Quest qu’un photographe journaliste ?
Pour un très large publique, il est difficile de saisir les nuances parfois importante entre les différents secteurs d’activité de la » photographie ». A cause d’une même appellation pour des disciplines totalement différentes les une des autres la confusion des genres est de mise. Comment comparer un photographe reporter, d’un photographe animalier, d’un photographe entreprise, d’un photographe de mode ou même d’un photographe mariage!?Les genres sont même parfois soigneusement mélangé par les photographes professionnel aux même…. Bien loin des techniques et de la discipline, demeure d’importante variante pour aborder notre métier. Je suis un auteur, un photographe journaliste, je compose des reportages photographique qui font suite à de longue recherches, une étude minutieuse des thématiques et problématiques abordées. Une démarche souvent personnel qui implique des risques, des angles, des prises de position, pas toujours en adéquation avec le moment…Mon métier appel une grande cohérence pour le secteur de l’édition dans la mesure ou personne n’attend mon travail! Rare sont les commandes , nous proposons, nous soumettons et les éditeurs disposent….
Cette approches n’est pas plus louable qu’une autre, elle n’a rien de plus valorisante ou respectable, elle fait partie intégrante de ma démarche et de nos engagements. Nous sommes des photographes qui fonctionnent à l’instinct, a l’inspiration pas forcément très productive ![]()
Nos reportages demande du temps, des mois, parfois des années, une longue préparation pour trouver la bonne direction, le bon angle. S’imprégner, regarder, s’inspirer.
Qu’est ce que cela implique!?!En premier lieu, une formation supérieur, de 2 à 4 ans puis enfin, si les choses ce déroule bien …L’accès à un métier dont la réalité est très complexe. Nous travaillons dans le milieu de l’information ou de l’édition sur quelque support que ce soit. Nous sommes bien dans la transmission, traduisant et synthétisant des information de façon à les rendre accessible .


Ma vie familiale (2 enfants en bas âge) nécessitait une « diversification », la photographie de mariage apparaissait comme une des orientations possible et presque évidente. Le reportage mariage est une pratique moderne et dynamique « s’inspirant » du journalisme, de ce qu’il à de réaliste et d’authentique….ce qui pour certain ne semble qu’une jolie façade marketing….parfois malheureusement dévoyé et dénué de la moindres qualités journalistique. Certain ce considérant même comme des journalistes, n’ayant jamais pratiqué autre chose qu’une photo « imitative », pale reflet fastidieux d’un genre souvent mal interprété presque parodié.

Ajouté des appellations plus ou moins farfelues, faite de 2 ou 3 adjectifs du genre photographe journaliste international allez…soyons fou… pourquoi pas, de prestige, complétez la formule avec 1 ou 2 citations de personnalité et vous avez le bling bling, le vernis à peine sec d’un verbiage méticuleux et superficiel qui autoriserait des tarifications « haut de gamme ». Beaucoup de photographe mariage, et c’est heureux possèdent une réelle approche journalistique, un regard différent et une philosophie « humaniste « qui s’approche avec sensibilité et délicatesse du journalisme, engagé et dédié à la transmission. Une tache noble et louable pour des amateurs toujours plus exigent.
Les quelques exemples parutions ci joint sont en parfaite adéquation avec notre métier.Un regard humaniste , une solide expérience de terrain et des approches très différentes selon les thématiques abordés….Un rafraichissement constant de nos inspirations et de nos passions:
Ecrit par jcrey, le nov 28, 2011 • Catégorie: Featured, photographie de mariage, photojournaliste, voyages• Tags: photographe de mariage, photographe mariage • Pas encore de Commentaires • Partagez sur Twitter
Un photographe sur la route
Vagabonder sur la route
Les documents de police qui sont parvenus jusqu’à nous attestent que tout au long de la grande époque du pèlerinage, un bon tiers des pèlerins est incapable de donner une précision sur sa destination. Beaucoup semblent s’être installés dans un vagabondage sans fin, situation qui vaut au pèlerinage d’être frappé de suspicion. Trop d’individus se soustraient par son biais à l’autorité des parents ou à l’obligation sociale qui impose implicitement à tous de travailler. Les législations successives expriment toutes la nécessité de faire la distinction entre le statut de pèlerin et celui de vagabond, ce dernier restant de tout temps voué aux pires sanctions.
Ce reportage, commandé par Fleurus depuis pas mal de temps était également l’occasion de ce retrouver, de confronter des époques differentes, des rythmes totalement hors norme…1600 kms de marche, de rencontre, un reportage photographique loin de la productivité et des agitations du monde.
Saint-Jacques-de-Compostelle
Le pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle illustre par un acte fort et depuis plus de mille ans la vitalité du monde chrétien occidental. Désertées pendant quelques siècles, les routes de Compostelle renouent avec un engouement plus que jamais d’actualité. Nous sommes partis relever les indices présents et passés d’un itinéraire puissamment chargé de ferveur, un parcours mystique où les témoignages humains et architecturaux abondent. Nous y avons rencontré des hommes, pénétré leurs croyances, leurs symboles, et revisité l’histoire d’un chemin de pèlerinage emprunté par des millions d’entre eux depuis le Moyen Âge.
Tous les chemins ne mènent pas à Compostelle. Nous empruntons le plus usité, depuis le cœur de la ville du Puy-en-Velay jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle, au bout du bout de la Galice, tout près du cap Finisterre. Pour rejoindre le centre de la France au point le plus à l’ouest de toute l’Europe, il faut arpenter plus de mille cinq cents kilomètres de chemins creux. Deux mois de marche où l’on ne croise personne car tous convergent vers un seul but, atteindre la basilique et saluer à sa manière les reliques présumées de l’apôtre Jacques.
Au bout de la route, après avoir vaincu la fatigue et s’être débarrassé de la poussière, nous en saurons un peu plus sur ce qui poussait et pousse les hommes à quitter leur maison, à se déraciner provisoirement et partir sur des routes improbables dans l’espoir caressé de comprendre d’où ils viennent… et où ils vont. Les quêtes et les pèlerinages seraient avant toute chose liés à notre condition humaine : essayer de retrouver celui ou celle qui nous a un jour débarqué sur cette terre en nous donnant les clefs de l’amour mais pas celles de l’immortalité.
Sac sur le dos, lacets ficelés par un double nœud, bâton de pèlerin en main, prêts à mettre un pied devant l’autre et à recommencer, Santiago, nous voici !
LE PUY-EN-VELAY
Il est encore tôt et les portes de la cathédrale sont closes. Malgré le calme apparent de ce petit matin d’été, une agitation à peine perceptible depuis le parvis fait vibrer l’air et témoigne d’une singulière effervescence. Une rumeur joyeuse parvient vers l’extérieur depuis les lourds ventaux de l’édifice et, à qui sait entendre, les murs de la cathédrale résonnent d’une liturgie particulière. Il est 7 heures 30 du matin et nous sommes au début du mois de juillet, le soleil qui caresse les toitures et les statuaires de pierre promettent déjà une journée caniculaire.
Enfin, les portes de la cathédrale, franchies par tant de souverains et de princes, s’écartent lentement et une musique religieuse s’épanouit vers l’extérieur. Ce chant de sortie, qui indique la fin de la messe, signale aussi le début d’une grande aventure. Des pèlerins en partance, ayant reçu à l’instant la bénédiction du prêtre, sortent de l’édifice et se regroupent sur le parvis. On les appelle Jacquets, Jacquots, Jacquaires, Jacots et ceux qui avaient déposé leur bagage et leur bâton de pèlerin contre le mur du fond de l’église les reprennent en sortant. C’est ici et maintenant que commence leur pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
À âme vaillante, rien d’impossible ; l’aventure qui s’ouvre devant leurs pas s’annonce rude et ce n’est pas par manque d’un enthousiasme perceptible sur le parvis que beaucoup n’iront pas jusqu’au
bout. Du moins pas cette année ! La plupart morcelle l’itinéraire et ajoute chaque été une étape supplémentaire à leur carnet de pèlerin. Pragmatisme : la quête d’un mysticisme moderne s’accorde avec l’exercice d’un emploi et le départ en pénitence coïncide le plus souvent avec les congés payés.
Carnet de notes et topo guide du GR 65 en mains, nous joignons nos pas aux leurs. Mille six cent kilomètres de marche à pied, il paraît que ça use les souliers, d’autres disent que ça affûte l’esprit.
Bénédiction du prêtre :
« Reçois cette besace en signe de ta pérégrination pour qu’ayant mérité ton salut par ta pénitence, tu parviennes au but de ton vœu de pèlerin. Reçois ce bâton, qu’il te fasse vaincre les embûches de l’ennemi et parvenir au but. »
SAINT-ALBAN- SUR-LIMAGNOLE
Selon l’Evangile, Jacques le Majeur, frère de l’apôtre Jean et chouchou de Jésus, fut décapité dans sa Judée natale après avoir passé une partie de sa vie à évangéliser la péninsule ibérique. Une légende raconte que sa dépouille fut ramenée en Espagne par la route maritime, sur une nef de pierre, guidée, comme il se doit, par des anges. Une fois abordées les côtes de Galice, non loin du cap Finisterre, le corps du supplicié fut porté vers l’intérieur des terres avant d’être inhumé en un lieu appelé champ de l’étoile (Campus stellae : Compostelle).
En l’an 830, deux bergers, guidés par une étoile, découvrent un sarcophage contenant des reliques. De cet instant, naît un mythe qui fait sensation dans toute la chrétienté. De ce mythe grandit une bourgade au cœur de laquelle on élève une basilique. La nouvelle à peine répandue, les premiers pèlerins se mettent à affluer. Le roi des Asturies, Alphonse II, doit faire agrandir la basilique. Celle-ci devient cathédrale. Dans la foulée, la ville se dote d’une université qui fait d’elle la capitale culturelle de toute une région et le centre spirituel de l’Espagne tout entière. Compostelle, dont les moins croyants prétextent que l’origine étymologique de son nom provient du mot cimetière, est aujourd’hui une cité à l’aise dans son époque : sa pieuse destinée cohabite sans complexe avec le modernisme d’une grande ville estudiantine. L’Espagne a de l’appétence pour les festivités nocturnes et Compostelle « by night » n’est pas une légende.
ESPALION
L’an Mil vient d’être célébré, les hommes vivent dans un cadre rural, au cœur de grands domaines
hérités des Romains et alors qu’ils attendent le retour promis de Dieu sur Terre, rien ne se passe. Persuadés d’être eux-mêmes des créations divines et ne concevant le monde que comme un espace magique dont seul le clergé possède les clefs, ils commencent à avoir des soupçons sur la manière dont ce dernier assure la religion (du latin religio, religare : relier). Les châtiments divins qui s’abattent sur eux les font douter de la qualité de ce lien, et deviennent prétextes à rechercher un salut plus proche des enseignements originels. D’autant que les excès des ecclésiastiques ne font qu’envenimer le sentiment de suspicion ; le partage des ressources semble obéir à une stricte loi : aux hommes de Dieu les richesses, les bombances, fornications, vices et autres trafics, au reste du monde la famine, la misère, les invasions, les troubles et les épidémies. Même si un dixième des revenus de l’Eglise est consacré aux besoins des pauvres, la misère est grande et la maladie comme la disette hantent les esprits du plus grand nombre. Les hommes vont progressivement investir par eux-mêmes la relation à Dieu, se montrer davantage acteur de leur propre croyance.
Pourtant, jusqu’au Xe siècle, malgré la nouvelle fascination exercée par Compostelle, de nombreux pèlerins se contentent de partir pour Rome ou Jérusalem. Le premier pèlerin reconnu, l’évêque du Puy-en-Velay, Mgr Godescale, ne prend la route qu’en l’an 950, un siècle après la découverte des restes de l’apôtre. Loin de revêtir la simplicité requise à celui qui s’adresse à Dieu, il s’encombre d’un cortège de barons, d’ecclésiastiques et de troubadours et s’entoure d’une escorte militaire éloignant tout danger. On imagine le tout, paradant davantage que chevauchant, sur des chevaux ou des mulets lourdement caparaçonnés. Après lui, nobles et riches, prennent l’habitude de voyager en grand équipage. D’autres, moins téméraires mais tout aussi fortunés, font leur pèlerinage par procuration et se contentent d’envoyer un messager. C’est ce que font Louis XI, Blanche de Castille ou bien encore Jacques Cœur (indisponible pour cause d’emprisonnement). Parmi les grands de ce monde, seul Louis VII fait le voyage. Si pour les plus aisés, garder son rang consiste en une sorte d’hommage rendu à l’Apôtre Jacques, les plus humbles se risquent sans protection sur des routes peu sûres où sévissent mille dangers : loups, détrousseurs, pillards, ribaudes, routiers, vagabonds, déserteurs, sans emploi, faux guides, arracheurs de dents, vendeurs de remèdes contre les serpents, faux péages, bateliers malhonnêtes ou coquillards (voir plus loin).
Avant de partir, chacun rédige son testament, se procure des recommandations auprès du curé, se confesse et guette l’arrivée des beaux jours. Il faudra être de retour avant les vendanges ou les récoltes de la fin de l’été, et pendant le voyage, on pourra profiter des basses eaux pour traverser les rivières.
Malgré les complications et les dangers, rien n’arrête la passion. Saint-Jacques-de-Compostelle devient rapidement la principale destination de l’Occident chrétien. On prête au saint la capacité d’accomplir des miracles de guérison et sa réputation qui ne cesse de croître attire toujours plus de croyants. On y vient depuis toute l’Europe et même au-delà, convergeant vers des lieux de regroupements à partir desquels plusieurs chemins conduisent les pèlerins vers l’Espagne. Tout est prétexte à venir s’agenouiller devant les ossements présumés de saint Jacques : accomplissement d’un vœu personnel, remerciement pour une guérison ou bien quête de celle-ci, garantie d’une météo clémente (nous sommes au Moyen Âge, et la survie dépend en grande partie des récoltes), voir naître un fils, obtenir une grâce de justice, ou simplement s’assurer le salut de son âme dans l’au-delà. Il arrive aussi qu’une paroisse mandate des pèlerins, comme à Perpignan en 1482, pour obtenir la fin de la peste. A la belle saison, plus de mille pèlerins traversent chaque jour les villages.
L’effervescence durera jusqu’au XVe siècle. Mises à mal par les guerres de religion qui rendent les déplacements dangereux, la dévotion faite aux saints et la superstition médiévale ne survivront pas au nouvel esprit de la Réforme et des Lumières. Luther se prononcera contre les pèlerinages et Erasme dans son Eloge de la folie s’indignera : « Il faut être fou pour aller à Saint-Jacques ! ».
Il faut attendre le milieu du XXe siècle pour que le pèlerinage ressuscite. En 1987, le Conseil de L’Europe attribue au pèlerinage vers Saint-Jacques le titre de premier itinéraire culturel de l’Europe. Aujourd’hui il est classé Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO.
L’HOSPICE D’AUBRAC
Fondé en 1120 par le comte d’Adalard, l’hospice d’Aubrac témoigne de l’importance des dons qui pouvaient être faits pour honorer saint Jacques. Réchappé par miracle d’une embuscade alors qu’il est en route pour Compostelle, le comte formule le vœu de créer à son retour un hôpital destiné aux pèlerins. Rappelé à l’ordre par Dieu sur le trajet qui le reconduit chez lui, il fait bâtir au point le plus élevé et le moins accessible du plateau d’Aubrac, une imposante domerie (une domerie était une
sorte d’hôpital) dans laquelle 12 prêtres, 12 dames, 12 moines augustins et 12 chevaliers allaient vivre à demeure. A la fin du XVe siècle, on estime qu’entre 50 et 100 personnes s’arrêtent chaque jour à l’hospice. Pendant la belle saison, les pèlerins étaient autorisés à y passer une nuit, et cela pouvait aller jusqu’à trois en hiver.
