PHOTOGRAPHE MARIAGE EN CAMARGUE
Photographie Mariage de Julie et Benjamin

Comme pour la majorité de mes mariées, nous nous sommes choisie…Le style photographique, l’approche humaine, l’engagement personnel nous ont immédiatement rapproché. Notre rencontre eut lieu quelques mois avant leurs mariage à la Manade Laurent!
La Camargue! Les chevaux blancs, les taureaux, et puis les hommes! Une région aux traditions bien encré dans une culture forte et riche d’un patrimoine millénaire!
Un univers que je découvrais avec une curiosité gourmande et beaucoup d’ impatiente!

Ces plaines marécageuses qui s’étendent sur plusieurs millier d’hectares, un triangle magique qui abrite une faune et une flore unique au monde! Le cadre était posé, 6 mois d’attente pour enfin participer à ce jour extraordinaire! Car il s’agissait bien d’une journée hors du temps, loin de toute les cérémonies que je peu couvrir « habituellement »! Bien au delà de ce que je pouvais avoir imaginé (j’ai pourtant une imagination très fertile)!
Les Gardians nous ont accueilli avec la gentillesse « des hommes de la terre », ce donnant sans compter pour une arène ou les taureaux nous ont bien à nouveau démontré qu’ils demeuraient les rois de ce pays.
La jeunesse est éprise de liberté et de tradition taurine! Tous les garçons s’imaginent gardian ou razeteurs, fiers et insolents , les filles en Arlésienne gracieuses et magnifiques.

Julie et Benjamin ont été unis lors d’une cérémonie en extérieur, avec un décors époustouflant de nature sauvage.
Un défi photographique de chaque instant!Un reportage loin de l’artificiel ou du conceptuel, nous étions bien dans le spontané et l’instantané….
Pas de chichi » prestige international », « d’étiquette pseudo artistique » gnan gnan… mais du bonheur simple et intense, a l’état brut…Une ferveur collective d’une rare intensité.
Les chevaux et les gardians nous ont accompagné, les Arlésiennes nous ont émerveillé! Un reportage dans le reportage! Des instants qui vous rappellent délicieusement pourquoi vous êtes photographe, le privilège de partager et de restituer!Mon travail est simplement disponible et visble sur mon site internet; je vous invites à me contacter au 06 50 72 42 50 pour toute information.
Ecrit par jcrey, le fév 18, 2011 • Catégorie: Featured, photographie de mariage, photojournaliste, voyages• Tags: photographe de mariage, photographe journaliste, photographe mariage • 2 Commentaires • Partagez sur Twitter
livre Istambul Porte de L orient
Introduction.
C’était la fin de l’Automne ou bien le début de l’hiver et on s’ennuyait ferme. A l’heure où la pendule de notre lycée de la banlieue parisienne émergeait à peine du brouillard, le soleil faisait probablement briller les coupoles de la mosquée bleue d’Istanbul. C’était le dernier cours avant l’heure magique du self et l’espoir enfin caressé de s’asseoir avec les filles de la classe de terminale littéraire. On resterait muet ou intimidé ou les deux à la fois et c’était sans solution mais rien ne comptait pour nous alors davantage. Nos projets ne dépassaient pas la demi-heure.
C’est à ce moment précis que le miracle s’est produit : la grande rencontre avec l’Orient, le monde Byzantin, Islamabad, Suliman le Magnifique, Atatürk, l’Euphrate, le Grand Vizir, la danse du voile, l’appel du muezzin, les tapis volants et les lampes magiques. La prof de français, aussi désespérée que nous étions détachés, décida de sortir une bombe du fond de son cartable. Elle s’exclama : « Puisque c’est comme ça ! », fit émerger un paquet de feuilles écornées qui éclaboussa le bureau avant d’être distribué à toute la classe : « Nazim Hikmet : Les chevaux du soleil». Tandis que nous obéissions à une consigne implicite et nous lancions dans la lecture du texte, elle retourna à son pupitre et précisa d’une voix bien moins offensive que ce n’était pas au programme, que c’était juste comme ça… en attendant midi, que ça nous changerait de Gérard de Nerval.
Midi est arrivé et on n’a rien vu venir. Un texte capable de réveiller une classe de lycée endormie a le pouvoir de changer la face du monde. Celui-ci avait la puissance d’une horde de chevaux sauvages dévalant une montagne, il était tout bonnement d’une force extraordinaire. Nous venions de percevoir la puissance des mots, ni plus, ni moins.
Trop tard pour le self, c’était complet. La responsable a rajouté des chaises au bout d’une table occupée par les filles de première littéraire et si elles avaient été jury du bac français, elles nous auraient mis dix-huit sur vingt à l’oral.
De quoi conserver pour longtemps une profonde sympathie pour le soleil, les chevaux, les filles qui étudient les lettres classiques, Nazim Hikmet et la Turquie. Et puis, même si chemin faisant, on apprend à se protéger du soleil, à se méfier des chevaux, des filles qui étudient les lettres et par extension de celles qui étudient les chiffres, la confrontation avec la Turquie a rarement dépassé le survol de son espace aérien. Des destinations plus lointaines ont eu raison de nos choix car les jeunes qui se forment en voyageant aiment à rivaliser entre eux à coup de réseaux horaires et de distances incalculables.
Alors, à l’heure où on ne cesse de se demander si les Turcs sont aussi solubles dans l’Europe que le sachet de sucre dans la portion de pamplemousse servie dans les cantines des lycées, il était temps d’y remédier.
Istanbul.
Trois heures et demie de vol plus tard, j’y suis déjà. Le taxi noir et jaune vient se garer à couple le long du trottoir. L’ambiance à bord de l’incontournable berline trois volumes d’origine nippone offre toujours une synthèse culturelle du pays à découvrir. Une première approche dont il faut se méfier car à travers elle se forgent sans efforts (et souvent à tort) les premières certitudes sur les us et coutumes du pays, les premiers clichés, la confirmation des fantasmes et des idées préconçues. Que la langue parlée roule les « r » et l’homme porte l’accent juste à propos sur la deuxième diphtongue, son « welcome my friend » se teintera d’une chaleur accessible au plus monolingue des touristes. Que les habitudes soient au marchandage et j’apprends que la course est majorée de cinquante pour cent passées vingt heures… Je regarde ma montre : vingt heures pile.
