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Des photographes d’exception

photographe Lyon

 

 

 

Notre art  photographique est axée sur le naturel, la spontanéité, pour une cérémonie forte de moments intenses. Le terme de photojournalisme traduit parfaitement le style de reportage que vous exigez d’un artiste photographe. Celui-ci est apte à capter avec émotion ces instants fragiles et éphémères et vous offrir des clichés inattendus et chargés de sensibilité.

C’est le savoir-faire journalistique qui inspire nos photographes de mariage. Ceci entraîne naturellement une expertise technique alliée à des aptitudes de l’écoute, à la compréhension tout en étant capable de se fondre dans l’environnement présent.

Nos collaborateurs ont suivi des formations professionnelles qualifiantes dans un secteur extrêmement fermé. Il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus.

Le jour de votre mariage, vous ne remarquerez plus le photographe car il agira avec une grande discrétion, sans s’immiscer dans le déroulement de la cérémonie. Il saura toujours prévoir, saisir votre émotion, votre joie. Il s’adaptera à la fugacité d’un moment et vous en retransmettra l’intensité par des prises de vues exceptionnelles et uniques.

Notre formation professionnelle nous a enseigné l’art de la photo académique. Nous ne l’avons pas oublié et si nous proposons des photos improbables, nous offrons, à la demande, des photos formelles du jeune couple avec ses invités, sa famille. Ces clichés rendent témoignage de votre histoire de façon classique, mais toujours appréciée.

PHOTOGRAPHE

photogrphe mariage paris

Notre métier de photographe est un avant tout passionnel ! Une profession n’ayant  pas simplement pour objet, la technique ou l’attente d’une certaine reconnaissance… Un photographe doit bien entendue en premier lieu apprendre son métier ! Le nombre de places étant très restreint les formations diplomantes sont devenues incontournable dans de nombreux domaines d’activité.

« Apprendre sur le tas » n’a rien d’impossible mais c’est une voie qui semble des plus hasardeuses ! Et puis ! A bien y réfléchir, apprendre, étudier, faire des choix en connaissance de cause parait tout à fait en accord avec les fondamentaux même de ce métier, des professionnels qui ont pris le temps avant nous de ce qualifier et valider un certain nombre d’acquis indispensable !

photographe mariage lyon

La photographie est en pleine mutation, ayant évolué relativement lentement durant des décennies, elle traverse depuis peu de profonde évolution technogique et social ! Les photographes doivent donc être en mesure de faire preuve d’une constante adaptabilité technique et professionnelle.

Depuis toujours  je tache d’invité mes images sur la scène des médias, partager mes engagements humanitaire et social … 20 ans de presse, de petite et de grandes batailles J  Notre agence redonne un sens à ce parcours, une nouvelle dynamique à une carrière plutôt bien remplie J Nos photographes  journalistes ont une richesse et une approche  qui à engendré une émulation créative et constructive ! L’aventure de la photographie de mariage à contribué pour beaucoup à enfin donner les moyens matériel à la réalisation de grand  reportage presse en toute  indépendance ! Une épopée magnifique, une aventure rendue possible grâce à nos mariés et aux entreprises qui nous plébiscite depuis la création des STUDIO REY.

photographe mariage toulouse

Mes confrères photographes journaliste possèdent  tous l’expérience et les qualifications, une grande complicité partagée, ils enrichissent  notre métier grâce à de véritables moments de partage, nous voyageons et composons ensemble cette  formidable aventure ! Le pari semblait pourtant incroyable, improbable. Les « spécialiste du mariage » sont légion, même si un grand nombre ne peut être considéré comme véritablement pro, ils existent une frange de cette spécialité qui proposent des reportages d’excellence ! Nous sommes affilié au SNJ (syndicat National des journalistes), nous défendons clairement des tarifs et des salaires raisonnable, ce qui ne semble pas être le cas dans le domaine de la photographie de mariage dans lequel  une majorité   proposent des tarifs peu réaliste pour pérenniser  une  activité ! Rapidement j’ai pus percevoir que les « mariagiste » parlent de concurrents et non de confrères (a quelques exception prè)….

 

Notre expérience du grand reportage nous permet de nous « effacer » pour être véritablement présent ! La, au bon moment, cherchant la force, l’intensité. Nous sommes au cœur de vos reportages, confrontant  nos expériences, nos sensibilités et votre aventure, votre histoire !

 

 

INDIA

PHOTOGRAPHE MARIAGE lyonPHOTOGRAPHE MARIAGE AIX EN PROVENCE

 

L’INDE

Un voyage mainte fois reporté pour de mauvaises raisons…Nous y voila, un horizon qui donne l’énergies et la motivation pour un été très chargé en reportage de mariage, 3 journalistes m’accompagnent désormais dans l’aventure de notre nouveaux Studio!

PHOTOGRAPHE MARIAGE PARISphotographe mariage

L’inde, de nombreux séjours, plusieurs année sur place et toujours la sensation de ne pas avoir compris. Les rues trépidantes et bruyante de musique, de rickshaw pétaradant, d’ enfants partout courant au hasard d’un univers surpeuplé. Nous sous estimons depuis toujours ce pays, presque continent, et pourtant! Nous en étions encore à nous réchauffer dans nos cavernes, qu’ils possédaient déjà leurs dieu, leur écriture…Toute les généralités sont dénué de sens, vide d’intelligence et d’ouverture. Ce peuple est capable de vous surprendre, de vous transporter vers le meilleurs comme le pire! Les Indiens tachent de vous enrichir de  la lenteur, la délectation du temps qui passe inutilement, l’ordinaire prend alors toute sa valeur. Pour un photographe, un artiste, c’est en général une révélation! Un dédale d’émotions et de sentiments totalement nouveau, une marée incontrôlable capable de submerger tous nos repères. J’attends beaucoup de ce voyage, la maturité, l’expérience, m’apporteront probablement un autre regard, une profondeur nécessaire à une perception différente, un « rythme » nonchalant loin de mes 20 ans,… Je n’ai pas encore la sérénité de nos anciens,, le raffinement de la connaissance et de l’intelligence mais…Cette nouvelle immersion généreuse et passionné m’envoute déjà d’un vertige extraordinaire!

La fascination, les impératifs, les contraintes, de mes voyages précédent n’exciteras plus, je serais un simple voyageur muni d’un veille appareil photos argentique(un rolleiflex)et de quelques bon vieux films, juste de quoi prendre mon temps!

PHOTOGRAPHE MARIAGE BORDEAUX photographe mariage provence

« Une des première raisons d’aller en Inde, et pas seulement pour un homme, est d’y regarder marcher les femmes. Les pieds, surtout quand ils sont nus, s’imposent à la terre, à laquelle ils s’unissent calmement. Il  y a quelque chose d’inexprimable dans ce contact du sol et de la chair »

Jean-Claude Carrière, Dictionnaire amoureux de l’inde

PHOTOGRAPHE MARIAGE NICEphotographe mariage monaco

Venez visiter mon site www.reportages-photographe.fr

Photographe mariage ou photojournaliste

photographe mariage marseille

contre manif meeting Sarko parc Chanot Marseille

Les 2 mon capitaine! Et j’ajoute que nous sommes bien peu dans cette situation! A part peut être 3 de mes confrères qui m’accompagnent désormais dans l’aventure des STUDIO REY auprès d’un large publique de professionnel et de mariées.

photographe mariage bordeaux

contre manif Sarko

Cela Faisait pas mal d’année que mon chemin n’avait croisé ceux de nos politiques….Une agence de presse Française m’a sollicité pour couvrir de nombreux évènements électoraux…La presse National et International doit posséder une vision, un angle résolument   ouvert et transversale! La recherche du symbolique, du geste révélé;  informer, sans préjuger de quoi que ce soit.

Le photojournalisme sans activisme, une juste mesure d’engagement et de convictions professionnel

photographe mariage Lyon
photographe mariage Paris

baston Sarko-Guauche

Contre manif meeting candidat présidentiel Nicolas Sarkosy

pour servir un large publique. La photographie n’est pas une argumentation « illustrative », improbable convictions frelaté par des positions subjective et partisane ! Nous sommes au cœur de l’évènement pour donner toute sa force à l’image, à l’histoire de nos mémoires collective.

photographe mariage bretagne

Candidat presidentiel Francois Holland

Presque 20 ans de photographie mettent  en perspective mon ignorance! Notre curiosité n’a de limite que notre imagination, nous n’avons qu’une influence toute relative sur les évènements et leurs mémorisation…  Les média, parfois même le publique, octroie à la photographie une vision irréfutable qui s’avère bien souvent manipulé, nous laissant présumer ou ne nous laissant voir ce qui semble pertinent à l’instant T. C’est bien là que le mot éthique prend toute sa valeur! La spontanéité et l’honnêteté oblige le journaliste à saisir l’information, pas à la fabriquer! Ce que nous appelons dans notre jargon, le bidonnage! Nos photographies peuvent être détournés de leur objectif initial ! Je me souviens d’un de mes reportage sur l’Inde des intouchables, un magazine condamnait le pays dans sa globalité avec mes photos à l’appuie.

photographe mariage provence

meeting candidat Nicolas Sarko

L’évènement organisé du gentil qui serre les mains et promet avec ferveur un monde nouveau, la photographie ce situe en général en coulisse, bien dissimulé ou on ne l’attend pas! Un meeting n’est pas vraiment passionnant, 10 meeting peuvent devenir rébarbabatif…En revanche, chercher l’image, la rencontre, le moment improbable rendent l’aventure vraiment passionnante!

photographe mariage ile de france

photographe mariage marseille

Ségolène Royal

photographe corporate

L’entreprise, la photographie d’entreprise, le reportage d’entreprise.
L’agence Studio Rey  est en mesure de répondre à toute les entreprises, sa philosophie est au centre  d’une éthique et de lignes directrice très apprécié par les créatifs.
Nous ne sommes pas une « unité de production » mais bien un acteur incontournable pour l’externalisation de vos supports de communications. Photographe entreprise Lyon, photographe entreprise Paris, nous sommes en mesure d’intervenir également a l’international dans tous les secteur d’activité et pratiquement tous environnement de prise de vue.
Nos choix stratégique sont clairement orienté vers les nouvelles technologie numérique.
Nous maitrisons depuis quelques mois des moyens d’intégration et de prise de vue très novateur puisque nous sommes en mesures d’effectuer du reportage à distance et embarqué, aérien et sous marins dans les conditions les plus difficile.
Conscient  que ce type de délégation d’activité répond a des attentes à la fois technique et créative nous nous sommes rendus indispensable sur le segment très particulier de la photographie en milieu extrême. Altitude, pression, radiation, un ensemble de paramètre dont l’expertise réunis technicien et concepteur de génie! Tous les  environnements nous sont accessible et étendent notre créativité bien au delà de ce qui était imaginable.
L’externalisation de ce type de prestation est par essence complexe, nous en simplifions la démarche et l’expertise.
Nous ne sommes pas simplement spécialisé mais regroupons les capacité humaines, les compétences stratégique pour  une mise en œuvre parfaite et un résultat optimal.
Nous sommes capable de fluidifier vos réalisation communication les plus fines. La réalité des entreprises qui nous nous font confiance est très varié mais implique automatiquement une « sensibilité » en phase et une responsabilité éthique évidente.
Nous articulons notre activité bien au delà des dominations politique ou purement économique.
Une régulation presque naturel s’établie grâce à nos multiples » casquettes », les contrats peu rémunérateur sont soutenue pas des secteurs d’ activités plus lucratifs. L’alliance de l’art et de l’entreprise, de la production et de la création….Nous sommes capable de « produire » et de contempler!
Notre questionnement et nos envies  initiale s’établissait bien entendue dans l’ordre de nos préoccupations. La nécessité de concilier notre passion du métier et les impératif des différentes contraintes d’entreprise…Une éthique, une ligne de conduite ou la transparence  et les objectifs sont absolue et engagé.
Nous vous invitons à visitez notre site internet www.reportages-photographe.fr

photographe mariage international de prestige haut de gamme

prout prout! Serieusement… Mais en cherchant un peu! ça existe vraiment :-)

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Mon travail est décliné dans de nombreux secteur différent de la photographie. Chaque domaine apporte un souffle créatif et m’interroge systématiquement sur la pertinence de ma photographie.