Pour cette étape, nous rattrapons Pascal et Florence, des amis du Vaucluse. Leur petite fille de quatre ans est du voyage, ainsi que Napoléon, une mule efflanquée pour qui cette route est une habitude familiale, puisque c’est traditionnellement sur le dos de cet aimable ongulé que les ecclésiastiques, dûment autorisés par leur évêque à quitter leur paroisse, parcouraient le chemin. Les crottins de notre sherpa du jour rivalisent avec les balises rouge et blanc spécifiques aux chemins de grande randonnée pour guider les pas de nos éventuels poursuivants. Quant à nous, pas de danger, il parait que si on se perd, il suffit d’attendre la nuit et de s’orienter vers la voie lactée.
Le vêtement du pèlerin :
Les hommes portent une robe assez courte recouverte d’un chaperon qui s’ouvre de plus en plus sur les épaules, c’est le mantelet. Progressivement il devient une cape : la pèlerine.
Le chapeau (sombrero bello), fait d’un cuir souple ou de feutre, est relevé sur le front.
Aux pieds, on porte des sandales ou des brodequins, au moins au début du trajet. Beaucoup terminent nus pieds, pas seulement par pénitence, mais simplement à cause de l’usure de leurs souliers.
La besace de cuir contient les vivres, le passeport (la Compostelle) et les attestations du curé.
Le bourdon est un bâton ferré idéal pour la marche et faire fuir les chiens. A l’aller on y accroche la gourde. Au retour, on y joint une coquille Saint-Jacques.
Pour ne pas se tromper :
Les quatre départs sont eux-mêmes des centres de pèlerinage importants, lieux culturels et religieux qui attirent les foules. Leurs chemins filaient (plus ou moins) droit vers l’Espagne et se rejoignaient à Puenta la Reina, de l’autre côté des Pyrénées. Certains pèlerins choisissaient une variante de la via Turonensis et partaient du Mont-Saint-Michel. Leur route ne quittait pour ainsi dire pas le littoral atlantique mais obligeait à la traversée redoutée de la Gironde.
1 : Via Tolosana ou via Egidiana : départ Arles, Espagne par le col du Somport.
2 : Via Podensis : départ du Puy-en-Velay.
3 : Via Turonensis : départ de Tours, traversée de la Gironde, les Landes puis Ostabat. Une certaine Mme Paulmier, habitante riveraine de ce chemin, inventa un jour, à l’intention des pèlerins, un gâteau en forme de coquille boursouflée. Elle lui donna son prénom, Madeleine, et ignorait qu’elle ferait plus tard les délices d’un certain Marcel Proust.
4 : Via Lemovicensis : départ de Vézelay, puis Limoges.
Selon certaines études récentes, il n’y avait pas une route… mais une multitude de routes et de ramifications. Il semble même qu’on aurait mis bout à bout des chemins qui menaient à des pèlerinages locaux. Le guide du pèlerin, rédigé par Aimery Picaud au XIIe siècle sur la base duquel nous avons étayé notre parcours, ne serait connu que depuis sa traduction en 1938 et totalement ignoré précédemment.
Aimery Picaud, moine natif du Poitou, rédige son Carnet de voyage entre 1110 et 1140. Son récit fait partie d’un ensemble de textes appelés Codex calixtinus, dont un manuscrit est conservé à Compostelle.
CAHORS
Au Moyen Âge, à peine sorti de l’Antiquité chrétienne, on accorde une forme de dignité aux pauvres. Ceux-ci sont considérés comme l’incarnation du Christ souffrant sur la croix, et bénéficient d’un regard bienveillant de la part des plus nantis. Faire l’aumône à un démuni permettait de gagner des faveurs pour le Paradis. Commerce équitable : le pèlerin, détaché des biens matériels et des affections du monde, peut prétendre momentanément assurer son existence par le don de nourriture fait par d’autres. Pour autant, sa dépendance est relative, il n’est ni un vagabond, ni un mendiant, et bénéficie d’un statut qui le place dans une parenthèse bien particulière.
Pas besoin d’être fortuné pour se lancer sur les chemins. Pendant la première moitié du XIIe siècle, période suscitant le plus d’engouement pour le pèlerinage, beaucoup quittent famille et chaumière. Pas mal meurent en route, la plupart reviennent fortifiés. La route est dangereuse et incertaine, mais les témoignages de pèlerins font état d’un esprit bien éloigné de la contrition dont on les affuble. Les paysages enchanteurs que nous traversons l’étaient tout autant voici mille ans, et à n’en pas douter, tous ceux qui sont passés ici ont pris plaisir à l’aventure et à la découverte. Les chants et les récits parvenus jusqu’à nous témoignent de cette joie qui habite les prétendants au départ. A tel point que si le pèlerinage reste aux yeux de certains la pénitence et le geste de piété, il est aussi pour les plus jeunes une forme d’évasion, un moyen de découvrir le monde, de « veoir pais » tel qu’on le prononce à l’époque médiévale.
Sous François Ier, une police des vagabonds est créée. Sous Louis XIV, certains pèlerins, confondus avec des mendiants et n’ayant pas su justifier d’un domicile, se voit expédier aux galères, ou enfermés dans des prisons, on peut aussi les enchaîner deux par deux à creuser des canaux.
La passion du Christ ne peut expliquer cet engouement pour le pèlerinage. Si tant de gens se retrouvent sur les routes c’est qu’ils vivent à une époque où politique et religion sont intimement liés. Compostelle doit un peu de sa notoriété aux intérêts des alliances diplomatiques qui se nouent. Ce n’est pas un hasard si saint Jacques, renommé pour la circonstance « le Matamore » (celui qui tue les Maures) est présenté comme le sauveur de la chrétienté, patron de l’Espagne face aux invasions musulmanes ou à la montée de l’hérétisme cathare.
MOISSAC
Au fil des jours, le corps s’adapte à l’effort et les kilomètres s’égrènent sans qu’on y pense. Le chemin serpente entre les clairières, les bourgs, les abbayes. Il s’écarte d’un passage pourtant ombragé pour obéir de manière imprévisible au relief du terrain, mais, bonne surprise, forme une
halte inespérée auprès d’une fontaine de pierre séculaire. Les préoccupations des derniers mois laissent place à des perspectives optimistes. Surproduction euphorisante d’endomorphine due à l’effort sportif disent les uns, effets élémentaires de la rencontre avec Dieu pensent les autres. Peu importe, un pas chasse l’autre et les jours se succèdent en rythme. On sait que nos besoins seront contentés. Aujourd’hui comme hier et comme demain, on trouvera bien de l’eau pour boire, un peu de verdure pour se reposer ; le soleil sera présent et s’il pleut on sera heureux quand même.
CONQUES : L’abbatiale Sainte-Foy
Nous passons à Conques mais nous n’y dormons pas. Le presbytère qui nous accueille ce soir permet un hébergement pour le moins modique. Ce décor fait de murs recouverts de chaux et d’un lit doté d’un matelas rayé de gris, sur lequel on jette notre duvet pour le transformer en un havre merveilleux, est tout ce dont nous avons besoin. C’est l’heure où on enlève ses chaussures et où on s’allonge tout habillé. Dans les hospitalets médiévaux, les pèlerins secouaient leur manteau devant les cheminées pour en faire tomber la vermine. La saleté a disparu, le passé est dépoussiéré et l’âtre de briques rutilantes de notre chambrée n’a pas vu une allumette depuis des lustres. Mains derrière la tête et talons appuyés contre les renforts métalliques de notre couche, le corps et l’esprit se mettent au diapason. Ni douleurs, ni soucis, c’est ce que les Grecs appelaient l’état de catharsis, on se sent infiniment bien et heureux.
Le saviez-vous ?
Le Crédencial est une sorte de passeport qui identifie le Jacquet auprès du réseau des hébergeurs.
Le Compostella est une certificat délivré au randonneur qui réalise au moins les 100 derniers kilomètres avant la basilique de Compostelle.
Il y a longtemps que nos conversations ont quitté les rivages de nos préoccupations habituelles. Le bavardage est le meilleur passe-temps du randonneur. Tout est prétexte, les souvenirs et les projets se teintent de perspectives philosophiques et le moindre papillon qui passe devient source de dialogue. Disponibles pour observer la nature et deviser de tout, nous le sommes aussi pour les rencontres. Voici justement de drôles de « Jacotins ». Henk et Marika viennent des Pays-Bas ; le pèlerinage, ils le font en deux-chevaux Citroën et si ce ne sont pas les étoiles de la voie lactée qui guident leur route, les informations leur proviennent quand même du ciel via un GPS ventousé sur le pare-brise. Camping à la ferme, petites routes très secondaires et lectures de guides font le quotidien de leur périple. En réduisant le parcours aux seules haltes accessibles par le réseau routier, ils ont davantage de temps pour les visites, pour les bonnes petites tables et pour la sieste nous
disent-ils. Péché avoué, à moitié pardonné.
SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT
A Ronceveaux, une pancarte annonce la couleur : Compostelle 787 km. A une époque où les hôtels n’existent pas, où les routes sont des chemins muletiers et où on se protège du froid et de la pluie avec des vêtements de fibres naturelles, au col d’Ibaneta et au monastère de Roncevaux, des cloches appellent les égarés perdus dans le brouillard. Les pèlerins, exténués par une marche d’approche dans des conditions climatiques pour lesquelles ils ne sont pas équipés, peuvent alors espérer se laver à l’eau courante et même prendre un bain. Certains sont à bout de force, leurs brodequins sont en lambeaux et leur état de santé général est calamiteux. On ne traverse pas à pieds la France du
Moyen Âge ou de la Renaissance sans encombre. L’hospice de Ronceveaux voulu par le roi d’Aragon et l’évêque de Pampelune garantit quelques douceurs aux pénitents. A 952 mètres d’altitude, sur le versant espagnol du col d’Ibaneta, ils sont attendus par des Augustins et tout est prévu pour eux, l’hospice comprend une grande église, un hôpital, une auberge et… un cimetière.
Le pèlerinage se nomme désormais périgrinacion. Nous voici en Espagne. Espagne dévote et facilement pénitente, Espagne pieuse et définitivement catholique depuis la reconquista (la reconquête) de ses royaumes repris aux musulmans après plusieurs siècles de luttes. Si Tolède est récupérée en 1085, Grenade doit patienter jusqu’en 1492. L’art de la pierre et les pèlerins n’ont pas attendu toutes ces années pour exalter la grandeur du christianisme et l’amour de saint Jacques. Aujourd’hui, de ce côté-ci des Pyrénées, les églises continuent à faire le plein le dimanche et il n’est pas rare que l’on doive assister à la messe depuis le parvis, tant la nef est pleine de monde. En Espagne, si l’on écarte la Corrida et les succès de Fernando Alonso en Formule 1, Dieu reste sans concurrence.
Puenta La Reina assure la jonction de tous les chemins qui viennent de France, désormais, on pérégrine sur le camino francès, le chemin des Français.
VISCARRET
Ici, on aime les pèlerins, les maisons qui bordent le chemin assurent par leur décor la pérennité du chemin. Toute une économie, une iconographie, une ambiance constituent cette impression qu’un comité d’accueil itinérant accompagne nos pas. Pourtant, ici comme ailleurs, les détracteurs ne manquent pas. Il parait même que le culte de saint Jacques n’est qu’une falsification d’une vérité invérifiable destinée à servir la consolidation d’une Europe catholique. Les reliques sont souvent fausses ou absentes et les contradictions historiques ne manquent pas. La tête supposée de saint Jacques est douée d’ubiquité et plusieurs sites revendiquent d’ailleurs sa possession (c’est le cas de Toulouse ou de Grenoble) A Compostelle même, des fouilles sont régulièrement entreprises pour tenter d’authentifier les reliques. Idolâtrie et sciences archéologiques ne font pas bon ménage. Justement, ce matin, nous partageons un bout de chemin avec un pèlerin d’une grande piété. Nous bavardons de tout et de rien et il finit par nous interroger sur le Mystère : « Si Dieu était visible, ce serait trop facile », nous prévient-il. Puis il disparaît à grandes enjambées et nous laisse seul avec un questionnement renouvelé.
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PAMPLUNE
A San Sébastian se vendaient des pierres d’hirondelle. On en portait une sur soi et on ne souffrait ni de la fatigue, ni de la soif, on était protégé des maladies. Le long du chemin, on pouvait aussi acheter des pierres de croix ou des pierres d’aigle, que l’on trouvait, croyait-on, dans des nids d’aigles ( il s’agissait en fait d’oxyde de fer), qui guérissaient des empoisonnements.
En 997, l’Espagne adopte pour cri de guerre : « Santiago y cierra Espana ». Saint Jacques, l’apôtre de la paix, se transforme pour les besoins de la cause en guerrier arrogant. Il devient saint Jacques le Matamore, une sorte de super saint Jacques. Vêtu d’une cuirasse et armé d’une épée digne d’Excalibur, il encourage ainsi les énergies de reconquête. Ce n’est pas inutile, les hommes du sultan Cordouan Al-Mansour sont d’impitoyables guerriers. Ils ont l’audace de piller Compostelle et de raser son église, sacrilège ! ils seront vaincus à la bataille de Calatanazor. On est en pleine Reconquista. Encouragés par les rois, les papes et les abbés de Cluny, les Espagnols se battent et
tentent de renvoyer les assaillants d’où ils viennent. En 1118, les Béarnais de Gaston IV dévalent des Pyrénées et les Maures sont vaincus. Le chemin de Compostelle par Léon et Burgos est rouvert. Il est équipé d’hospices, d’auberges et d’églises, les pèlerins peuvent reprendre leur marche.
ESTELLA
Souffrance de la marche, voûtes plantaires en surchauffe, tendinites, crampes, hanches douloureuses au moment de charger le sac sur les épaules. Nous sommes duel, séparés distinctement en deux, une partie de nous, notre squelette, nos muscles et nos sens, appartient à la nature et nous inscrit dans le monde des animaux. L’autre partie, notre âme et notre système de pensée nous font homme. Nous sommes des animaux doués d’intelligence et de sensibilité, des bêtes de somme en gamberge perpétuelle. Le langage fait le lien de tout, on pense, on s’interroge, on se parle.
On ne marche pas sur les chemins de Compostelle sans s’interroger sur la vie, sur notre passage terrestre et ce qui restera de tout ça. La douleur de la bretelle du sac à dos qui cisaille l’épaule s’oublie à l’instant où on décide d’une pause à l’ombre bienveillante d’un olivier biscornu ou bien d’un montjoie, petits monticules de cailloux qui jalonnent encore le chemin à destination des pèlerins. Le chemin de Compostelle, c’est le chemin de la vie, la vraie, faite de souffrances et de
NAJERA
Plus de gaz. Ce soir on mangera cru. Dans les récits où il est question d’êtres diabolisés, on raconte que les possédés absorbent uniquement de la nourriture crue. Celle-ci étant symboliquement caractéristique de l’animalité, de la possession, du Diable en soi.
BURGOS
C’est un moine de la Chaise-Dieu, Aleaume, qui a fondé le grand hospice de Burgos. Burgos, c’est Bourges en espagnol. Ailleurs, les hospitalets et les hospices (tous lieux destinés à accueillir les pèlerins) ont pour certains été créés par d’anciens pèlerins, des templiers (comme à Jaca ou à Burnao), ou même des associations de pèlerins regroupés dans des organisations appelées confréries Saint-Jacques. L’une d’entre elles a subsisté jusqu’à aujourd’hui. On lui doit même un hôpital à Paris, l’hôpital Saint-Jacques.
SAHAGUN
A Sahagun, les lances étincelantes de guerriers victorieux, plantées là, en alignement, pour glorifier le dieu des chrétiens, ont pris racine, se sont mis à verdoyer et forment une rangée d’arbres. Les végétaux qui nous font un peu d’ombre sont un cadeau du ciel mais n’empêchent pas notre gourde d’être souvent à sec. La soif oblige à une aumône des plus sobres et la quête de l’eau permet souvent les plus belles rencontres ; par l’attitude d’humilité qu’elle implique, demander la charité s’apparente à une prière. Les riverains d’aujourd’hui ne s’y trompent pas, « Qui vous reçoit me reçoit » proclame l’Evangile de saint Jacques. De fait, la tradition d’accueil orchestrée par leurs ancêtres n’est pas reniée et souvent quelques fruits du potager viennent compléter notre menu.
