie dans du sable. Fatigue, chaleur, effet d’optique ? Ma fantaisie entre en compétition avec la réalité, j’ai le sentiment très net de voir la surface de l’eau s’élever jusqu’au point d’horizon, loin devant là bas. Trop loin ? Je m’accroche, je pioche, je croque le vide et je serre les dents. Je me retourne, derrière moi c’est sûr, ça va en descendant. Le canal se fait paroi et le kayakiste devient alpiniste. Il n’y a plus seulement le Sud et le Nord, il y a le centre où on est, il y a l’amont, l’aval et la marche du soleil, il y a les muscles qui tirent, les mains qui brûlent, les yeux qui clignent. Le canal, c’est l’axe, le centre tubulaire par où passe le flux de la vie, par où s’exerce l’effort qui permet de sentir vivre, alors je relance la machine ; surtout pas de fausse pelle, rester concentré sur son geste, répartir l’effort sur tout le corps, les jambes, les bras, le dos, regarder loin devant, n’être qu’un mécanisme ultra rodé, efficace de la pointe du pied à la visière de la casquette pour maintenir la vitesse et la coque déjaugée. La démonstration est à la fois visuelle et tactile, il s’agit de connaître par l’agir. Pour s’expérimenter et répondre à notre besoin naturel d’élévation, il ne suffit pas forcément de se hisser sur un piton de granit, alors il y a sûrement un Dieu au bout de cette route inconsistante et plastique, il existe bien un rivage final, une ouverture vers une lumière trop grande pour moi, un royaume hors de ce monde. Le canal, sculpté par l’homme dans les fondations rocheuses et telluriques de la terre nous fait exister avec des émotions et nous force à aller avec énergie à la rencontre de notre destin, sans faillir, ou presque. Si la confrontation avec l’effort devient complicité et confine au mystique, elle apporte un fatalisme joyeux. « Tu peux toujours monter, fan de chichourne, j’ai dit que j’irai au bout. Je l’ai dit ».

- « Hardi petit ! Me lance un peintre solitaire caché derrière son chevalet. L’accent est chantant et le ton sincère. Je crée un point d’équilibre, pose ma pagaie sur l’eau à ma droite, histoire de souffler un peu :
« – C’est beau ce que vous faites ?
- Non, affreux.
L’artiste me montre son œuvre.
- Effectivement, c’est affreux.
Dans le midi, pas besoin de se connaître depuis longtemps pour rire ensemble.
- Tu viens de loin ?
- Toulouse.
- Fachte de con ! Et jusqu’où tu t’escagaces avec ton engin ?
- La mer.
- Et bé, pardi. »

Je termine l’étape derrière Johanna, un voilier sud-africain et ami depuis que ses propriétaires m’ont invité à partager leur repas de midi (encore des nouilles) pour me remercier de les avoir aidés à s’amarrer. Surf acrobatique collé à l’hélice d’un 12 pieds qui file à des vitesses prohibées pour ne pas s’envaser car son tirant d’eau est équivalent à la profondeur annoncée du canal, un mètre trente tout rond. L’équipage au complet (deux personnes) me regarde, mug de café à la main, sourire aux lèvres et main sur la barre, cool et attentif à ne pas me distancer tandis que je ne donne plus qu’un coup de pagaie sur trois. Je stoppe avant la fatigue, les mushers font de même dans leurs steppes gelées, ils arrêtent les chiens avant l’épuisement. Au fin fond des Algonquins, au Canada, on appelle ça le « will to go », l’envie d’y retourner. Johanna ralentit un instant et puis s’éloigne, soulevant une brassée de vase, les bras se lèvent pour un adieu sans doute provisoire ; on se retrouvera demain à la faveur d’une attente aux portes des écluses qu’en ce qui me concerne je franchis d’un bond.

Carcassonne. Pages 20/21 ; 22/23 ; 24/25

La rumeur va plus vite que moi, les écluses sont reliées par radio et les nouvelles foncent comme le mistral : il y a un fada qui file vers ici à l’indienne dans un drôle de bateau bleu, effilé comme une anguille, brillant comme une lame. Le voici qui débouche sous les briques rouges du pont roman tricentenaire, un dernier coup de pagaie et la fusée glisse au milieu du port de Carcassonne où le défilé permanent de caravanes flottantes a fini par lasser. On se pousse du coude, on se lève parfois, on s’approche mué par une curiosité légitime. Un coup d’œil pour choisir la meilleure issue, un coup de rame circulaire pour me poser de profil, je joue les équilibristes jusqu’à la berge, et à peine ma pagaie posée sur le ponton, je m’éjecte sur le quai et déjà on me propose de l’aide. Au bout de quelques jours je suis devenu l’attraction de tout le réseau fluvial, on dirait que tout le monde a entendu parler de moi, que tout le monde me connaît, me guette.

Je confie mon matériel à un groupe en transit de Vététistes randonneurs qui suit le même itinéraire que moi par le chemin de halage et me lance dans le cœur de la ville basse avec ma pagaie à la main car c’est ce que j’ai trouvé de mieux pour imiter la guitare des trouvères ambulants de l’époque médiévale (et aussi parce qu’un kayakiste en perdition peut abandonner son bateau mais ne lâche jamais sa pagaie). La ville est duelle, là-bas les remparts, et de ce côté-ci de l’ancienne voie romaine et de la rivière Aude le nouveau bourg dit « Bastide Saint-Louis ». D’un bout à l’autre, on imagine sans peine la vie d’ici autrefois tant la géographie urbaine, malgré les nécessaires aérations, semble s’être figée. On devine ces ruelles tendues de toiles pour faire de l’ombre, ces cheminées où s’enflammaient des brassées de romarin, où grillaient les châtaignes, ces plafonds tapissés de grappes de raisin à sécher, ces fenêtres mal closes de papier à châssis ou de verre grossier et puis la foire des Rameaux ou bien celle de la Toussaint pour lesquelles on venait de fort loin, d’Italie parfois, quérir à pleines charrettes des produits des filatures locales à la réputation justifiée. Ville commerciale, on trouvait de tout à Carcassonne : du sel de Peyrac, des farines, de la cire, du sucre (pour les confitures), du miel, de l’huile, du safran, du froment, des pastels destinées à teindre les tissus et conditionnées en coques, en cocagnes (le Lauragais en tire son surnom : le pays de cocagne), du papier, du vin bien moins sujet aux bactéries que l’eau et tandis que la ville possédait sa propre monnaie qui faisait concurrence à celle des Contes de Toulouse, il devait certainement s’échanger sous les bures de drap certaines de ces pépites d’or que les mines du district de Saligne dans la Montagne Noire, connues depuis le II eme siècle avant JC, livraient aux plus chanceux.

Si la ville garde intacte son histoire, en revanche, pour les concours de poésie, les jeux floraux ou de tir à l’arc, les spectacles de décapitation de huguenots, les cracheurs de feu et les montreurs d’ours, : il semble que j’arrive trop tard. Je ne pourrai pas non plus rencontrer Fabre d’Eglantine, auteur de « Il pleut bergère », inventeur du calendrier révolutionnaire et raccourci sur l’échafaud par décision d’un tribunal de l’époque suite à d’obscures malversations financières. Outre ses murs et ses boutiques de souvenirs, la ville ne m’offre que des grappes de vacanciers heureux qui baguenaudent pour certains en short fluo de plage. Mon imagination s’en trouve provisoirement tarie et comme mon temps est compté, je rejoins les cyclistes près du canal.

Autre époque, autres projets : on étale la carte, on compare notre matériel, nos moyennes horaires et on s’échange nos astuces, mes compagnons de route longent les berges depuis Bordeaux, transportent leurs deux jeunes enfants dans une remorque et s’amusent de leur aventure aussi amusante qu’économique, ils n’ont pas dépensé 100 euro en une semaine. Depuis l’antiquité romaine, Carcassonne est un point de passage obligé à travers « l’isthme gaulois» cité par Cicéron entre Atlantique et Méditerranée, elle sert de halte aux voyageurs et il fut même une période où des excursionnistes munies seulement de sandales de cuir sans doute imparfaites et qui partaient eux aussi de Bordeaux pour s’en aller rejoindre Jérusalem venaient trouver refuge ici, à l’intérieur de la cité que la nuit voulait claquemurée. Les touristes nomades que nous sommes n’ont pas inventé grand-chose.

Les platanes ont été plantés pour tenir les berges avec leurs racines, pour prodiguer de l’ombre aux chevaux de halage et abriter les marchandises de la chaleur, ils servaient aussi aux braconniers qui se masquaient d’une feuille de platane le visage pour ne pas être reconnus par les hommes de main des riches seigneurs locaux, souvent plus sévères que la justice royale.