Photographe mariage paris en Juin je suis en Janvier à nouveau photojournaliste sur les routes du monde…Une persistance de l’attrait des cultures différente et enrichissante, une collecte fructueuse d’émotion et de regards. Je consacres une grande partie de ce processus d’information et de  création a sortir des sentier battu, à tacher de trouver une profondeur et des perspectives humaine harmonieuse.

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Photographe mariage Lyon durant la saison des amours, ma photographie prétend toujours  à l’authentique , bien loin des effets de style ou de mode qui à mon sens voile la réalité.

Je pense avoir une approche éloigné du superficiel , une conception de la photographie ou la relation humaine est bien au centre de mon travail, un flot incessant d’émotion , d’amour même…Ce qui doit être capable de nous submerger, de rayonner.

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J’ai brièvement repris mon travail au coté de l’UNICEF, un moteur puissant dans mes engagements, une vision, la contemplation de notre monde tellement fragile, de l’inconscience des hommes qui parfois m’échappe totalement, une alchimie subtile entre souffrance et bonheur.

Le photographe mariage doit nourrir sa créativité, ne pas ce scléroser, mais bien s’ouvrir sur le monde, ne jamais rentrer dans le rituel dangereux de l’habitude et des certitude! Le regard, l’esprit, la sensibilité sont des éléments tellement fragile!

Je vous propose une belle évasion humaine, un autre monde, l’Amérique du Sud!

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La cordillère des Andes, la plus longue chaine de montagnes du monde 8 000 km, s’étend sur 7 pays: Venezuela, Colombie, Équateur, Perou, Bolivie Chili et Argentine. Foyers de cultures foisonnantes, meurtris par la colonisation espagnole, tous ces pays ont conquis leur indépendance au xesiècle. Descendants des Quechuas, Aymaras, Chibchas, Araucans,… le peuple des Andes fascine. Riche de ses apports précolombien, inca et hispanique, ses traditions, musiques, danses et arts sont les expressions d’une grande diversité culturelle.

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Riche aussi de ses rapports avec la nature, le peuple des Andins possède une capa­cité extraordinaire – partagée avec les habitants de l’Himalaya -, celle de vivre et de travaillera plus de 4 500 mètres d’altitude. Survivre à de telles altitudes, la pression de l’air est deux fois inférieure a nos plaines européennes, nécessite de fournir deux fois plus d’énergie au moindre geste. Les Indiens de la Cordillère se sont acclimatés à leur milieu physiquement et socialement.

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Surmonter les difficultés, supporter la pauvreté, combattre le désespoir sont le quotidien des Andins. Entre hauts plateaux, volcans et montagnes aux neiges éternelles, rites ancestraux et catholiques se mélangent pour que la nature soit leur ultime interlocutrice, que vie et travail soient en harmonie avec l’environnement. La Terre n’appartient pas à l’homme, c’est l’homme qui appartient à la Terre. L’homme blanc traite la Terre, sa mère, et le ciel comme des objets qu’on achéte, qu’on pille, qu’on vend… Son appétit va engloutir la Terre et ne laissera derrière lui qu’un désert…

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Ces reportages font tous l’objet de parution et sont bien entendue protégépar la législation du Copyright auprés de la BNF.Droit en cour auprés de PEMF-Fleurus-France et blackbirch press USA.

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N’hesitez pas à visiter mon site internet ou prendre contacte avec moi.

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PHOTOGRAPHE ENTREPRISE CORPORATE

PHOTOGRAPHE ENTREPRISE CORPORATE

Le STUDIO REY est aujourd’hui un acteur incontournable dans le secteur de l’entreprise Corporate. Sa vocation première est dédié au monde de l’entreprise et du reportage. Ses statuts et ses investissements sont clairement orienté vers l’innovation, la réactivité. Nos convictions, nous pousses à explorer des domaines très différent  et toujours enrichissant. Nous avions fait le pari des milieux extrême pour suivre 2 entreprises…Sous l’eau ou en altitude, parfois  avec un soupçon de radiation pour compliquer l’expertise, autant d’environnements que le matériel photo n’apprécie que modérément! Les principes de précaution ne nous ont pas frêne pour une exploration inventive et créative. Les photographe entreprise, les artisans qui acceptent le risque (même celui de ce ramasser)sont aussi dans la conviction et la capacité d’innover, d’entreprendre;  autant de qualité que notre équipe met à profit pour nos partenaires. Nous sommes dans une époque de mutation ou vérité et savoir s’entremêlent d’une façon complexe et indissociable. Les capacités de notre réseaux sont multiples et international, nos missions sont autant sur un domaine régional qu’international. Nous travaillons pour le secteur privé comme le l’administration et les instances gouvernemental. Toulouse, Marseille , Paris, Tokyo ou le Gabon, des entreprises de pointe nous font confiance ici ou ailleurs pour des missions  vraiment particulières. Des projets toujours centralisé  à Marseille, à notre siège, des photographes entreprise sachant s’approprier intégralement vos projets, s’investissant bien au delà de la simple prestation.

Notre expérience de la grande presse et du photojournalisme nous insuffles une capacité vital à l’adaptabilité, la réactivité et à parfaitement savoir gérer l’imprévisible! Nous sommes « attentionné », attentif et dans l’instant présent, serein et vigilant. Ces données  fondamental  nous éloignes définitivement du monde anxiogène et de l’angoisse  dune économie moribonde. Nous sommes constructifs, optimiste , participatif dans l’univers de l’entreprise et du corporate.

Notre Studio offre une palette très vaste de compétence:  graphiste, intégrateur, photographe, caméraman, maquettiste, autant de regard capable d’enrichir votre entreprise, de valoriser vos projets, de porter votre communication.

Nous disposons du matériel le plus performant pour toute les conditions de prises de vue! Caisson étanche, drone électrique, de la chambre au moyen format….Nous pouvons vous suivre partout et avec passions!

photographe corporate

Quest qu’un photographe journaliste ?

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Pour un très large publique, il est difficile de saisir les nuances parfois importante entre les différents secteurs d’activité de la » photographie ». A cause d’une même appellation pour des disciplines totalement différentes les une des autres la confusion des genres est de mise. Comment comparer un photographe reporter, d’un photographe animalier, d’un photographe entreprise, d’un photographe de mode ou même d’un photographe mariage!?Les genres sont même parfois soigneusement mélangé par les photographes professionnel aux même…. Bien loin des techniques et de la discipline, demeure d’importante variante pour aborder notre métier. Je suis un auteur, un photographe journaliste, je compose des reportages photographique qui font suite à de longue recherches, une étude minutieuse des thématiques et problématiques abordées. Une démarche souvent personnel qui implique des risques, des angles, des prises de position, pas toujours en adéquation avec le moment…Mon métier appel une grande cohérence pour le secteur de l’édition dans la mesure ou personne n’attend mon travail! Rare sont les commandes , nous proposons, nous soumettons et les éditeurs disposent….
Cette approches n’est pas plus louable qu’une autre, elle n’a rien de plus valorisante ou respectable, elle fait partie intégrante de ma démarche et de nos engagements. Nous sommes des photographes qui fonctionnent à l’instinct, a l’inspiration pas forcément très productive :)
Nos reportages demande du temps, des mois, parfois des années, une longue préparation pour trouver la bonne direction, le bon angle. S’imprégner, regarder, s’inspirer.

 

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Qu’est ce que cela implique!?!En premier lieu, une formation supérieur, de 2 à 4 ans puis enfin, si les choses ce déroule bien …L’accès à un métier dont la réalité est très complexe. Nous travaillons dans le milieu de l’information ou de l’édition sur quelque support que ce soit. Nous sommes bien dans la transmission, traduisant et synthétisant des information de façon à les rendre accessible .
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Ma vie familiale (2 enfants en bas âge) nécessitait une « diversification », la photographie de mariage apparaissait comme une des orientations possible et presque évidente. Le reportage mariage est une pratique moderne et dynamique « s’inspirant » du journalisme, de ce qu’il à de réaliste et d’authentique….ce qui pour certain ne semble qu’une jolie façade marketing….parfois malheureusement dévoyé et dénué de la moindres qualités journalistique. Certain ce considérant même comme des journalistes, n’ayant jamais pratiqué autre chose qu’une photo « imitative », pale reflet fastidieux d’un genre souvent mal interprété presque parodié.
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Ajouté des appellations plus ou moins farfelues, faite de 2 ou 3 adjectifs du genre photographe journaliste international allez…soyons fou… pourquoi pas, de prestige, complétez la formule avec 1 ou 2 citations de personnalité et vous avez le bling bling, le vernis à peine sec d’un verbiage méticuleux et superficiel qui autoriserait des tarifications « haut de gamme ». Beaucoup de photographe mariage, et c’est heureux possèdent une réelle approche journalistique, un regard différent et une philosophie « humaniste « qui s’approche avec sensibilité et délicatesse du journalisme, engagé et dédié à la transmission. Une tache noble et louable pour des amateurs toujours plus exigent.

Les quelques exemples parutions ci joint sont en parfaite adéquation avec notre métier.Un regard humaniste , une solide expérience de terrain et des approches très différentes selon les thématiques abordés….Un rafraichissement constant de nos inspirations et de nos passions:

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Un photographe sur la route

 

Vagabonder sur la route

Les documents de police qui sont parvenus jusqu’à nous attestent que tout au long de la grande époque du pèlerinage, un bon tiers des pèlerins est incapable de donner une précision sur sa destination. Beaucoup semblent s’être installés dans un vagabondage sans fin, situation qui vaut au pèlerinage d’être frappé de suspicion. Trop d’individus se soustraient par son biais à l’autorité des parents ou à l’obligation sociale qui impose implicitement à tous de travailler. Les législations successives expriment toutes la nécessité de faire la distinction entre le statut de pèlerin et celui de vagabond, ce dernier restant de tout temps voué aux pires sanctions.

Ce  reportage, commandé par Fleurus depuis pas mal de temps était également l’occasion de ce retrouver, de confronter des époques differentes, des rythmes totalement hors norme…1600 kms de marche, de rencontre, un reportage photographique loin de la productivité et des agitations du monde.

 

 

 

Saint-Jacques-de-Compostelle

Le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle illustre par un acte fort et depuis plus de mille ans la vitalité du monde chrétien occidental. Désertées pendant quelques siècles, les routes de Compostelle renouent avec un engouement plus que jamais d’actualité. Nous sommes partis relever les indices présents et passés d’un itinéraire puissamment chargé de ferveur, un parcours mystique où les témoignages humains et architecturaux abondent. Nous y avons rencontré des hommes, pénétré leurs croyances, leurs symboles, et revisité l’histoire d’un chemin de pèlerinage emprunté par des millions d’entre eux depuis le Moyen Âge.

Tous les chemins ne mènent pas à Compostelle. Nous empruntons le plus usité, depuis le cœur de la ville du Puy-en-Velay jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle, au bout du bout de la Galice, tout près du cap Finisterre. Pour rejoindre le centre de la France au point le plus à l’ouest de toute l’Europe, il faut arpenter plus de mille cinq cents kilomètres de chemins creux. Deux mois de marche où l’on ne croise personne car tous convergent vers un seul but, atteindre la basilique et saluer à sa manière les reliques présumées de l’apôtre Jacques.

Au bout de la route, après avoir vaincu la fatigue et s’être débarrassé de la poussière, nous en saurons un peu plus sur ce qui poussait et pousse les hommes à quitter leur maison, à se déraciner provisoirement et partir sur des routes improbables dans l’espoir caressé de comprendre d’où ils viennent… et où ils vont. Les quêtes et les pèlerinages seraient avant toute chose liés à notre condition humaine : essayer de retrouver celui ou celle qui nous a un jour débarqué sur cette terre en nous donnant les clefs de l’amour mais pas celles de l’immortalité.

Sac sur le dos, lacets ficelés par un double nœud, bâton de pèlerin en main, prêts à mettre un pied devant l’autre et à recommencer, Santiago, nous voici !

LE PUY-EN-VELAY

Il est encore tôt et les portes de la cathédrale sont closes. Malgré le calme apparent de ce petit matin d’été, une agitation à peine perceptible depuis le parvis fait vibrer l’air et témoigne d’une singulière effervescence. Une rumeur joyeuse parvient vers l’extérieur depuis les lourds ventaux de l’édifice et, à qui sait entendre, les murs de la cathédrale résonnent d’une liturgie particulière. Il est 7 heures 30 du matin et nous sommes au début du mois de juillet, le soleil qui caresse les toitures et les statuaires de pierre promettent déjà une journée caniculaire.