Le saviez-vous ?
Un jour, un groupe de pèlerins se présente devant une passerelle dont le franchissement est rendu périlleux par la faute d’une forte crue. La situation empire et bientôt un embouteillage se crée. Des milliers de personnes sont bloquées et personne n’ose s’aventurer. Parmi les pèlerins, une jeune femme, Bone de Venise, portée par un courage qualifié de miraculeux, s’engage sur la passerelle, bras et yeux levés vers le ciel. Tout le monde passe ensuite. Leur témoignage a permis de canoniser Bone qui est aujourd’hui la patronne des hôtesses de l’air.
LEON
Au cours des siècles, hospitalité et protection s’offrent aux pèlerins tout au long de leur longue pérégrination. Les moines de Cluny et de Cîteaux ont en charge leur accueil et l’entretien des chemins. Dans les hospices et les monastères de l’Aubrac, des Pyrénées ou des Landes, sur les hauts plateaux espagnols (régions redoutées), on s’efforce de partir à la rencontre des pèlerins égarés dans les brumes ou la nuit et l’on trouve même des volontaires pour faire un bout de route le lendemain matin. Contre la fatigue, on prescrit des bains chauds, on distribue des infusions de salsepareille, de ronce, de tilleul. Pour soigner les bronches, on sert de la menthe avec du miel, on applique des cataplasmes. Chaque hospice cultive un jardin de simples (herbes aux vertus médicinales) et possède ses recettes, ses pommades, ses tisanes.
Les particularités géographiques ou climatiques, les souffrances corporelles ne constituent pas les seules difficultés. La peur des bandits de grand chemin habite les pèlerins et les incite à rester grouper pour faire front. Au sortir de la guerre de Cent Ans, la misère a jeté sur les routes bon nombre de désœuvrés et de malheureux. Rapidement acquis à la cause du crime, des bandits aussi mobiles que cruels, les coquillards, perpétuent leurs crimes sur les axes fréquentés par les pèlerins. Hors de toute citoyenneté et portant une coquille en signe de reconnaissance, ils rodent à la recherche de larcins, avant de se détendre dans des tavernes et s’adonner à d’autres activités tout autant proscrites : jeux d’argent, beuverie, prostitution. Beaucoup finissent à la potence et c’est à cause d’eux que les pèlerins doivent désormais se doter d’attestations et de passeports. Une ordonnance de Philippe II (1590), interdit plus tard à quiconque de s’habiller en pèlerin s’il n’est pas en pèlerinage. Il ne peut désormais s’écarter de plus de quatre lieues du chemin. Un droit international franco-espagnol est même élaboré, se substituant aux réglementations locales, pour protéger les pèlerins et leur accorder des privilèges (exemption de péages par exemple).
RABANAL DEL CAMINO
L’attrait pour Compostelle stimule le commerce tout au long du chemin. Avec le développement de l’économie monétaire, les Français viennent faire des affaires en Navarre et en Castille. Ils sont couteliers, tailleurs, cordonniers, aubergistes, changeurs de monnaie, artisans… Dans le sens inverse, le chemin conduit des négociants de Galice jusqu’en Champagne, ils vendent de la laine, des peaux, du blé et même des coquilles. Ils se chargent d’étoffes en retour. Même si le chemin est encombré de soldats, de mendiants, de paysans déracinés par la misère ou de vagabonds en maraude, tout un peuple assure sa subsistance par le commerce avec les pèlerins. Témoignage sur la vivacité des rencontres possibles, selon Christian Paultre (historien) :
« … les pèlerins se rendant à de nombreux pèlerinages, surtout à Saint-Jacques, vivaient d’aumônes. Les frères mendiants, les prêcheurs de toutes espèces allaient de ville en ville, prononçant devant les églises des discours passionnés ; d’autres spéculaient sur les mérites des saints du paradis ; les clercs se rendaient de couvent en couvent, apportant les nouvelles ; les étudiants rejoignaient leur université… Puis on rencontrait sur les routes des jongleurs, des diseurs
de contes, des marchands d’animaux ; des soldats en congé ou rejoignant une armée, qui encombraient les chemins, côtoyant une multitude de mendiants… »
Les chevaliers de l’ordre de Santiago protégent les pèlerins à partir du XIIe siècle (depuis lors, en cas de problème, s’adresser plus simplement à la gendarmerie du district).
VILLAFRANCA
A Villafranca, l’église Saint-Jacques offre à ceux qui s’y arrêtent à bout de forces, les mêmes privilèges que s’ils étaient parvenus au but ultime à Compostelle. Dieu leur accordera les mêmes indulgences et leur ouvrira béantes les portes du Paradis. Sur le chemin, les boiteux, bossus, tuberculeux et autres éclopés de la vie étaient plus nombreux que les biens portants, et si les récits de guérisons miraculeuses stimulaient les ardeurs, les cimetières du bord du camino francés sont pleins de ces pèlerins morts en route, mis en terre par leurs compagnons dans l’odeur des thyms et de brebis. C’est aussi parce que ces cimetières sont pleins que le chemin est resté vivant.
Le saviez-vous ?
Au XVIIIe siècle, les correcteurs d’imprimerie indiquaient une erreur en dessinant dans la marge un signe : petit cercle barré d’un trait vertical, qui ressemblait au bâton des pèlerins fichus d’une coquille Saint-Jacques. D’où le nom donné à une erreur de typographie : la coquille.
TRIACASTELA
La marche à pied est un hommage à la lenteur, une manière d’assumer nos racines. Nos pieds buttent dans les pierres usées qui entravaient déjà la marche de nos prédécesseurs et la fatigue est la même. A cela s’ajoute la crasse, la vulnérabilité, et la peur qui sont les composantes intemporelles de l’humilité propre au pèlerin. Vertu et détachement des biens matériels de ce monde sont agréés par Dieu. La marche du pèlerin est une pénitence, une prière permanente (certains y ajoutaient le port d’une chaîne nouée autour des hanches ou cheminaient nus pieds). On sait dès le Moyen Âge que la dignité du pauvre, image du Christ souffrant, favorise le rapport à Dieu et permet d’atteindre le Paradis.
Certains pèlerins faisaient un crochet par Ovédio, capitale des Asturies, où se trouvent des reliques attractives (et désaltérantes) : pas moins que du lait de la vierge et du vin des noces de Cana. Par paresse, on se contentera d’un peu de lait de vache additionné de cacao en poudre. Le vin, on s’en passera, même si d’aucuns argumentent que c’est bon contre les courbatures.
Le saviez-vous ?
Lorsque le 25 juillet, jour de la Saint-Jacques, tombe un dimanche, l’année est considérée comme « année sainte ». Une des portes de la cathédrale de Compostelle, la porte du Pardon, murée de pierres et de chaux, est alors dégagée à l’aide d’un marteau d’argent par l’archevêque. Elle restera ouverte pendant un an et ceux qui la franchiront bénéficieront de grâces et d’indulgences supplémentaires. Prochaine année sainte : 2010
En vagabondage depuis plus d’un mois, on n’a rien à se faire pardonner, depuis le Puy notre existence est d’une probité exemplaire. Marcher dans la campagne, le nez au vent, ou marcher vers Compostelle sont deux choses incomparables. La première vous offre une immersion dans la nature
et à cela, la seconde ajoute une dimension mystique, une quête qui se dessine à mesure que la distance au but s’amenuise.
PALAZ DE REI
Les aubergistes espagnols n’avaient pas la réputation d’être d’une scrupuleuse honnêteté. On les soupçonnait de mettre de l’eau dans les pichets de vin, d’utiliser des tonneaux à double fond pour servir un vin différent de celui qu’ils font goûter, d’utiliser de faux poids et mesures et de servir souvent des nourritures douteuses. L’expression « auberge espagnole » provient du fait que l’on ne pouvait être certain de ne pas se faire rouler, à moins de s’y nourrir de ce que l’on apportait. .
SAINT-JACQUES-DE-COMPOSTELLE
« Tant d’angélus / DING qui résonne / Et si en plus, DING, il n’y a personne ? » , se demande Alain Souchon. Ding, ding, dong, on aurait donc fait tout ça pour rien ? Pas question. Si Dieu est immanent, nous l’avons approché dans notre marche, forgé par l’effort à la fois musculaire et psychique. Si l’homme n’était pas capable d’inventer une intelligence et une force supérieure à la sienne, une détermination qui nous pousse vers les autres et vers des mythes que nos ancêtres nous ont légués, nous n’en serions pas là. Il y a eu trop de bonheurs et de souffrances partagés tout au long du sentier, trop de rencontres, pour ne pas avoir l’impression d’être entrés dans une lumière qui nous éclairera encore longtemps. Ceux qui l’ont fait pourront témoigner d’une candeur renouvelée et d’une aspiration à une vie plus simple. Ils auront, comme nous, perçu l’infini simplicité du bonheur terrestre, et témoigneront qu’il n’est pas de plus grande joie sur terre que de se voir offrir un verre d’eau après une marche torride.
Qui doit-on remercier pour ça ? Dieu ou nous-mêmes ? Les cloches de la tour Berenguela nous donnent raison et semblent ne pas se lasser de saluer notre arrivée ; la plus grosse est même capable de se faire entendre à près de vingt kilomètres. Il ne nous reste plus qu’à respecter les rituels, toucher le pilier central de la cathédrale et saluer les restes supposés de Jacques de Galice, Jacques le mystérieux, ce type incroyable qui a réussi à nous faire faire la plus belle virée de notre vie de piéton.
Pourquoi une coquille comme symbole ?
Sur les côtes de Galice, on raconte qu’un chevalier dont la monture s’est emballée fut précipité dans la mer. Apeuré, le chevalier invoqua saint Jacques et le cheval sortit de l’eau, couvert d’une multitude de coquillages plats, nervurés et larges comme la main. Dès lors, la coquille Saint-Jacques deviendra l’emblème de Compostelle, le symbole du pèlerinage. Traditionnellement, on la ramasse sur la plage du Padron, à l’endroit où la légende fit aborder la barque contenant les reliques de saint Jacques.
A noter que les pèlerins en provenance de Jérusalem rapportent comme symbole une branche de palme.
Notre pèlerinage n’est pas tout à fait terminé. Demain, nous irons (en bus ! la marche à pieds ça suffit !) à Padron, une plage près du cap Finisterre. Cette pointe que nos ancêtres ont longtemps cru être le bout du bout d’une terre supposée être « centre de l’univers », bordée par un océan au-delà
duquel il n’y avait plus rien. On n’y trouvera pas seulement des stigmates du naufrage du pétrolier Prestige, mais aussi d’étonnantes carapaces de mollusques, appelés coquilles Saint-Jacques, cadeaux de la nature offerts en symbole, et conservés en souvenir par tous ceux qui ont franchi le premier pas vers Compostelle… par ceux qui sont convaincus, mais également par ceux qui, avant de juger, sauront que l’empathie ne se nourrit pas seulement de bienveillance. L’expérience commune permettant mieux que tout de comprendre ceux qui nous ont précédés, mais aussi d’apprécier l’autre, ce contemporain dont on ne comprend pas forcément les ferveurs et les croyances, mais avec qui l’on doit partager et non pas se battre.
Mon travail est disponible chez PEMF, BAYARD PRESS, MANGO, n’hesitez pas à visiter mon siteet me contacter pour tous renseignement.
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Ecrit par jcrey, le nov 21, 2011 • Catégorie: Featured, Non classé, photographie architecture, photographie de mariage, photojournaliste, voyages• Tags: photographe de mariage, photographe mariage • 1 Commentaire • Partagez sur Twitter
photographe et reportage
Un voyage dans le voyage, une expérience parmis toute, une terre d’exception ou ce livre vous emménenes avec déléctation…
Un reportages qui en préparait bien d’autre…La thailande à été pour moi la premiere marche de l’Asie du sud ESt, une lente découverte faite de fascination et d’emerveillement!
N’hesitez pas à venir visiter mon site et prendre contacte avec moi
Thailande
deuxième pôle touristique d’Asie : plus de 5 millions de touristes en franchissent chaque année ses frontières. Impossible de résister à la fascination qu’il exerce.pays en forme, la forme de sa carte en dessine la tête, le front butant contre la Birmanie, l’ennemi héréditaire, la trompe traversant la mer d »Andaman et le golfe de Thaïlande pour atteindre la Malaisie.
la rivière des rois – coule au creux de la plaine centrale, arrose des rizières émeraude, pour se fondre harmonieusement avec la terre, et offrir ses marchés flottants et sa trépidante mégapole, sa capitale, où se télescopent temples dorés et néons scintillants, bazars et centres commerciaux dans des tours de verre. La tentaculaire Bangkok qui effraie ou ravit .carrefour de civilisations, point de convergence de trois pays, le « Triangle d’Or », montagnes embrumées et jungles où sont parqués les éléphants, cités anciennes marquées par les influences birmanes, laotiennes et khmères.longues plages de sable blanc bordées de cocotiers, îles de rêves cernées de récifs coralliens, pittoresques villages de pêcheursmérite sa popularité, même si parfois elle évolue en véritables ghettos touristiques. Sa première séduction réside dans la gentillesse de ses habitants. En dépit d’une tradition d’hospitalité, ce peuple a lutté avec obstination pour préserver son indépendance d’esprit. pays où le bonheur de vivre se palpe encore, havre de paix et de verdure où la paix et la nature régénèrent la vie… un art de vivre… « Il n’y a pas d’autre bonheur que la paix » dit un proverbe thaï, alors bon voyage Douze heures passées en l’air dans l’avion de la Thaï Airway et mes voisins de fauteuil m’ont déjà raconté suffisamment de leurs précédents voyages pour rédiger un guide complet sur la Thaïlande. Aucune possibilité de fuite, je n’en peux plus, Maurice et Jeannine ont tout vu, tout visité et tout goûté de la frontière du Myanmar (nom officiel actuel de la Birmanie) aux plages malaises. Ils en sont à leur troisième circuit en Asie du Sud-Est et, quand ils ont reçu une offre de fidélité de leur agence de voyage, ils ont choisi la Thaïlande : « Ben oui, puisqu’on connaissait déjà », me disent-ils.
Ils ont dormi dans les bouis-bouis les plus infâmes de Chiang Ray et dans les hôtels les plus luxueux de Phuket, ils ont connu les pires tour-operators et sont incollables sur la température de l’eau des piscines et les virus qui indépendamment s’y développent.
Maurice est champion de sa rue, ingénieur honoris causa du voyage organisé, et sa femme est d’accord sur tout.
Seule une résistance et un courage hors du commun letir ont permis de supporter les vicissitudes d’un périple dans un car à la climatisation défaillante ou la vue d’un soda décapsulé par des mains non septisées. « Hein Jeannine I »
Maurice était instituteur. Trente ans dans la même école. Il est désormais en retraite et, faute d’élèves, il s’occupe de ses voisins de bord dans l’avion. D’un sens, tant mieux pour les voisins. Un dernier détail : Maurice a abandonné l’argentique pour le numérique et, quand il me voit bricoler mon Leïca qui n’est même pas reflex, il a du mal à croire que je viens ici pour faire .
Je profite de la descente sur Bangkok pour couper court aux commentaires, colle mon nez contre le hublot – dix centimètres d’épaisseur de verre, selon Maurice et me laisse aspirer par l’harmonie de la riziculture en terrasse, quelques centaines de pieds sous moi, l’humanité des parcelles comme autant de miroirs bordés de diguettes vertes à croquer où le petit peuple de Siam, le «peuple heureux» de Gérard Manset, s’active. Ici bas, les hommes jardinent, gestes et silhouettes légers comme la paille des chapeaux coniques ; paysans discrets et respectueux de l’autre, ne parlant qu’en cas de nécessité et souriant avec les yeux.
