Archives mensuelles : décembre 2010

photographe journaliste


Grand reportage – photojournalisme
Notre profession est mise à rude épreuve par un environnement commercial très compliqué! Gamma, sygma, Sipa et bien d’autre ont été dépecé, « digéré », la presse dans sa presque totalité est désormais tenue par les banques, les actionnaires…L’indépendance est remise en question sur l’hôtel du profit immédiat et de l’image consummatoire!
Produire des reportages, des images coute cher! Dans ce contexte beaucoup de mes confrères ont tout simplement été  » remercier ». Les « survivants » travaillent en collaboration avec d’autre structure, des moyens différents pour produire autre chose que le yaourt médiatique dont ont nous inondes sur tous les supports…Nous sommes passé en très peu d’année, de l’information à la communication…Le photojournalisme, sa singularité ne sont plus guère apprécié et valorisé que d’une minorité. Un drôle de paradoxe quand ont réalise que le grand public possède une culture de l’image incomparable à celle des générations précédente! Les expositions, les salons, les festival qui lui sont dédié emportent un succès grandissant chaque année!
Début des années 2000 je réalisais péniblement 2 reportages par ans ou on m’en demandait plutôt une dizaine….Comme le journal télévisé de 20 heures qui est passé de 4 ou 5 titres à une bonne 20 ene…
Plus vite, encore plus vite, loin des détails, de la substance même des évènements….L’air du numérique à bien entendue confirmé cette tendances…
Nos choix professionnel ont une incidence directe sur notre vision et notre conception du photojournalisme, de la vie…Chaque reportage photographique est profondément inscrit en nous, mémoire fragile de nos engagements, de nos joies et nos douleurs…Aucune certitude n’y trouve sa place, le temps, la distance nous permettent tout juste d’apprécier ou délier un point de vue….
Nos préoccupations semblent éphémères et fragiles…Le monde, en constante mutation , tout à ces activités pressé ne ce soucis guerre d’une poignée d’observateurs

Pour me contacter n’hésiter pas à consulter mon site internet
photographe journaliste

photographe mariage Greg et Caro

Photographie mariage de Caroline et Gregory
Une rencontre sous l’étoile de l’amitié et d’une exigence photographique bien au delà des « standard » de la profession de photographe mariage!
En effet, Grigory possède la passion de l’image et un talent couronné d’expositions et de reportage digne des meilleurs professionnel! Au delà de mon travail de photographe mariage, mon expérience de photo-reporter était déterminant pour eux(ce qui en soit est très rare)!
eglise mariage
La volonté de ce marier autrement, de s’éloigner des standards conventionnel me laissait présager un jour tout à fait exceptionnel!
Géraldine de l’agence dite moi Oui leurs à concocté Un mariage à leur image que je devais saisir dans toute sa force mais également ses détails improbables qui apportent la consistance , la surprise d’un reportage photographique » d’exception »!

engagement mariage
Mon travail et mon métier de photojournaliste implique de savoir saisir  » l’information », comportant naturellement des qualités d’observation et d’empathie, une grande curiosité et un engagement personnel total. Mon approche photographiquecérémonie mariage n’est pas « tendance », elle émane d’une réelle expérience de l’information et de l’édition.
N’hésitezpas a consulter mon site internet ou prendre contacte avec moi!
reportage mariage
soirée mariage
préparatifs mariage
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préparatifs mariage

Reportage photographique au Maroc

reportages photo

Maroc,

Quelqu’un leur a dit un jour : « Vous allez avoir vingt ans, mettez votre enfance dans votre poche et barrez vous en courant, c’est ce qu’il y a de mieux à faire. »

C’est la veille du printemps et ils viennent de souffler leurs vingt bougies. Ils achètent une Citroën Méhari hors d’âge, moteur cassé, peinture délavée, capote en lambeau. Ils remplacent le groupe propulseur vieilli par un moteur reconditionné. De temps en temps ils s’arrêtent pour éplucher la documentation technique, l’occasion de s’asseoir au soleil et de fumer des cigarettes sans filtre où un chameau apparaît sur le paquet. Ils installent une rampe d’antibrouillards à l’avant pour donner à l’engin une apparence de vaisseau du désert et percent le plancher à l’arrière des sièges pour boulonner en son fond une malle métallique. A l’intérieur, ils disposent leur trésor avec mille précautions, le répartissant avec soin pour éviter les balourds, fermant le tout à l’aide d’un solide cadenas.

Une fois parés, ils se laissent aspirer inéluctablement dans le tumulte du macadam à quatre voies, heureux comme peuvent l’être ceux en partance pour eux-mêmes. Ils foncent dans les vapeurs d’ozone des moteurs diesels, direction le Maroc et l’Afrique, « On est tous dans la brume quand on sort de l’enfance ». Le petit bicylindre strident hurle toute la nuit. Les remous d’air dans le capotage, les camions sombres qui laissent traîner un assourdissant chapelet d’animosités métalliques n’incitent pas à prolonger les conversations. Ils conduisent à tour de rôle, s’assoupissent parfois. En paix avec soi même, un banc de square vaut tous les sofas.
De temps en temps, ils s’arrêtent pour vérifier la pression des pneus et la fixation de la malle.
« – Tu imagines, si on la perdait !
– Tais-toi, je n’ose pas y penser. »

Le meilleur moyen d’être pied au plancher sans aller vite, c’est d’escalader les montagnes. Ils se hissent jusqu’au Perthus, basculent sur le versant espagnol sous l’œil indolent des douaniers et profitent de l’élan pour longer la Méditerranée, jusqu’au bout.
C’est un grand pays l’Espagne, tout en longueur, ça n’en finit pas, comme un serpentin de réglisse que l’on déroule entre ses doigts, comme une corrida au ralenti, comme l’enfance que l’on croit infinie.