Ecluse de l’Aiguille. Pages 26/27 ; 28/29

L’éclusier me l’a dit : « le vent de Cesse va tourner et les orages vont péter ». Il sait de quoi il parle, la langue occitane disposait de soixante-quinze mots pour définir ce que le français nomme en un seul : « éclair ». Au loin, sur la gauche des crêtes vert olive limitent l’horizon. Je m’enquiers de savoir si malgré leur couleur ces vastes collines comme recouvertes de lichens sur la gauche sont bien les Montagnes Noires, il me répond faussement fâché : « Que non, c’est LA Montagne Noire ». Là-dessus il quitte son poste en voiture et me laisse seul au milieu de nulle part. L’orage arrive, le tonnerre roule et la montagne noire devient vraiment noire. Je monte ma tente au plus vite près du bassin dont la forme ovoïde est prévue pour mieux contenir la pression de l’eau et me donne l’illusion d’appartenir encore à l’humanité que déjà des gouttes grosses comme des figues cognent sur la toile et la coque tambour du canoë retourné et déposé loin de mon campement (pas fou : le carbone est très conductible, on en trouve même dans les piles !). Dans mes affaires le désordre règne, la savonnette gluante est venue se coller aux spaghettis en vrac au fond du sac. Je me restaure d’une nouvelle recette infâme : nouilles sauces bucco-dentaire, balance mon réchaud métallique à dix mètres et je fais suivre avec tout ce qui porte du fer, y compris ma couverture de survie ; ensuite je me couche sans me brosser les dents. Je me glisse dans un duvet humide qui confirme que l’humidité à bord est inversement proportionnelle à la taille du bateau et reste allongé sur le dos, ma lampe frontale dirigée vers le plafond. Je compte le temps écoulé entre éclairs et coup de tonnerre, même pas trois secondes entre le BOUM et le FLASH.
Shakespeare : «Avec du courage et un peu de confort, tout est encore possible », je suis dépourvu des deux, mes mains bandées posées à plat sur le duvet rivalisent de moiteur avec l’air ambiant et ma taille mannequin m’offre en matière de camping un confort désespérant, mes pieds touchent le fond de la tente et ma tête affleure la porte… Je voudrais être chez moi sincèrement, je m’exerce à calculer mentalement la distance du phénomène et à peine me suis-je endormi à cause d’une retenue oubliée que la foudre s’abat à quelques mètres. L’impact me décolle véritablement du sol, la lumière est irréelle et des arcs électriques déchirent l’espace proche pendant que mon cœur essaye de sortir de ma poitrine. Ensuite, la pluie, épaisse, lourde, cataclysmique, mais rassurante car elle signifie que le tonnerre est parti faire son cirque ailleurs. Erreur, il revient. Heureusement pas aussi près, mais il est là, il tourne et assomme les reliefs, les éclairs taillent le ciel à coups de sabres et aiguillonnent tout ce qui dépasse, ils frappent là-bas dans la « garouille » où poussent les premières vignes de la zone méditerranéenne, viennent roder près du canal de nouveau. Je dors mal.
Le lendemain, matin glauque mais vivant, je me réveille au milieu d’une flaque. Tout est trempé, mon téléphone cellulaire n’a pas survécu à la noyade et au choc électrique. Je m’habille de vêtements mouillés, ce n’est pas un problème car dehors, ça sèche déjà et une brume légère enrobe l’écluse où s’est formé un attroupement de bateliers amateurs venus s’échoir tôt ce matin. La foudre est tombée sur une des portes de l’écluse, confirmant s’il était besoin qu’une grosse pièce d’acier trempée dans l’eau est presque ce que l’on a inventé de mieux pour capturer les éclairs. Le circuit électrique a morflé et seize écluses sont en panne de part et d’autre, retenant prisonniers des dizaines de bateaux dans chaque bief.
Il n’est pas neuf heures du matin que déjà la légendaire décontraction des éclusiers au travail agace les navigateurs vacanciers aux plannings de ministres. Plus on râle d’un coté, plus ça ralenti de l’autre, les uns vont et viennent nerveusement sur le quai, téléphones portables levés à la recherche du réseau, les autres qui n’ont pas envie de « s’enfader » avec des parigots têtes de veaux si pressés, gardent en bons languedociens une juste distance avec ce qui vient « d’ailleurs » et plus souvent « d’en haut », de ce Paris, autrefois siège de la couronne de France, pays d’oïl auquel ils ont été rattachés un peu comme on s’accapare une colonie. Mains en visière, en direction du chemin de halage qui meurt à l’horizon et d’un improbable réparateur, leur détachement volontaire m’amuse. Je pose mon canoë sur l’eau, fourre tout mon matériel en vrac et m’en vais faire sécher ça plus loin. Tchao.

Photo page 28. Michel l’éclusier : sur le canal on est éclusier de père en fils… et artiste aussi parfois.

Pages 30/31 ; 32/33

Ce matin, le canoë file sur le canal sans bruit, comme la vie, comme une larme sur une joue… Des mariniers de luxe sur une ancienne péniche à voiles bâtant pavillon néerlandais cessent leur breakfast et m’encouragent par un « allez Le France » des plus charmants ; l’inertie de l’eau fait bouillonner les échanges humains. Moment de pur bonheur, le genou en feu et les épaules détruites, je passe ma journée agenouillé dans un insolite adoubement pour rendre gloire à l’eau, au vent, aux gens, à la nature et la civilisation, aux libellules qui se posent sur l’étrave et jouent les victoires de Samothrace, aux pénichettes et à leurs bonnes odeurs de gas oil et au bol qu’on a de vivre une époque qui offre ça. Sur le canal où tout a été remodelé par l’homme, la nature a maintenu ses droits : une buse se prend pour une mouette et passe au-dessus des arbres, elle plane jusqu’à toucher l’eau et disparaît en chassant à la verticale. Des lézards s’accrochent le long des pierres pour boire, un ragondin, sorte de teckel obèse et mal coiffé, brasse l’eau saumâtre de ses griffes d’ours et me regarde de travers, plus loin un black-bass gobe une abeille et s’éloigne à la vue d’une carpe qui croupit ventre en l’air.

Je profite du spectacle jusqu’à la prochaine écluse, l’obstacle attendu, espéré même car le soleil cogne dur, j’ai mal sur mon genou d’appui (le canoéiste est comme le surfer, il privilégie un côté et n’en change pas) mais j’ai retrouvé mes habitudes de sportif, je tire la bourre à des joggers et calcule ma moyenne horaire, j’ai aussi régulé mon régime alimentaire et m’interdit les excès ou les fringales. Pourtant la chaleur calme vite mes ardeurs, je sais que si je lâche ma pagaie pour attraper mon bidon d’eau, je me casse la figure tant ce type de bateau est instable. Je suis parti depuis six jours et je me sens « entrer en solitude », ce sentiment connu des marins en solitaire, cette frontière derrière laquelle on n’éprouve ni le besoin de regarder l’heure, ni celui de voir son visage dans une glace. Je sifflote, je chantonne, je chante, d’abord doucement, puis à tue tête : « Je me souviens ma mère m’aimait, mais je suis aux galères », tout est absolument calme, le soleil est immobile en face sur ma gauche, je zigzague pour naviguer sous les ombres des ramures, j’avance tout doux mais pas trop, concentré pour négocier les rares virages au plus serré, pour m’inscrire au cœur des risées qui poussent désormais dans le bon sens, au risque de m’accrocher l’épaule dans un roncier qui déborde.

Première mondiale, y compris d’un point de vue esthétique, Le canal est aussi une métaphore de tout un siècle où le classicisme architectural rivalisait avec inventions audacieuses. Il exprime ce que Stephan Sweig notera plus tard dans ses récits de voyage en Europe à propos de l’audace et l’imagination des savants qui surent : « arracher à la nature les lois permettant d’en forger des armes contre elle ». Son parcours royal est à l’image du grand siècle, une sorte de jardin à la française en déroulé, à la déco sobre mais noble et rigoureuse : ici un blason sur la clef de voûte d’un pont, une borne de grès, un canon vert de gris ou un solide aqueduc d’une facture postérieure à la création du canal et œuvre de Vauban que l’on a dit jaloux du travail de Riquet. Et puis il y a une ambiance, une douceur de vivre typique inspirée par exemple par ces anciennes haltes enduites à la chaux teintée d’ocre, gîtes d’étape pour les anciennes barques de poste transformées en café ou en restaurant.
La journée, tout le monde se déplace, se croise, s’entraide et se salue ; lorsque le soir arrive, alors que l’eau du canal vire au grenat et s’assombrit, les berges s’éclairent, l’eau porte les conversations et les bruits de fourchettes des terrasses, les rires aussi. Les vins des Coteaux du Languedoc, les Minervois ou les Corbières, en constante amélioration ces dernières années colorent les verres et les palais, c’est l’heure où se dit tout. Ici, en été le climat aime les hommes et ils le lui rendent bien.

Poilhes, Enserune, l’Orb.Pages 34/35 ; 36/37

Passée la double écluse de Pechlaurier, c’est le sud du sud, la plaine s’étend loin devant et bientôt les distances entre les écluses vont devenir interminables. Au loin les éoliennes de Montredon, comme des Pénélopes statufiées par Starck, les aiguilles en suspens, observent la mer, immobiles. Les pins maritimes remplacent plus souvent les platanes et le chemin de halage devient sablonneux. Les cigales occupent l’espace sonore et m’encouragent dans des lignes droites sans fin, une Avenue de la mer où un vent chaud venu de nulle part pousse vers l’avant. Il ne me reste plus que 42 Km avant la mer, je regarde l’intérieur de mes mains, je leur parle : Allez les filles, encore un marathon et on y est !

Je continue vers Agde et laisse le canal de la Robine sur la droite partir vers la colonie romaine Julia Paterna Narbo Marcius Decumanorum, plus connue désormais sous le nom de Narbonne. Accessible autrefois par la Via Domitia, on y arrive désormais par une route à six voies qui n’ont rien de romaines et sont regroupées sous le vocable poétique de « Autoroute A 9 ».
Il y a des odeurs de résine et de siestes et je suis de nouveau seul au monde. Les pénichettes se font rares car elles restent concentrées plus haut et je n’ai plus rien à boire, plus rien à manger non plus, je suis sale mais en pleine forme, vraiment heureux d’être là. Je passe comme une fleur dans le calcaire sous le tunnel de Malpas (premier canal souterrain du monde), les cyprès disputent un univers minéral d’une blancheur éclatante aux chênes kermès ou aux buis sauvages rabougris. Je m’accroche à une barque électrique pour traverser Colombier et bavarder avec ses occupants, m’attarde un moment sous le pont dont le passage voûté indique qu’il fut construit à l’époque de la création du canal. Au loin, l’Oppidum d’Ensérune qui m’attend depuis le Ve avant JC m’oblige à abandonner mon bateau et à me hisser sur une hauteur, autrefois passage obligé au milieu des étangs maritimes aujourd’hui asséchés et débarrassés de la Malaria il est devenu par la suite royaume du blé mais surtout de cette vigne qui fera la richesse de Béziers toute proche.