Nom : Royaume de Thaïlande.
Superficie : 513 115 km2.
Population : 64 265 270 habitants.
Capitale : Bangkok.
Régime : monarchie constitutionnelle.
Frontières : 4 865 km (à l’Est, Laos et Cambodge ; au Nord et à l’Ouest, Myanmar ; au Sud, Malaisie).
Sommet : Doi Ithanon, 2 596 m
S’accommoder de la fournaise accablante qui coupe les jambes, à la pollution dantesque qui s’attaque aux bronches, puis me lance à l’assaut de la circulation pour passer de l’autre côté de la route.
Dans ce coin du monde, tres loin de la photographie mariage, on jardine, mais pas seulement : « L’Orient ne connaît pas le silence » révélait Somerset Maugham en 1922 dans son Gentleman en Asie, nous n’en étions alors qu’aux prémices de la vulgarisation du moteur à explosion. Aujourd’hui, sachant que soixante pour cent de la population mondiale est asiatique, après soustraction de la diaspora que l’on sait et des inconditionnels de la bicyclette, il reste suffisamment de monde
pour faire mouvoir des engins à moteur à tire-larigot. Bangkok ne coupe pas à la règle et, détail non sans importance pour le touriste qui s’apprête à traverser la rue, que ce soit à deux ou quatre temps, sur deux, trois, quatre roues ou plus, ici on pétarade à gauche.
Sitôt franchies les portes vitrées de l’aéroport Dong Muang, je me plante devant la voie express particulièrement grouillante. Je reste un instant inerte, laisse passer le temps d’adaptation nécessaire à un organisme lambda .
Ça finit par passer, mais un automobiliste klaxonne et me hurle dessus, je lève les mains en signe de paix et tends le pouce, le geste est simple et ses vertus internationales, l’homme se gare précipitamment et m’ouvre la portière du côté du passager. Alors que Maurice vient enfin de trouver place dans un car climatisé aux vitres recouvertes d’un film noir et va pouvoir commenter le manque de fluidité du trafic auprès de ses nouveaux voisins — on peut mettre facilement deux heures pour parcourir les vingt-cinq kilomètres qui relient l’aéroport à la ville —, je jette mon bras le long du montant de la portière… Top départ, une Datsun hors d’âge s’enfuit dans la direction inverse et je me félicite d’une mise en action aussi rapide. Pendant que mon aimable chauffeur continue à hurler des propos devenus pacifiques, un bouddha sous forme d’amulette, enturbanné de rubans de soie, se balance joyeusement au-dessous du rétroviseur et nous protège des aléas de la route. Ce n’est pas un luxe.
Pour survoler les embouteillages aux heures de pointe, Bangkok s’est doté d’un métro aérien, qui repose sur des piliers de béton plantés au centre des artères principales. 35 trains de 3 wagons circulent sur les deux lignes appelées Sukhumvit et Silom, nom des deux principales avenues de Khroungtheep, la Cité des Anges. Ce moyen de transport reste encore très cher pour les Thaïlandais (environ 1 euro, 1/3 du salaire journalier de base pour traverser la ville du Nord au Sud).
Le lendemain, retour sur Bangkok, que ses habitants appellent Kron theep (<, cité des anges ») et que les usagers de notre alphabet écrivent BK. Mon cousin m’a offert une chemise toute neuve, coût de fabrication dans son usine : 60 baths, soit moins de 2 euros, prix de vente de l’article rendu en France dans une grande chaîne de magasins de sport : 40 euros environ. Sans commentaires. D’ailleurs, peu importe le prix, puisque c’est le tarif à régler pour rester dans le club des pays émergents, tout est bon ou presque pour réussir le virage du xxie siècle : précarité, flexibilité, travail posté, travail des enfants parfois (malgré un effort majeur ces dix dernières années) et, question avantages sociaux, c’est tout juste si les femmes n’accouchent pas sur leur lieu de travail. En Occident, perdre son emploi signifie chômage, ici les conséquences posent parfois pour les plus démunis le problème de la vie et de la mort.
À midi, malgré le soleil caché derrière un fog impressionnant, la chaleur est à peine soutenable, ça « peigue » comme on dit près de la Méditerranée et le moindre déplacement justifierait une douche. Je fais couler du sel dans mon soda pour éviter la déshydratation, me planque à l’abri d’une immense publicité peinte dans le plus pur style Pop art et me laisse couler, abruti de fatigue et de chaleur, sur les trottoirs encombrés de piétons et de cuisiniers ambulants qui jouxtent les avenues à la circulation dantesque.Cuisson et rissolage dans tous les coins, brochettes suspendues au-dessus de la braise, casseroles noircies de fumée, fumeuses et fumantes, cartons épars, livraisons en attente, gamins assis, animaux, vendeurs, acheteurs, promeneurs, quémandeurs… il faut jouer des coudes, esquiver et rigoler, passer de biais, de face, de force (l’Occidental de stature moyenne y gagne, il dépasse d’une tête et d’une carrure d’épaule le Thaïlandais), chemise collée sur la peau par un mélange de crasse et de transpiration, d’odeurs d’épices et de combustion, l’Asie d’hier et d’aujourd’hui, grouillante de cette humanité affairée et sans retenue… certains détestent, on dirait qu’ils ont tort.
Bordant le fleuve Chao Phraya (la rivière des rois), Bangkok fut fondée en 1782 par Rama ter, le premier monarque de l’actuelle dynastie Chakri. La capitale de la Thaïlande compte plus de six millions d’habitants et un thaïlandais sur dix y vit Les Thaïs la nomment Krung Thep, la Cité des Anges.
Le paysage urbain y est contrasté : les bureaux modernes côtoient les palais, les BMW partagent le bitume avec les tuks-tuks, les temples sont entourés de néons publicitaires géants,…
De jour comme de nuit, la ville est bruyante, embouteillée et polluée, mais Bangkok reste une ville attachante avec ses fracas, ses lumières, sa vie nocturne, sa frénésie, mais aussi avec ses recoins tranquilles,
sa part d’ombre, ses palais, ses temples, ses monuments, ses boutiques et ses marchés.
• • Kosan Road, la nuit, Z; la rue des guesthouse
Tous les lieux publics ne sont pas aussi encombrés : à l’entrée de la galerie marchande Siam Center, un vigile filtre les entrées. Ce n’est pas compliqué, dans un pays où le partage du PIB ne fait pas dans la subtilité, les propriétaires de cartes de crédit ont ce grand quelque Ln chose qui les distinguent du reste du monde, des espaces comme on dit dans le football.
A l’intérieur, la densité de population est devenu incroyablement plus faible et donne une idée de la répartition des richesses. Le décor est grandiose, a) façon de parler, ça rappelle le Eaton center de Toronto ici aussi on parvient à cette prouesse inutile qui consiste à maintenir en vie des plantes tropicales ^ géantes à l’intérieur d’un bâtiment climatisé. Pour le reste aussi c’est pareil, on croise des enseignes au rayonnement international et des femmes à l’allure sophistiquée qui se déplacent généralement deux par deux, déplient des pièces de tissus aux formes et aux couleurs variées, puis les reposent en tas sans autre forme de procès en effectuant une grimace dubitative. J’en profite pour passer chez le coiffeur.Six gracieuses petites mains rien que pour moi… shampoing, massage du crâne jusqu’à usure des racines capillaires, coiffage, puis shampoing,de soie et une coupe au bol comme Bruce Lee. Si le cerbère de l’entrée refuse de me laisser sortir, je pourrais toujours lui porter un irimi-nagué digne des films de karaté qui abondent dans les vidéothèques locales.re-massage, re-coiffage, ensuite on passe à la coupe avant de retourner au bac à shampoing, surveillé de prêt par le portrait du roi Rama IX consciencieusement suspendu au mur.Je sors avec le cheveu fluide et léger comme des fils
Chao Phraya
efleuve Chao Phraya et la dentelle de canaux, construits au xixe siècle, valurent à Bangkok le nom de « Venise de l’Asie ».
Chao Phraya et les canaux, klong en thaï, offrent une image inoubliable d’un mode de vie aquatique, resté absolument inchangé depuis des siècles.
On peut facilement circuler sur le fleuve et les klong, grâce aux transports publics. Voyager sur l’eau pendant la saison chaude est très confortable, car l’air est beaucoup plus frai
Après le coiffeur, j’ai rendez-vous avec Bouddha ; une virée en bateau-taxi sur le Chao Phraya, le fleuve qui traverse la ville et qui soit dit en passant est davantage encombré de déchets d’origine plastique que de fleurs de lotus, me rapproche du Wat Pho, le plus ancien temple de Bangkok. Si le temps capturé par la photo ne passe jamais, le bouddhisme Theravâda (dit du petit véhicule), religion officielle et pratiquement unique (95 % de la population), est hors d’atteinte des vicissitudes du progrès en marche, il reste étranger aux conservatismes inévitables de la société civile et s’adapte sans ciller aux mutations de son siècle. Bouddha a réponse à tout. Quoiqu’il arrive, dans le wihan du Wat Pho ou dans l’un des innombrables temples de la ville (environ 400), il reste impassible dans la pénombre et la fraîcheur relative de sa pagode pour un semblant de (A sieste pendant laquelle il ne dort que d’un oeil. Dans la > position allongée où il figure ici, on l’appelle « Bouddha çu l’éveillé ». Quelle que soit sa posture, il ne faillit jamais à sa mission d’accompagner tout un peuple dans une continuité sans faille et permet à l’homme de se libérer de son karma (résultat des bonnes et mauvaises actions passées). Le bouddhisme est une sagesse, un art de vivre, une philosophie bien plus qu’une religion (pas de dieu : pas de religion.
En Thaïlande, à la différence de l’Inde, Bouddha n’est -C3 pas seulement une réponse au besoin de spiritualité des hommes, ici il les éloigne du conditionnement à cette fatalité si facilement attribuée à la résultante inévitable:- d’une vie antérieure et les porte vers l’avant. Si ses préceptes aident à supporter le quotidien dont on devine le r poids parfois — sans compter qu’avec la chaleur… —, il incite finalement à positiver et est disponible à des degrés divers pour donner des conseils et nourrir l’inspi1 4 ration. Tous ceux qui ont connu une vie monastiques.
Les fumées interlopes des bâtons d’encens déposés par les fidèles pour obtenir des mérites qui leur permettent d’améliorer leur karma symbolisent idéalement le flou qu’entretiennent les Thaï entre le profane et le sacré. Moines et laïcs vivent en osmose, partagent leur univers respectif et s’inscrivent dans un système de dépendance mutuelle (enfin, surtout les moines puisqu’ils doivent compter sur la dévotion des fidèles pour recevoir des offrandes sous forme de nourriture). Deux mondes s’interpénètrent physiquement et psychiquennent ; la présence du bouddhisme inscrite dans le blanc du drapeau est un des piliers de la nation avec la royauté et la culture du riz. L’adoration due à Bouddha est aussi évidente pour un Thaïlandais que de prendre son éléphants Somerset Maugham, émerveillé, a dîné ici, Malraux aurait apprécié : porcelaines Ming, statues birmanes, tables de jeu, poteries chinoises… Jim Thompson avait un goût très sûr pour choisir ce qui se faisait de mieux dans l’art asiatique. Arrivé en Thaïlande après la Seconde Guerre mondiale pour le compte des services de renseignement américain, l’homme est tombé amoureux d’une femelle, plus précisément celle du bombyx mori (entendons le papillon du ver à soie) : il en délaissa rapidement sa mission et se consacra tout entier à la remise sur pied de l’industrie de la soie dont il avait perçu l’étendu des bénéfices potentiels. Le nom de sa société aux débouchés internationaux, la Thaï Silk Company Limited, tranchait avec les méthodec de travail ancestrales de ces manufactures dispersées dans le nord-est du pays et l’homme d’affaire avisé doublé d’un esthète fit venir d’Ayutthaya d’anciennes maisons qu’il réunit en une seule en plein centre-ville de Bangkok. Le confort y était – et est toujours – savoureux. La décoration inaugurait un mélange d’inspirations diverses qui ne jurerait pas dans le plus Ln contemporain de nos magazines de décoration et, depuis la disparition mystérieuse
du propriétaire dans les forêts de Malaisie, l’endroit est devenu un musée doublé d’un havre de paix au milieu d’un quartier bétonné et peu attrayant. On se surprend à s’asseoir sur un banc de teck au milieu du jardin forcément exotique et à instant le confort d’une vie d’aventurier au faîte de sa réussite.ressentir l’espace d’un
L’histoire de Jim Thompson
Né en 1906, il exerce comme ‘- architecte à New York. En 1941, il s’engage
dans l’armée, puis arrive à Bangkok comme agent de l’OSS (l’actuelle ClA)..
Après sa démobilisation, il se passionne pour la soie.’ tissée à la main et se consacre à la renaissance de cet e-e artisanat tombé dans l’oubli.
Dessinateur et coloristes de talent, sa participation es fondamentale au renouveau du tissage de la soie thaïlandaise.
fonde la « Thai Silk Company »- qui, en 1960, compte 2 000 tisseurs.
Jim Thompson s’intéresse à l’art t› thaïlandais et construit sa résidence de six bâtiments en teck, représentatifs de l’architecture traditionnelle thaïlandaise.
démonte trois vieilles maisons du xixe siècle dans la région d’Ayutthaya ;’et les fait reconstruire le long d’un klong à Bangkok.
Thompson disparaît mystérieusement en 1967, lors d’un séjour chez des amis en Malaisie.
Dans la plaine qui entoure Bangkok, située au niveau de la mer et inondable, il y avait jusqu’au xxe siècle davantage de klongs (canaux) que de routes. La solution la plus heureuse pour aller vendre les productions agricoles était de les transporter en bateau. Si le marché flottant de Thon Buri à Bangkok s’adresse maintenant presque exclusivement aux touristes et ne propose que de l’artisanat, c’est que, malgré une image tenace, BK est devenue une ville moderne, la plupart des klongs ont été comblés et goudronnés, les légumes comme les hommes se déplacent désormais en camionnette et transitent directement dans les supermarchés. À une centaine de kilomètres aus sud-ouest de la capitale, la tradition est restée indemne et les femmes qui convergent vers les marchés flottants à force coups de pagaies viennent vendre le produit du travail familial mené dans les vergers alentours.
L’étendue des productions laisse entrevoir l’abondante fertilité des sols thaïlandais et l’immense capacité de la nature à produire des formes
étranges dont l’imagination n’a d’égal que celle des hommes à leur trouver un nom : il y en a des pointus, des chevelus, des granuleux, des -0 poilus, des odorants… durians, goyaves, longans, mangoustans, ramboutans, jack-fruits sont autant d’occasion pour l’occidental lambda n5d’y perdre son latin et de tenter des expériences gustatives. Embarqué sur une pirogue aux clins rendus étanches par du goudron (et dont je doute que les taches portées sur mon pantalon lui autorise les mêmes qualités d’imperméabilité), j’accoste au hasard des odeurs ou des couleurs ; il est bien rare qu’une de ces paysannes à chapeau conique et vêtement de toile bleue spécifiques aux campagnes ne me tende avec un air de défi amusé un échantillon de sa marchandise.
Pour gagner Ayutthaya depuis Bangkok, rien de plus confortable que les voies navigables paraît-il, en l’occurrence la remontée du Chao Phraya (« la rivière des rois »). Je troque ma pirogue salissante et m’embarque sur un « longue queue », un hang yao, embarcation toute en longueur à la carène éprouvée, large canoë à fond plat revisité par l’industrie et bruyamment propulsé par six cylindres en ligne d’origine automobile. Pas de boîte de vitesses, pas de capot moteur non plus, l’arbre de transmission prolongé par l’hélice plonge directement dans l’eau et pendant que le conducteur, yeux mi-clos et bras secoués par les vibrations du manche, se débat avec des projections d’huile brûlante et une carburation déréglée, les passagers, genoux dans le menton et pieds dans un mélange d’essence et d’eau boueuse, recroquevillés sur des bancs minuscules, profitent du boucan de l’échappement libre et des éclaboussures causées par le croisement hasardeux d’une embarcation similaire. L’ambiance à bord est celle que l’on rencontre dans le panier d’un vieux side-car un jour d’orage,les moustiques en plus… Bouddha l’a dit : «La source
réelle du bonheur, c’est la paix intérieure. » C’est noté : je rentre la tête dans mon tee-shirt et j’attends l’arrivée. La prochaine fois, j’irai à la nage.