Et comme il est question de trouver un hôtel en centre ville et pas trop cher, ça tombe bien, le chauffeur a justement un cousin qui propose un cinq étoiles pour le prix d’un camping de seconde zone.
Et l’homme dans tout ça, je veux dire l’homme physique : Qu’en est-il du type turc de descendance ottomane observé depuis la banquette arrière en skaï ? Un coup de taureau, héritage d’une prédisposition millénaire de tout un peuple pour la lutte gréco-romaine et l’haltérophilie, une moustache noire et fournie pour le coté «ex-paysan pauvre des montagnes d’Anatolie expatrié en ville», une peau sombre et tannée au niveau du bras gauche habitué à vivre pendu le long de la portière et un nez fort et crochu comme le croissant de lune du drapeau turc qui darde en direction des autres taxis tentés de forcer le passage par le côté droit.
Mon taxi, c’est un livre ouvert. A Istanbul, même la religion dominante figure, suspendue au rétroviseur. Ces fanions de soie imprimée qui forment une banderole tout le long du pare brise et occultent une bonne partie de la visibilité me le confirment : le Dieu de la Turquie, c’est comme chez nous, c’est le foot. A Istanbul, il y a deux Dieux : Le Galatasaray et le Fenerbahçe. Quand l’un s’en va visiter l’autre, la ville retient son souffle pendant quatre-vingt-dix minutes entrecoupées d’une mi-temps réglementairement fixée à un quart d’heure. Le culte du football obéit à des règles internationales.
Un quart d’heure de trajet et j’en sais déjà pas mal. Pour un complément d’information sur la Turquie et ceux qui l’habitent, je paye mon chauffeur non sans rechigner sur la tarification abusive et m’enfonce plus avant dans le quartier de Beyoglu.
Un homme balaye vaguement le trottoir devant son café, je lui demande où trouver un lit pour quelques nuits, il tend le pouce vers l’échoppe : ici. L’homme s’appelle Gokhan, mon sac échoue au sol et signifie que le marché est conclu, sa maison devient mon camp de base à partir de cet instant.
Quartier Ste Sophie 2DP,
Aussi vrai que la musique se construit sur les rythmes et les mots s’enchaînent en cadence, l’unité de construction des cathédrales est la géométrie. Le lyrisme de la mosquée Sainte Sophie doit tenir à ça. Un module de base de quinze pieds tout ronds et le reste organisé en multiples ou sous multiples, les bâtisseurs de ce genre d’édifice inventaient les bases théoriques de l’architecture toujours valables aujourd’hui. Résultat : un modèle d’équilibre d’où émergent les lois d’une stabilité physique et visuelle irréprochable, des proportions qui se répondent et se prolongent sans heurt, une impression générale de sérénité à toute épreuve, et de légèreté en plus ; on la croirait suspendue, comme sur coussin d’air. Il fallait bien ça pour franchir les vicissitudes du temps, demeurer plus de mille ans l’égérie architecturale du christianisme et se métamorphoser en mosquée après la conquête de Constantinople par Mehmet.
Ca n’a pas empêché la coupole de s’écrouler à la suite d’une secousse sismique, mais on l’a reconstruite. Les turcs et les coupoles, c’est une affaire qui marche : mosquées, marchés couverts hammams, la coupole c’est la signature des ottomans, ses architectes mettaient un point d’honneur à construire plus haut, plus large et plus solide que la concurrence. A tel point que l’on peut s’amuser à dater les grandes mosquées : plus elles sont récentes, plus les dimensions de leur coupole s’imposent.
A l’intérieur de Ste Sophie, les mosaïques vibrent comme une toile pointilliste. Si au départ d’un point de vue il y a le point, au départ d’une mosaïque, il y a le carreau. Sainte Sophie, c’est la sagesse dit-on. Elle est née église, et puis on en a fait une mosquée. Aujourd’hui elle est devenue un musée. Pourquoi pas : en mettant toutes les religions au musée, on éviterait bien des conflits.
Rupture entre la taille des édifices religieux insérés dans la ville et celle des habitations individuelles, les uns servaient à nourrir l’élévation spirituelle des hommes et entrer en contact avec Dieu, tandis que les autres devaient permettre de communiquer avec son gamin dans la cour. Quitter la mosquée et s’engoncer dans les ruelles du vieil Istanbul, c’est changer radicalement d’échelle et revenir à des dimensions plus terre à terre. L’unité de mesure, c’est l’homme : ruelles ombragées et étroites, escaliers, courettes où sèche le linge, cafés, échoppes gorgées de pâtisseries trop sucrées, recoins obscures ou jardinets fleuris se succèdent, s’ordonnent sans règles strictes mais dans une harmonie presque charnelle, rassurante. Au cœur d’Istanbul où vivent les hommes, l’ordre des choses s’inspire du chaos. A la différence des grandes capitales, les habitants n’ont pas été disqualifiés du centre de la ville au profit des activités du secteur tertiaire. Ici, on vit : il y a du bruit, de la musique et des enfants dans les rues. Du coup, les besoins physiologiques reprennent leurs droits, et l’appétit du promeneur est soudainement aiguisé par les odeurs de cuisine d’un restaurant bas de gamme. Je me laisse guider sur un banc face à une table immense et me retrouve vite entouré d’ouvriers du bâtiment couverts de plâtre. Menu du jour unique : feuilles de vigne farcies, aubergine frite entourée de boulettes de viande hachée, yaourt ou fruit. C’est la Méditerranée qui invite car j’ai déjà mangé ça quelque part, on dirait bien que grecs et turcs, ennemis intimes, se sustentent des mêmes saveurs.