Autrefois la peste était transmise par les rats porteurs de puces (on pensait alors que même le regard d’un pestiféré suffisait) et un tiers de la population du Languedoc a succombé lors de l’épidémie de 1348. Aujourd’hui, si tous les égouts sont dans la nature, le mal commun partagé par les égoutiers et les kayakistes s’appelle la leptospirose, un virus transmis par les rats et qui se complet dans l’eau, de préférence sale, chaude et stagnante. Il s’attaque au foie et aux reins et peut être mortel. Au bout de plusieurs jours à m’escrimer sur ma pagaie sans jamais avoir rencontré un robinet, je plonge dans le canal dont est de plus en plus boueuse à mesure que l’on s’éloigne de ses points d’alimentation. Plutôt mourir bientôt que de supporter ma crasse encore une heure. Un cycliste passe, il m’informe : il y a une douche 3 Km plus bas.

Sept écluses, Béziers. Pages 38/39 ; 40/41

Le canal c’est la vie même, elle se déroule sans trop de heurts entre deux rangées de platanes bicentenaires dont les racines agrippent les berges comme des doigts de géants, on avance, on creuse son sillon ; l’imagination porte l’esprit au-delà de ce qui borne la vue, anticipe ce que l’on va découvrir lorsque la ligne d’horizon sera dépassée. J’invente un théorème : la surprise vient du décalage entre la réalité et l’illusion, accentuée par l’effort pour y arriver. Et puis un cyprès vient rompre l’alignement des platanes. Il signale l’écluse, signifie la fin d’un bief, deux portes mues par des forces hydrauliques qui s’ouvrent et se referment pour le programme essorage, on flotte, rien de plus, on espère au mieux et ça finit par passer, les niveaux sont faits, la vie s’ouvre vers un nouveau programme et de nouveaux horizons. Rien n’est acquis, rien n’est joué, il faut repartir de l’avant, quitter le tourbillon, trimer jusqu’au prochain barrage.
En canoë, je ne suis pas autorisé à me faire « bassiner », je dois porter car mon bateau est trop frêle. Tant mieux, je n’aime pas les aléas, l’engin hissé sur mon épaule ou sur ma tête, le reste ficelé à la hâte sur un petit chariot, je longe le bassin en observant le manège et les regards inquiets des marins d’eau douce qui viennent « s’empéguer » dans l’écluse à cinq nœuds, se jettent des regards suspicieux et flippent pour leur pénichette, courent après des cordages qui se débinent dans le bouillon ou s’acharnent à placer des pare battages avant qu’il ne soit trop tard. L’écluse, finalement, c’est violent.

Devant moi s’étale un panorama où s’inscrit Béziers dominée par sa cathédrale. Les Cathares d’ici préféraient mourir hérétiques que vivre chrétiens et si leurs ancêtres s’esclaffaient au passage d’un Saint sacrement ou d’une procession de clercs, les biterrois d’aujourd’hui ont gardé la moquerie facile. Je m’en rends compte à la faveur de ce long portage le long des sept écluses de Fontsérannes en passant devant un banc occupé par trois papis avec mon petit chariot d’aéroport sur lequel j’ai ficelé mes bagages : « Té, le fada ! Il fait le canal avec une petite carriole ! » Et puis quand je repasse pour aller chercher mon bateau : « tu l’as vexé, il repart » et puis de nouveau dans l’autre sens avec mon canoë porté à l’envers au-dessus de la tête : « Té, il avait oublié son chapeau ».

En bas à droite p 39 : La pente d’eau : dispositif de béton daté de 1987. Alternative aux sept écluses, elle permet de franchir le dénivelé de 21,44 mètres par un système de poussées et de tractions aussi audacieux que complexe.

Il n’y a pas que les fonds du canal qui soient boueux, certains riverains heureusement très minoritaires laissent transpirer dans leurs propos des idées qui sont loin de faire honneur à leur région. Non Messieurs, les Parigots n’ont pas des têtes de veau, les Hollandais ne sont pas pingres et les Allemands des crétins avinés. Bien loin de ces considérations plus bêtes que méchantes, je découvre avec bonheur combien le sens de l’hospitalité fait honneur à ces Européens du Nord à qui on reproche d’investir la région : ils sont souvent les premiers à m’offrir des figues de leur arbre, une place pour camper dans leur jardin, s’enquérir de mon confort et de ma destination, à me proposer une douche, une boisson fraîche ou un abri. Un allemand a même vidé le bidon de polish de sa Mercedes pour améliorer la glisse de mon bateau. D’autres qui convoient leur voilier entre Atlantique et Méditerranée lâchent la barre pour lever le pouce, serrent la berge pour me laisser doubler, me proposent nourriture, boisson ou pansements pour mes mains. On sait que les gens du Nord ont le muscle cardiaque différent mais dans une région où on omet volontairement parfois de répondre à un salut, où on peut vous refuser l’eau d’un robinet en vous regardant droit dans les yeux, il s’agirait d’oublier que les visiteurs ne sont plus des inquisiteurs.

Agde. Pages 42/43

Je perds ma route à Agde. Une écluse à trois portes et autant de directions avant de comprendre que je dois emprunter l’Hérault sur quelques hectomètres pour retrouver le canal plus loin. La rivière très large me fait perdre mes repères et pendant que des jeunes de la société de joute locale s’opposent dans des confrontations amicales, je mène un combat similaire contre une tramontane de force 7 qui me conteste le passage. Je n’avance pas. Le vent s’obstine à prendre de la vitesse contre ces quais où deux siècles plus tôt débarquaient des voyageurs aisés en provenance du Lauragais. J’avance pierre par pierre, mètre après mètre. Quatre jours et vingt-cinq changements de barques pour éviter l’attente aux écluses suffisaient à faire le voyage Toulouse / Séte : je suis battu, mais quitte à choisir ses ancêtres je me sens plus proche des terrassiers, charretiers et autres tailleurs de pierre qui ont formé le sillon à la force de leur bras que des notabilités oisives. J’ai un faible aussi pour tous ces bateliers d’une époque révolue qui tiraient leurs ressources du transport de marchandises sur la voie d’eau. Ces mariniers d’une autre époque, armant pour la vie d’indestructibles chalands de chêne où dépassait un mat nécessaire à la traction et dont le fret à la remontée vers le nord sentait bon le terroir d’autrefois : huile, vin, grain, sel… ou tuiles romaines tandis que dans l’autre sens ils ré embarquaient tout ce qui se déchargeait sur les quais de bordeaux en provenance des colonies.

Les joutes nautiques remontent à l’antiquité égyptienne. Elles ont été remises au goût du jour par les mariniers du canal qui aimaient à se confronter ainsi, les jours de chômage ensoleillés.

Plus loin, il faut longer l’étang du Bagnas et cette fois le vent m’envoi contre la berge, filer droit en pagayant toujours du même coté n’est pas déjà pas simple, alors si les éléments s’en mêlent ! Un dernier virage à gauche et c’est l’ultime ligne droite vers Marseillan, la pointe des Onglous et l’étang de Thau. Le vent est de nouveau plein face et ce kilomètre sera le pire. Si un cheval de halage pouvait tracter une péniche de deux cent tonnes, son usage me serait utile car pour le moment mon rapport poids / puissance / vitesse flirte avec zéro.

L’étang de Thau, pages 44/45 ; 46/47

« Entre la route vierge et le sentier battu, fais ton chemin toi-même ou bien tu es perdu. Entre la crosse en l’air et la fleur au fusil, c’est à toi d’en décider » a chanté Brassens le Sétois. Le contestataire sans illusion et à l’éternel physique d’apprenti bûcheron est enterré dans un cimetière de l’autre coté de la colline qui se dresse là-bas. Mon chemin vient buter sur la mer et ma coquille de noix ne vaut rien dans les vagues. La vie se termine toujours dans des flots pas très clairs alors je n’irai pas plus loin et puis entre nous, huit jours de galère, ça suffit…à mon bonheur, j’ai les mains en sang, des ampoules jusque dans les pieds et le genou droit commence à enfler. Je fais tournoyer ma pagaie au-dessus de ma tête comme on se débarrasse d’une guitare à la fin d’un concert et pique une tête dans la foule : Brassens, me voilà. C’est étrange, l’eau du lac est salée. Seraient-ce les larmes d’Hélène ? J’ai bien fait de travailler mon crawl, je rejoins la rive en poussant le bateau devant moi. La fin d’un voyage n’est pas la fin du voyage : « j’ai fermé les yeux sur un mur de pierre et je les ai rouverts sur une infirmière » chantait Nougaro le Toulousain. Mes proches sont au rendez-vous sur la berge et me regardent comme si je venais de traverser le Pacifique à la nage. Pacifique, c’est bien le mot, je les prends dans mes bras provisoirement bodybuildés. On a tous un océan à traverser et des têtes blondes à retrouver, la paix et l’harmonie ne sont à l’évidence que le produit de la puissance individuelle, celle-là même qui permet de vaincre les épreuves, les maladies et autres démons, d’avancer avec ou contre les vents.

Mes enfants m’aident à glisser le canoë dans sa housse, à le sangler sur le toit de la Jeep. Ils touchent mes cheveux poisseux, demandent à voir mes paumes calleuses : Papa est revenu, il ressemble un peu plus à Aragorn et à partir de maintenant on ira à la chasse aux papillons… jusqu’à la fin des mondes, c’est sûr. Contacts et intimité retrouvés, on continue tous ensemble en voiture désormais. Basculer un levier gainé de cuir sur D, effleurer une pédale, négocier la température à l’aide d’un bouton, glisser un disque dans le lecteur, c’est fou comme la maîtrise de l’espace et du temps me semble facile soudain.
En tout cas une chose est sûre : le canal a changé de propriétaire et s’il m’appartient un peu plus désormais, sachez que je suis très prêteur, ce serait dommage de ne pas en profiter, l’aventure est en bas de chez vous.
Ces livres sont diffusés en version Francaise, Anglaise et Espagnole par Fleurus-Mango et depuis 2005 par Blackbirsh aux USA, Si mon travail vous interesses, contactez moi au 06 50 72 42 50 ou via mon site internet
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Toute les images sont protégés et déposé à la BNF.