Enfin, les portes de la cathédrale, franchies par tant de souverains et de princes, s’écartent lentement et une musique religieuse s’épanouit vers l’extérieur. Ce chant de sortie, qui indique la fin de la messe, signale aussi le début d’une grande aventure. Des pèlerins en partance, ayant reçu à l’instant la bénédiction du prêtre, sortent de l’édifice et se regroupent sur le parvis. On les appelle Jacquets, Jacquots, Jacquaires, Jacots et ceux qui avaient déposé leur bagage et leur bâton de pèlerin contre le mur du fond de l’église les reprennent en sortant. C’est ici et maintenant que commence leur pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.

À âme vaillante, rien d’impossible ; l’aventure qui s’ouvre devant leurs pas s’annonce rude et ce n’est pas par manque d’un enthousiasme perceptible sur le parvis que beaucoup n’iront pas jusqu’au

bout. Du moins pas cette année ! La plupart morcelle l’itinéraire et ajoute chaque été une étape supplémentaire à leur carnet de pèlerin. Pragmatisme : la quête d’un mysticisme moderne s’accorde avec l’exercice d’un emploi et le départ en pénitence coïncide le plus souvent avec les congés payés.

Carnet de notes et topo guide du GR 65 en mains, nous joignons nos pas aux leurs. Mille six cent kilomètres de marche à pied, il paraît que ça use les souliers, d’autres disent que ça affûte l’esprit.

Bénédiction du prêtre :

« Reçois cette besace en signe de ta pérégrination pour qu’ayant mérité ton salut par ta pénitence, tu parviennes au but de ton vœu de pèlerin. Reçois ce bâton, qu’il te fasse vaincre les embûches de l’ennemi et parvenir au but. »

SAINT-ALBAN- SUR-LIMAGNOLE

Selon l’Evangile, Jacques le Majeur, frère de l’apôtre Jean et chouchou de Jésus, fut décapité dans sa Judée natale après avoir passé une partie de sa vie à évangéliser la péninsule ibérique. Une légende raconte que sa dépouille fut ramenée en Espagne par la route maritime, sur une nef de pierre, guidée, comme il se doit, par des anges. Une fois abordées les côtes de Galice, non loin du cap Finisterre, le corps du supplicié fut porté vers l’intérieur des terres avant d’être inhumé en un lieu appelé champ de l’étoile (Campus stellae : Compostelle).

En l’an 830, deux bergers, guidés par une étoile, découvrent un sarcophage contenant des reliques. De cet instant, naît un mythe qui fait sensation dans toute la chrétienté. De ce mythe grandit une bourgade au cœur de laquelle on élève une basilique. La nouvelle à peine répandue, les premiers pèlerins se mettent à affluer. Le roi des Asturies, Alphonse II, doit faire agrandir la basilique. Celle-ci devient cathédrale. Dans la foulée, la ville se dote d’une université qui fait d’elle la capitale culturelle de toute une région et le centre spirituel de l’Espagne tout entière. Compostelle, dont les moins croyants prétextent que l’origine étymologique de son nom provient du mot cimetière, est aujourd’hui une cité à l’aise dans son époque : sa pieuse destinée cohabite sans complexe avec le modernisme d’une grande ville estudiantine. L’Espagne a de l’appétence pour les festivités nocturnes et Compostelle « by night » n’est pas une légende.

ESPALION

L’an Mil vient d’être célébré, les hommes vivent dans un cadre rural, au cœur de grands domaines

hérités des Romains et alors qu’ils attendent le retour promis de Dieu sur Terre, rien ne se passe. Persuadés d’être eux-mêmes des créations divines et ne concevant le monde que comme un espace magique dont seul le clergé possède les clefs, ils commencent à avoir des soupçons sur la manière dont ce dernier assure la religion (du latin religio, religare : relier). Les châtiments divins qui s’abattent sur eux les font douter de la qualité de ce lien, et deviennent prétextes à rechercher un salut plus proche des enseignements originels. D’autant que les excès des ecclésiastiques ne font qu’envenimer le sentiment de suspicion ; le partage des ressources semble obéir à une stricte loi : aux hommes de Dieu les richesses, les bombances, fornications, vices et autres trafics, au reste du monde la famine, la misère, les invasions, les troubles et les épidémies. Même si un dixième des revenus de l’Eglise est consacré aux besoins des pauvres, la misère est grande et la maladie comme la disette hantent les esprits du plus grand nombre. Les hommes vont progressivement investir par eux-mêmes la relation à Dieu, se montrer davantage acteur de leur propre croyance.

Pourtant, jusqu’au Xe siècle, malgré la nouvelle fascination exercée par Compostelle, de nombreux pèlerins se contentent de partir pour Rome ou Jérusalem. Le premier pèlerin reconnu, l’évêque du Puy-en-Velay, Mgr Godescale, ne prend la route qu’en l’an 950, un siècle après la découverte des restes de l’apôtre. Loin de revêtir la simplicité requise à celui qui s’adresse à Dieu, il s’encombre d’un cortège de barons, d’ecclésiastiques et de troubadours et s’entoure d’une escorte militaire éloignant tout danger. On imagine le tout, paradant davantage que chevauchant, sur des chevaux ou des mulets lourdement caparaçonnés. Après lui, nobles et riches, prennent l’habitude de voyager en grand équipage. D’autres, moins téméraires mais tout aussi fortunés, font leur pèlerinage par procuration et se contentent d’envoyer un messager. C’est ce que font Louis XI, Blanche de Castille ou bien encore Jacques Cœur (indisponible pour cause d’emprisonnement). Parmi les grands de ce monde, seul Louis VII fait le voyage. Si pour les plus aisés, garder son rang consiste en une sorte d’hommage rendu à l’Apôtre Jacques, les plus humbles se risquent sans protection sur des routes peu sûres où sévissent mille dangers : loups, détrousseurs, pillards, ribaudes, routiers, vagabonds, déserteurs, sans emploi, faux guides, arracheurs de dents, vendeurs de remèdes contre les serpents, faux péages, bateliers malhonnêtes ou coquillards (voir plus loin).

Avant de partir, chacun rédige son testament, se procure des recommandations auprès du curé, se confesse et guette l’arrivée des beaux jours. Il faudra être de retour avant les vendanges ou les récoltes de la fin de l’été, et pendant le voyage, on pourra profiter des basses eaux pour traverser les rivières.

Malgré les complications et les dangers, rien n’arrête la passion. Saint-Jacques-de-Compostelle devient rapidement la principale destination de l’Occident chrétien. On prête au saint la capacité d’accomplir des miracles de guérison et sa réputation qui ne cesse de croître attire toujours plus de croyants. On y vient depuis toute l’Europe et même au-delà, convergeant vers des lieux de regroupements à partir desquels plusieurs chemins conduisent les pèlerins vers l’Espagne. Tout est prétexte à venir s’agenouiller devant les ossements présumés de saint Jacques : accomplissement d’un vœu personnel, remerciement pour une guérison ou bien quête de celle-ci, garantie d’une météo clémente (nous sommes au Moyen Âge, et la survie dépend en grande partie des récoltes), voir naître un fils, obtenir une grâce de justice, ou simplement s’assurer le salut de son âme dans l’au-delà. Il arrive aussi qu’une paroisse mandate des pèlerins, comme à Perpignan en 1482, pour obtenir la fin de la peste. A la belle saison, plus de mille pèlerins traversent chaque jour les villages.

L’effervescence durera jusqu’au XVe siècle. Mises à mal par les guerres de religion qui rendent les déplacements dangereux, la dévotion faite aux saints et la superstition médiévale ne survivront pas au nouvel esprit de la Réforme et des Lumières. Luther se prononcera contre les pèlerinages et Erasme dans son Eloge de la folie s’indignera : « Il faut être fou pour aller à Saint-Jacques ! ».

Il faut attendre le milieu du XXe siècle pour que le pèlerinage ressuscite. En 1987, le Conseil de L’Europe attribue au pèlerinage vers Saint-Jacques le titre de premier itinéraire culturel de l’Europe. Aujourd’hui il est classé Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.

L’HOSPICE D’AUBRAC

Fondé en 1120 par le comte d’Adalard, l’hospice d’Aubrac témoigne de l’importance des dons qui pouvaient être faits pour honorer saint Jacques. Réchappé par miracle d’une embuscade alors qu’il est en route pour Compostelle, le comte formule le vœu de créer à son retour un hôpital destiné aux pèlerins. Rappelé à l’ordre par Dieu sur le trajet qui le reconduit chez lui, il fait bâtir au point le plus élevé et le moins accessible du plateau d’Aubrac, une imposante domerie (une domerie était une

sorte d’hôpital) dans laquelle 12 prêtres, 12 dames, 12 moines augustins et 12 chevaliers allaient vivre à demeure. A la fin du XVe siècle, on estime qu’entre 50 et 100 personnes s’arrêtent chaque jour à l’hospice. Pendant la belle saison, les pèlerins étaient autorisés à y passer une nuit, et cela pouvait aller jusqu’à trois en hiver.

Pour cette étape, nous rattrapons Pascal et Florence, des amis du Vaucluse. Leur petite fille de quatre ans est du voyage, ainsi que Napoléon, une mule efflanquée pour qui cette route est une habitude familiale, puisque c’est traditionnellement sur le dos de cet aimable ongulé que les ecclésiastiques, dûment autorisés par leur évêque à quitter leur paroisse, parcouraient le chemin. Les crottins de notre sherpa du jour rivalisent avec les balises rouge et blanc spécifiques aux chemins de grande randonnée pour guider les pas de nos éventuels poursuivants. Quant à nous, pas de danger, il parait que si on se perd, il suffit d’attendre la nuit et de s’orienter vers la voie lactée.

Le vêtement du pèlerin :

Les hommes portent une robe assez courte recouverte d’un chaperon qui s’ouvre de plus en plus sur les épaules, c’est le mantelet. Progressivement il devient une cape : la pèlerine.

Le chapeau (sombrero bello), fait d’un cuir souple ou de feutre, est relevé sur le front.

Aux pieds, on porte des sandales ou des brodequins, au moins au début du trajet. Beaucoup terminent nus pieds, pas seulement par pénitence, mais simplement à cause de l’usure de leurs souliers.

La besace de cuir contient les vivres, le passeport (la Compostelle) et les attestations du curé.

Le bourdon est un bâton ferré idéal pour la marche et faire fuir les chiens. A l’aller on y accroche la gourde. Au retour, on y joint une coquille Saint-Jacques.

Pour ne pas se tromper :

Les quatre départs sont eux-mêmes des centres de pèlerinage importants, lieux culturels et religieux qui attirent les foules. Leurs chemins filaient (plus ou moins) droit vers l’Espagne et se rejoignaient à Puenta la Reina, de l’autre côté des Pyrénées. Certains pèlerins choisissaient une variante de la via Turonensis et partaient du Mont-Saint-Michel. Leur route ne quittait pour ainsi dire pas le littoral atlantique mais obligeait à la traversée redoutée de la Gironde.

1 : Via Tolosana ou via Egidiana : départ Arles, Espagne par le col du Somport.

2 : Via Podensis : départ du Puy-en-Velay.

3 : Via Turonensis : départ de Tours, traversée de la Gironde, les Landes puis Ostabat. Une certaine Mme Paulmier, habitante riveraine de ce chemin, inventa un jour, à l’intention des pèlerins, un gâteau en forme de coquille boursouflée. Elle lui donna son prénom, Madeleine, et ignorait qu’elle ferait plus tard les délices d’un certain Marcel Proust.

4 : Via Lemovicensis : départ de Vézelay, puis Limoges.

Selon certaines études récentes, il n’y avait pas une route… mais une multitude de routes et de ramifications. Il semble même qu’on aurait mis bout à bout des chemins qui menaient à des pèlerinages locaux. Le guide du pèlerin, rédigé par Aimery Picaud au XIIe siècle sur la base duquel nous avons étayé notre parcours, ne serait connu que depuis sa traduction en 1938 et totalement ignoré précédemment.

Aimery Picaud, moine natif du Poitou, rédige son Carnet de voyage entre 1110 et 1140. Son récit fait partie d’un ensemble de textes appelés Codex calixtinus, dont un manuscrit est conservé à Compostelle.