Mosquée bleue 2DP
Le nom de Istanbul provient de Islam-bol, surnom donné à Constantinople qui signifie : « l’Islam abonde ». Visiter la ville, c’est un peu faire la tournée des mosquées, on en recense parait-il 15 714 de diverses grandeurs dans toute l’agglomération. D’ailleurs, à bien observer, on se rend compte que la ville entière est articulée en éléments rapportés aux environs immédiats des édifices religieux, eux-mêmes disséminés au gré des collines. Au-delà de l’inévitable esplanade, tout a été pensé pour subvenir aux besoins des hommes, les architectes bâtisseurs aux ordres des sultans ne concevaient pas de lieu de culte sans activités annexes. Annexés, et même incluses aux mosquées les plus importantes, on trouve université, hôpital, hospice, bibliothèque, école coranique, bains, cimetière et boutiques sous des marchés couverts, galeries parfois interminables… Les bénéfices de ces dernières servaient à entretenir le patrimoine religieux. Le regroupement humain qui s’effectuait lors de la construction d’une mosquée est comparable à ce qui se passait pour nos cathédrales, des artisans avec leurs familles entières venaient, s’implantaient, travaillaient et mouraient sur place. Ainsi une vie économique et sociale se développait en même temps que s’érigeaient les dômes des monuments. Lorsque la mosquée était terminée, un quartier était né.
En dehors de ces nahiyes (quartiers), on se rend compte que la fascination de l’art Ottoman pour la symétrie ne dépassait pas le décorum de ses édifices. La ville s’est constituée dans un désordre urbanistique lié aux besoins et faisant peu de cas de considérations géométriques. C’est tant mieux. S’il est entendu que Istanbul ne s’est pas faite en un jour, le promeneur attentif découvre partout, comme un gamin qui retourne les pierres pour voir ce qu’il y a dessous, la multitude d’initiatives individuelles et collectives, d’options religieuses, de choix, de revirements qui l’ont façonnée au cours des siècles. Maisons de bois, de briques, églises orthodoxes, synagogues, arches, carreaux de faïences, néoclassicisme mêlé d’arabesques, mélange d’orientalisme et de rigorisme parfois typiquement nord européen, fontaines, murailles ou blocs de béton plus récents, partout l’architecture a fossilisé l’imagination et la créativité des hommes, partout le temps passé se raconte. A en juger par les grues qui hérissent la périphérie et le bruit des marteaux piqueurs, ce n’est pas terminé.
Dans le quartier de Sultanahmet, même si le reflet du ciel sur les eaux du Bosphore est omniprésent, il faut pénétrer l’intérieur de la mosquée Bleue pour comprendre l’origine de son nom, les murs et les piliers sont carrelés de mosaïque dont le bleu cobalt indique qu’elle est sortie des fours d’Iznik (l’ancienne Nicée, au cœur de l’Empire byzantin). Plus de vingt mille carreaux ont été nécessaires à l’habillage de la mosquée et constituent un brillant exemple de l’élan créatif de l’art Ottoman. Le facteur Cheval peut aller se rhabiller, ces gens là maniaient la mosaïque mieux que lui. Et pour ceux qui n’aiment pas le bleu, il existe aussi une mosquée verte, elle n’est pas à Istanbul, mais à Brousse. Dans la salle des prières, réservée aux musulmans, la vocation des lieux est préservée, des guirlandes lumineuses sont suspendues à des filins d’acier tendus d’un pilier à l’autre. Avant l’invention de l’ampoule électrique, on y accrochait des fleurs, des lampes à bougies, des œufs d’autruche ciselés, des bouquets d’épis. Il faut imaginer tout ceci, associé aux tapis et aux nattes dont on jonchait le sol, à la lumière naturelle de l’endroit, sa fraîcheur, à la magnificence du décor. Frises calligraphiées où figurent les versets du Coran, compositions picturales des coupoles permettent de s’immiscer dans la ferveur qui se manifestait ici au grès des cinq divisions du jour au cœur de la période ottomane. A la différence d’une église qui est avant tout « la maison de Dieu », la mosquée n’a d’autre vocation que la réunion des fidèles, sobriété de mise, rien n’est trop beau, mais rien n’est trop luxueux. Les richesses doivent davantage à la béatitude visuelle qu’elles procurent qu’à la noblesse des matériaux, y participent les jeux de lumières, les formes employées, l’appariement des matières, l’architecture générale… N’oublions pas que les signes extérieurs de fortune (de même que les représentations d’idoles si prolixes vers chez nous) ne sont pas conformes à l’image de pauvreté des prophètes. Une idée à méditer, mes frères. Personnellement, bien qu’ opposé aux signes ostentatoires, mes sandales et mon short couverts des poussières de la ville me font penser à la tenue dépouillée du Christ et puis je voyage toujours en classe économique.
Vieil Istanbul
Ce soir, comme souvent après le dernier appel du Muezzin, je passe un moment avec Gokhan. Mon cafetier au look de pizzaïolo et accessoirement hôtelier, puisqu’il me loue l’unique chambre-dortoir de sa pension. Depuis l’invasion des hippies dans les années soixante-dix (Istanbul était sur la route de Katmandou), il traverse la vie depuis l’arrière de son comptoir, un verre dans la main droite, rotation du torchon dans l’autre (l’impure). Il doit être né comme ça, il avait un tic, il en a fait une profession.
Ses ancêtres viennent du Kazakhstan, ce sont des turcs, plus précisément de la horde des Uzbeks qui avaient fuit d’autres hordes nomades et dévastatrices, on les appelait « Kazaks », fugitifs. Les russes les ont transformés en « cosaques », les ont laissés s’installer dans des steppes septentrionales autour de la mer d’Aral et leur région s’appelle aujourd’hui Kazakhstan. Gokhan est donc un peu russe, un peu mongol, un peu turc, un peu tout. Peu importe, il appartient à une de ces gigantesques communautés qui se sont entretuées, puis métissées pour finir par former le peuple turc. Un Kazak cafetier à Istanbul, c’est comme un auvergnat bougnat à Paris. Alors kazaks ou auvergnats, même combat : Dès que sa femme a disparu dans les appartements il sort une bouteille de viski planquée derrière ses livres de comptabilité. Du pur malt en provenance du pays de Satan. Je m’assieds sur le tabouret tandis qu’il reste debout en face de moi dans l’angle de ce bar qui lui sert d’accoudoir et occasionnellement de bureau. De cette position stratégique, fenêtre sur le monde, il peut surveiller la rue mais aussi, je présume, le retour de sa femme. Il remplit des verres à minima, comme s’il s’agissait d’un médicament et lève le bras au-dessus de sa tête dans un geste technique élégamment maîtrisé. Nous levons nos verres dans un décor de bistrot en clair obscur, subtil bric-à-brac où l’Orient côtoie le reste du monde. Un miroir aux bords biseautés avec une frise d’inspiration byzantine reflète un carton publicitaire Coca cola qui lui-même voisine avec un narghilé ouvragé et un vase art déco. Une radio périphérique balance en sourdine des tubes aux rythmes en arabesque et dehors, sous un ciel étrangement zébré de bandes rougeâtres qui s’étirent vers le Bosphore comme les oriflammes des croisés italiens, il pleut.