PHOTOGRAPHE MARIAGE EN CAMARGUE

photographe de talent

photographe journaliste

Photographie Mariage de Julie et Benjamin
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Comme pour la majorité de mes mariées, nous nous sommes choisie…Le style photographique, l’approche humaine, l’engagement personnel nous ont immédiatement rapproché. Notre rencontre eut lieu quelques mois avant leurs mariage à la Manade Laurent!
La Camargue! Les chevaux blancs, les taureaux, et puis les hommes! Une région aux traditions bien encré dans une culture forte et riche d’un patrimoine millénaire!
Un univers que je découvrais avec une curiosité gourmande et beaucoup d’ impatiente!
photographe pour mariage
Ces plaines marécageuses qui s’étendent sur plusieurs millier d’hectares, un triangle magique qui abrite une faune et une flore unique au monde! Le cadre était posé, 6 mois d’attente pour enfin participer à ce jour extraordinaire! Car il s’agissait bien d’une journée hors du temps, loin de toute les cérémonies que je peu couvrir « habituellement »! Bien au delà de ce que je pouvais avoir imaginé (j’ai pourtant une imagination très fertile)!
Les Gardians nous ont accueilli avec la gentillesse « des hommes de la terre », ce donnant sans compter pour une arène ou les taureaux nous ont bien à nouveau démontré qu’ils demeuraient les rois de ce pays.
La jeunesse est éprise de liberté et de tradition taurine! Tous les garçons s’imaginent gardian ou razeteurs, fiers et insolents , les filles en Arlésienne gracieuses et magnifiques.
photo mariage
Julie et Benjamin ont été unis lors d’une cérémonie en extérieur, avec un décors époustouflant de nature sauvage.

Un défi photographique de chaque instant!Un reportage loin de l’artificiel ou du conceptuel, nous étions bien dans le spontané et l’instantané….

Pas de chichi  » prestige international », « d’étiquette pseudo artistique » gnan gnan… mais du bonheur simple et intense, a l’état brut…Une ferveur collective d’une rare intensité.

Les chevaux et les gardians nous ont accompagné, les Arlésiennes nous ont émerveillé! Un reportage dans le reportage! Des instants qui vous rappellent délicieusement pourquoi vous êtes photographe, le privilège de partager et de restituer!Mon travail est simplement disponible et visble sur mon site internet; je vous invites à me contacter au 06 50 72 42 50 pour toute information.photographe mariage

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livre Istambul Porte de L orient

photo journalisme

Introduction.

C’était la fin de l’Automne ou bien le début de l’hiver et on s’ennuyait ferme. A l’heure où la pendule de notre lycée de la banlieue parisienne émergeait à peine du brouillard, le soleil faisait probablement briller les coupoles de la mosquée bleue d’Istanbul. C’était le dernier cours avant l’heure magique du self et l’espoir enfin caressé de s’asseoir avec les filles de la classe de terminale littéraire. On resterait muet ou intimidé ou les deux à la fois et c’était sans solution mais rien ne comptait pour nous alors davantage. Nos projets ne dépassaient pas la demi-heure.

C’est à ce moment précis que le  miracle s’est produit : la grande rencontre avec l’Orient, le monde Byzantin, Islamabad, Suliman le Magnifique, Atatürk, l’Euphrate, le Grand Vizir, la danse du voile, l’appel du muezzin, les tapis volants et les lampes magiques. La prof de français, aussi désespérée que nous étions détachés, décida de sortir une bombe du fond de son cartable. Elle s’exclama : « Puisque c’est comme ça ! », fit émerger un paquet de feuilles écornées qui éclaboussa le bureau avant d’être distribué à toute la classe : « Nazim Hikmet : Les chevaux du soleil». Tandis que nous obéissions à une consigne implicite et nous lancions dans la lecture du texte, elle retourna à son pupitre et précisa d’une voix bien moins offensive que ce n’était pas au programme, que c’était juste comme ça… en attendant midi,  que ça nous changerait de Gérard de Nerval.

Midi est arrivé et on n’a rien vu venir. Un texte capable de réveiller une classe de lycée endormie a le pouvoir de changer la face du monde. Celui-ci avait la puissance d’une horde de chevaux sauvages dévalant une montagne, il était tout bonnement d’une force extraordinaire. Nous venions de percevoir la puissance des mots, ni plus, ni moins.

Trop tard pour le self, c’était complet. La responsable a rajouté des chaises au bout d’une table occupée par les filles de première littéraire et si elles avaient été jury du bac français, elles nous auraient mis dix-huit sur vingt à l’oral.

De quoi conserver pour longtemps une profonde sympathie pour le soleil, les chevaux, les filles qui étudient les lettres classiques, Nazim Hikmet et la Turquie. Et puis, même si chemin faisant, on apprend à se protéger du soleil, à se méfier des chevaux, des filles qui étudient les lettres et par extension de celles qui étudient les chiffres, la confrontation avec la Turquie a rarement dépassé le survol de son espace aérien. Des destinations plus lointaines ont eu raison de nos choix car les jeunes qui se forment en voyageant aiment à rivaliser entre eux à coup de réseaux horaires et de distances incalculables.

Alors, à l’heure où on ne cesse de se demander si les Turcs sont aussi solubles dans l’Europe que le sachet de sucre dans la portion de pamplemousse servie dans les cantines des lycées, il était  temps d’y remédier.

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Istanbul.

Trois heures et demie de vol plus tard, j’y suis déjà. Le taxi noir et jaune vient se garer à couple le long du trottoir. L’ambiance à bord de l’incontournable berline trois volumes d’origine nippone offre toujours une synthèse culturelle du pays à découvrir. Une première approche dont il faut se méfier car à travers elle se forgent sans efforts (et souvent à tort) les premières certitudes sur les us et coutumes du  pays, les premiers clichés, la confirmation des fantasmes et des idées préconçues. Que la langue parlée roule les « r » et l’homme porte l’accent juste à propos sur la deuxième diphtongue, son « welcome my friend » se teintera d’une chaleur accessible au plus monolingue des touristes. Que les habitudes soient au marchandage et j’apprends que la course est majorée de cinquante pour cent passées vingt heures… Je regarde ma montre : vingt heures pile.

Et comme il est question de trouver un hôtel en centre ville et pas trop cher, ça tombe bien, le chauffeur a justement un cousin qui propose un cinq étoiles pour le prix d’un camping de seconde zone.

Et l’homme dans tout ça, je veux dire l’homme physique : Qu’en est-il du type turc de descendance ottomane observé depuis la banquette arrière en skaï ? Un coup de taureau, héritage d’une prédisposition millénaire de tout un peuple pour la lutte gréco-romaine et l’haltérophilie, une moustache noire et fournie pour le coté «ex-paysan pauvre des montagnes d’Anatolie expatrié en ville», une peau sombre et tannée au niveau du bras gauche habitué à vivre pendu le long de la portière et un nez fort et crochu comme le croissant de lune du drapeau turc qui darde en direction des autres taxis tentés de forcer le passage par le côté droit.

Mon taxi, c’est un livre ouvert. A Istanbul, même la religion dominante figure, suspendue au rétroviseur. Ces fanions de soie imprimée qui forment une banderole tout le long du pare brise et occultent une bonne partie de la visibilité me le confirment : le Dieu de la Turquie, c’est comme chez nous, c’est le foot. A Istanbul, il y a deux Dieux : Le Galatasaray et le Fenerbahçe. Quand l’un s’en va visiter l’autre, la ville retient son souffle pendant quatre-vingt-dix minutes entrecoupées d’une mi-temps réglementairement fixée à un quart d’heure. Le culte du football obéit à des règles internationales.

Un quart d’heure de trajet et j’en sais déjà pas mal. Pour un complément d’information sur la Turquie et ceux qui l’habitent, je paye mon chauffeur non sans rechigner sur la tarification abusive et m’enfonce plus avant dans le quartier de Beyoglu.

Un homme balaye vaguement le trottoir devant son café, je lui demande où trouver un lit pour quelques nuits, il tend le pouce vers l’échoppe : ici. L’homme s’appelle Gokhan, mon sac échoue au sol et signifie que le marché est conclu, sa maison devient mon camp de base à partir de cet instant.

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Quartier Ste Sophie 2DP,

Aussi vrai que la musique se construit sur les rythmes et les mots s’enchaînent en cadence, l’unité de construction des cathédrales est la géométrie. Le lyrisme de la mosquée Sainte Sophie doit tenir  à ça. Un module de base de quinze pieds tout ronds et le reste organisé en multiples ou sous multiples, les bâtisseurs de ce genre d’édifice inventaient les bases théoriques de l’architecture  toujours valables aujourd’hui. Résultat : un modèle d’équilibre d’où émergent les lois d’une stabilité physique et visuelle irréprochable, des proportions qui se répondent et se prolongent sans heurt, une impression générale de sérénité à toute épreuve, et de légèreté en plus ; on la croirait suspendue, comme sur coussin d’air. Il fallait bien ça pour franchir les vicissitudes du temps, demeurer plus de mille ans l’égérie architecturale du christianisme et se métamorphoser en mosquée après la conquête de Constantinople par Mehmet.

Ca n’a pas empêché la coupole de s’écrouler à la suite d’une secousse sismique, mais on l’a reconstruite. Les turcs et les coupoles, c’est une affaire qui marche : mosquées, marchés couverts hammams, la coupole c’est la signature des ottomans, ses architectes mettaient un point d’honneur à construire plus haut, plus large et plus solide que la concurrence. A tel point que l’on peut s’amuser à dater les grandes mosquées : plus elles sont récentes, plus les dimensions de leur coupole s’imposent.

A l’intérieur de Ste Sophie, les mosaïques vibrent comme une toile pointilliste. Si au départ d’un point de vue il y a le point, au départ d’une mosaïque, il y a le carreau. Sainte Sophie, c’est la sagesse dit-on. Elle est née église, et puis on en a fait une mosquée. Aujourd’hui elle est devenue un musée. Pourquoi pas : en mettant toutes les religions au musée, on éviterait bien des conflits.