CAHORS

Au Moyen Âge, à peine sorti de l’Antiquité chrétienne, on accorde une forme de dignité aux pauvres. Ceux-ci sont considérés comme l’incarnation du Christ souffrant sur la croix, et bénéficient d’un regard bienveillant de la part des plus nantis. Faire l’aumône à un démuni permettait de gagner des faveurs pour le Paradis. Commerce équitable : le pèlerin, détaché des biens matériels et des affections du monde, peut prétendre momentanément assurer son existence par le don de nourriture fait par d’autres. Pour autant, sa dépendance est relative, il n’est ni un vagabond, ni un mendiant, et bénéficie d’un statut qui le place dans une parenthèse bien particulière.

Pas besoin d’être fortuné pour se lancer sur les chemins. Pendant la première moitié du XIIe siècle, période suscitant le plus d’engouement pour le pèlerinage, beaucoup quittent famille et chaumière. Pas mal meurent en route, la plupart reviennent fortifiés. La route est dangereuse et incertaine, mais les témoignages de pèlerins font état d’un esprit bien éloigné de la contrition dont on les affuble. Les paysages enchanteurs que nous traversons l’étaient tout autant voici mille ans, et à n’en pas douter, tous ceux qui sont passés ici ont pris plaisir à l’aventure et à la découverte. Les chants et les récits parvenus jusqu’à nous témoignent de cette joie qui habite les prétendants au départ. A tel point que si le pèlerinage reste aux yeux de certains la pénitence et le geste de piété, il est aussi pour les plus jeunes une forme d’évasion, un moyen de découvrir le monde, de « veoir pais » tel qu’on le prononce à l’époque médiévale.

 

Sous François Ier, une police des vagabonds est créée. Sous Louis XIV, certains pèlerins, confondus avec des mendiants et n’ayant pas su justifier d’un domicile, se voit expédier aux galères, ou enfermés dans des prisons, on peut aussi les enchaîner deux par deux à creuser des canaux.

La passion du Christ ne peut expliquer cet engouement pour le pèlerinage. Si tant de gens se retrouvent sur les routes c’est qu’ils vivent à une époque où politique et religion sont intimement liés. Compostelle doit un peu de sa notoriété aux intérêts des alliances diplomatiques qui se nouent. Ce n’est pas un hasard si saint Jacques, renommé pour la circonstance « le Matamore » (celui qui tue les Maures) est présenté comme le sauveur de la chrétienté, patron de l’Espagne face aux invasions musulmanes ou à la montée de l’hérétisme cathare.

MOISSAC

Au fil des jours, le corps s’adapte à l’effort et les kilomètres s’égrènent sans qu’on y pense. Le chemin serpente entre les clairières, les bourgs, les abbayes. Il s’écarte d’un passage pourtant ombragé pour obéir de manière imprévisible au relief du terrain, mais, bonne surprise, forme une

halte inespérée auprès d’une fontaine de pierre séculaire. Les préoccupations des derniers mois laissent place à des perspectives optimistes. Surproduction euphorisante d’endomorphine due à l’effort sportif disent les uns, effets élémentaires de la rencontre avec Dieu pensent les autres. Peu importe, un pas chasse l’autre et les jours se succèdent en rythme. On sait que nos besoins seront contentés. Aujourd’hui comme hier et comme demain, on trouvera bien de l’eau pour boire, un peu de verdure pour se reposer ; le soleil sera présent et s’il pleut on sera heureux quand même.

CONQUES : L’abbatiale Sainte-Foy

Nous passons à Conques mais nous n’y dormons pas. Le presbytère qui nous accueille ce soir permet un hébergement pour le moins modique. Ce décor fait de murs recouverts de chaux et d’un lit doté d’un matelas rayé de gris, sur lequel on jette notre duvet pour le transformer en un havre merveilleux, est tout ce dont nous avons besoin. C’est l’heure où on enlève ses chaussures et où on s’allonge tout habillé. Dans les hospitalets médiévaux, les pèlerins secouaient leur manteau devant les cheminées pour en faire tomber la vermine. La saleté a disparu, le passé est dépoussiéré et l’âtre de briques rutilantes de notre chambrée n’a pas vu une allumette depuis des lustres. Mains derrière la tête et talons appuyés contre les renforts métalliques de notre couche, le corps et l’esprit se mettent au diapason. Ni douleurs, ni soucis, c’est ce que les Grecs appelaient l’état de catharsis, on se sent infiniment bien et heureux.

Le saviez-vous ?

Le Crédencial est une sorte de passeport qui identifie le Jacquet auprès du réseau des hébergeurs.

Le Compostella est une certificat délivré au randonneur qui réalise au moins les 100 derniers kilomètres avant la basilique de Compostelle.

Il y a longtemps que nos conversations ont quitté les rivages de nos préoccupations habituelles. Le bavardage est le meilleur passe-temps du randonneur. Tout est prétexte, les souvenirs et les projets se teintent de perspectives philosophiques et le moindre papillon qui passe devient source de dialogue. Disponibles pour observer la nature et deviser de tout, nous le sommes aussi pour les rencontres. Voici justement de drôles de « Jacotins ». Henk et Marika viennent des Pays-Bas ; le pèlerinage, ils le font en deux-chevaux Citroën et si ce ne sont pas les étoiles de la voie lactée qui guident leur route, les informations leur proviennent quand même du ciel via un GPS ventousé sur le pare-brise. Camping à la ferme, petites routes très secondaires et lectures de guides font le quotidien de leur périple. En réduisant le parcours aux seules haltes accessibles par le réseau routier, ils ont davantage de temps pour les visites, pour les bonnes petites tables et pour la sieste nous

disent-ils. Péché avoué, à moitié pardonné.

SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT

A Ronceveaux, une pancarte annonce la couleur : Compostelle 787 km. A une époque où les hôtels n’existent pas, où les routes sont des chemins muletiers et où on se protège du froid et de la pluie avec des vêtements de fibres naturelles, au col d’Ibaneta et au monastère de Roncevaux, des cloches appellent les égarés perdus dans le brouillard. Les pèlerins, exténués par une marche d’approche dans des conditions climatiques pour lesquelles ils ne sont pas équipés, peuvent alors espérer se laver à l’eau courante et même prendre un bain. Certains sont à bout de force, leurs brodequins sont en lambeaux et leur état de santé général est calamiteux. On ne traverse pas à pieds la France du

Moyen Âge ou de la Renaissance sans encombre. L’hospice de Ronceveaux voulu par le roi d’Aragon et l’évêque de Pampelune garantit quelques douceurs aux pénitents. A 952 mètres d’altitude, sur le versant espagnol du col d’Ibaneta, ils sont attendus par des Augustins et tout est prévu pour eux, l’hospice comprend une grande église, un hôpital, une auberge et… un cimetière.

Le pèlerinage se nomme désormais périgrinacion. Nous voici en Espagne. Espagne dévote et facilement pénitente, Espagne pieuse et définitivement catholique depuis la reconquista (la reconquête) de ses royaumes repris aux musulmans après plusieurs siècles de luttes. Si Tolède est récupérée en 1085, Grenade doit patienter jusqu’en 1492. L’art de la pierre et les pèlerins n’ont pas attendu toutes ces années pour exalter la grandeur du christianisme et l’amour de saint Jacques. Aujourd’hui, de ce côté-ci des Pyrénées, les églises continuent à faire le plein le dimanche et il n’est pas rare que l’on doive assister à la messe depuis le parvis, tant la nef est pleine de monde. En Espagne, si l’on écarte la Corrida et les succès de Fernando Alonso en Formule 1, Dieu reste sans concurrence.

Puenta La Reina assure la jonction de tous les chemins qui viennent de France, désormais, on pérégrine sur le camino francès, le chemin des Français.

VISCARRET

Ici, on aime les pèlerins, les maisons qui bordent le chemin assurent par leur décor la pérennité du chemin. Toute une économie, une iconographie, une ambiance constituent cette impression qu’un comité d’accueil itinérant accompagne nos pas. Pourtant, ici comme ailleurs, les détracteurs ne manquent pas. Il parait même que le culte de saint Jacques n’est qu’une falsification d’une vérité invérifiable destinée à servir la consolidation d’une Europe catholique. Les reliques sont souvent fausses ou absentes et les contradictions historiques ne manquent pas. La tête supposée de saint Jacques est douée d’ubiquité et plusieurs sites revendiquent d’ailleurs sa possession (c’est le cas de Toulouse ou de Grenoble) A Compostelle même, des fouilles sont régulièrement entreprises pour tenter d’authentifier les reliques. Idolâtrie et sciences archéologiques ne font pas bon ménage. Justement, ce matin, nous partageons un bout de chemin avec un pèlerin d’une grande piété. Nous bavardons de tout et de rien et il finit par nous interroger sur le Mystère : « Si Dieu était visible, ce serait trop facile », nous prévient-il. Puis il disparaît à grandes enjambées et nous laisse seul avec un questionnement renouvelé.

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PAMPLUNE

A San Sébastian se vendaient des pierres d’hirondelle. On en portait une sur soi et on ne souffrait ni de la fatigue, ni de la soif, on était protégé des maladies. Le long du chemin, on pouvait aussi acheter des pierres de croix ou des pierres d’aigle, que l’on trouvait, croyait-on, dans des nids d’aigles ( il s’agissait en fait d’oxyde de fer), qui guérissaient des empoisonnements.

En 997, l’Espagne adopte pour cri de guerre : « Santiago y cierra Espana ». Saint Jacques, l’apôtre de la paix, se transforme pour les besoins de la cause en guerrier arrogant. Il devient saint Jacques le Matamore, une sorte de super saint Jacques. Vêtu d’une cuirasse et armé d’une épée digne d’Excalibur, il encourage ainsi les énergies de reconquête. Ce n’est pas inutile, les hommes du sultan Cordouan Al-Mansour sont d’impitoyables guerriers. Ils ont l’audace de piller Compostelle et de raser son église, sacrilège ! ils seront vaincus à la bataille de Calatanazor. On est en pleine Reconquista. Encouragés par les rois, les papes et les abbés de Cluny, les Espagnols se battent et

tentent de renvoyer les assaillants d’où ils viennent. En 1118, les Béarnais de Gaston IV dévalent des Pyrénées et les Maures sont vaincus. Le chemin de Compostelle par Léon et Burgos est rouvert. Il est équipé d’hospices, d’auberges et d’églises, les pèlerins peuvent reprendre leur marche.

ESTELLA

Souffrance de la marche, voûtes plantaires en surchauffe, tendinites, crampes, hanches douloureuses au moment de charger le sac sur les épaules. Nous sommes duel, séparés distinctement en deux, une partie de nous, notre squelette, nos muscles et nos sens, appartient à la nature et nous inscrit dans le monde des animaux. L’autre partie, notre âme et notre système de pensée nous font homme. Nous sommes des animaux doués d’intelligence et de sensibilité, des bêtes de somme en gamberge perpétuelle. Le langage fait le lien de tout, on pense, on s’interroge, on se parle.

On ne marche pas sur les chemins de Compostelle sans s’interroger sur la vie, sur notre passage terrestre et ce qui restera de tout ça. La douleur de la bretelle du sac à dos qui cisaille l’épaule s’oublie à l’instant où on décide d’une pause à l’ombre bienveillante d’un olivier biscornu ou bien d’un montjoie, petits monticules de cailloux qui jalonnent encore le chemin à destination des pèlerins. Le chemin de Compostelle, c’est le chemin de la vie, la vraie, faite de souffrances et de

NAJERA

Plus de gaz. Ce soir on mangera cru. Dans les récits où il est question d’êtres diabolisés, on raconte que les possédés absorbent uniquement de la nourriture crue. Celle-ci étant symboliquement caractéristique de l’animalité, de la possession, du Diable en soi.

BURGOS

C’est un moine de la Chaise-Dieu, Aleaume, qui a fondé le grand hospice de Burgos. Burgos, c’est Bourges en espagnol. Ailleurs, les hospitalets et les hospices (tous lieux destinés à accueillir les pèlerins) ont pour certains été créés par d’anciens pèlerins, des templiers (comme à Jaca ou à Burnao), ou même des associations de pèlerins regroupés dans des organisations appelées confréries Saint-Jacques. L’une d’entre elles a subsisté jusqu’à aujourd’hui. On lui doit même un hôpital à Paris, l’hôpital Saint-Jacques.