Je promène les yeux dans cette demi pénombre aux accessoires internationaux et intemporels. On est bien. On est citoyen du monde tout simplement, habilité à communiquer à l’aide de cette grammaire universelle exempte de mots, un espéranto muet dont les hommes savent se passer pour peu qu’ils n’aient pas vocation à diriger le monde, à conquérir le pouvoir de l’autre. Gokhan se lance : Allah Korusum (Dieu soit avec toi), ce qui en dit long sur son interprétation de la charia. Nous buvons à l’amitié franco turque, à l’amitié tout court, aux rencontres, aux hommes, à notre immersion en première classe dans une humanité sans chichi où l’autre est un peu le reflet de nous même… « …en dépit de mes cheveux blonds, je suis asiatique, en dépit de mes yeux bleus, je suis africain » écrivait Nazim Hikmet. Et puis on est mieux là au sec, que dehors sous le déluge.
Nous devisons sur le monde, sur nos vies, il bavarde en s’appliquant à rouler des cigarettes ultra minces avec des mains comme des battoirs. Si les marseillais ont le vieux port, les stambouliotes ont le Bosphore, quarante mille navires y croisent chaque année.
Ses anecdotes ne dépareraient pas dans les Bouches du Rhône, un invraisemblable accident de bateaux en plein courant entre une espèce de vieille barque en forme de gondole et un puissant chris Kraft. Le riche propriétaire du hors bord voulait emmener sa chèvre au bouc d’un ami qui vivait de l’autre coté ; la chèvre habituée à vivre dans un carré de verdure et paniquée par le transbordement nautique a voulu se réfugier près de son maître et s’est emmanchée les cornes dans le volant du bateau, celui-ci a dévié brusquement de son cap, fait demi-tour sur place en éjectant son pilote à la mer et s’en est allé percuter l’autre embarcation. La gondole n’a rien eu mais le puissant hors bord, coque éventrée, a coulé à pic, la chèvre avec. Le pilote a été repêché sain et sauf, quant au bouc, il attend toujours.
Nous rions de bon cœur. Ce soir, voyant que le tavla est resté ouvert sur le bar, je lui propose une partie de trictrac (backgammon). Un match de l’Orient contre l’Occident dans un stade à huis clos. Il accepte avec enthousiasme car il ne doute pas un instant qu’il puisse perdre. Il se permet même le luxe de me promettre de m’apprendre des trucs. C’est mal me connaître. Voyager au XXIe siècle sans maîtriser les règles du « back » est aussi important que d’avoir un passeport en règle… et puis pour confirmer ma veine je commence par un double six.
A l’issue de la revanche, ses yeux ont totalement perdu leur jovialité, il remet la bouteille dans sa cachette, referme le tabli comme on rabat un capot de voiture et s’expatrie dans la rue sans plus m’adresser la parole de la soirée. Dés lors, il se méfiera définitivement de moi et refusera à jamais de rejouer une partie, prétextant que je ne suis pas un « bon » joueur. La prise de Constantinople par les croisés ne l’aurait pas vexé davantage et j’ai désormais une petite idée de la façon dont commencent les guerres.
TOPKAPI 3DP
Aujourd’hui, pas de vent. L’âcreté de l’air est-elle significative d’une pollution ardente ou bien de la teneur en soufre de cette ville volcan dont le cœur gronde d’une éruption permanente ? Si nous ne sommes pas loin de l’aplomb entre la jonction des plaques tectoniques eurasienne et africaine, si la ville n’est pas exempte de secousses, Istanbul pratique une vulcanologie bien à elle. Ses racines sont profondes mais le magma est généré directement par ce qui se passe en surface ; il ne se transforme pas en basalte, ne durcit même pas mais est constitué de cette humanité féconde, mélange de sang et de lave, (45 millions d’habitants il y a vingt ans, 70 millions aujourd’hui, 80 millions estimés dans quinze ans : la natalité la plus galopante d’Europe) qui fusionne, se déverse, fume, s’éparpille sur les pentes de ses sept collines en noyant les ruelles, les cafés, les jardins, même les cimetières et tout le reste bien au-delà. C’est bien connu, les abords des volcans sont fertiles, ne nous étonnons pas de trouver dans les faubourgs populaires cet entassement de ruraux venus tenter leur chance au plus proche du cratère. Istanbul travaille tôt le matin et veille tard le soir, entre les deux les fumerolles s’élèvent depuis les échoppes où rissolent les Kebabs, s’échappent du moteur des bus urbains et du cornet des narghilés. Sa lave est une liqueur douce qui enveloppe les rues, leur donne ce goût d’épice adoucie spécifique à la cuisine d’ici, se répand comme la chaleur ourlée des hammams . Sensation d’Orient, ambiance indélébile avec ce petit quelque chose d’Asie, de désert et de Méditerranée, de loukoum et de café robusta. Le klaxon des taxis comme le bruit des engins de construction de cette ville en éruption n’y changeront rien. Istanbul a la couleur de Bagdad, le bruit de Bangkok, le climat d’Athènes et les aérations de Tunis… Mais il y a un peu de Pompéi et d’Herculanum en elle, du temps de leur vivant, lorsque le Vésuve n’était qu’un aimable monticule fumigène et où la population vaquait à un destin qui paraissait sans limite.
Ses éruptions sont permanentes et Istanbul n’est pas prête à lâcher son dernier souffle. Jean Baudrillard ne s’y trompait pas lorsqu’il prédisait il y a peu que les éléments hétérogènes de l’Europe d’un côté et de l’Asie de l’autre s’affrontent ici, se chevauchent depuis toujours sans jamais se confondre et font de l’endroit « le centre du monde ». C’est sans doute de cette friction, du choc de ces deux modernités que renaît chaque matin l’énergie de la Cité.