Rupture entre la taille des édifices religieux insérés dans la ville et celle des habitations individuelles, les uns servaient à nourrir l’élévation spirituelle des hommes et entrer en contact avec Dieu, tandis que les autres devaient permettre de communiquer avec son gamin dans la cour. Quitter la mosquée et s’engoncer dans les ruelles du vieil Istanbul, c’est changer radicalement d’échelle et revenir à des dimensions plus terre à terre. L’unité de mesure, c’est l’homme : ruelles ombragées et  étroites, escaliers, courettes où sèche le linge, cafés, échoppes gorgées de pâtisseries trop sucrées, recoins obscures ou jardinets fleuris se succèdent, s’ordonnent sans règles strictes mais dans une harmonie presque charnelle, rassurante. Au cœur d’Istanbul où vivent les hommes, l’ordre des choses s’inspire du chaos. A la différence des grandes capitales, les habitants n’ont pas été disqualifiés du centre de la ville au profit des activités du secteur tertiaire. Ici, on vit : il y a du bruit, de la musique et des enfants dans les rues. Du coup, les besoins physiologiques reprennent leurs droits, et l’appétit du promeneur est soudainement aiguisé par les odeurs de cuisine d’un restaurant bas de gamme. Je me laisse guider sur un banc face à une table immense et me retrouve vite entouré d’ouvriers du bâtiment couverts de plâtre. Menu du jour unique : feuilles de vigne farcies, aubergine frite entourée de boulettes de viande hachée, yaourt ou fruit. C’est la Méditerranée qui invite car j’ai déjà mangé ça quelque part,  on dirait bien que grecs et turcs, ennemis intimes, se sustentent des mêmes saveurs.

Mosquée bleue 2DP

Le nom de Istanbul provient de Islam-bol, surnom donné à Constantinople qui signifie : « l’Islam abonde ». Visiter la ville, c’est un peu faire la tournée des mosquées, on en recense parait-il 15 714 de diverses grandeurs dans toute l’agglomération. D’ailleurs, à bien observer, on se rend compte que la ville entière est articulée en éléments rapportés aux environs immédiats des édifices religieux, eux-mêmes disséminés au gré des collines. Au-delà de l’inévitable esplanade, tout a été pensé pour subvenir aux besoins des hommes, les architectes bâtisseurs aux ordres des sultans ne concevaient pas de lieu de culte sans activités annexes. Annexés, et même incluses aux mosquées les plus importantes, on trouve université, hôpital, hospice, bibliothèque, école coranique, bains, cimetière et boutiques sous des marchés couverts, galeries parfois interminables… Les bénéfices de ces dernières servaient à entretenir le patrimoine religieux. Le regroupement humain qui s’effectuait lors de la construction d’une mosquée est comparable à ce qui se passait pour nos cathédrales, des artisans avec leurs familles entières venaient, s’implantaient, travaillaient et mouraient sur place. Ainsi une vie économique et sociale se développait en même temps que s’érigeaient les dômes des monuments. Lorsque la mosquée était terminée, un quartier était né.

En dehors de ces nahiyes (quartiers), on se rend compte que la fascination de l’art Ottoman pour la symétrie ne dépassait pas le décorum de ses édifices. La ville s’est constituée dans un désordre urbanistique lié aux besoins et faisant peu de cas de considérations géométriques. C’est tant mieux.  S’il est entendu que Istanbul ne s’est pas faite en un jour, le promeneur attentif découvre partout, comme un gamin qui retourne les pierres pour voir ce qu’il y a dessous, la multitude d’initiatives individuelles et collectives, d’options religieuses, de choix, de revirements qui l’ont façonnée au cours des siècles. Maisons de bois, de briques, églises orthodoxes, synagogues, arches, carreaux de faïences, néoclassicisme mêlé d’arabesques, mélange d’orientalisme et de rigorisme parfois typiquement nord européen, fontaines, murailles ou blocs de béton plus récents, partout  l’architecture a fossilisé l’imagination et la créativité des hommes, partout le temps passé se raconte. A en juger par les grues qui hérissent la périphérie et le bruit des marteaux piqueurs, ce n’est pas terminé.

Dans le quartier de Sultanahmet, même si le reflet du ciel sur les eaux du Bosphore est omniprésent, il faut pénétrer l’intérieur de la mosquée Bleue pour comprendre l’origine de son nom, les murs et les piliers sont carrelés de mosaïque dont le bleu cobalt indique qu’elle est sortie des fours d’Iznik (l’ancienne Nicée, au cœur de l’Empire byzantin). Plus de vingt mille carreaux ont été nécessaires à l’habillage de la mosquée et constituent un brillant exemple de l’élan créatif de l’art Ottoman. Le facteur Cheval peut aller se rhabiller, ces gens là maniaient la mosaïque mieux que lui. Et pour ceux qui n’aiment pas le bleu, il existe aussi une mosquée verte, elle n’est pas à Istanbul, mais à Brousse. Dans la salle des prières, réservée aux musulmans, la vocation des lieux est préservée, des guirlandes lumineuses sont suspendues à des filins d’acier tendus d’un pilier à l’autre. Avant l’invention de l’ampoule électrique, on y accrochait des fleurs, des lampes à bougies, des œufs d’autruche ciselés, des bouquets d’épis. Il faut imaginer tout ceci, associé aux tapis et aux nattes dont on jonchait le sol, à la lumière naturelle de l’endroit, sa fraîcheur, à la magnificence du décor. Frises calligraphiées où figurent les versets du Coran, compositions picturales des coupoles permettent de s’immiscer dans la ferveur qui se manifestait ici au grès des cinq divisions du jour au cœur de la période ottomane. A la différence d’une église qui est avant tout « la maison de Dieu », la mosquée n’a d’autre vocation que la réunion des fidèles, sobriété de mise, rien n’est trop beau, mais rien n’est trop luxueux. Les richesses doivent davantage à la béatitude visuelle qu’elles procurent qu’à la noblesse des matériaux, y participent les jeux de lumières, les formes employées, l’appariement des matières, l’architecture générale… N’oublions pas que les signes extérieurs de fortune (de même que les représentations d’idoles si prolixes vers chez nous) ne sont pas conformes à l’image de pauvreté des prophètes. Une idée à méditer, mes frères. Personnellement, bien qu’ opposé aux signes ostentatoires, mes sandales et mon short couverts des poussières de la ville me font penser à la tenue dépouillée du Christ et puis je voyage toujours en classe économique.

photographe jouurnaliste

Vieil Istanbul

Ce soir, comme souvent après le dernier appel du Muezzin, je passe un moment avec Gokhan. Mon cafetier au look de pizzaïolo et accessoirement hôtelier, puisqu’il me loue l’unique chambre-dortoir  de sa pension. Depuis l’invasion des hippies dans les années soixante-dix (Istanbul était sur la route de Katmandou), il traverse la vie depuis l’arrière de son comptoir, un verre dans la main droite, rotation du torchon dans l’autre (l’impure). Il doit être né comme ça, il avait un tic, il en a fait une profession.

Ses ancêtres viennent du Kazakhstan, ce sont des turcs, plus précisément de la horde des Uzbeks qui avaient fuit d’autres hordes nomades et dévastatrices, on les appelait « Kazaks », fugitifs. Les russes les ont transformés en « cosaques », les ont laissés s’installer dans des steppes septentrionales autour de la mer d’Aral et leur région s’appelle aujourd’hui Kazakhstan. Gokhan est donc un peu russe, un peu mongol, un peu turc, un peu tout. Peu importe, il appartient à une de ces gigantesques communautés qui se sont entretuées, puis métissées pour finir par former le peuple turc. Un Kazak cafetier à Istanbul, c’est comme un auvergnat bougnat à Paris. Alors kazaks ou auvergnats, même combat : Dès que sa femme a disparu dans les appartements il sort une bouteille de viski planquée derrière ses livres de comptabilité. Du pur malt en provenance du pays de Satan. Je m’assieds sur le tabouret tandis qu’il  reste debout en face de moi dans l’angle de ce bar qui lui sert d’accoudoir et occasionnellement de bureau. De cette position stratégique, fenêtre sur le monde, il peut surveiller la rue mais aussi, je présume, le retour de sa femme. Il remplit des verres à minima, comme s’il s’agissait d’un médicament et lève le bras au-dessus de sa tête dans un geste technique élégamment maîtrisé. Nous levons nos verres dans un décor de bistrot en clair obscur, subtil bric-à-brac où l’Orient côtoie le reste du monde. Un miroir aux bords biseautés avec une frise d’inspiration byzantine reflète un carton publicitaire Coca cola qui lui-même voisine avec un narghilé ouvragé et un vase art déco. Une radio périphérique balance en sourdine des tubes aux rythmes en arabesque et dehors, sous un ciel étrangement zébré de bandes rougeâtres qui s’étirent vers le Bosphore comme les oriflammes des croisés italiens, il pleut.

Je promène les yeux dans cette demi pénombre aux accessoires internationaux et intemporels. On est bien. On est citoyen du monde tout simplement, habilité à communiquer à l’aide de cette grammaire universelle exempte de mots, un espéranto muet dont les hommes savent se passer pour peu qu’ils n’aient pas vocation à diriger le monde, à conquérir le pouvoir de l’autre. Gokhan se lance : Allah Korusum (Dieu soit avec toi), ce qui en dit long sur son interprétation de la charia. Nous buvons à l’amitié franco turque, à l’amitié tout court, aux rencontres, aux hommes, à notre immersion en première classe dans une humanité sans chichi où l’autre est un peu le reflet de nous même… « …en dépit de mes cheveux blonds, je suis asiatique, en dépit de mes yeux bleus, je suis africain » écrivait Nazim Hikmet.  Et puis on est mieux là au sec, que dehors sous le déluge.