SAHAGUN

A Sahagun, les lances étincelantes de guerriers victorieux, plantées là, en alignement, pour glorifier le dieu des chrétiens, ont pris racine, se sont mis à verdoyer et forment une rangée d’arbres. Les végétaux qui nous font un peu d’ombre sont un cadeau du ciel mais n’empêchent pas notre gourde d’être souvent à sec. La soif oblige à une aumône des plus sobres et la quête de l’eau permet souvent les plus belles rencontres ; par l’attitude d’humilité qu’elle implique, demander la charité s’apparente à une prière. Les riverains d’aujourd’hui ne s’y trompent pas, « Qui vous reçoit me reçoit » proclame l’Evangile de saint Jacques. De fait, la tradition d’accueil orchestrée par leurs ancêtres n’est pas reniée et souvent quelques fruits du potager viennent compléter notre menu.

Le saviez-vous ?

Un jour, un groupe de pèlerins se présente devant une passerelle dont le franchissement est rendu périlleux par la faute d’une forte crue. La situation empire et bientôt un embouteillage se crée. Des milliers de personnes sont bloquées et personne n’ose s’aventurer. Parmi les pèlerins, une jeune femme, Bone de Venise, portée par un courage qualifié de miraculeux, s’engage sur la passerelle, bras et yeux levés vers le ciel. Tout le monde passe ensuite. Leur témoignage a permis de canoniser Bone qui est aujourd’hui la patronne des hôtesses de l’air.

LEON

Au cours des siècles, hospitalité et protection s’offrent aux pèlerins tout au long de leur longue pérégrination. Les moines de Cluny et de Cîteaux ont en charge leur accueil et l’entretien des chemins. Dans les hospices et les monastères de l’Aubrac, des Pyrénées ou des Landes, sur les hauts plateaux espagnols (régions redoutées), on s’efforce de partir à la rencontre des pèlerins égarés dans les brumes ou la nuit et l’on trouve même des volontaires pour faire un bout de route le lendemain matin. Contre la fatigue, on prescrit des bains chauds, on distribue des infusions de salsepareille, de ronce, de tilleul. Pour soigner les bronches, on sert de la menthe avec du miel, on applique des cataplasmes. Chaque hospice cultive un jardin de simples (herbes aux vertus médicinales) et possède ses recettes, ses pommades, ses tisanes.

Les particularités géographiques ou climatiques, les souffrances corporelles ne constituent pas les seules difficultés. La peur des bandits de grand chemin habite les pèlerins et les incite à rester grouper pour faire front. Au sortir de la guerre de Cent Ans, la misère a jeté sur les routes bon nombre de désœuvrés et de malheureux. Rapidement acquis à la cause du crime, des bandits aussi mobiles que cruels, les coquillards, perpétuent leurs crimes sur les axes fréquentés par les pèlerins. Hors de toute citoyenneté et portant une coquille en signe de reconnaissance, ils rodent à la recherche de larcins, avant de se détendre dans des tavernes et s’adonner à d’autres activités tout autant proscrites : jeux d’argent, beuverie, prostitution. Beaucoup finissent à la potence et c’est à cause d’eux que les pèlerins doivent désormais se doter d’attestations et de passeports. Une ordonnance de Philippe II (1590), interdit plus tard à quiconque de s’habiller en pèlerin s’il n’est pas en pèlerinage. Il ne peut désormais s’écarter de plus de quatre lieues du chemin. Un droit international franco-espagnol est même élaboré, se substituant aux réglementations locales, pour protéger les pèlerins et leur accorder des privilèges (exemption de péages par exemple).

RABANAL DEL CAMINO

L’attrait pour Compostelle stimule le commerce tout au long du chemin. Avec le développement de l’économie monétaire, les Français viennent faire des affaires en Navarre et en Castille. Ils sont couteliers, tailleurs, cordonniers, aubergistes, changeurs de monnaie, artisans… Dans le sens inverse, le chemin conduit des négociants de Galice jusqu’en Champagne, ils vendent de la laine, des peaux, du blé et même des coquilles. Ils se chargent d’étoffes en retour. Même si le chemin est encombré de soldats, de mendiants, de paysans déracinés par la misère ou de vagabonds en maraude, tout un peuple assure sa subsistance par le commerce avec les pèlerins. Témoignage sur la vivacité des rencontres possibles, selon Christian Paultre (historien) :

« … les pèlerins se rendant à de nombreux pèlerinages, surtout à Saint-Jacques, vivaient d’aumônes. Les frères mendiants, les prêcheurs de toutes espèces allaient de ville en ville, prononçant devant les églises des discours passionnés ; d’autres spéculaient sur les mérites des saints du paradis ; les clercs se rendaient de couvent en couvent, apportant les nouvelles ; les étudiants rejoignaient leur université… Puis on rencontrait sur les routes des jongleurs, des diseurs

de contes, des marchands d’animaux ; des soldats en congé ou rejoignant une armée, qui encombraient les chemins, côtoyant une multitude de mendiants… »

Les chevaliers de l’ordre de Santiago protégent les pèlerins à partir du XIIe siècle (depuis lors, en cas de problème, s’adresser plus simplement à la gendarmerie du district).

VILLAFRANCA

A Villafranca, l’église Saint-Jacques offre à ceux qui s’y arrêtent à bout de forces, les mêmes privilèges que s’ils étaient parvenus au but ultime à Compostelle. Dieu leur accordera les mêmes indulgences et leur ouvrira béantes les portes du Paradis. Sur le chemin, les boiteux, bossus, tuberculeux et autres éclopés de la vie étaient plus nombreux que les biens portants, et si les récits de guérisons miraculeuses stimulaient les ardeurs, les cimetières du bord du camino francés sont pleins de ces pèlerins morts en route, mis en terre par leurs compagnons dans l’odeur des thyms et de brebis. C’est aussi parce que ces cimetières sont pleins que le chemin est resté vivant.

Le saviez-vous ?

Au XVIIIe siècle, les correcteurs d’imprimerie indiquaient une erreur en dessinant dans la marge un signe : petit cercle barré d’un trait vertical, qui ressemblait au bâton des pèlerins fichus d’une coquille Saint-Jacques. D’où le nom donné à une erreur de typographie : la coquille.

TRIACASTELA

La marche à pied est un hommage à la lenteur, une manière d’assumer nos racines. Nos pieds buttent dans les pierres usées qui entravaient déjà la marche de nos prédécesseurs et la fatigue est la même. A cela s’ajoute la crasse, la vulnérabilité, et la peur qui sont les composantes intemporelles de l’humilité propre au pèlerin. Vertu et détachement des biens matériels de ce monde sont agréés par Dieu. La marche du pèlerin est une pénitence, une prière permanente (certains y ajoutaient le port d’une chaîne nouée autour des hanches ou cheminaient nus pieds). On sait dès le Moyen Âge que la dignité du pauvre, image du Christ souffrant, favorise le rapport à Dieu et permet d’atteindre le Paradis.

Certains pèlerins faisaient un crochet par Ovédio, capitale des Asturies, où se trouvent des reliques attractives (et désaltérantes) : pas moins que du lait de la vierge et du vin des noces de Cana. Par paresse, on se contentera d’un peu de lait de vache additionné de cacao en poudre. Le vin, on s’en passera, même si d’aucuns argumentent que c’est bon contre les courbatures.

Le saviez-vous ?

Lorsque le 25 juillet, jour de la Saint-Jacques, tombe un dimanche, l’année est considérée comme « année sainte ». Une des portes de la cathédrale de Compostelle, la porte du Pardon, murée de pierres et de chaux, est alors dégagée à l’aide d’un marteau d’argent par l’archevêque. Elle restera ouverte pendant un an et ceux qui la franchiront bénéficieront de grâces et d’indulgences supplémentaires. Prochaine année sainte : 2010

En vagabondage depuis plus d’un mois, on n’a rien à se faire pardonner, depuis le Puy notre existence est d’une probité exemplaire. Marcher dans la campagne, le nez au vent, ou marcher vers Compostelle sont deux choses incomparables. La première vous offre une immersion dans la nature

et à cela, la seconde ajoute une dimension mystique, une quête qui se dessine à mesure que la distance au but s’amenuise.

PALAZ DE REI

Les aubergistes espagnols n’avaient pas la réputation d’être d’une scrupuleuse honnêteté. On les soupçonnait de mettre de l’eau dans les pichets de vin, d’utiliser des tonneaux à double fond pour servir un vin différent de celui qu’ils font goûter, d’utiliser de faux poids et mesures et de servir souvent des nourritures douteuses. L’expression « auberge espagnole » provient du fait que l’on ne pouvait être certain de ne pas se faire rouler, à moins de s’y nourrir de ce que l’on apportait. .

SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE

« Tant d’angélus / DING qui résonne / Et si en plus, DING, il n’y a personne ? » , se demande Alain Souchon. Ding, ding, dong, on aurait donc fait tout ça pour rien ? Pas question. Si Dieu est immanent, nous l’avons approché dans notre marche, forgé par l’effort à la fois musculaire et psychique. Si l’homme n’était pas capable d’inventer une intelligence et une force supérieure à la sienne, une détermination qui nous pousse vers les autres et vers des mythes que nos ancêtres nous ont légués, nous n’en serions pas là. Il y a eu trop de bonheurs et de souffrances partagés tout au long du sentier, trop de rencontres, pour ne pas avoir l’impression d’être entrés dans une lumière qui nous éclairera encore longtemps. Ceux qui l’ont fait pourront témoigner d’une candeur renouvelée et d’une aspiration à une vie plus simple. Ils auront, comme nous, perçu l’infini simplicité du bonheur terrestre, et témoigneront qu’il n’est pas de plus grande joie sur terre que de se voir offrir un verre d’eau après une marche torride.

Qui doit-on remercier pour ça ? Dieu ou nous-mêmes ? Les cloches de la tour Berenguela nous donnent raison et semblent ne pas se lasser de saluer notre arrivée ; la plus grosse est même capable de se faire entendre à près de vingt kilomètres. Il ne nous reste plus qu’à respecter les rituels, toucher le pilier central de la cathédrale et saluer les restes supposés de Jacques de Galice, Jacques le mystérieux, ce type incroyable qui a réussi à nous faire faire la plus belle virée de notre vie de piéton.

Pourquoi une coquille comme symbole ?

Sur les côtes de Galice, on raconte qu’un chevalier dont la monture s’est emballée fut précipité dans la mer. Apeuré, le chevalier invoqua saint Jacques et le cheval sortit de l’eau, couvert d’une multitude de coquillages plats, nervurés et larges comme la main. Dès lors, la coquille Saint-Jacques deviendra l’emblème de Compostelle, le symbole du pèlerinage. Traditionnellement, on la ramasse sur la plage du Padron, à l’endroit où la légende fit aborder la barque contenant les reliques de saint Jacques.

A noter que les pèlerins en provenance de Jérusalem rapportent comme symbole une branche de palme.

Notre pèlerinage n’est pas tout à fait terminé. Demain, nous irons (en bus ! la marche à pieds ça suffit !) à Padron, une plage près du cap Finisterre. Cette pointe que nos ancêtres ont longtemps cru être le bout du bout d’une terre supposée être « centre de l’univers », bordée par un océan au-delà

duquel il n’y avait plus rien. On n’y trouvera pas seulement des stigmates du naufrage du pétrolier Prestige, mais aussi d’étonnantes carapaces de mollusques, appelés coquilles Saint-Jacques, cadeaux de la nature offerts en symbole, et conservés en souvenir par tous ceux qui ont franchi le premier pas vers Compostelle… par ceux qui sont convaincus, mais également par ceux qui, avant de juger, sauront que l’empathie ne se nourrit pas seulement de bienveillance. L’expérience commune permettant mieux que tout de comprendre ceux qui nous ont précédés, mais aussi d’apprécier l’autre, ce contemporain dont on ne comprend pas forcément les ferveurs et les croyances, mais avec qui l’on doit partager et non pas se battre.
Mon travail est disponible chez PEMF, BAYARD PRESS, MANGO, n’hesitez pas à visiter mon siteet me contacter pour tous renseignement.
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Un Photographe journaliste en INDE

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Vous trouverez ci joint des extraits d’un de mes livres en INDE, « A la recherche du temple des Singes »  http://livre.fnac.com/a1452214/J-C-Rey-A-la-recherche-du-temple-des-singes.