La pluie impétueuse qui nous accompagne depuis deux jours ne viendra pas à bout du brasier. Les nuages bas se sont déchirés le ventre aux aiguillons de la mosquée Süleymaniye. Quatre minarets comme autant de colonnes pour soutenir symboliquement le monde, elles sont situées aux quatre orients et on ne s’y frotte pas impunément. Du coup, la pluie, drue et généreuse, se déverse sur les coupoles et dévale les rues sans répit, les égouts gloutonnent abondamment, les voitures renvoient l’eau sur les vitrines et les pantalons des passants. Istanbul est une cité maritime et ses trottoirs sont aussi mal carrossés qu’un torrent de montagne, ils font dégringoler l’eau jusqu’à la mer. Heureusement la fin du déluge s’annonce, nous n’aurons pas besoin d’aller nous réfugier au sommet du mont Ararat où Noé a parait-il mené sa barque. Quelque chose indique la fin du phénomène, une lumière bleutée et hauturière s’annonce au-dessus du Bosphore. Tout à l’heure, lorsque l’eau aura lavé le ciel, définitivement déposé la pollution aérienne au sol et rincé les rues, le soleil brillera sans contrainte, une brume de chaleur enveloppera les murs et tamisera la lumière pour la rendre assurément sublime. Je fonce à l’hôtel chercher des filtres pour mes objectifs et je profite des flaques pour courir sur la lave en fusion sans risquer la brûlure.
Le palais de Topkapi, c’est le Versailles local, immensité architecturale qui, vu d’en haut, se décline jusqu’à la rive du Bosphore. Jardins et bâtiments guident le regard et semblent disparaître dans la mer à l’instar des puissantes dynasties qui occupèrent les lieux et ne survécurent au raz-de-marée qui ébranla le Moyen-orient aux environs de la première guerre mondiale. Le palais était la demeure du sultan et de la sultane Validé, sa mère. Le sultan, malgré son statut empreint de toute puissance (il avait le droit de posséder quatre épouses et un harem au grand complet) était voué à vivre au crochet de sa génitrice qui se permettait même de donner des ordres au grand Vizir. Heureusement, la maison est spacieuse, il doit se trouver quelques endroits où se planquer.
A Topkapi, tout se visite : appartements, carrosses impériaux, salle du conseil, des circoncisions, des eunuques, du trésor impérial, hammam, cuisines, galerie des portraits, collections… J’en passe. C’est cher, on fait la queue souvent à cause de l’affluence, mais on en a pour ses sous et à la fin on est incollable sur le régime politique et l’art de vivre à la cour à l’époque des sultans. Et puis pour ceux qui aiment la sophistication des styles architecturaux imprégnés d’orientalisme, il y a sûrement quelques idées déco à récupérer, mais dans un F3 à la porte de Bagnolet, il faut y aller doucement sans quoi ça risque de faire un peu « chargé ».
Croisière sur le Bosphore 3DP
Flash back. Nous sommes au printemps de l’an 1204 et notre remontée du Bosphore en bateau n’a rien de touristique, les hommes qui m’accompagnent, barons, comtes, ducs ou ribauds, hommes de mains ou cerfs promis à l’émancipation ont tous cousu la croix du Christ sur leur poitrine. Nous sommes partis depuis près d’un an pour la quatrième d’une expédition que plus tard les historiens nommeront croisades et à l’approche des remparts de Constantinople, seuls le bruit de la navigation à voile et les psalmodies religieuses des passagers rompent le silence. Quelques tintements métalliques, bruits d’épées, de heaumes d’armures ou de lances entrechoquées attestent de la nervosité de chacun. « Ceux qui mourront tout à l’heure iront directement au paradis » nous a promis notre Evêque. Rien ne presse.
Nous remontons le courant qui vient de la Mer Noire et descend vers la Mer Egée, à travers le Bras Saint George. Passée la corne d’Or et Galata, le vent de face nous oblige à louvoyer. Les nefs se frôlent, viennent virer de bord au ras des murs derrière lesquels on se prépare à repousser l’assaut. Les poulies grincent et dans les cales, les chevaux hennissent parfois, traduisant la crainte mêlée d’impatience qui caractérise l’instant.
Je n’ai pas peur, je suis ici sur la volonté de Dieu. Nous sommes partis pour délivrer Jérusalem, secourir nos frères chrétiens d’Orient persécutés par des hordes païennes mais une discorde avec nos bailleurs vénitiens, propriétaires de cette flotte, nous a contraint à changer nos projets. Nous manquons d’argent pour financer nos créances nous n’avons d’autres choix que d’aller confisquer au passage les richesses dont on dit que la ville de Constantinople est garnie. La notion de « business plan » telle que pratiquée au sortir du Moyen-âge fonctionne ainsi. Il parait que le pape Innocent III nous a excommunié suite à une manœuvre similaire dans la ville de Zara, mais sans argent, les guerres manquent de nerf. Et puis avouons-le, une razzia de temps en temps, c’est bon pour le moral des combattants. Quant à la richesse supposée de notre futur objectif, ce n’est pas mon voisin de bord, Geoffroy de Villehardouin qui me contredira, une main sur la crosse de son épée, l’autre sur le plat bord du bastingage, les yeux au loin comme observant à travers les murailles les statues couvertes d’or, les pilastres de marbre, les coupoles couvertes d’ivoire ou les pierres précieuses dont les murs sont farcis. Il s’exclame : «Ceux qui onques ne l’ont vue ne peuvent penser que si riche ville puisse être en tout le monde… il n’y a parmi nous si hardi à qui la chair ne frémît ». « Dis donc, tu parles bien, lui dis-je. Tu devrais écrire un livre. »
« - Que dieu te garde en sa sainte protection », s’écrit-il alors avant de me bousculer pour s’élancer sur la berge au pied de la future forteresse de Rumeli Hisari, qui marque l’endroit le plus étroit de la passe et que notre nef est venue éperonner.