En 1685 Louis XIV envoyait à Ayutthaya
deux vaisseaux avec le chevalier de Chaumon
et l’abbé de Choisy (la traversée durait 6 moi
et 20 jours pour arriver au Siam).
Dans son journal du 26 novembre 1685,
l’abbé de Choisy note :
« Le roi de Pilou, ayant appris ve Le roi de Siam
avait sept éléphants blancs, lui en envoya demander
un 1> on refusa net. IL renvoya et menaça de le venir
quérir Lui-même à La tête de deux cent mille hommes
on se moto de Set menaces.
Les Birmans atteignirent Ayutthaya en Février 1564.
Le roi de Siam était tout à Fait incapable de lever
une armée suffisamment puissante pour offrir
La moindre résistance efficace. Après cive les Birmans
eurent dirigé une canonnade contre La ville,
la population, réalisant vielle était à peu près
tans défense, pressa le roi de négocier avec
les envahisseurs. Leur demande Fut appuyée par ceux
det nobles qyi, dès Le début, avaient été Favorables
à donner les éléphants blancs. C…3
IL (Le roi de Péciou) demanda d’abord six éléphants
blancs, ctui Lui furent Livrés. »
Il fait bon déambuler parmi ces édifices qui émergent au gré d pelouses idéalement structurées, et rechercher l’ombre de végétau offrant tout ce qui se fait en matière de branches palmées. Le site n’attend que le passage d’un cortège d’éléphants blancs sorti de l’imagination du visiteur pour reprendre un peu de sa splendeur passée. En cas de difficultés, on peut toujours s’inspirer des pachydermes qui promènent les touristes, mais on a beau ne pas aimer la guerre, il faut reconnaître qu’un groupe de ressortissants japonais accrochés à sa sacoche photo n’a pas la prestance d’un escadron d’officiers birmans lancés dans une fougueuse campagne d’annexion. Les palanquins et autres dais ornés de dorures et de pompons soyeux n’y font rien.
presque Je continue ma route vers le nord. Je m’assied à l’arrière du car vide et un jeune homme vient m’informer dans un anglais parfait que ces places sont réservées aux bonzes. Je n’ai pas le temps de m’en excuser qu’il m’invite à voyager à ses côtés, heureux de rencontrer un Français. Chuck est étudiant mais il est surtout joueur de takraw, sport local qui consiste à garder en l’air une petite balle de fibres végétales tressées sans la toucher avec les mains. Il se rend dans un sanctuaire bouddhiste renommé situé au-dessus de Chiang Mai pour se ressourcer avant de participer aux jeux asiatiques. Chez nous, on appelle ça la préparation mentale.
Avant de s’enfermer dans le silence du monastère, d’enfiler la tenue safran et de raser ses cheveux, mon voisin se montre
plutôt bavard et comme la route vers Chiang Mai est longue (et chaotique), j’apprends que celle vers la liberté d’expression l’est aussi. D’après Chuck, les activistes politiques et
même les journalistes thaïlandais mettent leur vie en péril s’ils se montrent un peu trop actifs. Il m’explique que le peuple, conditionné à vivre dans un système hiérarchique où la parité n’existe pas (un frère aîné a des droits sur son cadet, un riche sur un pauvre, un vieux sur un jeune…), ne revendique que très peu la parole. Dans un groupe qui fonctionne toujours de manière pyramidale et dans un pays où le moindre fonctionnaire porte un uniforme, l’individu apprend dès son plus jeune âge à repérer les limites du cadre dans lequel il agira somme toute à sa guise. Et comme la démocratie est uneLe massage thaïlandais
chose trop sérieuse pour la laisser aux mains du peuple et que seuls les journaux en langue anglaise permettent de lire quelques critiques, il est rare d’entendre une opinion sur les décisions du pouvoir en place, encore moins sur le roi. Si j’en juge par l’acuité de son analyse et connaissant la facilité avec laquelle les étudiants de Bangkok descendent dans la rue, la jeunesse d’aujourd’hui possède de bons atouts pour améliorer la situation.
Un violent orage de mousson accompagne notre arrivée à Chiang Mai, les rues se transforment rapidement en ruisseaux mais les cyclistes continuent leur chemin, parapluies déployés. Je m’abrite sous le store d’un restaurant en déjeunant d’une soupe aux nouilles et aux boulettes d’une viande inconnue. Chuck est mon invité et l’arrosage qui ressemble à une pluie de cinéma n’apporte qu’une fraîcheur pro?
visoire : dès le retour du soleil, l’évaporation est radicale et l’air redevient étouffant, humidité en sus
Chiang Mai
Situé approximativement à 700 kilomètres au nord de Bangkok sur la rivière Ping, Chiang Mai, capitale du nord de la Thaïlande, a été fondée en 1296.
Cette province fut le premier royaume thai indépendant au sein d fameux « triangle d’Or », région où, autrefois, on cultivait l’opium.
Entre Birmanie et Laos, Chiang Mai fut un important centre religieux et d’échanges commerciaux.
J’accompagne Chuck jusqu’au wat, évite sur ses recommandations de poser le pied sur le seuil car un esprit peut y résider et, tandis que je m’interroge sur ma propre capacité à accepter même momentanément les contraintes d’une telle retraite (à commencer par l’interdiction de parler pour ne rien dire et autres deux cent vingt-sept règles de conduites), Chuck se tourne vers moi, joint ses mains près de son menton en un wai emprunt de respect et s’éloigne en silence vers la chapelle principale. Plus tard, j’apprendrai que ce type de salut est toujours à l’initiative de la personne de rang inférieure. On ne m’y prendra pas deux fois.
Perché sur la nuque d’un éléphant d’Asie et bercé par le doux dandinement de sa marche, la terre devient plus ronde et le monde plus humain… pas étonnant que la Thaïlande avec sa géographie en forme de tête de pachyderme, en ait fait un de ses symboles. Même s’il est aujourd’hui près de la retraite, le plus gros animal sauvage dompté par l’homme n’a pas son pareil pour déplacer des charges, travailler dans les marécages ou déplacer des grumes dans les terrains accidentés et puis, une fois caparaçonné et adoubé au rang de véhicule d’apparat ou de transport de troupes, quelle allure ! Malheureusement pour lui, soldats et monarques utilisent désormais des moyens de locomotion qui ne détalent pas au premier coup de canon et la déforestation du pays étant ce qu’elle est, l’éléphant fait l’objet d’un plan de licenciement massif. Parmi les 3 565 animaux domestiqués recensés en Thaïlande il y a dix ans, un demi-millier a trouvé du travail dans le tourisme, un millier travaille au noir dans des exploitations forestières pirates, les autres vivent des fortunes diverses: certains errent avec leur cornac dans les grandes villes à la recherche de subsides touristiques, d’autres travaillent dans des fermes ou sont la vitrine sociale de riches propriétaires, quant au reste, ceux qui n’ont pas disparus, errent dans tout le pays.
- L’éléphant
Les chiffres sont édifiants : en 1900
on comptait plus de 100 000 éléphants
en Thaïlande, aujourd’hui il n’en reste
qu’entre 3 000 et 4000…
La chasse et la colonisation
par l’homme de son habitat
en sont les principales raisons.
L’école de dressage de Pang La, du côté de Lampang, dresse de jeunes animaux pour le compte de la F.I.O. (Forest Industry Organisation) et forme aussi des cornacs. À voir obéir ces mastodontes à la moindre sollicitation sans jamais rechigner – je parle des éléphants -, on reste ébahi devant la qualité du dressage. L’éléphant domestiqué, avec sa musculature de travailleur de force, ne ferait pas de mal à une mouche et pourtant mieux vaut ne pas se promener entre ses jambes lorsque l’heure du repas de cannes à sucre est arrivée. Quand on apprend qu’une cinquantaine de décès de cornac est déclarée chaque année (mais on sait qu’il y en a beaucoup plus), on n’a pas envie d’aller lui chatouiller les oreilles.
(1) L’éléphant, symbole de la Thailande
7:3 es éléphants, ces animaux patauds, ne trouvent pas leur place dans la société moder. Ces gros consommateurs d’eau - ils boivent 150 litres par jour - et de jungle ils mangent jusqu’à 300 kilos par jour – peuvent vivre 70 ans. Jusqu’en 1989, l’éléphant était principalement utilisé dans le nord de la Thaïlande pour la coupe du bois. Depuis cette date, la coupe du bois étant interdite, l’éléphant s’est retrouvé sans utilité. Parfois il est utilisé dans des spectacles navrants pour touristes, affublé de robes ridicules, en train de danser.. Parfois il vit dans des villes où il ne parvient, bien entendu, pas à satisfaire ses besoins en eau et en végétaux.Plus grave, il est encore parfois utilisé pour la coupe de bois clandestinement à la frontière birmane, zone criblée de mines anti-personnels sur lequelles les éléphants marchent.
La Thailande du nord est peuplée par un demi million d’habitants appartenant à diverses tribus : les Hmong, les Mien, les Karen, les Akha, les Lisu et les Lahu
Ces tribus ne possédent pas de territoires permanents, mais vivent plutôt dispersées dans une mosaïque de villages, chacune choisissant de s’établir à une altitude différente. Chaque tribu conserve ses propres traditions, porte un style de costume particulier et parle sa propre langue. Les Karen, de loin les plus nombreux (250 000), sont le seul groupe à peupler cette région depuis 300 ans. Les Lahu (60 000), les Hmong (80 000) et les Mien (25 000) ont commencé leur migration vers la Thailande du nord au xixe siecle.
Certains villages sont complètement dénaturés par le tourisme. Visités quotidiennement par des centaines de personnes, ils ne sont plus authentiques. Aujourd’hui, ces tribus montagnardes ne cultivent plus l’opium et se sont sédentarisées, subventionnées par le gouvernement thaïlandais. Beaucoup d’enfants reçoivent maintenant une éducation primaire et presque tous parlent un peu le the
Au départ de Chiang Mai, on n’a que l’embarras du choix pour trouver une officine qui propose sa palette de mini trekkings dans les régions du Nord. Ambiance très « bourgeois bohème » en compagnie d’un groupe cosmopolite d’une dizaine de randonneurs, citadins émoustillés devant la perspective de passer trois nuits au milieu des araignées et des cobras.
Nous voilà partis, un guide devant, un autre derrière, un peu à la traîne — et pour cause, il porte la nourriture pour tout le groupe.
Au bout d’une journée de marche, nous déambulons dans un village Karen comme on visite un zoo. Je suis gêné.
Même s’il est préférable que ces tribus vivent du tourisme plutôt que de la récolte du pavot, en s’entêtant à considérer l’autre comme quelqu’un
à voir et non pas comme quelqu’un qui voit, en disqualifiant ainsi le
sujet, il est réduit au statut d’objet. Du coup, la culture de certaines tribus Karen ainsi que celles d’autres minorités ethniques du Nord ont été stoppées nette par un croche-pied ethno-touristique. Leurs traditions sont figées dans une sorte de spectacle en Kodachrome…
Arrêt sur image sur l’art de vivre d’un peuple qui n’a rien demandé à personne et dont l’originalité et la richesse de l’existence ont disparu derrière les apparence sont toujours tribales – du moins, ça y ressemble -, les
femmes aux -C La carte postale est jolie, les tissages complexes, les danses cous de cygne enchâssés dans des anneaux de r-1 laiton se déplacent avec une grâce éloquente, le chaman
arrive encore à entrer en relation directe avec les esprits et
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l’eau courante, toujours prélevée au torrent voisin, est trans0.) portée à l’aide de carquois de bambou. Pourtant, il ne faut -0 pas longtemps pour s’apercevoir que ce petit peuple, à l’al?
lure finalement très romanesque – on aimerait arriver ici seul v) à dos d’éléphant au siècle dernier, s’asseoir en tailleur à l’in>, térieur d’une paillote au sol de bambou et allumer une pipe (13 d’opium -, a quelque de chose de si particulier : il a perdu son CD- sourire originel.
Le tissage
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Le tissage, ancré dans leur culture Karen, est un art que les femmes Karen ont su transmettre de génération en génération. Les broderies originales et l’emploi des graines utilisées pour décorer leurs habits sont incroyablement variés. Dès l’âge de io ans, les fillettes apprennent à faire leurs propres jupes. En grandissant, les dessins d’abord simples se transforment en motifs plus élaborés. Le talent de tissage d’une femme Karen indique si elle sera une bonne mère et une bonne épouse. Et une jeune fille devient femme lorsqu’elle maîtrise certaines techniques de tissage. Apprendre à tisser est beaucoup plus qu’apprendre un art, c’est toute une compréhension de la culture Karen.
Femmes girafes les Karen au long cou
Dès leur plus jeune âge – entre 3 et 5 ans -, les petites filles commencent à porter des anneaux autour du cou. C’est en fait une spirale d’anneaux dont la longueur et le poids augmentent à mesure que les femmes deviennent plus âgées.
Le poids considérable (il peut atteindre jusqu’à près de 8 kilos pour une femme adulte) provoque un affaissement des côtes et des épaules et non un allongement du cou.
Cou bien dégagé, présence des anneaux, épaules basses… tout concourt à donner l’illusion de femmes girafes.
La jungle du nord de la Thaïlande
Dix ans en arrière, on pouvait encore croiser des caravanes de mulets lourdement chargés d’opium fraîchement transformé en morphine-base dans la
jungle du nord, désormais ça paraît improbable.
Sans doute la drogue transite-t-elle désormais
CU en jeep et si la lutte contre les producteurs
du triangle d’or a atteint son paroxysme dans les années 1980 et que la plupart d’entre eux s’est reconverti dans la culture du café, des haricots ou de fleurs (avec la bénédiction de l’État), les trafics de méthamphétamines en provenance du Myanmar, organisés par les triades chinoises, ont pris la relève. Le transfert par le triangle d’or vers la mer et les marchés australiens ou américains est d’ailleurs une des principales préoccupations
du Premier ministre avec la grippe aviaire et le rachat du Liverpool Football Club (!).
La lutte contre les trafiquants est sans pitié et les usagers de narcotiques durs sont jetés
en prison ou pris en charge dans des centres *de désintoxication tenus par des militaires,
- ·c’est au choix. La recherche du paradis mène parfois droit en enfer; la pire solution n’étant pas forcément celle qu’on croit.
Retour à l’hôtel à Chiang Mai après mon « aventure » dans la jungle : à en juger par le vrombissement incessant qui meurtrit mes oreilles, les 470 espèces de moustiques répertoriées en Thaïlande ont dû se donner rendez-vous ici pour leur jamboree annuel. On se croirait revenu au temps où le pays servait de plate-forme logistique à l’armée américaine et où les forteresses volantes B52 chargées de napalm ou de défoliant s’envolaient vers le Viêt-Nam. Je n’aime pas les moustiques et les moustiques n’aiment pas le vent, j’immobilise le ventilateur selon un axe pieds/tête et m’allonge droit comme un I dans le courant d’air. Foin d’insecticide : ça marche, le meeting aérien s’éloigne en vrombissant de dépit. Par contre, je me réveille avec un rhume carabiné que le retour sur Bangkok dans un autocar
moderne et un peu trop climatisé n’arrange pas.