Un voyage de plusieurs années sur cette terre d’émerveillement et de fascination.

Mes nombreuses collaborations Presse et Agence (GAMMA, SPOONER, BLACK-STAR)

http://www.teachersbookdepository.com/titlelisting.aspx?type=publish&publishid=2514

m’ont très souvent offert la chance de parcourir l’Asie, encore aujourd hui une terre que j’affectionne particulièrement.

Les textes et les photographies sont bien évidement déposé à la BNF et protégé par la législation en vigueur sur les droits d’auteur. Toute utilisation, même partiel est soumise à autorisation.

photographe corporatephotographe industriel

éditO

Visiter l’Inde demanderait toute une vie. Trop immense pour unesimple approche touristique,

l’Inde, si vaste par ses dimensions, est démesurée par ses diversités culturelles, religieuses, ethniques..Ce pays de contraste, pauvre et généreux, offre, avec une égale abondance, végétations, palais, temples, civilisations et… des hommes, des femmes, des enfants. À mi-chemin entre une réalité sauvage de misère, de pollution, de bruit et une spiritualité religieuse de philosophie, de sacré, de mystère, l’Inde s’incarne, pour notre étonnement d’Occidental, des formes les plus baroques et les plus inattendues. En Inde, tout est possible, y compris l’impossible… et tout possible surgit n’importe où, n’importe quand, n’importe comment. Au fur et à mesure et dans le même temps, l’Inde propose tous les imprévus, toutes les péripéties, tous les chaos, tout l’inextricable en autant de pièces éparses pour se reconstituer en un fabuleux puzzle des plus aboutis. Notre regard de voyageur-voyeur peu à peu s’efface. Les couleurs vives de l’Inde s’estompent en toile de fond : le vieil or des saris des bonzes, le noir de la chevelure de Shiva, le vert des plan­tations de thé, le blanc de l’aube sur une plage de Goa, le jaune des taxis de Bombay… Le touriste disparaît, devient lui-même, pour comprendre, se taire et se révéler, dans le temple d’Hampi, en compagnie des singes – comme si on l’attendait depuis plus de trois mille ans -, puis pour repartir en y laissant à tout jamais un fragment de son âme. L’Inde n’est plus un pays, mais une partie de soi. Alors on peut faire sienne le cri de D. Paes : « Tout y était si magnifique que

je m’y sentais comme dans un rêve. »        E VOYAGES

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Le Gange est un fleuve sacré, il s’écoule de la cheve­lure de Shiva et il est de bon augure pour un hindou de venir y mourir. Mais il y vient d’abord en pèlerinage. Quelques coutumes religieuses y ont cours : se faire décorer d’un point sur le front, s’immerger dans le Gange pour pratiquer des ablutions, être immolé ou satisfaire à toutes sortes d’activités mystiques, mais néanmoins nécessaires. Les rituels se pratiquent avec passion le long d’escaliers aux marches de géant qui bordent une rive du fleuve pendant sa traversée de la ville : les ghats.

Outre ses qualités métaphysiques, la rivière apporte l’eau nécessaire à la vie quotidienne et un peu de fraî­cheur descendue tout droit des monts de l’Himalaya indien. « Ganga », le Gange : aussi volumineux quemiséricordieux, sorte de sablier liquide peu pressé,

est inapte à l’atermoiement. Ses eaux ont de telles vertus hygiéniques que l’on s’en sert à la fois d’égout, de baignoire et de bénitier… Ici, pas vraiment de centre-ville, l’activité citadine est tendue vers la rive gauche du cours d’eau qui s’étire au ralenti d’un bout à l’autre de l’agglomération.

L’autre rive du large fleuve n’a pas la même allure – ni ghat, ni ancien palais de maharaja -, on distingue juste une étendue infertile et boueuse qui s’éloigne à l’infini. L’autre berge n’est pas sacrée, de fait elle n’est pratiquement pas habitée. Le territoire qui s’étend au-delà s’appelle « la plaine des voleurs ». Sauvage et inhospitalière, peuplée d’insectes repoussants et de bêtes peu courtoises, même les voleurs ne s’y risquent pas : ça ne serait vraiment pas bon pour le karma, m’a-t-on dit.

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Située sur la rive gauche du Gang enarès est construite sur un promontoirt

face au soleil levant..

De grands escaliers, les ghats, donnent un accès direct au bord de l’eau pour la baignade ou pour les bûchers funéraires. Le Gange est vénéré comme une déesse vivante, une mère qui purifie spirituellement chaque personne qui se baigne dans ses eaux, en les lavant de leurs péchés.

Bénarès est un agglomérat d’habitations multidimensionnelles à faire pâlir tous les urbanistes. Un agrégat exubérant impré­gné de ce mélange d’humanité, d’humus animal, puant et bruyant, de pourriture sanctifiée, de vie et de mort intimement mêlées que l’on rencontre dans les cités les plus pauvres de la planète.

Heureusement, il y a le Gange purificateur avec ses ghats faits de larges dalles de pierre laiteuse, ses sorties d’égouts et sa multitude d’engins flottants amarrés les uns aux autres. C’est là que l’on fait le ménage z depuis ce matin. C’est ici que la ville puise -0 ses origines millénaires— Bénarès est une des plus anciennes cités du monde mais aussi trouve la régénération nécessaire à son fonctionnement spirituel et hygiénique. La température ne dépasse pas dix degrés à cette heure matinale. Féerique densité visuelle, depuis les saris poes par les femmes constellés de miroirs qui renvoient aux hommes leurs regards impurs, jusqu’à la peinture des portes d’entrée, les fresques dont certaines maisons sont décorées, subli­rmées par une lumière… pure, lumineuse, violente… et des ombres à rendre cauchemardeux le plus aguerri des photographes.Les habitants du quartier me connaissent désormais et beaucoup me saluent déjà chaleureusement : hochements de tête, mains jointes devant  le  ment on, mains port ées sur  l e  coeur, devant  l a   bouc he… c’  e s t  se lon la religion. À se demander parfois s’il n’y en a pas une par  habitant. D’autres, par un regard appuyé, me font comprendre que je ne suis pas le touriste lambda. Il est vrai que des voya­geurs par ici, même si on en rencontre beaucoup tôt le matin alors que la chaleur est encore suppor­table, il y en a peu. Une infime minorité fréquente le vieux Bénarès, elle se cantonne en général à la seule visite de Manikarnika ghat, le ghat le plus ancien et le plus sacré. Les seuls que je croise dans le voisinage s’empressent de me demander leur route. J’en déduis qu’ils se sont perdus.

J’ai aussi quantité d’amis dans le quartier, ils me sautent parfois au cou ou s’accrochent à ma main dès qu’ils me rencontrent, ils me demandent de leur apprendre des mots en français et les oublient aussitôt. Le plus vieux doit avoir une douzaine d’années. Un peu moins ou un peu plus, il ne le sait pas lui-même — le rite des anniver­saires avec gâteaux et bougies n’a pas cours par ici… À Bénarès, ville sainte parmi les villes saintes, les enfants des rues, angelots ano­nymes disséminés au hasard des rues, se partagent les mille petits boulots qui leur sont réservés : tra­vaux trop peu rentables ou trop dangereux. Ces gosses issus des couches les plus indigentes ponc­tuent l’environnement urbain de leur présence juvénile avec simplicité et spontanéité. Fauchés mais sou­riants, lumineux mais modestes : ils ne connaissent ni l’angoisse du lendemain ni celle du temps qui passe. Leurs journées s’écoulent avec une fatalité rendue banale tant il n’existe que peu d’issues, à l’image des eaux chargées d’immondices charriées par le fleuve, ils se dirigent béatement vers un avenir inéluctable, delta aux ramifi­cations variées et miséreuses d’une société généreuse mais incapable de donner ce qu’elle n’a pas. On dit qu’ils s’amusent d’un rien — ça tombe bien, ils n’ont rien. Chacun des gamins de mon quartier pourrait être le héros joyeux d’uncompte   d’Andersen moderne. Leurs straté­gies de survie sont des fables pour enfants de pays riches. Il y a Avinesh, petit gardien de buffles… Sunita, petite vendeuse de thé… Estha, petite ramasseuse de bouses de vache… Kerran, vendeuse de bou­gies… et bien d’autres encore. Malgré les risques connus de contamination, la pré­carité de leur situa­tion, les misères phy­siques, intellectuelles

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Je repère la motopompe, abandonnée momentané­ment, moteur en route. La pompe aspire l’eau boueuse qu’elle recrache simultanément dans le fleuve au travers d’un gros tuyau de caoutchouc qui louvoie nerveusement. Il y a des bulles énormes, le moteur s’emballe, quelques pèlerins restent impassibles, un buffle s’amène en trottinant au milieu des parasols de jute et de paille des brahmanes. Des touristes passent au loin dans une sorte de bateau-mouche, certains ont des mouchoirs sur la bouche à cause des microbes. Il est six heures du matin, Bénarès, Inde : la journée ne fait que commencer.

La vidange des égouts est un travail extrêmement insalubre, il sera confié à de tous jeunes garçons, pas plus de dix ans. En échange de leurs services, ils recevront de quoi s’acheter à manger. Ni soin, ni considération, ni même hébergement pour ces enfants orphelins ou abandonnés qui vivent dans les rues. Ils vont passer les semaines qui viennent à charrier les boues en se faufilant dans la puanteur fétide d’un cloaque malodorant. Maladies de peau, bronchites chroniques, malnutrition, retard de croissance…

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On est loin des accords internationaux concernant le travail des enfants. On pour­rait penser à une forme d’exploitation. C’en est une. Sauf qu’ici, il n’y a pas de hiérarchie, la relation patron-ouvrier répond à des lois héréditaires et reli­gieuses dont il ne viendrait à personne de trouver à redire. Là où on serait tenté de parler de classes sociales et de partage des richesses, cela se traduit en indien par échange réciproque. Difficile de com­prendre que nettoyer la merde des autres puisse être un honneur, mais c’est comme ça! C’est la condition nécessaire pour accéder à un sort meilleur dans une vie future, donc bon pour le karma… et puis ça permettra de manger à midi.

pourquoi les enfants travaillent-ils ?

Environ vingt millions d’enfants ne sont toujours pas scolarisés, dont une majorité de filles : 42 % d’entre elles fréquentent l’école primaire, contre 70 % des garçons. Deux facteurs expliquent cet état de fait : d’une part, la pauvreté - basses castes, paysans pauvres, urbains sans emplois ou mal payés ­et, d’autre part, le poids de la tradition - la faible valeur » sociale et économique des filles,

Ils sont deux arroseurs joyeux à diriger le tuyau vers le magma boueux qui recouvre les marches. C’est un bon job. Il commence à faire chaud maintenant et la vase rendue au fleuve libère tout un tas de trésors qui ont été charriés pendant les pluies: débris diverà,,.bouts de -matières plastiques, emballages, rares pièces de monnaies jetées en offrande l’an passé… ici, il y a belle lurette que l’on pratique le tri sélectif et la valorisation des déchets.

Plus loin, d’autres gamins chantent un remake de Frère Jacques ››, leur voix nous parvient depuis l’intérieur deségouts. La besogne avance. Le soleil monte dans te ciel. Le limon retourne auileuve et Ja pierre rose nettoyée et mouillée renvoie une lumière.agressive. Il fait mainte­nant trente-cinq degrés e il n’y a pas un nuage.

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LeS égoutiers ne chantent plus, on aperçoit de temps en temps un bras maigre et las sortir du conduit et vider un seau dehors. Pendant ce temps, le respon­sable des opérations, le seul qui percevra un salaire à peu près déCent, enivré d’alcool synthétique, est affalé à l’ombre du mur d’un ancien palais de maharaja.