L’action est lancée, l’objectif du caméscope d’un de mes compagnons de fortune enfoncé dans mon dos, je me vois contraint de sauter à terre à mon tour. Une fois passé la passerelle, j’esquive le premier marchand ambulant de cartes postales, évite de justesse de renverser un panonceau à la gloire des horaires d’embarquement et finis par succomber devant l’insistance d’un marchand de thé. Celui-ci est impressionnant, caparaçonné comme un soldat sorti de Tintin et le sceptre d’Ottokar, gilet rouge brodé, turban à la mise complexe et sur son dos une installation en inox digne d’un moteur à gazogène. L’homme propose aussi du café, boisson qui, accompagnée d’un verre d’eau constitue le breuvage national. Quant à savoir si l’eau se boit avant ou après le café ? Cela dépend me dit-il. Les turcs le consomment après, les francs (entendons grosso modo tout ceux qui viennent du monde chrétien) avant. Je choisi de fusionner les cultures, un demi verre d’eau avant le café, le reste ensuite. Et puis en guise de combat, je m’assieds sur un banc et je contemple les vieilles pierres. Il parait que certains croisés subjugués par la beauté du site, le climat et la grâce des femmes n’ont jamais pu quitter cette ville. Ils se sont fondus dans la culture ambiante, leurs enfants étaient blonds et leurs descendants vivent certainement encore ici aujourd’hui.
Je renonce donc à mon projet de conquérir les richesses matérielles de la ville et trouve refuge dans un de ces temples du bien être et de l’oisiveté : un hammam.
Sept étapes dans un décor des milles et une nuit à l’issue desquelles j’aurai le sentiment d’avoir abandonné mon enveloppe charnelle.
Premièrement : Le vestiani dont on sort, ceint au minimum d’une serviette de bain piquée dans un hôtel international,
Ensuite viennent la salle fraîche, la salle tiède puis la salle chaude, montée en régime calorifique où l’organisme s’adapte progressivement à la chaleur. Dans cette dernière pièce, l’étuve, on peut procéder à des ablutions personnelles. A terme, transpiration et sudation garanties.
Une fois décrassé, c’est le moment du massage turc prodigué par un athlète à garder comme ami pour le jour où on aurait besoin de déménager une armoire normande (ou turque, étant donné que le mobilier local n’a parfois rien à envier en terme de lourdeur à nos fabrications les plus rurales).
S’ensuit une séance de relaxation dans un bassin de marbre rare, abondance d’eau chaude et un peu ferrugineuse (En Anatolie, certains villages profitent de sources chaudes, pas Istanbul) ou je devise de tout et de rien avec mes voisins de baignade.
Dernière étape, et pas la moindre, dégustation d’un café, un de plus, le corps délié, la peau souple et détendue, l’esprit neuf comme à la sortie de la maternité. Prêt à conquérir le monde à nouveau… ou rentrer chez soi s’offrir une petite sieste réparatrice.
L’Europe
Alors, la Turquie, qu’est ce que tu en penses ? Me demandent le turco septique irréductible et européen sans doute convaincu. Eligible ou pas ? Une chose est sure, la Turquie aura au moins réussi à ce que L’Europe s’interroge sur elle-même. Quant aux Turcs eux-mêmes, du moins ceux de la rue, Europe ou pas, ils ont l’avenir plein champ. Les images d’une Constantinople poétique et ottomane avec ses caïques qui longent des berges endormies sous les cyprès, ses esclaves indolentes aux hanches chaloupées repérées par Delacroix appartiennent au folklore. L’orientalisme s’est modernisé, le stambouliote d’aujourd’hui remplit son Caddy chez Carrefour et a parfois troqué sa mobylette, elle-même venue en remplacement de l’âne séculaire, contre un 4X4. Il se moque comme de ses premières babouches de savoir si l’Europe sera un succès ou pas, se fera avec ou sans la Turquie car ce peuple a gardé de Gengis Kahn, Mehmet le conquérant, de Tamerlan, de Soliman le Magnifique ou plus récemment de Kemal Mustafa l’âme d’un leader. N’oublions pas que l’Empire Ottoman n’avait pas à souffrir la comparaison avec l’Europe du XVI ème siècle.
En revanche, un petit périple en Anatolie surprendra l’observateur. A croire que la modernité a oublié de franchir le Bosphore. En dehors des villes, des côtes et des grands axes où le touristiques a transformé le rythme de vie et les rapports humains, la Turquie orientale présente un visage qui parait bien loin des critères de Maastricht : cultures morcelées, réseau routier souvent archaïque, Islam très marqué où la place de la femme : c’est la cuisine ! Villages isolés et rudes où survivent des exploitations familiales dont le revenu dépasse rarement les 2000 euro annuels. On peut tenter la comparaison avec l’Espagne de l’après guerre.
Sur le plan symbolique l’adhésion de la Turquie signifie beaucoup. Cela indiquerait que l’Union n’a pas peur ni du progrès en marche, ni de l’avenir, que ses valeurs sont évolutives et non pas figées dans la tradition. De même, en faisant évoluer son rapport à l’Occident, cela prouverait au monde musulman lui-même qu’il est compatible avec une forme de démocratie plus « septentrionale » et que la difficile laïcité de la Turquie n’est pas utopique. L’équilibre nord-sud, la stabilité géopolitique et la coopération internationale, en fait la paix, sont à ce prix.
En rejoignant l’Union et ses trois cent
Millions et demi de ressortissants qui y vivent déjà, la Turquie se démocratisera encore plus, elle devra signer la Charte des droits fondamentaux et aura des comptes à rendre devant la cour européenne des droits de l’Homme. Il lui faut alors impérativement régler les deux problèmes majeurs qui subsistent : la persistance d’une politique négationniste du génocide arménien et le caractère souvent impuni des violations des droits de l’Homme commis par une police encore trop attachée à un pouvoir autrefois très militarisé.