Gare ferroviaire de Hua Lamphong, Bangkok : direction le grand sud et la ville de Nakhon Si
- Thammarat, aux portes de la Malaisie. Je croico se Maurice, mon voisin de l’avion, de retour de Phuket et en chemin pour aller prendre son vol CL retour vers la France. Il s’est encombré d’un ..(L) magnifique siège-éléphant de porcelaine et se
- presse à ma rencontre pour me montrer sa (1-) trouvaille. Sans doute parce que l’enseignement de Bouddha fond déjà sur moi et me professe qu’il ne faut pas provoquer la discorde, je
n’ose pas lui dire qu’on trouve les mêmes dans le Xllle arrondissement de Paris. Je le regarde partir avec son encombrant souvenir fabriqué en grandes séries dans des usines chinoises et
me dis qu’au moins, en cas d’affluence dans le
métro aérien de Bangkok, ça lui fera un bien joli strapontin.
L’express aux flancs encrassés par les fumées r—‘ de son moteur diesel laisse apparaître son nom
en lettres autrefois dorées : ‹< State Railway of Thailand ». Train de nuit, train aux draps qui collent, aux chromes dépolis et aux secousses 73 tapageuses, seconde classe surpeuplée et bavarde encombrée de paquets ficelés aux
- contenus énigmatiques, de bagages démodés :
valises de carton bouilli, sacs militaires réinves?
tis en cantine de fortune… Les Asiatiques ne _C transpirent pas, alors les odeurs sont celles de
la cuisine, le curry bout déjà avec le riz dans sa marmite d’aluminium et répand son fumet alors 6 que nous quittons à peine la gare. La vitesse
est inversement proportionnelle au bruit des essieux, l’air qui pénètre par les vitres descendues est épais et chargé d’autres odeurs, le contrôleur joue des coudes et la queue se forme déjà devant le wagon-restaurant.
Le convoi n’en finit pas de rouler au milieu des bidonvilles et la notion d’urbanité se dissout à mesure que l’on quitte les limites territoriales de la ville pour s’enfoncer dans la campagne. Sur le toit des masures qui s’égrainent de chaque côté du ballast, des couvertures issues de
végétaux se substituent progressivement à la tôle récupération, les bidonvilles deviennent paillotes. Furtivement, la trace des hommes disparaît dans le paysage et la nuit, et expire dans le souffle des moteurs diesel.
La ville est déjà loin, nous caracolons maintenant au milieu de la jungle, les dîneurs refluent vers leur couchette, il est temps pour moi de passer à table dans le wagon de tête. On m’installe avec une famille de vacanciers thaïlandais, à six sur des banquettes en vis-à-vis prévues pour quatre. Déjà
des gouttes de sueur me coulent sur le
front et le skaï de la banquette brûle mes cuisses. Pendant que je m’interroge sur la proportion inquiétante de curry que le cuisinier a mis dans le riz, mes voisins m’adressent des sourires charmés et m’indiquent par une aimable gestuelle que je peux me resservir à discrétion.
Plus qu’une étape sur la route du sud, Nakhon Si Thammarat et surtout son wat vieux de 1 500 ans exprime ce que personne mieux que Baudelaire ne saurait écrire pour justifier le sentiment d’harmonie que dégage l’endroit : «Je suis venu chercher un asile dans l’impeccable naïveté. C’est là que ma conscience philosophique a trouvé le repos. » La couleur or des robes des novices, la matière pure et massive de la flèche du chedi qui abrite un Bouddha forcément sacré tranche avec la blancheur immaculée des prangs, mondop et autre wihan (il s’agit des diverses constructions à vocation religieuse qui composent un wat) pour contribuer à la spiritualité et à l’Éveil.
Si l’ambiance de nos églises marque le respect, celle de ce temple témoigne de l’adoration que les pèlerins portent à l’enseignement de Bouddha. À force de gestes répétés comme l’application de minces feuilles d’or sur les sta?
tues, la crémation de bâtons d’encens ou l’offrande de riz posé sur une feuille de bananier, chacun vient à sa façon chercher des mérites qui permettront d’améliorer l’existence à venir avant d’atteindre le Nirvana.
NAKHON SI THAMMARAT, à 780 km au sud de Bangkok, est une province côtière du sud de la Thailande qui surplombe le golfe de Thailande. La province couvre une superficie de 9 942 km2. La province est historiquement importante dans la mesure où, à la fin du me siècle, le commerce fut établi entre Nakhon Si Thammarat et l’Inde du Sud.
Les mariages
entre les femmes et les marchands étrangers importèrent certaines croyances et coutumes indiennes (parmi lesquelles le brahmanisme et les ombres chinoises). Ces influences eurent
de profonds effets sur
Nakhon Si Thammarat qui
D était – il y a déjà i 700 ans
et qui le reste – un centre
bouddhiste important.
rc3
Plage de Samila à Songkhla
caractérisée par son sable blanc et doux, les pins qui la bordent et la statue de « la sirène dorée. »
LA MER D’AIVIDAMAN
aux côtes, découpées de caps et de baies, face à une multitude d’îles et d’îlots baignées par des eaux limpides, palette incroyable de bleus et de verts.
VI Ses eaux bleu azur
furent pendant
des milliers d’années la principale route commerciale empruntée
par les vaisseaux des marchands, mais aussi des pirates, des explorateurs et des missionnaires en provenance de l’Inde, des pays arabes et de l’Europe à destination de la Chine, du Siam (Thailande) et du Japon. En dépit de sa position stratégique et de sa longue histoire maritime, de nombreuses îles restent relativement inexplorées.
/Thaï land
Même s’il existe dans le pays une tradition de polygamie et que les trois quarts des Thaïlandais fréquentent « des concubines », les soldats américains ont largement contribué à ce que le pays développe une certaine forme de tourisme que l’on appellera pudiquement « industrie du loisir ». Les go-go bars, bordels et autres salons de massages dont les prestations allaient bien au-delà de la tradition locale ont proliféré dans le quartier de
Patpong à Bangkok, à Pataya ou ailleurs drogue, alcool, trafic d’armes et prostitution faisaient le quo?
tidien des GI’s en bordée et un nombre incalculable d’enfants métis est né de la présence américaine. Ces distractions qui offraient un dérivatif somme toute légitime à ceux qui vivaient quelques jours
de stand-by (judicieusement nommés « R and R »: « Repos and Récréation » par le commandement militaire), entre deux virées dans les rizières vietnamiennes, créèrent une véritable économie parallèle dont les revenus firent défaut au sortir du conflit et ouvrirent la voie à des habitudes touristiques singulières. Comme quoi, les jeunes, même avec une bonne guerre…
Au sud-ouest de la Thaïlande, dans la mer d’Andaman, s’égrène un chapelet d’îles, une cinquantaine, la plupart inhabitées. En voici quelques unes… pour rêver…
r-i KOH LANTA, deux îles, Ko Lanta Yai et Ko Lanta Noi. .(1) À l’ouest de Koh Lanta Yai, des plages paradisiaques et pratiquement désertes, la majeure partie de l’île (A étant recouverte de montagnes verdoyantes.
KO TALABENG, une succession de petites plages 7:5 qui rivalisent chacune de beauté.
KOH ROK NOK, ses falaises impressionnantes et ses > admirables récifs de coraux, des plages idylliques.
KOH ROK NAI, de longues 1.) plages de sable blanc et fin, ornées de coraux en eau peu profonde.
^ KOH MUK, une eau émeraude cerclée d’une plage de sable blanc, entourée de hautes falaises.
KOH NGAI, une plage de rêve,
une profusion de récifs ru de coraux préservés.
- KOH SUKORN et ses plages de
H rêve.
54 KOH CHUAK, deux îles séparées
par un immense rocher creusé, faisant office de tunnel naturel.
KOH LIBONG, la plus grande île de l’archipel, pour les amoureux de la nature.
KOH LAO LIENG, couverte de forêts denses, véritables paradis habités par quelques pêcheurs et des oiseaux, rares et magnifiques.
KOH KRADAN, un petit bijou dans la mer de Trang, avec ses plages de sable blanc et ses eaux cristallines.
Thaïlande,
Ko Phi Phi, même le nom incite à la décontraction : des fleurs, du soleil, une mer couleur lapis-lazuli, des filles en monokini, des poissons de toutes les couleurs et les pieds nus dans un sable à la granulation parfaite… ça doit ressembler à ça, le Nirvana. J’ai trouvé refuge chez l’homme le plus heureux de la terre : José, aussi haut que large, capable de rester plus de cinq minutes en apnée, d’origine thaïlandaise par sa mère et natif de Lisbonne. Il est arrivé ici voici vingt ans avec une truelle pour travailler sur un chantier de barrage dans le nord et, si le premier Européen débarqué en Thaïlande était portugais, le dernier à en repartir, ça sera lui. Hypnotisé par le site de Ko Phi Phi où il était venu passer quelques jours de repos, il ne s’en est pour ainsi dire jamais éloigné. Il a commencé par acquérir un bout de terrain et s’est construit un bungalow sur pilotis (le bambou, c’est plus cool à travailler que le béton, dit-il). Il a planqué un groupe électrogène dans la palmeraie pour faire
fonctionner sa chaîne hi-fi et affirme que le deuxième mouvement de la septième symphonie de Beethoven est ce qu’il y a de mieux pour faire la sieste sur son futon. Les voisins pourtant pacifiques ont fini par se plaindre et, comme leur terrain a été mis en vente, il s’est empressé de l’acquérir. Aujourd’hui, trente bungalows identiques se répartissent sur un hectare de cocotiers et accueillent les touristes. José mène une vie de Sybarite et s’est acheté un lecteur MP3 et un casque pour passer le temps pendant la saison creuse.
e menu dépend en partie de ce que la pêche a rapportée : turbots, requins, raies, langoustes, araignées… il suffit de choisir l’animal posé vivant sur la pierre, où le couteau du cuisinier attend, et patienter jusqu’à la fin des préparatifs autour d’une partie d’échecs thaï ou de backgammon. Alors, une bière locale idéalement accompagnée d’une chaude averse de mousson apporteront ce détail subtil qui fait encore de l’Asie un endroit où la vie offre à ceux qui en ont les moyens un évident parfum de paradis.
Thaïlande. Impossible de résister à la fascination de ce pays.
Thaïlande. Pays des éléphants, pays en forme d’éléphant, la tête butant contre la Birmanie, la trompe traversant la mer d’Andaman et le golfe deThaïlande pour atteindre la Malaisie.
Thaïlande. Marchés flottants. Bangkok, tentaculaire capitale qui effraie ou ravit. Longues plages de sable blanc. Montagnes embrumées. Cités et temples marqués par les Birmans, les Laotiens, les Khmères.
Thaïlande. Une popularité méritée, même si parfois elle évolue en véritables ghettos touristiques. Sa première séduction, la gentillesse de ses habitants.
Thaïlande. Pays où le bonheur de vivre se palpe encore. Havre de paix et de verdure où la paix et la nature régénèrent la vie… Un art de vivre… « Il n’y a pas d’autre bonheur que la paix » dit un proverbe thaï.
Ecrit par jcrey, le nov 12, 2011 • Catégorie: photographie architecture, photographie de mariage, photojournaliste, voyages• Tags: photographe de mariage, photographe journaliste, photographe mariage • Pas encore de Commentaires • Partagez sur Twitter
Un Photographe journaliste en INDE
Vous trouverez ci joint des extraits d’un de mes livres en INDE, « A la recherche du temple des Singes » http://livre.fnac.com/a1452214/J-C-Rey-A-la-recherche-du-temple-des-singes.
Un voyage de plusieurs années sur cette terre d’émerveillement et de fascination.
Mes nombreuses collaborations Presse et Agence (GAMMA, SPOONER, BLACK-STAR)
http://www.teachersbookdepository.com/titlelisting.aspx?type=publish&publishid=2514
m’ont très souvent offert la chance de parcourir l’Asie, encore aujourd hui une terre que j’affectionne particulièrement.
Les textes et les photographies sont bien évidement déposé à la BNF et protégé par la législation en vigueur sur les droits d’auteur. Toute utilisation, même partiel est soumise à autorisation.
éditO
Visiter l’Inde demanderait toute une vie. Trop immense pour unesimple approche touristique,
l’Inde, si vaste par ses dimensions, est démesurée par ses diversités culturelles, religieuses, ethniques..Ce pays de contraste, pauvre et généreux, offre, avec une égale abondance, végétations, palais, temples, civilisations et… des hommes, des femmes, des enfants. À mi-chemin entre une réalité sauvage de misère, de pollution, de bruit et une spiritualité religieuse de philosophie, de sacré, de mystère, l’Inde s’incarne, pour notre étonnement d’Occidental, des formes les plus baroques et les plus inattendues. En Inde, tout est possible, y compris l’impossible… et tout possible surgit n’importe où, n’importe quand, n’importe comment. Au fur et à mesure et dans le même temps, l’Inde propose tous les imprévus, toutes les péripéties, tous les chaos, tout l’inextricable en autant de pièces éparses pour se reconstituer en un fabuleux puzzle des plus aboutis. Notre regard de voyageur-voyeur peu à peu s’efface. Les couleurs vives de l’Inde s’estompent en toile de fond : le vieil or des saris des bonzes, le noir de la chevelure de Shiva, le vert des plantations de thé, le blanc de l’aube sur une plage de Goa, le jaune des taxis de Bombay… Le touriste disparaît, devient lui-même, pour comprendre, se taire et se révéler, dans le temple d’Hampi, en compagnie des singes – comme si on l’attendait depuis plus de trois mille ans -, puis pour repartir en y laissant à tout jamais un fragment de son âme. L’Inde n’est plus un pays, mais une partie de soi. Alors on peut faire sienne le cri de D. Paes : « Tout y était si magnifique que
je m’y sentais comme dans un rêve. » E VOYAGES
Le Gange est un fleuve sacré, il s’écoule de la chevelure de Shiva et il est de bon augure pour un hindou de venir y mourir. Mais il y vient d’abord en pèlerinage. Quelques coutumes religieuses y ont cours : se faire décorer d’un point sur le front, s’immerger dans le Gange pour pratiquer des ablutions, être immolé ou satisfaire à toutes sortes d’activités mystiques, mais néanmoins nécessaires. Les rituels se pratiquent avec passion le long d’escaliers aux marches de géant qui bordent une rive du fleuve pendant sa traversée de la ville : les ghats.
Outre ses qualités métaphysiques, la rivière apporte l’eau nécessaire à la vie quotidienne et un peu de fraîcheur descendue tout droit des monts de l’Himalaya indien. « Ganga », le Gange : aussi volumineux quemiséricordieux, sorte de sablier liquide peu pressé,
est inapte à l’atermoiement. Ses eaux ont de telles vertus hygiéniques que l’on s’en sert à la fois d’égout, de baignoire et de bénitier… Ici, pas vraiment de centre-ville, l’activité citadine est tendue vers la rive gauche du cours d’eau qui s’étire au ralenti d’un bout à l’autre de l’agglomération.
L’autre rive du large fleuve n’a pas la même allure – ni ghat, ni ancien palais de maharaja -, on distingue juste une étendue infertile et boueuse qui s’éloigne à l’infini. L’autre berge n’est pas sacrée, de fait elle n’est pratiquement pas habitée. Le territoire qui s’étend au-delà s’appelle « la plaine des voleurs ». Sauvage et inhospitalière, peuplée d’insectes repoussants et de bêtes peu courtoises, même les voleurs ne s’y risquent pas : ça ne serait vraiment pas bon pour le karma, m’a-t-on dit.
Située sur la rive gauche du Gang enarès est construite sur un promontoirt
face au soleil levant..
De grands escaliers, les ghats, donnent un accès direct au bord de l’eau pour la baignade ou pour les bûchers funéraires. Le Gange est vénéré comme une déesse vivante, une mère qui purifie spirituellement chaque personne qui se baigne dans ses eaux, en les lavant de leurs péchés.
Bénarès est un agglomérat d’habitations multidimensionnelles à faire pâlir tous les urbanistes. Un agrégat exubérant imprégné de ce mélange d’humanité, d’humus animal, puant et bruyant, de pourriture sanctifiée, de vie et de mort intimement mêlées que l’on rencontre dans les cités les plus pauvres de la planète.