Il paraît qu’aux Indes (on dit encore les Indes par un vague réflexe colo­nisateur, comme on disait les Amériques avant l’invention du hamburger), dans certains quar­tiers des grandes cités, les pauvres dorment dans la rue, en famille, à même le sol sur de grands cartons d’emballages. C’est faux. Les pauvres en Inde n’ont même pas de carton, ils n’ont parfois pas defamille non plus, et les rues, n’enparlons pas. Les Indes, c’est biensimple, on n’en voudrait pas cheznous. Ou alors en photos couchées sur du papier glacé avec des commentaires lénifiants sur les vaches sacrées, les planches à clous et sur ces grands types à lapeau cuivrée qui se baignent dans des fleuves peu ragoûtants pourse purifier l’âme…

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Les castes sont partagées en deux groupes :

Les impurs, de la caste des intouchables. Considérés comme des sous-hommes, tous les métiers dégradants et salissants leur’ sont réservés : travail dans les mines, cré­mation des corps, tri ou ramassag ordures. Caste abolie sans succès par Ghandi qui ne tolérait pas la discrimination dont ils étaient victimes.

Images traditionnelles de l’Inde, à l’heure des embouteillages des écoliers, issus de familles « riches » et vêtus d’uniformes, sont conduits à l’école dans un rickshaw hors d’âge. D’autres enfants, hilares, analphabètes et crasseux,transportent du lait dans des seaux d’inox ou restent accroupis le long des murs, promenant un regard à la fois sombre mais lumineux d’un étonnement sans cesse renouvelé sur la vitalité exubérante de leur environnement. Les rues de New Dehli sont bruyantes et encombrées rick?shaws, bicyclettes, motos, vaches et humains E produisent une vague sonore éthérée qui ondule  dans la chaleur et la crasse.

Les Indiennes ont obtenu le droit de vote en 1930, bien avant les Françaises.

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De nombreuses lois ont été adoptées pour améliorer leurs conditions de vie. Ainsi, une loi, votée en 1997, interdit le système de la dot. Pourtant, donner naissance à une fille est toujours considéré comme une charge : elle ira vivre dans sa belle-famille et la dot sera versée pour son mariage. Les Indiennes sont souvent illettrées. Pour remédier à cette situation et améliorer l’alphabétisation des jeunes filles, leur scolarité est gratuite les cinq premières années. Le taux d’alphabétisation des filles n’évolue que très lentement. Il est passé de 30 % en 1981 à 39 % en 1991. Pour les autorités indiennes, la scolarisation des garçons semble rester prioritaire.

Les signes apparents de la modernité et l’existence urbaine de ses habitants flirtent avec les témoi­gnages d’époques ancestrales. La ville illustre à elle seule les paradoxes faits de modernité et de tradi­tion d’un pays qui possède des réacteurs atomiques depuis 1957, installe des plates-formes offshore per­fectionnées en mer d’Oman ou forme des ingénieurs informatiques ultra-performants, mais légifère pour instaurer une législation qui encadre le travail des éléphants et continue de laisser la priorité aux vaches, même si elles n’ont pas compris qu’il ne faut pas faire la sieste au milieu des rues.

  • • • de Delhi à New Delhi : une nouvelle capitale
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En 1912, les Britanniques délaissent Calcutta pour transférer le siège du pouvoir à Delhi, qui retrouve alors brièvement sa place
historique dans la vie politique indienne. Mais en 1929, la jugeant insalubre, les Britanniques décident de construire une
nouvelle ville, New Delhi, au sud de la vieille ville. En 1931, ils inaugurent la cité administrative aux larges avenues et pouvant accueillir
65 000 fonctionnaires. Dès lors, New Delhi se développe rapidement, et aujourd’hui on lui attribue une population de plus de 12,5 millions d’habitants  (avec une prévision à 21,6
millions en 2025).

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Je roule vers le nord-ouest, cap sur Amritsar tout près de la frontiè­re avec le Pakistan ; le train est indien, un vestige de l’Empire colonial à en juger par le pénible tchacatchac » des roues qui résonnent dans le wagon et le système de propulsion de la locomotive — la vapeur. Les Indiens achètent leurs billets en fonction de leur caste d’apparte­nance, les plus riches voyagent en première classe climatisée, les moins nantis s’installent sur le toit — les intouchables n’ont pas le droit de fréquenter les lieux des gens de castes supé­rieures. Je me contente du service ordinaire et de ses banquettes de bois ; c’est le plus surchargé. Un guidon de bicyclette dont le propriétaire m’envoie des sourires désarmant vient régulièrement heurter mes côtes. La poussière et la chaleur sont évidemment aussi du voyage Dans cette province du Pendjab, même si la majorité des habitants actuels est musulmane, c’est ici le berceau des sikhs, branche rebelle de l’hindouisme qui rejette le culte de la divinité, ne tolère ni sacrifices, ni rituels.

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Les Sikhs

(littéralement : « ceux qui apprennent ») tentent de combiner  en une seule foi le meilleur de l’Islam et de l’Hindouisme.Les fidèles les plus respectueux des enseignements de leur maître spirituel Guru Nânak respectent dans leur tenue le principe des cinq

les cheveux ne sont jamaiscoupés,

Kangh : ils sont proprement maintenus par un peigne de bois,

Kirpan :

Kara : le bracelet autour du bras qui tient l’épée,

Kacch : longues culottes.

Je visite les différents sites religieux de la ville. Quel que lJ soit l’objet des différentes dévotions, à proximité des édifices se ressent la même blancheur et le même apai?

  • sement, les architectes ont veillé à ce que la pierre par­ticipe à la spiritualité des lieux, qu’elle pénètre l’âme
  • des hommes. On dit qu’il n’y a qu’un seul Dieu en haut

de la colline mais plusieurs chemins pour atteindre son

sommet ; cette ambiance similaire de piété et de joie ro transmise par le culte que je rencontre partout serait?

  • elle la preuve de la capacité des hommes à conjuguer

leurs croyances ? On dit aussi que la fabrication de la 413 coupole du Har Mandir Sahib, le temple d’or d’Amritsar,

a nécessité l’emploi de 400 tonnes d’or. Je me mêle 2 2 aux pèlerins sikhs et pénètre dans la fraîcheur relative

 

En novembre 1984, pour répliquer aux mesures répressives prises à

l’encontre des Sikhs dont le mécontentement provient

d’une partition de territoires

effectuée en 1947 lors de l’indépendance de l’Inde, deux d’entre eux, membres de la garde présidentielle, assassinent le Premier ministre : lndira Gandhi.

Des émeutes éclatent alors dans tout le Pendjab et font plusieurs milliers de victimes. Une situation proche de la guerre civile qui marque l’opposition historique entre les confessions .s k.hoest hindoue.

de l’édifice. Les soieries brodées des visiteurs nom­breux, le pacifisme et l’allégresse apparents des rap­ports humains, la sobre richesse des ornements confèrent à l’ensemble un goût de pureté élégante et de calme qui tranchent avec les villes que j’ai quittées. Difficile aussi de penser que nous sommes à quelques kilomètres d’une frontière entre deux pays parmi ceux qui se haïssent le plus au monde (même si, aujour­d’hui, ces ennemis de longue date n’ont jamais été aussi près de ‹< normaliser » leurs rapports). Difficile aussi d’imaginer que ces lieux ont été le point de départ meurtrier (des centaines de pèlerins furent mitraillés par l’armée hindoue dans la piscine sacrée) d’une rébellion initiée par les sikhs et qui a fait des milliers de morts dans les années 1980.

• • • • •lotus, fleur des dieux ? Les racines du lotus plongent dans la glaise fangeuse des marécages pour s’épanouir à la surface en une corolle d’une pureté audacieuse. Le lac sacré de Pushkar est, dit-on, né d’un lotus que Brahma aurait laissé tomber des cieux. Une fleur tombée du ciel méritait bien un temple, celui-ci a été bâti sur ses rives : marbres, enluminures, colonnes ciselées…

On dit que les femmes du Rajahstan sont parmis les plus belles du monde. En tout cas les plus 3 élégantes. Leurs saris de coton aux assorti--0 ments de couleurs audacieux sont copiés par la haute couture (Ritu Beri, originaire de New Dehli, vient de signer quelques collections du prêt-à-porter Scherrer) et leurs bijoux les accompa­gnent même dans les travaux les plus rudes. Nous sommes pourtant dans une région où il ne fait pas bon naître sous le sexe féminin. Même si les infanticides régressent (grâce à l’IVG après prédiction du sexe, légale en Inde depuis 1971) et même si la famine disparaît, l’arrivée d’une fille est davantage perçue comme une bouche ro inutile à nourrir et signifie le montant d’une dot

La vallée de Pushkar est renommee pour ses innombrables temples hindous s’échelonnant sur les rives du lac sacré. Chaque année, lors de la pleine lune du mois lunaire de Kartik (octobre-novembre), des milliers de fidèles hindous viennent rendre hommage au dieu Brahma, divinité de Pushkar. La nuit venue, les pèlerins se rendent sur les ghats les plus sacrés et se purifient s eaux gla

Je m’engage, suivi par quelques enfants curieux et silencieux, sur une route à une voie qui serpente jusqu’aux collines environnantes… le coucher du soleil sur les constructions blanches, le lac dans lequel se reflètent les façades rougies par le soleil couchant et le désert qui s’étend alentour confèrent une impression féerique. D’un temple éloigné par­vient une musique traditionnelle, sitar et tabla, jouée par des musiciens que je devine concen­trés et enturbannés. Contrairement aux appa­rences, la musique indienne n’a pas vocation à favoriser la méditation, elle s’écoute tout simple­ment comme du jazz, permet juste de s’envoler un instant, de savourer l’ambiance sirupeuse d’une soirée passée sur les hauteurs, le temps de griller un bidi (minuscule cigarette faite d’une simple feuille roulée) et d’avoir le sentiment qu’une fois dans sa vie on a pu jouir du temps arrêté.

Je décide de rejoindre Udaipur par le train de nuit. Mon billet de seconde en poche, je m’installe dans un compartiment avec trois hindous à l’élégance toujours marquée, cheveux impeccablement gominés et pei­gnés, veste à col mao posée sur un gilet de laine à grosses mailles et une chemise qui semble sortir du repassage. Nous nous partageons les quatre cou­chettes aux draps blancs immaculés et puis, comme il n’y a pas de place pour s’asseoir, je fais comme eux, je me couche . avant même le départ, on m’invite

avec insistance à prendre la couchette supérieure et je fais les remerciements d’usage avec fortes démons­trations gestuelles. Dans le compartiment où la cha­leur est éprouvante, j’essaye de rester immobile, de calmer mon rythme cardiaque pour supporter la tem­pérature du wagon de tôle chauffée au soleil toute la journée ; malgré tout, mon drap est rapidement ouillé de sueur.

‘Heureusement, le Chetak Express s’ébranle lentement et ‘,quitte la ville au pas. Il se lance ensuite à un bon 40 km/h à travers la campagne aride et buissonneuse, un vague filet d’air chaud du désert me parvient depuis la fenêtre et m’apporte tout juste de quoi respirer. La nuit est tom­bée, un lumignon tremblote au-dessus de ma tête, un coup d’oeil sur mes voisins et je me rends compte que la couchette du haut, située en aval de la marche du train, est la moins bien aérée — le vent fait bouger leurs draps, les miens sont comme plombés.

Udaipur : « Cité de l’Aurore », « Venise de l’Orient », « Ville du lever de soleil », chaque guide touristique propose sa version. On y met surtout en avant le tournage du film de James Bond, Octopussy, en oubliant que Fritz Lang y a tourné Le tigre du Bengale et que l’industrie cinématographique indienne, la plus prolixe du monde, a bien dû y tourner quelques mélos dont elle a le secret. Mais l’essentiel de la cité n’est pas là, nous sommes dans le fief du plus haut dignitaire des Rajpoutes, le maharana Udai Singh. La ville apparaît délicate, fragile comme un coquillage ciselé par des doigts de fées, le romantisme des bâtiments couleur du sucre confine à l’enchantement… on la dit féminine — je confirme. Pas une fenêtre, pas un linteau qui ne portent la marque d’un orientalisme emprunt de religiosité : ici une fleur gravée, ici un trumeau encadré de deux colonnes incroyablement ouvragées, ici une représen­tation de Shiva, ici… de la dentelle ? Non, une simple balustrade de pierre sculptée. Chaque bâtisse, de la plus modeste à la plus extravagante, s’écrit en pleins et en déliés, le tout souligné finement à la règle avec une plume de colombe.

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Après le calvaire du train, un peu de luxe ne nuit pas : conformément aux habitudes locales qui veulent qu’un riche ne se déplace surtout pas à pied, un taxi me dépose abso­lument au ras du perron du Jag Nivas.