N’oublions pas non plus que récemment le régime voulait condamner les femmes adultères, et uniquement les femmes, à trois ans de prison. Pour autant le fondamentalisme islamique qui recherche l’adhésion des pays musulmans n’a rien à voir avec l’Islam et s’il se plait à déformer les réalités pour faire croire à l’existence de deux mondes irréductibles, à nous de faire la part des choses. Erdogan, le premier ministre turc dont le parti AKP est une formation issue de l’islamisme a promis plusieurs choses : le respect des droits de l’Homme à l’égard des Kurdes, des femmes et des opposants, la reconnaissance de la République de Chypre, la condamnation de l’islamisme radical, la possibilité pour les minorités de jouir d’un droit à l’éducation et à l’information dans leur langue.
Quant à l’abolition de la peine de mort… c’est fait depuis 2002.
Si l’union veut être un carrefour de civilisations, ouvert sur l’avenir, il lui faut être capable de réunir une communauté de valeurs avec des sociétés athées, musulmanes ou judéo-chrétiennes. L’entrée de la Turquie, centre névralgique des anciennes routes de la soie, randonnées civilisatrices s’il en est, attesterait de la viabilité du concept. Et puisqu’il faut prendre le risque de voir ce que d’aucun appelle « le péril musulman » détruire ce que d’autres qualifient de « club chrétien » pour en faire une entité laïque et tolérante, prenons-le et faisons un rêve (à ce propos, prétendre conjuguer l’Islam et les droits de l’homme est bien péremptoire, en quoi la religion islamique ne serait-elle pas respectueuse des droits de l’Homme ?).
Et puis pour les derniers sceptiques, je recommande une virée dans le petit matin au cœur du récent métro stambouliote. Tout, autour de lui aura un air de déjà vu : à Paris, Londres, Hambourg, Istanbul ou Lisbonne, le matin dans les transports en commun, l’Europe au grand complet fait la gueule.
Alors il se pourrait bien que dans quelques siècles, lorsque d’éminents anthropologues évoqueront « l’âge du pétrole », ils présentent la Turquie « pays laïc de tradition musulmane » comme le cœur de la fusion entre l’Europe et l’Asie et point de départ d’une nouvelle ère de progrès social, d’écologie et de paix universelle. Ensuite, comme disent les américains, les inventeurs incontestés du concept « d’états unis », la seule limite sera le ciel.
Les hirondelles qui passent comme des flèches entre les minarets de la mosquée Süleymaniye ont sans doute une longueur d’aile d’avance, elles n’ont pas attendu la libre circulation des hommes et des marchandises pour venir prendre leur quartier d’hiver ici. Elles ont bien raison.
NOTES :
Pendant deux millénaires, les turcs se sont acculturés au contact de peuples d’origines, de cultures et de religions éparses. Curieux de tout et des autres en particulier, craintifs des divinités inconnues, sachant se montrer commerçants, ayant le goût de l’offensive, d’une solidarité entre combattants sans égal, méprisant leur propre vie comme de celle des autres, leur souci, même si les premiers contacts sont d’une violence bestiale, est de co-exister en paix au contact des tribus (les Tatars, les Moghols, les Manchous, les Avares, les Yakoutes, les Kazaks, Uzbecks, Azeris, les Huns ) qu’ils rencontrent. Ils vont et viennent du Pacifique à la Méditerranée, cherchant des herbages pour leurs chevaux et lorsqu’ils cesseront leurs virées équestres, ils nommeront « oda » la chambre, un mot en provenance directe de « otag », la tente.
Plus tard, avant de trouver dans l’Islam leur religion définitive, ils embrasseront successivement ou simultanément toutes les religions du monde. Ils apprendront que pour coexister en paix entre taoïstes, chrétiens, juifs ou musulmans, il a fallu faire des concessions à chacun, créer des quartiers dans les villes, assurer la libre pratique des cultes, exonérer les religieux de l’impôt. Une telle tolérance nécessite la traduction des textes sacrés, l’organisation de colloques, de débats entre théologiens. Les turcs ont inventé la possibilité de la coexistence pacifique et on ne peut guère en dire autant du reste de l’Europe.
Byzance : La cité qui était pourtant déjà une sorte de semi protectorat ottoman fut conquise par
Mehmed II le 29 mai 1453 à la tête de 12000 hommes et 350 navires. Il fit un trou dans les murs à l’aide d’un canon coulé à Edirne et amené à pied d’œuvre en 2 mois par 400 hommes et 60 bœufs. L’engin expédiait des boulets de 600 kg. (En même temps en France, une bombarde explosait en essayant de tirer un boulet de 250kg). Son entrée à cheval dans la cathédrale Ste Sophie marque la fin du Moyen-Age et le début des temps modernes. « Heureuse l’armée, heureuse le chef qui la prendrait » disait une parole accordée à Mahomet et concernant la prise de Constantinople.
Soliman le magnifique : « Le Grand Turc », « l’ombre de Dieu sur la terre », allié de François 1er contre Charles Quint. Son empire comprend Bagdad, Belgrade, Budapest, Alger, Tunis, Djerba, Tripoli. En pleine guerre de religion, l’Europe sait que le plus grand danger reste la menace des orientaux et ils savent aussi que se lancer sur une Méditerranée surveillée par les ottomans est plus périlleux que de traverser l’Atlantique. Sous le règne de Soliman qui marque l’apogée de l’empire Ottoman, Constantinople compte 700 000 habitants : c’est la plus grande ville du monde.
Soliman aime parler de religion, mais uniquement avec des musulmans. Sa devise est la même que Gengis Kahn et Timur : « Il ne peut exister qu’un seul empire sur la terre comme il n’y a qu’un seul dieu dans le ciel ». Fin connaisseur, pour ses harems, il rafle des filles jusqu’en Provence ou en Castille (en fait, les harems ne peuvent être peuplés que d’esclaves et les musulmanes ne peuvent être esclaves).
A partir du XVe siècle, on peut diviser les Turcs en deux catégories : ceux qui sont restés à l’état de cavaliers des steppes, purs descendants de Gengis Kahn, vivent en nomades et changent de résidences au gré des herbages ou des razzias qu’ils commettent dans les villes et ceux qui ont participé à la révolution de l’arme à feu, essentiellement des ottomans, et se sont sédentarisés.
Au XVI e siècle apparaît le chiisme, entre orthodoxie et protestantisme musulman, chiites et sunnites s’opposent…. Les ottomans sont sunnites, les turkmènes sont chiites. Aujourd’hui le pays est encore partagé entre deux fractions politiques d’inspiration chiite et sunnite.