Heureusement, il y a le Gange purificateur avec ses ghats faits de larges dalles de pierre laiteuse, ses sorties d’égouts et sa multitude d’engins flottants amarrés les uns aux autres. C’est là que l’on fait le ménage z depuis ce matin. C’est ici que la ville puise -0 ses origines millénaires— Bénarès est une des plus anciennes cités du monde mais aussi trouve la régénération nécessaire à son fonctionnement spirituel et hygiénique. La température ne dépasse pas dix degrés à cette heure matinale. Féerique densité visuelle, depuis les saris poes par les femmes constellés de miroirs qui renvoient aux hommes leurs regards impurs, jusqu’à la peinture des portes d’entrée, les fresques dont certaines maisons sont décorées, sublirmées par une lumière… pure, lumineuse, violente… et des ombres à rendre cauchemardeux le plus aguerri des photographes.Les habitants du quartier me connaissent désormais et beaucoup me saluent déjà chaleureusement : hochements de tête, mains jointes devant le ment on, mains port ées sur l e coeur, devant l a bouc he… c’ e s t se lon la religion. À se demander parfois s’il n’y en a pas une par habitant. D’autres, par un regard appuyé, me font comprendre que je ne suis pas le touriste lambda. Il est vrai que des voyageurs par ici, même si on en rencontre beaucoup tôt le matin alors que la chaleur est encore supportable, il y en a peu. Une infime minorité fréquente le vieux Bénarès, elle se cantonne en général à la seule visite de Manikarnika ghat, le ghat le plus ancien et le plus sacré. Les seuls que je croise dans le voisinage s’empressent de me demander leur route. J’en déduis qu’ils se sont perdus.
J’ai aussi quantité d’amis dans le quartier, ils me sautent parfois au cou ou s’accrochent à ma main dès qu’ils me rencontrent, ils me demandent de leur apprendre des mots en français et les oublient aussitôt. Le plus vieux doit avoir une douzaine d’années. Un peu moins ou un peu plus, il ne le sait pas lui-même — le rite des anniversaires avec gâteaux et bougies n’a pas cours par ici… À Bénarès, ville sainte parmi les villes saintes, les enfants des rues, angelots anonymes disséminés au hasard des rues, se partagent les mille petits boulots qui leur sont réservés : travaux trop peu rentables ou trop dangereux. Ces gosses issus des couches les plus indigentes ponctuent l’environnement urbain de leur présence juvénile avec simplicité et spontanéité. Fauchés mais souriants, lumineux mais modestes : ils ne connaissent ni l’angoisse du lendemain ni celle du temps qui passe. Leurs journées s’écoulent avec une fatalité rendue banale tant il n’existe que peu d’issues, à l’image des eaux chargées d’immondices charriées par le fleuve, ils se dirigent béatement vers un avenir inéluctable, delta aux ramifications variées et miséreuses d’une société généreuse mais incapable de donner ce qu’elle n’a pas. On dit qu’ils s’amusent d’un rien — ça tombe bien, ils n’ont rien. Chacun des gamins de mon quartier pourrait être le héros joyeux d’uncompte d’Andersen moderne. Leurs stratégies de survie sont des fables pour enfants de pays riches. Il y a Avinesh, petit gardien de buffles… Sunita, petite vendeuse de thé… Estha, petite ramasseuse de bouses de vache… Kerran, vendeuse de bougies… et bien d’autres encore. Malgré les risques connus de contamination, la précarité de leur situation, les misères physiques, intellectuelles
Je repère la motopompe, abandonnée momentanément, moteur en route. La pompe aspire l’eau boueuse qu’elle recrache simultanément dans le fleuve au travers d’un gros tuyau de caoutchouc qui louvoie nerveusement. Il y a des bulles énormes, le moteur s’emballe, quelques pèlerins restent impassibles, un buffle s’amène en trottinant au milieu des parasols de jute et de paille des brahmanes. Des touristes passent au loin dans une sorte de bateau-mouche, certains ont des mouchoirs sur la bouche à cause des microbes. Il est six heures du matin, Bénarès, Inde : la journée ne fait que commencer.
La vidange des égouts est un travail extrêmement insalubre, il sera confié à de tous jeunes garçons, pas plus de dix ans. En échange de leurs services, ils recevront de quoi s’acheter à manger. Ni soin, ni considération, ni même hébergement pour ces enfants orphelins ou abandonnés qui vivent dans les rues. Ils vont passer les semaines qui viennent à charrier les boues en se faufilant dans la puanteur fétide d’un cloaque malodorant. Maladies de peau, bronchites chroniques, malnutrition, retard de croissance…
On est loin des accords internationaux concernant le travail des enfants. On pourrait penser à une forme d’exploitation. C’en est une. Sauf qu’ici, il n’y a pas de hiérarchie, la relation patron-ouvrier répond à des lois héréditaires et religieuses dont il ne viendrait à personne de trouver à redire. Là où on serait tenté de parler de classes sociales et de partage des richesses, cela se traduit en indien par échange réciproque. Difficile de comprendre que nettoyer la merde des autres puisse être un honneur, mais c’est comme ça! C’est la condition nécessaire pour accéder à un sort meilleur dans une vie future, donc bon pour le karma… et puis ça permettra de manger à midi.
pourquoi les enfants travaillent-ils ?
Environ vingt millions d’enfants ne sont toujours pas scolarisés, dont une majorité de filles : 42 % d’entre elles fréquentent l’école primaire, contre 70 % des garçons. Deux facteurs expliquent cet état de fait : d’une part, la pauvreté - basses castes, paysans pauvres, urbains sans emplois ou mal payés et, d’autre part, le poids de la tradition - la faible valeur » sociale et économique des filles,
Ils sont deux arroseurs joyeux à diriger le tuyau vers le magma boueux qui recouvre les marches. C’est un bon job. Il commence à faire chaud maintenant et la vase rendue au fleuve libère tout un tas de trésors qui ont été charriés pendant les pluies: débris diverà,,.bouts de -matières plastiques, emballages, rares pièces de monnaies jetées en offrande l’an passé… ici, il y a belle lurette que l’on pratique le tri sélectif et la valorisation des déchets.
Plus loin, d’autres gamins chantent un remake de Frère Jacques ››, leur voix nous parvient depuis l’intérieur deségouts. La besogne avance. Le soleil monte dans te ciel. Le limon retourne auileuve et Ja pierre rose nettoyée et mouillée renvoie une lumière.agressive. Il fait maintenant trente-cinq degrés e il n’y a pas un nuage.
LeS égoutiers ne chantent plus, on aperçoit de temps en temps un bras maigre et las sortir du conduit et vider un seau dehors. Pendant ce temps, le responsable des opérations, le seul qui percevra un salaire à peu près déCent, enivré d’alcool synthétique, est affalé à l’ombre du mur d’un ancien palais de maharaja.
Il paraît qu’aux Indes (on dit encore les Indes par un vague réflexe colonisateur, comme on disait les Amériques avant l’invention du hamburger), dans certains quartiers des grandes cités, les pauvres dorment dans la rue, en famille, à même le sol sur de grands cartons d’emballages. C’est faux. Les pauvres en Inde n’ont même pas de carton, ils n’ont parfois pas defamille non plus, et les rues, n’enparlons pas. Les Indes, c’est biensimple, on n’en voudrait pas cheznous. Ou alors en photos couchées sur du papier glacé avec des commentaires lénifiants sur les vaches sacrées, les planches à clous et sur ces grands types à lapeau cuivrée qui se baignent dans des fleuves peu ragoûtants pourse purifier l’âme…
Les castes sont partagées en deux groupes :
Les impurs, de la caste des intouchables. Considérés comme des sous-hommes, tous les métiers dégradants et salissants leur’ sont réservés : travail dans les mines, crémation des corps, tri ou ramassag ordures. Caste abolie sans succès par Ghandi qui ne tolérait pas la discrimination dont ils étaient victimes.
Images traditionnelles de l’Inde, à l’heure des embouteillages des écoliers, issus de familles « riches » et vêtus d’uniformes, sont conduits à l’école dans un rickshaw hors d’âge. D’autres enfants, hilares, analphabètes et crasseux,transportent du lait dans des seaux d’inox ou restent accroupis le long des murs, promenant un regard à la fois sombre mais lumineux d’un étonnement sans cesse renouvelé sur la vitalité exubérante de leur environnement. Les rues de New Dehli sont bruyantes et encombrées rick?shaws, bicyclettes, motos, vaches et humains E produisent une vague sonore éthérée qui ondule dans la chaleur et la crasse.
Les Indiennes ont obtenu le droit de vote en 1930, bien avant les Françaises.
De nombreuses lois ont été adoptées pour améliorer leurs conditions de vie. Ainsi, une loi, votée en 1997, interdit le système de la dot. Pourtant, donner naissance à une fille est toujours considéré comme une charge : elle ira vivre dans sa belle-famille et la dot sera versée pour son mariage. Les Indiennes sont souvent illettrées. Pour remédier à cette situation et améliorer l’alphabétisation des jeunes filles, leur scolarité est gratuite les cinq premières années. Le taux d’alphabétisation des filles n’évolue que très lentement. Il est passé de 30 % en 1981 à 39 % en 1991. Pour les autorités indiennes, la scolarisation des garçons semble rester prioritaire.
Les signes apparents de la modernité et l’existence urbaine de ses habitants flirtent avec les témoignages d’époques ancestrales. La ville illustre à elle seule les paradoxes faits de modernité et de tradition d’un pays qui possède des réacteurs atomiques depuis 1957, installe des plates-formes offshore perfectionnées en mer d’Oman ou forme des ingénieurs informatiques ultra-performants, mais légifère pour instaurer une législation qui encadre le travail des éléphants et continue de laisser la priorité aux vaches, même si elles n’ont pas compris qu’il ne faut pas faire la sieste au milieu des rues.
En 1912, les Britanniques délaissent Calcutta pour transférer le siège du pouvoir à Delhi, qui retrouve alors brièvement sa place
historique dans la vie politique indienne. Mais en 1929, la jugeant insalubre, les Britanniques décident de construire une
nouvelle ville, New Delhi, au sud de la vieille ville. En 1931, ils inaugurent la cité administrative aux larges avenues et pouvant accueillir
65 000 fonctionnaires. Dès lors, New Delhi se développe rapidement, et aujourd’hui on lui attribue une population de plus de 12,5 millions d’habitants (avec une prévision à 21,6 millions en 2025).
Je roule vers le nord-ouest, cap sur Amritsar tout près de la frontière avec le Pakistan ; le train est indien, un vestige de l’Empire colonial à en juger par le pénible tchacatchac » des roues qui résonnent dans le wagon et le système de propulsion de la locomotive — la vapeur. Les Indiens achètent leurs billets en fonction de leur caste d’appartenance, les plus riches voyagent en première classe climatisée, les moins nantis s’installent sur le toit — les intouchables n’ont pas le droit de fréquenter les lieux des gens de castes supérieures. Je me contente du service ordinaire et de ses banquettes de bois ; c’est le plus surchargé. Un guidon de bicyclette dont le propriétaire m’envoie des sourires désarmant vient régulièrement heurter mes côtes. La poussière et la chaleur sont évidemment aussi du voyage Dans cette province du Pendjab, même si la majorité des habitants actuels est musulmane, c’est ici le berceau des sikhs, branche rebelle de l’hindouisme qui rejette le culte de la divinité, ne tolère ni sacrifices, ni rituels.
Les Sikhs
(littéralement : « ceux qui apprennent ») tentent de combiner en une seule foi le meilleur de l’Islam et de l’Hindouisme.Les fidèles les plus respectueux des enseignements de leur maître spirituel Guru Nânak respectent dans leur tenue le principe des cinq
les cheveux ne sont jamaiscoupés,
Kangh : ils sont proprement maintenus par un peigne de bois,
Kirpan :
Kara : le bracelet autour du bras qui tient l’épée,
Kacch : longues culottes.
Je visite les différents sites religieux de la ville. Quel que lJ soit l’objet des différentes dévotions, à proximité des édifices se ressent la même blancheur et le même apai?
- sement, les architectes ont veillé à ce que la pierre participe à la spiritualité des lieux, qu’elle pénètre l’âme
- des hommes. On dit qu’il n’y a qu’un seul Dieu en haut
de la colline mais plusieurs chemins pour atteindre son
sommet ; cette ambiance similaire de piété et de joie ro transmise par le culte que je rencontre partout serait?
- elle la preuve de la capacité des hommes à conjuguer
leurs croyances ? On dit aussi que la fabrication de la 413 coupole du Har Mandir Sahib, le temple d’or d’Amritsar,
a nécessité l’emploi de 400 tonnes d’or. Je me mêle 2 2 aux pèlerins sikhs et pénètre dans la fraîcheur relative
En novembre 1984, pour répliquer aux mesures répressives prises à
l’encontre des Sikhs dont le mécontentement provient
d’une partition de territoires
effectuée en 1947 lors de l’indépendance de l’Inde, deux d’entre eux, membres de la garde présidentielle, assassinent le Premier ministre : lndira Gandhi.
Des émeutes éclatent alors dans tout le Pendjab et font plusieurs milliers de victimes. Une situation proche de la guerre civile qui marque l’opposition historique entre les confessions .s k.hoest hindoue.
de l’édifice. Les soieries brodées des visiteurs nombreux, le pacifisme et l’allégresse apparents des rapports humains, la sobre richesse des ornements confèrent à l’ensemble un goût de pureté élégante et de calme qui tranchent avec les villes que j’ai quittées. Difficile aussi de penser que nous sommes à quelques kilomètres d’une frontière entre deux pays parmi ceux qui se haïssent le plus au monde (même si, aujourd’hui, ces ennemis de longue date n’ont jamais été aussi près de ‹< normaliser » leurs rapports). Difficile aussi d’imaginer que ces lieux ont été le point de départ meurtrier (des centaines de pèlerins furent mitraillés par l’armée hindoue dans la piscine sacrée) d’une rébellion initiée par les sikhs et qui a fait des milliers de morts dans les années 1980.
• • • • •lotus, fleur des dieux ? Les racines du lotus plongent dans la glaise fangeuse des marécages pour s’épanouir à la surface en une corolle d’une pureté audacieuse. Le lac sacré de Pushkar est, dit-on, né d’un lotus que Brahma aurait laissé tomber des cieux. Une fleur tombée du ciel méritait bien un temple, celui-ci a été bâti sur ses rives : marbres, enluminures, colonnes ciselées…
On dit que les femmes du Rajahstan sont parmis les plus belles du monde. En tout cas les plus 3 élégantes. Leurs saris de coton aux assorti--0 ments de couleurs audacieux sont copiés par la haute couture (Ritu Beri, originaire de New Dehli, vient de signer quelques collections du prêt-à-porter Scherrer) et leurs bijoux les accompagnent même dans les travaux les plus rudes. Nous sommes pourtant dans une région où il ne fait pas bon naître sous le sexe féminin. Même si les infanticides régressent (grâce à l’IVG après prédiction du sexe, légale en Inde depuis 1971) et même si la famine disparaît, l’arrivée d’une fille est davantage perçue comme une bouche ro inutile à nourrir et signifie le montant d’une dot
La vallée de Pushkar est renommee pour ses innombrables temples hindous s’échelonnant sur les rives du lac sacré. Chaque année, lors de la pleine lune du mois lunaire de Kartik (octobre-novembre), des milliers de fidèles hindous viennent rendre hommage au dieu Brahma, divinité de Pushkar. La nuit venue, les pèlerins se rendent sur les ghats les plus sacrés et se purifient s eaux gla
Je m’engage, suivi par quelques enfants curieux et silencieux, sur une route à une voie qui serpente jusqu’aux collines environnantes… le coucher du soleil sur les constructions blanches, le lac dans lequel se reflètent les façades rougies par le soleil couchant et le désert qui s’étend alentour confèrent une impression féerique. D’un temple éloigné parvient une musique traditionnelle, sitar et tabla, jouée par des musiciens que je devine concentrés et enturbannés. Contrairement aux apparences, la musique indienne n’a pas vocation à favoriser la méditation, elle s’écoute tout simplement comme du jazz, permet juste de s’envoler un instant, de savourer l’ambiance sirupeuse d’une soirée passée sur les hauteurs, le temps de griller un bidi (minuscule cigarette faite d’une simple feuille roulée) et d’avoir le sentiment qu’une fois dans sa vie on a pu jouir du temps arrêté.