Nous devisons sur le monde, sur nos vies, il bavarde en s’appliquant à rouler des cigarettes ultra minces avec des mains comme des battoirs. Si les marseillais ont le vieux port, les stambouliotes ont le Bosphore, quarante mille navires y croisent chaque année.

Ses anecdotes ne dépareraient pas dans les Bouches du Rhône, un invraisemblable accident de bateaux en plein courant entre une espèce de vieille barque en forme de gondole et un puissant chris Kraft. Le riche propriétaire du hors bord voulait emmener sa chèvre au bouc d’un ami qui vivait de l’autre coté ; la chèvre habituée à vivre dans un carré de verdure et paniquée par le transbordement nautique a voulu se réfugier près de son maître et s’est emmanchée les cornes dans le volant du bateau, celui-ci a dévié brusquement de son cap, fait demi-tour sur place en éjectant son pilote à la mer et s’en est allé percuter l’autre embarcation. La gondole n’a rien eu mais le puissant hors bord, coque éventrée, a coulé à pic, la chèvre avec. Le pilote a été repêché sain et sauf, quant au bouc, il attend toujours.

Nous rions de bon cœur. Ce soir, voyant que le tavla est resté ouvert sur le bar, je lui propose une partie de trictrac (backgammon). Un match de l’Orient contre l’Occident dans un stade à huis clos. Il accepte avec enthousiasme car il ne doute pas un instant qu’il puisse perdre. Il se permet même le luxe de me promettre de m’apprendre des trucs. C’est mal me connaître. Voyager au XXIe siècle sans maîtriser les règles du « back » est aussi important que d’avoir un passeport en règle… et puis pour confirmer ma veine je commence par un double six.

A l’issue de la revanche, ses yeux ont totalement perdu leur jovialité, il remet la bouteille dans sa cachette, referme le tabli comme on rabat un capot de voiture et s’expatrie dans la rue sans plus m’adresser la parole de la soirée. Dés lors, il se méfiera définitivement de moi et refusera à jamais de rejouer une partie, prétextant que je ne suis pas un « bon » joueur. La prise de Constantinople par les croisés ne l’aurait pas vexé davantage et j’ai désormais une petite idée de la façon dont  commencent les guerres.

wedding journalist

TOPKAPI 3DP

Aujourd’hui, pas de vent. L’âcreté de l’air est-elle significative d’une pollution ardente ou bien de la teneur en soufre de cette ville volcan dont le cœur gronde d’une éruption permanente ? Si nous ne sommes pas loin de l’aplomb entre la jonction des plaques tectoniques eurasienne et africaine, si la ville n’est pas exempte de secousses, Istanbul pratique une vulcanologie bien à elle. Ses racines  sont profondes mais le magma est généré directement par ce qui se passe en surface ; il ne se transforme pas en basalte, ne durcit même pas mais est constitué de cette humanité féconde, mélange de sang et de lave, (45 millions d’habitants il y a vingt ans, 70 millions aujourd’hui, 80 millions estimés dans quinze ans : la natalité la plus galopante d’Europe) qui fusionne, se déverse, fume, s’éparpille sur les pentes de ses sept collines en noyant les ruelles, les cafés, les jardins, même les cimetières et tout le reste bien au-delà. C’est bien connu, les abords des volcans sont fertiles, ne nous étonnons pas de trouver dans les faubourgs populaires cet entassement de ruraux venus tenter leur chance au plus proche du cratère. Istanbul travaille tôt le matin et veille tard le soir, entre les deux les fumerolles s’élèvent depuis les échoppes où rissolent les Kebabs, s’échappent du moteur des bus urbains et du cornet des narghilés. Sa lave est une liqueur douce qui enveloppe les rues, leur donne ce goût d’épice adoucie spécifique à la cuisine d’ici, se répand comme la chaleur ourlée des hammams . Sensation d’Orient, ambiance indélébile avec ce petit quelque chose d’Asie, de désert et de Méditerranée, de loukoum et de café robusta. Le klaxon des taxis comme le bruit des engins de construction de cette ville en éruption n’y changeront rien. Istanbul a la couleur de Bagdad, le bruit de Bangkok, le climat d’Athènes et les aérations de Tunis… Mais il  y a un peu de Pompéi et d’Herculanum en elle, du temps de leur vivant, lorsque le Vésuve n’était qu’un aimable monticule fumigène et où la population vaquait à un destin qui paraissait sans limite.

Ses éruptions sont permanentes et Istanbul n’est pas prête à lâcher son dernier souffle. Jean Baudrillard ne s’y trompait pas lorsqu’il prédisait il y a peu que les éléments hétérogènes de l’Europe d’un côté et de l’Asie de l’autre s’affrontent ici, se chevauchent depuis toujours sans jamais se confondre et font de l’endroit « le centre du monde ». C’est sans doute de cette friction, du choc de ces deux modernités que renaît chaque matin l’énergie de la Cité.

La pluie impétueuse qui nous accompagne depuis deux jours ne viendra pas à bout du brasier. Les nuages bas se sont déchirés le ventre aux aiguillons de la mosquée Süleymaniye. Quatre minarets comme autant de colonnes pour soutenir symboliquement le monde, elles sont situées aux quatre orients et on ne s’y frotte pas impunément. Du coup, la pluie, drue et généreuse, se déverse sur les coupoles et dévale les rues sans répit, les égouts gloutonnent abondamment, les voitures renvoient l’eau sur les vitrines et les pantalons des passants. Istanbul est une cité maritime et ses trottoirs sont aussi mal carrossés qu’un torrent de montagne, ils font dégringoler l’eau jusqu’à la mer. Heureusement la fin du déluge s’annonce, nous n’aurons pas besoin d’aller nous réfugier au sommet du mont Ararat où Noé a parait-il mené sa barque. Quelque chose indique la fin du phénomène, une lumière bleutée et hauturière s’annonce au-dessus du Bosphore. Tout à l’heure, lorsque l’eau aura lavé le ciel, définitivement déposé la pollution aérienne au sol et rincé les rues, le soleil brillera sans contrainte, une brume de chaleur enveloppera les murs et tamisera la lumière pour la rendre assurément sublime. Je fonce à l’hôtel chercher des filtres pour mes objectifs et je profite des flaques pour courir sur la lave en fusion sans risquer la brûlure.

Le palais de Topkapi, c’est le Versailles local, immensité architecturale qui, vu d’en haut, se décline jusqu’à la rive du Bosphore. Jardins et bâtiments guident le regard et semblent disparaître dans la mer à l’instar des puissantes dynasties qui occupèrent les lieux et ne survécurent au raz-de-marée qui ébranla le Moyen-orient aux environs de la première guerre mondiale. Le palais était la demeure du sultan et de la sultane Validé, sa mère. Le sultan, malgré son statut empreint de toute puissance (il avait le droit de posséder quatre épouses et un harem au grand complet) était voué à vivre au crochet de sa génitrice qui se permettait même de donner des ordres au grand Vizir. Heureusement, la maison est spacieuse, il doit se trouver quelques endroits où se planquer.

A Topkapi, tout se visite : appartements, carrosses impériaux, salle du conseil, des circoncisions, des eunuques, du trésor impérial, hammam, cuisines, galerie des portraits, collections… J’en passe. C’est cher, on fait la queue souvent à cause de l’affluence, mais on en a pour ses sous et à la fin on est incollable sur le régime politique et l’art de vivre à la cour à l’époque des sultans. Et puis pour ceux qui aiment la sophistication des styles architecturaux imprégnés d’orientalisme, il y a sûrement quelques idées déco à récupérer, mais dans un F3 à la porte de Bagnolet, il faut y aller doucement sans quoi ça risque de faire un peu « chargé ».

photo presse

Croisière sur le Bosphore 3DP

Flash back. Nous sommes au printemps de l’an 1204 et notre remontée du Bosphore en bateau n’a rien de touristique, les hommes qui m’accompagnent, barons, comtes, ducs ou ribauds, hommes de mains ou cerfs promis à l’émancipation ont tous cousu la croix du Christ sur leur poitrine. Nous sommes partis depuis près d’un an pour la quatrième d’une expédition que plus tard les historiens nommeront croisades et à l’approche des remparts de Constantinople, seuls le bruit de la navigation à voile et les psalmodies religieuses des passagers rompent le silence. Quelques tintements métalliques, bruits d’épées, de heaumes d’armures ou de lances entrechoquées attestent de la nervosité de chacun. « Ceux qui mourront tout à l’heure iront directement au paradis » nous a promis notre Evêque. Rien ne presse.

Nous remontons le courant qui vient de la Mer Noire et descend vers la Mer Egée, à travers le Bras Saint George. Passée la corne d’Or et Galata, le vent de face nous oblige à louvoyer. Les nefs se frôlent, viennent virer de bord au ras des murs derrière lesquels on se prépare à repousser l’assaut. Les poulies grincent et dans les cales, les chevaux hennissent parfois, traduisant la crainte mêlée d’impatience qui caractérise l’instant.

Je n’ai pas peur, je suis ici sur la volonté de Dieu. Nous sommes partis pour délivrer Jérusalem,  secourir nos frères chrétiens d’Orient persécutés par des hordes païennes mais une discorde avec nos bailleurs vénitiens, propriétaires de cette flotte, nous a contraint à changer nos projets. Nous manquons d’argent pour financer nos créances nous n’avons d’autres choix que d’aller confisquer au passage les  richesses dont on dit que la ville de Constantinople est garnie. La notion de « business plan » telle que pratiquée au sortir du Moyen-âge fonctionne ainsi. Il parait que le pape Innocent III nous a excommunié suite à une manœuvre similaire dans la ville de Zara, mais sans argent, les guerres manquent de nerf. Et puis avouons-le, une razzia de temps en temps, c’est bon pour le moral des combattants. Quant à la richesse supposée de notre futur objectif, ce n’est pas mon voisin de bord, Geoffroy de Villehardouin qui me contredira, une main sur la crosse de son épée, l’autre sur le plat bord du bastingage, les yeux au loin comme observant à travers les murailles les statues couvertes d’or, les pilastres de marbre, les coupoles couvertes d’ivoire ou les pierres précieuses dont les murs sont farcis. Il s’exclame : «Ceux qui onques ne l’ont vue ne peuvent penser que si riche ville puisse être en tout le monde… il n’y a parmi nous si hardi à qui la chair ne frémît ». « Dis donc, tu parles bien, lui dis-je. Tu devrais écrire un livre. »

« - Que dieu te garde en sa sainte protection », s’écrit-il alors avant de me bousculer pour s’élancer  sur la berge au pied de la future forteresse de Rumeli Hisari, qui marque l’endroit le plus étroit de la passe et que notre nef est venue éperonner.