Les Rajpoutes vivent dans le centre et dans le nord de l’Inde. Ils parlent le hindi mais n’hésitent pas à employer localement un des 1 600 dialectes recensés dans tout le sous-continent indien — le sous-continent comprend huit pays : Inde, Népal, Bhoutan, Bangladesh, Pakistan, Afghanistan, Maldives, Sri Lanka). Descendants des tribus d’Asie centrale qui envahirent la région vers le ve siècle, ils ont fini par s’intégrer aux sociétés hin­doues locales en fonction de leur rang respectif. Les chefs et les nobles s’assimilèrent à la caste des kshatriyas (guerriers) et les sujets, inférieurs à la classe des sudras (agriculteurs). Depuis l’in­dépendance en 1947 et la création de l’État du Rajasthan l’année sui­vante, les uns ont reçu des postes de gouverneurs ou de hauts fonc­tionnaires, les autres ont attendu mon passage pour me montrer leurs troupeaux de moutons ou m’inviter dans un cercle de conver­sation improvisé et me questionner — dans un bricolage d’anglais, de gestes éloquents et d’expression du visage au lexique universel — sur ce que je sais du reste du monde.

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Pas question de traverser l’Inde sans s’interroger sur t2 la mosaïque de religions posées en vrac qui la

constelle. Ce n’est pas si compliqué : près de 80 % des Indiens sont hindouistes, la deuxième religion, c’est l’islam avec 100 millions de fidèles (14 % de la in population), pour le reste on compte des bouddhistes, (i) des jainistes, des sikhs, des zoroastriens, auxquels -0 s’ajoutent des minorités chrétiennes et juives.

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En revanche, pour qui veut s’initier aux subtilités a) d’une de ces pratiques, de ses codes ou de son voca­bulaire, une vie bien remplie ne lui suffira sans doute pas, à tel point que chacun propose de continuer le chemin dans l’au-delà. Évidemment, ça se mérite ! En ce qui concerne la réincarnation (hin­douisme, bouddhisme, jaïnisme), les actes de l’esprit, la parole et le corps produisent des particules de matières infra-atomiques, c’est ce qu’on appelle le karma. Celui-ci, consécutivement à sa petite taille, est très susceptible et la moindre petite contrariété (infra-contrariété ?) pourrait contrarier vos projets pour la suite, après votre mort terrestre. Le karma est très sensible à la violence par exemple, certains adeptes les plus radicaux se voilent la bouche pour ne pas avaler d’insectes par inadvertance et essuient délica­tement l’emplacement où ils prévoient de s’asseoir pour éviter un génocide de micro-organismes.

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  • les Jaïna et les temples de Delwara

Au nombre de trois millions, la communauté des Jaïna a une influence en Inde due à son passé, mais aussi à son rôle actuel au sein de la République indienne. Relativement aisés, agriculteurs, commerçants, industriels ou hommes d’affaires, installés dans tous les grands centres, les Jaïna consacrent une forte part de leurs richesses à des oeuvres d’entraide, à l’instruction de leurs membres et à la construction de temples.

La tradition dont les Jaïna se réclament remonte à la moitié du premier millénaire av. J.-C Ils firent élever, sur le Mont Abu, les deux temples de Delwara, en marbre blanc délicatement poli et ciselé : le temple Vimala Vasahi (1031-1043) consacré au premier prophète, Adinath, et le temple louna Vasahi (1230) dédié à Neminathe, le vingt-deuxième Tirthankara.

Plus modestement, la plupart des initiés se contentent de respecter au mieux les trois enseignements : une foi juste, une connaissance juste et un comportement juste. Beaucoup d’entre nous n’auront pas besoin de se faire immoler dans le Gange, c’est déjà trop tard.

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Pour percevoir d’autres subtilités, rien ne vaut une visite au Jaya Sthamba, temple de neuf étages érigé sur le mont Abu. C’est dans l’art indien traditionnel que l’on peut repérer (avec l’aide d’un guide ou de solides lectures) toutes les sub­tilités des conceptions philoso­phiques des écrits fondateurs :

fusion de la chair et de l’esprit, symbolisme complexe des orne­mentations qui figurent le temps comme la matrice de l’éternité ou la silhouette féminine comme l’ex­pression du mystère du sexe et de la création ».

Tout cela est bien complexe, ce que je ressens pendant la visite, c’est surtout l’énergie, le rythme et la volupté féconde de ces sculptures humaines ou géométriques. On comprend mieux pourquoi la conception du monde promue par les anciens bouddhistes et jàinistes ait essaimé à travers toute l’Asie comme un fleuve en crue dans lequel on a envie de se laisser emporter.

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le temple de Raknapur

sur la route entre Udaipur et le mont Abu •

La route maritime de la soie

Dès le Moyen Âge, l’océan Indien et le golfe de Bengale étaient sillonnés d’embarcations de marchands en provenance d’Arabie ou plus loin encore de l’Égypte via la mer Rouge.

Ils profitaient des vents de la mousson pour venir quérir des h 4* e étoffes de coton, des épices, des drogues, des médicaments, de la porcelaine et des produits manufacturés comme certaines r armes qui permettaient en outre de faire un peu de brigandage en chemin. Pendant un voyage de près de trois mois, il faut bien s’occuper un peu.

J’ai le sentiment que, plus j’essaye de  comprendre, plus ça se complique. Un petit tour en ville me détendra, encore que pour se détendre ici il faille s’accommoder des 43 000 personnes au mètre carré qui tentent de faire la même chose et d’un trafic dan­tesque. Bombay est sans doute la ville la plus densément peuplée du monde, à toute heure du jour, c’est comme le métro de Paris aux heures de pointe.

Les Portugais l’avaient baptisée Bom Bahia (< la belle baie ») et profitaient de l’accueil (z5 douillet de ce qui n’était qu’un village de 1-1 pêcheurs, les Anglais en ont fait un comptoir et

y ont installé le siège de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Depuis, on bétonne à tout  va et les Indiens, du plus nanti au plus fauché, s’y sont donné rendez-vous.

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Bombay a récemment été rebaptisée Mumbai : volonté de changement, de tendre vers l’avant, la ville voudrait jouer dans la cour des grands et devenir par son dynamisme commercial une sorte de Singapour indien. Pourquoi pas ? Une partie du potentiel est là. Mais pour l’instant, Bombay reste une ville duelle d’un côté, cité portuaire tournée vers le commerce international avec ses activités administratives et financières ; de l’autre, un entasse­ment humain livré à la survie où règne une économie qui ne s’étudie pas dans les livres. À proximité des buil­dings ultra-modernes, dix millions de personnes vivent dans le plus gigan­tesque bidonville du monde. À Dharavie, bidonville réputé qui semble s’étaler à l’infini entre deux voies de chemin de fer, pendant la période qui précède la mousson et où les températures dépassent large­ment les quarante degrés, je circule avec un foulard sur la bouche et le nez : une puanteur de boue et de charogne, d’eau croupie, relayée par celles des tanneries de cuir installées non loin. Un effluve nauséeux de matière fécale, de cimetière vivant, catacombes bourdonnant d’une ville submergée par tous ceux qui ont fui la misère rurale, abandonnant la ruralité des États voi­sins du Maharashtra dans l’espoir d’une vie meilleure. C’est sûr, les gens qui squattent ces abris de tôle et cohabitent avec les rats et les corbeaux omniprésents ne le font pas pour entendre la poésie des averses de mousson crépiter sur le toit. Quoi qu’en dise mon hôte navigateur, il faut vraiment avoir crevé de faim ailleurs pour supporter pareilles conditions.

« Voyager, c’est demander à la distance ce que le temps ne peut nous donner que peu à peu » écrivait Paul Morand. En Inde, sortis des villes, la léthargie ambiante donne par­fois l’impression de conjuguer les deux. Le bus des Compagnies publiques indiennes brinquebale et se traîne laborieusement, casse son rythme par des arrêts intempes­tifs et les kilomètres s’égrènent avec une lenteur qui exaspère le voyageur occiden­tal que je suis. Les Indiens ont-ils inventé le yoga pour supporter la lenteur ou inventé la lenteur pour tester les limites du yoga ? Je sens que mes chakras se referment et je mobilise toute mon énergie pour rester cool.

L’état de la route est identique à celui des sièges et un nid de poule mal négocié par le chauffeur fait basculer l’impression­nant cubage de matelas que nous trans­portions sur le toit. Aucun dégât, mais le nouveau ficelage de l’ensemble stimule les compétences des autres voyageurs, Pratiquement tout le monde est monté sur la galerie et le moindre noeud donne lieu à des discussions aimables et argu­mentées qui repoussent encore un pe plus les frontières de l’espace-temp

jayanaeir fut la capitale de l’un des plus vaste, empires hindous l’histoire de

Fondée en 1356, elle atteignit son apogée sous le régne de Krishna Devanaya (1509-1520 qui contrôlait toute la région. La prospérité de la ville provenait du commerce des épices au sud et de l’industrie du coton. L’empire fut anéanti en 1565, date à laquelle la ville fut mise à sac. Aujourd’hui, ces ruines constituent l’un des sites les plus fascinants, dans un décor insolite et grandiose, parsemé de rochers aux formes rondes.

fils et la remplaça par la tête du premier animal rencontré. Ganesh est la divinité des arts, de la connaissance et des sciences. On l’honore toujours avant un spectacle.

Ganesh, omniprésent • • Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, est le fils de Shiva et de Parvati.

C’est probablement Vielle la plus populaire du panthéon hindou.

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L’arrivée à Hampi me le confirme : cette fois, c’est sûr, le temps s’est arrêté. Pendant cinq siècles, cette ville est restée figée, comme morte. Ancienne capi­tale du royaume de Vijayanagar qui dominait tout le sud de l’Inde, elle a été vidée de ses occupants par des envahisseurs musulmans. Seuls des pèlerins hindous ont continué à fréquenter ses temples jus?

qu’à une récente réincarnation en ville touristique et un nouvel essor. C’est ici que l’on trouve la plus grande quantité de représentations de Ganesh (dieu à tête d’éléphant) ou de temples dédiés à Vishnu (la trinité hindoue est composée de trois membres : Brahma, Vishnu et Shiva. Brahma est né d’un lotus surgit du nombril de Vishnu). Hampi, ce sont trente kilomètres carrés de temples, de ruines et d’énormes rochers posés çà et là comme de gros ani­maux endormis au milieu desquels passe une rivière placide et lustrée comme un chrome.

D’autres bêtes, bien vivantes celles-là, cavalent en tout sens et apportent un peu d’activité dans cette chaleur accablante mais moins humide qu’à Bombay ; ce sont des singes macaques, me semble-t-il — on les appelle ici des black-nose. Ils sont partout, grimpent sur les toits, grouillent sous les rochers, se suspendent aux arbres, s’épouillent ou forniquent sur les multiples statues de divinités. Les singes bénéficient de la croyance hindoue selon laquelle tout être vivant porte une parcelle de divinité et ne peut donc être tué. Fléau sacré et surtout choyé par cette surenchère d’attentions, ils se comportent en enfants gâtés

et s’autorisent toutes les exactions : vol de sacs à main, d’appareils photo, de couvre-tête,projection de pierres… (On cite aussi la défenes tration d’un nouveau-né arraché à sa mère.) Ils ne risquent au pire que d’être ramenés dans la

jungle de bambous et d’arbres à palmes où les guépards qui profitent du même statut risquent de leur réserver un accueil moins aimable.

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Les apparences sont trompeuses, l’Inde n’est pas un pays qui somnole. À l’opposé de nos philosophies matérialistes, d’une recherche systématique de la raison ou de preuves scientifiques qui caractérisent la science occidentale, la pensée orientale donne l’impression de privilégier le travail sur soi, la méditation transcendantale et la sagesse. On l’a cru contemplative et inapte au raisonnement logique, c’était oublier que, dès l’Antiquité, les Indiens avaient la maîtrise du système décimal et utilisaient le zéro. À l’heure de l’effondrement de l’Empire romain, les performances de l’Orient et de (13 l’Inde en particulier étaient bien supérieures r.–1 aux nôtres dans des domaines aussi vastes

que la botanique, l’astronomie, la minéralo­gie ou l’agriculture. Le paradoxe veut que le compas de marine inventé par les Chinois et introduit en Europe via l’Inde, en permettant.

Mon travail est consultable sur mon site internet

 

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