Je décide de rejoindre Udaipur par le train de nuit. Mon billet de seconde en poche, je m’installe dans un compartiment avec trois hindous à l’élégance toujours marquée, cheveux impeccablement gominés et peignés, veste à col mao posée sur un gilet de laine à grosses mailles et une chemise qui semble sortir du repassage. Nous nous partageons les quatre couchettes aux draps blancs immaculés et puis, comme il n’y a pas de place pour s’asseoir, je fais comme eux, je me couche . avant même le départ, on m’invite
avec insistance à prendre la couchette supérieure et je fais les remerciements d’usage avec fortes démonstrations gestuelles. Dans le compartiment où la chaleur est éprouvante, j’essaye de rester immobile, de calmer mon rythme cardiaque pour supporter la température du wagon de tôle chauffée au soleil toute la journée ; malgré tout, mon drap est rapidement ouillé de sueur.
‘Heureusement, le Chetak Express s’ébranle lentement et ‘,quitte la ville au pas. Il se lance ensuite à un bon 40 km/h à travers la campagne aride et buissonneuse, un vague filet d’air chaud du désert me parvient depuis la fenêtre et m’apporte tout juste de quoi respirer. La nuit est tombée, un lumignon tremblote au-dessus de ma tête, un coup d’oeil sur mes voisins et je me rends compte que la couchette du haut, située en aval de la marche du train, est la moins bien aérée — le vent fait bouger leurs draps, les miens sont comme plombés.
Udaipur : « Cité de l’Aurore », « Venise de l’Orient », « Ville du lever de soleil », chaque guide touristique propose sa version. On y met surtout en avant le tournage du film de James Bond, Octopussy, en oubliant que Fritz Lang y a tourné Le tigre du Bengale et que l’industrie cinématographique indienne, la plus prolixe du monde, a bien dû y tourner quelques mélos dont elle a le secret. Mais l’essentiel de la cité n’est pas là, nous sommes dans le fief du plus haut dignitaire des Rajpoutes, le maharana Udai Singh. La ville apparaît délicate, fragile comme un coquillage ciselé par des doigts de fées, le romantisme des bâtiments couleur du sucre confine à l’enchantement… on la dit féminine — je confirme. Pas une fenêtre, pas un linteau qui ne portent la marque d’un orientalisme emprunt de religiosité : ici une fleur gravée, ici un trumeau encadré de deux colonnes incroyablement ouvragées, ici une représentation de Shiva, ici… de la dentelle ? Non, une simple balustrade de pierre sculptée. Chaque bâtisse, de la plus modeste à la plus extravagante, s’écrit en pleins et en déliés, le tout souligné finement à la règle avec une plume de colombe.
Après le calvaire du train, un peu de luxe ne nuit pas : conformément aux habitudes locales qui veulent qu’un riche ne se déplace surtout pas à pied, un taxi me dépose absolument au ras du perron du Jag Nivas.
Les Rajpoutes vivent dans le centre et dans le nord de l’Inde. Ils parlent le hindi mais n’hésitent pas à employer localement un des 1 600 dialectes recensés dans tout le sous-continent indien — le sous-continent comprend huit pays : Inde, Népal, Bhoutan, Bangladesh, Pakistan, Afghanistan, Maldives, Sri Lanka). Descendants des tribus d’Asie centrale qui envahirent la région vers le ve siècle, ils ont fini par s’intégrer aux sociétés hindoues locales en fonction de leur rang respectif. Les chefs et les nobles s’assimilèrent à la caste des kshatriyas (guerriers) et les sujets, inférieurs à la classe des sudras (agriculteurs). Depuis l’indépendance en 1947 et la création de l’État du Rajasthan l’année suivante, les uns ont reçu des postes de gouverneurs ou de hauts fonctionnaires, les autres ont attendu mon passage pour me montrer leurs troupeaux de moutons ou m’inviter dans un cercle de conversation improvisé et me questionner — dans un bricolage d’anglais, de gestes éloquents et d’expression du visage au lexique universel — sur ce que je sais du reste du monde.
Pas question de traverser l’Inde sans s’interroger sur t2 la mosaïque de religions posées en vrac qui la
constelle. Ce n’est pas si compliqué : près de 80 % des Indiens sont hindouistes, la deuxième religion, c’est l’islam avec 100 millions de fidèles (14 % de la in population), pour le reste on compte des bouddhistes, (i) des jainistes, des sikhs, des zoroastriens, auxquels -0 s’ajoutent des minorités chrétiennes et juives.
En revanche, pour qui veut s’initier aux subtilités a) d’une de ces pratiques, de ses codes ou de son vocabulaire, une vie bien remplie ne lui suffira sans doute pas, à tel point que chacun propose de continuer le chemin dans l’au-delà. Évidemment, ça se mérite ! En ce qui concerne la réincarnation (hindouisme, bouddhisme, jaïnisme), les actes de l’esprit, la parole et le corps produisent des particules de matières infra-atomiques, c’est ce qu’on appelle le karma. Celui-ci, consécutivement à sa petite taille, est très susceptible et la moindre petite contrariété (infra-contrariété ?) pourrait contrarier vos projets pour la suite, après votre mort terrestre. Le karma est très sensible à la violence par exemple, certains adeptes les plus radicaux se voilent la bouche pour ne pas avaler d’insectes par inadvertance et essuient délicatement l’emplacement où ils prévoient de s’asseoir pour éviter un génocide de micro-organismes.
- les Jaïna et les temples de Delwara
Au nombre de trois millions, la communauté des Jaïna a une influence en Inde due à son passé, mais aussi à son rôle actuel au sein de la République indienne. Relativement aisés, agriculteurs, commerçants, industriels ou hommes d’affaires, installés dans tous les grands centres, les Jaïna consacrent une forte part de leurs richesses à des oeuvres d’entraide, à l’instruction de leurs membres et à la construction de temples.
La tradition dont les Jaïna se réclament remonte à la moitié du premier millénaire av. J.-C Ils firent élever, sur le Mont Abu, les deux temples de Delwara, en marbre blanc délicatement poli et ciselé : le temple Vimala Vasahi (1031-1043) consacré au premier prophète, Adinath, et le temple louna Vasahi (1230) dédié à Neminathe, le vingt-deuxième Tirthankara.
Plus modestement, la plupart des initiés se contentent de respecter au mieux les trois enseignements : une foi juste, une connaissance juste et un comportement juste. Beaucoup d’entre nous n’auront pas besoin de se faire immoler dans le Gange, c’est déjà trop tard.
Pour percevoir d’autres subtilités, rien ne vaut une visite au Jaya Sthamba, temple de neuf étages érigé sur le mont Abu. C’est dans l’art indien traditionnel que l’on peut repérer (avec l’aide d’un guide ou de solides lectures) toutes les subtilités des conceptions philosophiques des écrits fondateurs :
fusion de la chair et de l’esprit, symbolisme complexe des ornementations qui figurent le temps comme la matrice de l’éternité ou la silhouette féminine comme l’expression du mystère du sexe et de la création ».
Tout cela est bien complexe, ce que je ressens pendant la visite, c’est surtout l’énergie, le rythme et la volupté féconde de ces sculptures humaines ou géométriques. On comprend mieux pourquoi la conception du monde promue par les anciens bouddhistes et jàinistes ait essaimé à travers toute l’Asie comme un fleuve en crue dans lequel on a envie de se laisser emporter.
le temple de Raknapur
sur la route entre Udaipur et le mont Abu •
La route maritime de la soie
Dès le Moyen Âge, l’océan Indien et le golfe de Bengale étaient sillonnés d’embarcations de marchands en provenance d’Arabie ou plus loin encore de l’Égypte via la mer Rouge.
Ils profitaient des vents de la mousson pour venir quérir des h 4* e étoffes de coton, des épices, des drogues, des médicaments, de la porcelaine et des produits manufacturés comme certaines r armes qui permettaient en outre de faire un peu de brigandage en chemin. Pendant un voyage de près de trois mois, il faut bien s’occuper un peu.
J’ai le sentiment que, plus j’essaye de comprendre, plus ça se complique. Un petit tour en ville me détendra, encore que pour se détendre ici il faille s’accommoder des 43 000 personnes au mètre carré qui tentent de faire la même chose et d’un trafic dantesque. Bombay est sans doute la ville la plus densément peuplée du monde, à toute heure du jour, c’est comme le métro de Paris aux heures de pointe.
Les Portugais l’avaient baptisée Bom Bahia (< la belle baie ») et profitaient de l’accueil (z5 douillet de ce qui n’était qu’un village de 1-1 pêcheurs, les Anglais en ont fait un comptoir et
y ont installé le siège de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Depuis, on bétonne à tout va et les Indiens, du plus nanti au plus fauché, s’y sont donné rendez-vous.
Bombay a récemment été rebaptisée Mumbai : volonté de changement, de tendre vers l’avant, la ville voudrait jouer dans la cour des grands et devenir par son dynamisme commercial une sorte de Singapour indien. Pourquoi pas ? Une partie du potentiel est là. Mais pour l’instant, Bombay reste une ville duelle d’un côté, cité portuaire tournée vers le commerce international avec ses activités administratives et financières ; de l’autre, un entassement humain livré à la survie où règne une économie qui ne s’étudie pas dans les livres. À proximité des buildings ultra-modernes, dix millions de personnes vivent dans le plus gigantesque bidonville du monde. À Dharavie, bidonville réputé qui semble s’étaler à l’infini entre deux voies de chemin de fer, pendant la période qui précède la mousson et où les températures dépassent largement les quarante degrés, je circule avec un foulard sur la bouche et le nez : une puanteur de boue et de charogne, d’eau croupie, relayée par celles des tanneries de cuir installées non loin. Un effluve nauséeux de matière fécale, de cimetière vivant, catacombes bourdonnant d’une ville submergée par tous ceux qui ont fui la misère rurale, abandonnant la ruralité des États voisins du Maharashtra dans l’espoir d’une vie meilleure. C’est sûr, les gens qui squattent ces abris de tôle et cohabitent avec les rats et les corbeaux omniprésents ne le font pas pour entendre la poésie des averses de mousson crépiter sur le toit. Quoi qu’en dise mon hôte navigateur, il faut vraiment avoir crevé de faim ailleurs pour supporter pareilles conditions.
« Voyager, c’est demander à la distance ce que le temps ne peut nous donner que peu à peu » écrivait Paul Morand. En Inde, sortis des villes, la léthargie ambiante donne parfois l’impression de conjuguer les deux. Le bus des Compagnies publiques indiennes brinquebale et se traîne laborieusement, casse son rythme par des arrêts intempestifs et les kilomètres s’égrènent avec une lenteur qui exaspère le voyageur occidental que je suis. Les Indiens ont-ils inventé le yoga pour supporter la lenteur ou inventé la lenteur pour tester les limites du yoga ? Je sens que mes chakras se referment et je mobilise toute mon énergie pour rester cool.
L’état de la route est identique à celui des sièges et un nid de poule mal négocié par le chauffeur fait basculer l’impressionnant cubage de matelas que nous transportions sur le toit. Aucun dégât, mais le nouveau ficelage de l’ensemble stimule les compétences des autres voyageurs, Pratiquement tout le monde est monté sur la galerie et le moindre noeud donne lieu à des discussions aimables et argumentées qui repoussent encore un pe plus les frontières de l’espace-temp
jayanaeir fut la capitale de l’un des plus vaste, empires hindous l’histoire de
Fondée en 1356, elle atteignit son apogée sous le régne de Krishna Devanaya (1509-1520 qui contrôlait toute la région. La prospérité de la ville provenait du commerce des épices au sud et de l’industrie du coton. L’empire fut anéanti en 1565, date à laquelle la ville fut mise à sac. Aujourd’hui, ces ruines constituent l’un des sites les plus fascinants, dans un décor insolite et grandiose, parsemé de rochers aux formes rondes.
fils et la remplaça par la tête du premier animal rencontré. Ganesh est la divinité des arts, de la connaissance et des sciences. On l’honore toujours avant un spectacle.
Ganesh, omniprésent • • Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, est le fils de Shiva et de Parvati.
C’est probablement Vielle la plus populaire du panthéon hindou.
L’arrivée à Hampi me le confirme : cette fois, c’est sûr, le temps s’est arrêté. Pendant cinq siècles, cette ville est restée figée, comme morte. Ancienne capitale du royaume de Vijayanagar qui dominait tout le sud de l’Inde, elle a été vidée de ses occupants par des envahisseurs musulmans. Seuls des pèlerins hindous ont continué à fréquenter ses temples jus?
qu’à une récente réincarnation en ville touristique et un nouvel essor. C’est ici que l’on trouve la plus grande quantité de représentations de Ganesh (dieu à tête d’éléphant) ou de temples dédiés à Vishnu (la trinité hindoue est composée de trois membres : Brahma, Vishnu et Shiva. Brahma est né d’un lotus surgit du nombril de Vishnu). Hampi, ce sont trente kilomètres carrés de temples, de ruines et d’énormes rochers posés çà et là comme de gros animaux endormis au milieu desquels passe une rivière placide et lustrée comme un chrome.
D’autres bêtes, bien vivantes celles-là, cavalent en tout sens et apportent un peu d’activité dans cette chaleur accablante mais moins humide qu’à Bombay ; ce sont des singes macaques, me semble-t-il — on les appelle ici des black-nose. Ils sont partout, grimpent sur les toits, grouillent sous les rochers, se suspendent aux arbres, s’épouillent ou forniquent sur les multiples statues de divinités. Les singes bénéficient de la croyance hindoue selon laquelle tout être vivant porte une parcelle de divinité et ne peut donc être tué. Fléau sacré et surtout choyé par cette surenchère d’attentions, ils se comportent en enfants gâtés
et s’autorisent toutes les exactions : vol de sacs à main, d’appareils photo, de couvre-tête,projection de pierres… (On cite aussi la défenes tration d’un nouveau-né arraché à sa mère.) Ils ne risquent au pire que d’être ramenés dans la
jungle de bambous et d’arbres à palmes où les guépards qui profitent du même statut risquent de leur réserver un accueil moins aimable.
Les apparences sont trompeuses, l’Inde n’est pas un pays qui somnole. À l’opposé de nos philosophies matérialistes, d’une recherche systématique de la raison ou de preuves scientifiques qui caractérisent la science occidentale, la pensée orientale donne l’impression de privilégier le travail sur soi, la méditation transcendantale et la sagesse. On l’a cru contemplative et inapte au raisonnement logique, c’était oublier que, dès l’Antiquité, les Indiens avaient la maîtrise du système décimal et utilisaient le zéro. À l’heure de l’effondrement de l’Empire romain, les performances de l’Orient et de (13 l’Inde en particulier étaient bien supérieures r.–1 aux nôtres dans des domaines aussi vastes
que la botanique, l’astronomie, la minéralogie ou l’agriculture. Le paradoxe veut que le compas de marine inventé par les Chinois et introduit en Europe via l’Inde, en permettant.
Mon travail est consultable sur mon site internet
Ecrit par jcrey, le nov 05, 2011 • Catégorie: Featured, photographie architecture, photographie de mariage, photojournaliste, voyages• Tags: photographe de mariage, photographe journaliste, photographe mariage • Pas encore de Commentaires • Partagez sur Twitter































































































