L’action est lancée, l’objectif du caméscope d’un de mes compagnons de fortune enfoncé dans mon dos, je me vois contraint de sauter à terre à mon tour. Une fois passé la passerelle, j’esquive le premier marchand ambulant de cartes postales, évite de justesse de renverser un panonceau à la gloire des horaires d’embarquement et finis par succomber devant l’insistance d’un marchand de thé. Celui-ci est impressionnant, caparaçonné comme un soldat sorti de Tintin et le sceptre d’Ottokar, gilet rouge brodé, turban à la mise complexe et sur son dos une installation en inox digne d’un moteur à gazogène. L’homme propose aussi du café, boisson qui, accompagnée d’un verre d’eau constitue le breuvage national. Quant à savoir si l’eau se boit avant ou après le café ? Cela dépend me dit-il. Les turcs le consomment après, les francs (entendons grosso modo tout ceux qui viennent du monde chrétien) avant. Je choisi de fusionner les cultures, un demi verre d’eau avant le café, le reste ensuite. Et puis en guise de combat, je m’assieds sur un banc et je contemple les vieilles pierres. Il parait que certains croisés subjugués par la beauté du site, le climat et la grâce des femmes n’ont jamais pu quitter cette ville. Ils se sont fondus dans la culture ambiante, leurs enfants étaient blonds et leurs descendants vivent certainement encore ici aujourd’hui.

Je renonce donc à mon projet de conquérir les richesses matérielles de la ville et trouve refuge dans un de ces temples du bien être et de l’oisiveté : un hammam.

Sept étapes dans un décor des milles et une nuit à l’issue desquelles j’aurai le sentiment d’avoir abandonné mon enveloppe charnelle.

Premièrement : Le vestiani dont on sort, ceint au minimum d’une serviette de bain piquée dans un hôtel international,

Ensuite viennent la salle fraîche, la salle tiède puis la salle chaude, montée en régime calorifique où l’organisme s’adapte progressivement à la chaleur. Dans cette dernière pièce, l’étuve, on peut procéder à des ablutions personnelles. A terme, transpiration et sudation garanties.

Une fois décrassé, c’est le moment du massage turc prodigué par un athlète à garder comme ami pour le jour où on aurait besoin de déménager une armoire normande (ou turque, étant donné que le mobilier local n’a parfois rien à envier en terme de lourdeur à nos fabrications les plus rurales).

S’ensuit une séance de relaxation dans un bassin de marbre rare, abondance d’eau chaude et un peu ferrugineuse (En Anatolie, certains villages profitent de sources chaudes, pas Istanbul) ou je  devise de tout et de rien avec mes voisins de baignade.

Dernière étape, et pas la moindre, dégustation d’un café, un de plus, le corps délié, la peau souple et  détendue, l’esprit neuf comme à la sortie de la maternité. Prêt à conquérir le monde à nouveau… ou rentrer chez soi s’offrir une petite sieste réparatrice.

L’Europe

Alors, la Turquie, qu’est ce que tu en penses ? Me demandent le turco septique irréductible et européen sans doute convaincu. Eligible ou pas ? Une chose est sure, la Turquie aura au moins réussi à ce que L’Europe s’interroge sur elle-même. Quant aux Turcs eux-mêmes, du moins ceux de la rue, Europe ou pas, ils ont l’avenir plein champ. Les images d’une Constantinople poétique et ottomane avec ses caïques qui longent des berges endormies sous les cyprès, ses esclaves indolentes aux hanches chaloupées repérées par Delacroix appartiennent au folklore. L’orientalisme s’est modernisé, le stambouliote d’aujourd’hui remplit son Caddy chez Carrefour et a parfois troqué sa mobylette, elle-même venue en remplacement de l’âne séculaire, contre un 4X4. Il se moque comme de ses premières babouches de savoir si l’Europe sera un succès ou pas, se fera avec ou sans la Turquie car ce peuple a gardé de Gengis Kahn, Mehmet le conquérant, de Tamerlan, de Soliman le Magnifique ou plus récemment de Kemal Mustafa l’âme d’un leader. N’oublions pas que l’Empire Ottoman n’avait pas à souffrir la comparaison avec l’Europe du XVI ème siècle.

En revanche, un petit périple en Anatolie surprendra l’observateur. A croire que la modernité a oublié de franchir le Bosphore. En dehors des villes, des côtes et des grands axes où le touristiques a transformé le rythme de vie et les rapports humains, la Turquie orientale présente un visage qui parait bien loin des critères de Maastricht : cultures morcelées, réseau routier souvent archaïque, Islam très marqué où la place de la femme : c’est la cuisine ! Villages isolés et rudes où survivent des exploitations familiales dont le revenu dépasse rarement les 2000 euro annuels. On peut tenter la comparaison avec l’Espagne de l’après guerre.

Sur le plan symbolique l’adhésion de la Turquie signifie beaucoup. Cela indiquerait que l’Union n’a pas peur ni du progrès en marche, ni de l’avenir, que ses valeurs sont évolutives et non pas figées dans la tradition. De même, en faisant évoluer son rapport à l’Occident, cela prouverait au monde musulman lui-même qu’il est compatible avec une forme de démocratie plus « septentrionale » et que la difficile laïcité de la Turquie n’est pas utopique. L’équilibre nord-sud, la stabilité géopolitique et la coopération internationale, en fait la paix, sont à ce prix.

En rejoignant l’Union et ses trois centreportage photographique Millions et demi de ressortissants qui y vivent déjà, la Turquie se démocratisera encore plus, elle devra signer la Charte des droits fondamentaux et aura des comptes à rendre devant la cour européenne des droits de l’Homme. Il lui faut alors impérativement régler les deux problèmes majeurs qui subsistent : la persistance d’une  politique négationniste du génocide arménien et le caractère souvent impuni des violations des droits de l’Homme commis par une police encore trop attachée à un pouvoir autrefois très militarisé.

N’oublions pas non plus que récemment le régime voulait condamner les femmes adultères, et uniquement les femmes, à trois ans de prison. Pour autant le fondamentalisme islamique qui recherche l’adhésion des pays musulmans n’a rien à voir avec l’Islam et s’il se plait à déformer les réalités pour faire croire à l’existence de deux mondes irréductibles, à nous de faire la part des choses. Erdogan, le premier ministre turc dont le parti AKP est une formation issue de l’islamisme a promis plusieurs choses : le respect des droits de l’Homme à l’égard des Kurdes, des femmes et des opposants, la reconnaissance de la République de Chypre, la condamnation de l’islamisme radical, la possibilité pour les minorités de jouir d’un droit à l’éducation et à l’information dans leur langue.

Quant à l’abolition de la peine de mort… c’est fait depuis 2002.

Si l’union veut être un carrefour de civilisations, ouvert sur l’avenir, il lui faut être capable de réunir une communauté de valeurs avec des sociétés athées, musulmanes ou judéo-chrétiennes. L’entrée de la Turquie, centre névralgique des anciennes routes de la soie, randonnées civilisatrices s’il en est, attesterait de la viabilité du concept. Et puisqu’il faut prendre le risque de voir ce que d’aucun appelle « le péril musulman » détruire ce que d’autres qualifient de « club chrétien » pour en faire une entité laïque et tolérante, prenons-le et faisons un rêve (à ce propos, prétendre conjuguer l’Islam et les droits de l’homme est bien péremptoire, en quoi la religion islamique ne serait-elle pas respectueuse des droits de l’Homme ?).

Et puis pour les derniers sceptiques, je recommande une virée dans le petit matin au cœur du récent métro stambouliote. Tout, autour de lui aura un air de déjà vu : à Paris, Londres, Hambourg, Istanbul ou Lisbonne, le matin dans les transports en commun, l’Europe au grand complet fait la gueule.

Alors il se pourrait bien que dans quelques siècles, lorsque d’éminents anthropologues évoqueront « l’âge du pétrole », ils présentent la Turquie « pays laïc de tradition musulmane » comme le cœur de la fusion entre l’Europe et l’Asie et point de départ d’une nouvelle ère de progrès social, d’écologie et de paix universelle. Ensuite, comme disent les américains, les inventeurs incontestés du concept « d’états unis », la seule limite sera le ciel.

Les hirondelles qui passent comme des flèches entre les minarets de la mosquée Süleymaniye ont sans doute une longueur d’aile d’avance, elles n’ont pas attendu la libre circulation des hommes et des marchandises pour venir prendre leur quartier d’hiver ici. Elles ont bien raison.

NOTES :

Pendant deux millénaires, les turcs se sont acculturés au contact de peuples d’origines, de cultures et de religions éparses. Curieux de tout et des autres en particulier, craintifs des divinités inconnues, sachant se montrer commerçants, ayant le goût de l’offensive, d’une solidarité entre combattants sans égal, méprisant leur propre vie comme de celle des autres, leur souci, même si les premiers contacts sont d’une violence bestiale, est de co-exister en paix au contact des tribus (les Tatars, les Moghols, les Manchous, les Avares, les Yakoutes, les Kazaks, Uzbecks, Azeris, les Huns ) qu’ils rencontrent. Ils vont et viennent du Pacifique à la Méditerranée, cherchant des herbages pour leurs chevaux et lorsqu’ils cesseront leurs virées équestres, ils nommeront « oda » la chambre, un mot en provenance directe de « otag », la tente.