Dans les dernières années du XVIe siècle, la pensée scientifique moderne qui se développe en Europe n’est pas suivie par les Turcs. Même si l’Empire Ottoman reste la première puissance du monde, en 1606, la paix de Sitvatorok marque la limite de son extension. A cette époque, les connaissances des ottomans sont considérables : géographie, agriculture, floriculture, recherche scientifique (ils pratiquent la vaccination contre la variole dès le XVIIe siècle et l’exportent en Europe bien avant Jenner), architecture (la ville est farcie de ces coupoles dont personne mieux qu’eux ne maîtrisait la construction).
Au début du XVIII e siècle , la capitale s’adonne aux fêtes et cultive les fleurs avec tant d’amour qu’on nomme cette époque « l’ère des tulipes ». Pourtant, les ottomans passeront à côté de la grande mutation des temps modernes. On y oppose les grandes découvertes qui livrèrent l’Amérique au monde occidental (les Portugais et les Espagnols en cherchant une nouvelle route vers l’Inde et l’extrême orient cherchaient surtout à contourner les monopoles commerciaux des Turcs) ; toute l’économie du Levant s’en est trouvée bouleversée. Plus tard, la révolution industrielle en Europe fit le reste.
Kemal Mustafa « Atatürk » « Le père des Turcs » : Il prend le pouvoir en 1922 après avoir repoussé les grecs hors de Turquie. Son credo : abolir le sultanat et créer un état turc, de langue turque, géré par des turcs, pour des turcs. « La révolution kémaliste » marque des changements notables : abolition des tribunaux religieux, interdiction du voile, des costumes orientaux, remplacement de la charia par un code civil suisse, adoptions d’un code commercial allemand, d’un code pénal italien. Interdiction de la polygamie, des harems, de l’inégalité devant l’héritage. Adoption d’un système d’écriture latin. Constantinople devient Istanbul et cerise sur le gâteau, dès 1934 les femmes ont le droit de vote (les françaises attendront 1948). C’est à l’ensemble de ces réformes que les turcs doivent leur statut actuel : trop islamistes pour les européens, ils paraissent trop occidentalisés pour les islamistes.
Quels points communs entre Isabelle Adjani, Tcheky Kario et Edouard Balladur ? Tout trois sont d’origine turque. Les deux premiers par leur père, quant au troisième, il est tout simplement né à Izmir où il a encore de la famille.
Quelques données récentes : (nouvel obs 12/04)
Capitale : Ankara
Superficie : 774 820 km2
Pop : 70 Millions
Pop urbaine : 65,8 %
Alphabétisation : 85,1 %
PIB 2003 : 212 milliards d’euros
PIB par Hab. : 5 930 euros
Taux de chômage : 9 %
Salaire minimum net : = 150 euros
Religion : Islam
Régime politique : république à régime parlementaire
Chef d’état : Ahmet Necdet Sezer
Economie : agriculture (olives, raisin, tabac, thé, ovins, tournesol)
Industrie (filés de coton, lignite, ciment, textiles synthétiques)
Tourisme.
Et puis tout se termine en poésie :
L’épopée de la guerre d’indépendance.
Telle une caravane venue au grand galop de l’Asie lointaine,
la tête tendue vers la mer,
ce pays est le nôtre.
Poignets ensanglantés, dents serrées, pieds nus,
et cette terre qui est un tapis en soie,
Cet enfer, ce paradis, sont les nôtres.
Que les portes des maîtres se referment pour ne plus jamais s’ouvrir,
supprimez l’esclavage de l’homme par l’homme,
cette invitation est le (la) nôtre…
Vivre seul et libre comme un arbre,
et fraternellement comme une forêt,
cette nostalgie est la nôtre.
Nazim Hikmet
Je vous invite à parcourir mon site internet
et à prendre contacte avec moi pour toute préstation reportages
Ecrit par jcrey, le fév 08, 2011 • Catégorie: Featured, voyages• Tags: photographe journaliste • Pas encore de Commentaires • Partagez sur Twitter
Presentation photojournalisme livre
Edito du livre Istanbul Porte de l’Orient
Lorsque mon éditeur me sollicita pour la Turquie, cela faisait 10 bonnes années que j’en rêvais, espérant que l’occasion ce présente un jours d’y séjourner longuement.
Un reportage photographique demande du temps, une parfaite connaissance des thématiques abordées et la mise en place d’un « déroulement » photographique millimétré…
Les rencontres, la magie du hasard doivent faire parti intégrante du « voyage », ils sont même ce qui donneras la vrai « couleur » d’un travail photographique!
Le débat pour l’entrée de la Turquie au sein de l’union Européenne témoigne d’une méfiance instinctive envers un grand état à majorité musulman.
Historiquement, ce pays, situé en Grèce antique, berceau de la civilisation Européenne, devenu empire Ottoman, surnommé byzantin, à toujours affirmé son identité Européenne.
La Turquie à abandonné son écriture arabe, à affirmé sa laïcisation, à entrepris une forme de révolution tranquille afin de remplir les critères nécessaire à une adhésion à l’Europe.
Constantinople, Byzance, Istanbul…. 3 noms pour une même ville qui n’a rien à envier aux grandes capital de ce monde. La mosquée bleue, sainte Sophie…L’antiquité, l’art Byzantin ou Ottoman s’y mélangent avec subtilité et bonheur! La cohabitation des dissemblances enchevêtrées par des siècles de vies communes, témoigne d’une ouverture et d’une tolérance singulière.
8000 ans d’histoire…Une ville monde construite sur 2 continents…De Byzance à la république, elle exerce une fascination jamais démentie.
Istanbul, une alchimie entre ces racines et ses envie d’Europe, entre fierté et frustration, une porte sur un Orient en pleine mutation.
Je suis à votre disposition pour tous reportages mariage
, corporate, ou projets éditorial
Ecrit par jcrey, le fév 02, 2011 • Catégorie: Featured, photojournaliste, voyages• Tags: photographe journaliste • 2 Commentaires • Partagez sur Twitter






