Plus tard, avant de trouver dans l’Islam leur religion définitive, ils embrasseront successivement ou simultanément toutes les religions du monde. Ils apprendront que pour coexister en paix entre taoïstes, chrétiens, juifs  ou musulmans, il a fallu faire des concessions à chacun, créer des quartiers dans les villes, assurer la libre pratique des cultes, exonérer les religieux de l’impôt. Une telle tolérance nécessite la traduction des textes sacrés, l’organisation de colloques, de débats entre théologiens. Les turcs ont inventé la possibilité de la coexistence pacifique et on ne peut guère en dire autant du reste de l’Europe.

Byzance : La cité qui était pourtant déjà une sorte de semi protectorat ottoman fut conquise par

Mehmed II le 29 mai 1453 à la tête de 12000 hommes et 350 navires. Il fit un trou dans les murs à l’aide d’un canon coulé à Edirne et amené à pied d’œuvre en 2 mois par 400 hommes et 60 bœufs. L’engin expédiait des boulets de 600 kg. (En même temps en France, une bombarde explosait en essayant de tirer un boulet de 250kg). Son entrée à cheval dans la cathédrale Ste Sophie marque la fin du Moyen-Age et le début des temps modernes. « Heureuse l’armée, heureuse le chef qui la prendrait » disait une parole accordée à Mahomet et concernant la prise de Constantinople.

Soliman le magnifique : « Le Grand Turc », « l’ombre de Dieu sur la terre »,  allié de François 1er contre Charles Quint. Son empire comprend Bagdad, Belgrade, Budapest, Alger, Tunis, Djerba, Tripoli. En pleine guerre de religion, l’Europe sait que le plus grand danger reste la menace des orientaux et ils savent aussi que se lancer sur une Méditerranée surveillée par les ottomans est plus périlleux que de traverser l’Atlantique. Sous le règne de Soliman  qui marque l’apogée de l’empire Ottoman,  Constantinople compte 700 000 habitants : c’est la plus grande ville du monde.

Soliman aime parler de religion, mais uniquement avec des musulmans. Sa devise est la même que Gengis Kahn et Timur : « Il ne peut exister qu’un seul empire sur la terre comme il n’y a qu’un seul dieu dans le ciel ». Fin connaisseur, pour ses harems, il rafle des filles jusqu’en Provence ou en Castille (en fait, les harems ne peuvent être peuplés que d’esclaves et les musulmanes ne peuvent être esclaves).

A partir du XVe siècle, on peut diviser les Turcs en deux catégories : ceux qui sont restés à l’état de cavaliers des steppes, purs descendants de Gengis Kahn, vivent en nomades et changent de résidences au gré des herbages ou des razzias qu’ils commettent dans les villes et ceux qui ont participé à la révolution de l’arme à feu, essentiellement des ottomans, et se sont sédentarisés.

Au XVI e siècle apparaît le chiisme, entre orthodoxie et protestantisme musulman, chiites et sunnites s’opposent…. Les ottomans sont sunnites, les turkmènes sont chiites. Aujourd’hui le pays est encore partagé entre deux fractions politiques d’inspiration chiite et sunnite.

Dans les dernières années du XVIe siècle, la pensée scientifique moderne qui se développe en Europe n’est pas suivie par les Turcs. Même si l’Empire Ottoman reste la première puissance du monde, en 16­06, la paix de Sitvatorok marque la limite de son extension. A cette époque, les connaissances des ottomans sont considérables : géographie, agriculture, floriculture, recherche scientifique (ils pratiquent la vaccination contre la variole dès le XVIIe siècle et l’exportent en Europe bien avant Jenner), architecture (la ville est farcie de ces coupoles dont personne mieux qu’eux ne maîtrisait la construction).

Au début du XVIII e siècle , la capitale s’adonne aux fêtes et cultive les fleurs avec tant d’amour qu’on nomme cette époque « l’ère des tulipes ». Pourtant, les ottomans passeront à côté de la grande mutation des temps modernes. On y oppose les grandes découvertes qui livrèrent l’Amérique au monde occidental (les Portugais et les Espagnols en cherchant une nouvelle route vers l’Inde et l’extrême orient cherchaient surtout à contourner les monopoles commerciaux des Turcs) ; toute l’économie du Levant s’en est trouvée bouleversée. Plus tard, la révolution industrielle en Europe fit le reste.

Kemal Mustafa « Atatürk » « Le père des Turcs » : Il prend le pouvoir en 1922 après avoir repoussé les grecs hors de Turquie. Son credo : abolir le sultanat et créer un état turc, de langue turque, géré par des turcs, pour des turcs. « La révolution kémaliste » marque des changements notables : abolition des tribunaux religieux, interdiction du voile, des costumes orientaux, remplacement de la charia par un code civil suisse, adoptions d’un code commercial allemand, d’un code pénal italien. Interdiction de la polygamie, des harems, de l’inégalité devant l’héritage. Adoption d’un système d’écriture latin. Constantinople devient Istanbul et cerise sur le gâteau, dès 1934 les femmes ont le droit de vote (les françaises attendront 1948). C’est à l’ensemble de ces réformes que les turcs doivent leur statut actuel : trop islamistes pour les européens, ils paraissent trop occidentalisés pour les islamistes.

Quels points communs entre Isabelle Adjani, Tcheky Kario et Edouard Balladur ? Tout trois sont d’origine turque. Les deux premiers par leur père, quant au troisième, il est tout simplement né à Izmir où il a encore de la famille.

Quelques données récentes : (nouvel obs 12/04)

Capitale : Ankara

Superficie : 774 820 km2

Pop : 70 Millions

Pop urbaine : 65,8 %

Alphabétisation : 85,1 %

PIB 2003 : 212 milliards d’euros

PIB par Hab. : 5 930 euros

Taux de chômage : 9 %

Salaire minimum net : = 150 euros

Religion : Islam

Régime politique : république à régime parlementaire

Chef d’état : Ahmet Necdet Sezer

Economie : agriculture (olives, raisin, tabac, thé, ovins, tournesol)

Industrie (filés de coton, lignite, ciment, textiles synthétiques)

Tourisme.

Et puis tout se termine en poésie :

L’épopée de la guerre d’indépendance.


Telle une caravane venue au grand galop de l’Asie lointaine,
la tête tendue vers la mer,
ce pays est le nôtre.

Poignets ensanglantés, dents serrées, pieds nus,
et cette terre qui est un tapis en soie,
Cet enfer, ce paradis, sont les nôtres.

Que les portes des maîtres se referment pour ne plus jamais s’ouvrir,
supprimez l’esclavage de l’homme par l’homme,
cette invitation est le (la) nôtre…

Vivre seul et libre comme un arbre,
et fraternellement comme une forêt,
cette nostalgie est la nôtre.

Nazim Hikmet

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Edito du livre Istanbul Porte de l’Orient

Lorsque mon éditeur me sollicita pour la Turquie, cela faisait 10 bonnes années que j’en rêvais, espérant que l’occasion ce présente un jours d’y séjourner longuement.
Un reportage photographique demande du temps, une parfaite connaissance des thématiques abordées et la mise en place d’un « déroulement » photographique millimétré…
Les rencontres, la magie du hasard doivent faire parti intégrante du « voyage », ils sont même ce qui donneras la vrai « couleur » d’un travail photographique!
Le débat pour l’entrée de la Turquie au sein de l’union Européenne témoigne d’une méfiance instinctive envers un grand état à majorité musulman.
Historiquement, ce pays, situé en Grèce antique, berceau de la civilisation Européenne, devenu empire Ottoman, surnommé byzantin, à toujours affirmé son identité Européenne.
La Turquie à abandonné son écriture arabe, à affirmé sa laïcisation, à entrepris une forme de révolution tranquille afin de remplir les critères nécessaire à une adhésion à l’Europe.

Constantinople, Byzance, Istanbul…. 3 noms pour une même ville qui n’a rien à envier aux grandes capital de ce monde. La mosquée bleue, sainte Sophie…L’antiquité, l’art Byzantin ou Ottoman s’y mélangent avec subtilité et bonheur! La cohabitation des dissemblances enchevêtrées par des siècles de vies communes, témoigne d’une ouverture et d’une tolérance singulière.
8000 ans d’histoire…Une ville monde construite sur 2 continents…De Byzance à la république, elle exerce une fascination jamais démentie.
Istanbul, une alchimie entre ces racines et ses envie d’Europe, entre fierté et frustration, une porte sur un Orient en pleine mutation.

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Livres des droits de l’enfant sur TF1

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Des millions d’enfants souffrent encore de pauvreté, meurent de malnutrition, subissent l’esclavage, n’ont pas d’accés à l’école…

En publiant les dix principes de la déclaration des droits de l’enfant à l’occasion de leur 50 eme anniversaire, les éditions bélize rappelent la nécéssité cruciale de les faire appliquer dans le monde entier.

Cet ouvrage, illustré de photographies de Jean-Charles Rey, à été réalisé en partenariat avec l’association « un regard, un enfant » parrainée par Corine Touzet, qui vient en aide aux enfants défavorisés de France et du monde.

Ce livre s’adresse à nous tous.Il en appel à notre conscience et à notre responsabilité de citoyen du monde.

Nous prétendons à cette quête de l’instant juste, ce bonheur saisi par des artistes engagés et fraternelle. Loin de l’absurdité de notre monde, nous témoignons de la beauté de l’humanité, de ce qu’elle a de précieux et d’éternelle…L’amour, la poésie exalté par des photographies engagées.
la découverte de ces auteurs n’est pas vraiment évidente…Les média disponible sont en règle général loin de ces considérations….un grand nombre de « professionels »revêtent l’habit sans en avoir l’esprit, la compétence et l’engagement!
Nous avons eus, fin décembre, la chance d’obtenir quelques précieuses minutes de promotions sur TF1 pour l’associations « un regard, un enfant« parainé par Corine Touzet.Merci à tous ces intervenant qui aux travers de leurs engagements participent activement à l’action et aux « changements ».
Mon travail est disponible sur mon les droits de l'enfants, n’hesitez pas à me contacter!