L’autovia s’arrête à Algésiras. Ici la plage n’est pas une destination, on ne s’y arrête pas pour poser sa serviette, seulement pour prendre la mer ; alors dans le ferry qui ballote jusqu’à Tanger les habitués se plaignent : « vivement un pont, un tunnel… quelque chose ! ». A bâbord c’est la Méditerranée, à tribord l’Atlantique, c’est de flotter entre deux eaux qui fiche la nausée ou bien c’est la houle ? Allah à lam (Dieu seul le sait).
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Le Maroc c’est un promontoire, le seuil vers l’aventure ou bien le bout du bout de l’Afrique selon le point de vue où on se place, un paysage pour les uns, une frontière pour les autres. On y vient des fois par delà les déserts voir clignoter les lumières de l’Europe au loin et vérifier que le texte de la convention de Genève sur le droit d’asile n’est rien d’autre qu’un écrit sans intentions. Ici s’arrêtent les illusions d’un monde meilleur. Pour d’autres, nés du bon coté de la méditerranée, le rivage marocain est le commencement de la découverte. Dans cette immersion vers un monde inconnu, ils sauront contourner les inévitables charmeurs de serpents et autres fantasias colorées pour lui préférer la rencontre avec l’autre qui n’est pas soi, s’habille parfois d’un burnous et pratique une religion civilisatrice tant décriée par ailleurs. Il faut dire que passé le détroit, on change d’état civil, on n’est plus tout à fait soi. C’est le moment où il faut choisir entre être partout chez nous ou chez nous nulle part, entre le statut de sujet dominant, sujet dominé ou sujet adapté.
Le voyage n’est pas un agrément, il est fondateur ; il parait même que le tourisme moderne remplace les pèlerinages d’autrefois et que la traversée commence là où s’arrêtent nos certitudes.
photographe mariage
Les agriculteurs des villages berbères manquent de tout : électricité, eau courante, nourriture, dispensaire, routes goudronnées, vêtement, travail… d’argent quoi. Ils ne possèdent qu’un peu de bétail et quelques arbres fruitiers. Certains fabriquent illégalement du charbon de bois (on n’a pas le droit de couper les arbres) qu’ils revendent frauduleusement. Beaucoup hypothèquent leurs terres pour payer un passeur, abandonnent leur famille et tentent la grande aventure vers l’Europe sur un pateras (le passage sur ces bateaux clandestins coûte entre 1000 et 2000 euro, soit au mieux, un an de salaire).
Trois solutions : on passe, on se fait arrêter ou on se noie… De toute façon, c’est Allah qui décide. Si ça marche, c’est le retour en voiture pour se faire construire une maison et éventuellement des papiers européens. Dans le cas contraire, on laissera une veuve sans revenu, ayant trouvé refuge avec ses enfants auprès de la famille. Celle-ci, souffrira d’un statut social désastreux, inférieur à celui d’une femme célibataire (un musulman privilégie toujours l’union avec une vierge), sans le moindre espoir de refaire sa vie où de trouver du travail.

Rabat

Rabat est andalouse, chaude et atlantique, saupoudrée d’un zest de Méditerranée. La lumière y est indocile et l’odeur est celle d’une mer poivrée. La ville suspendue entre le bleu de la mer et celui du ciel éclabousse le regard de ses murs recouverts de chaux. Ses toits, hormis quelques uns, sont plats comme autant de paumes ouvertes vers l’azur et ses plantes qui descendent depuis les balcons des immeubles modernes font figure de cascades de verdure. Printemps oblige, il faut cligner des yeux pour sillonner le territoire urbain qui s’ouvre sur l’horizon par de larges avenues bordées de palmiers. On vient au Maroc pour « rêver grand, jamais petit », préconisaient les écrivains de la beat génération. Ceux là sont partis de New York sur des charters maritimes et ont débarqué plus haut dans le port de Tanger, avant d’essaimer dans tout le pays : Truman Capote, Jack Kerouac, Tennessee William, Paul Bowles… Ils se sont assis un moment sur des murets, se sont prélassés à la chaleur des pierres chauffées en sirotant Dieu sait quoi, ont mis en suspend l’inspiration entre deux bouffées de pipe à kif. Bien leur en a pris.

Un marocain célèbre : Ibn Batouta. 1304/1369.
En 1325, Ibn prend sa besace et part pour un voyage de 116 800 Kilomètres qui durera 29 ans. Il traversera 44 de nos pays actuels, allant de la Chine au Yémen ou de Constantinople à Sumatra. On le compare à tort à Marco Polo car si ce dernier voyageait pour des raisons mercantiles, Ibt parcourait le monde dans un but intellectuel. Les hommes l’intéressaient davantage que les marchandises et ses mémoires dictées à son retour ont fourni un apport non négligeable à la géographie de l’Epoque. Il a été le premier écrivain voyageur. En quelque sorte le précurseur de la beat génération, le wanderer originel.

photographie
Ici même, dans le Rabat du Xe siècle, un ribât, monastère fortifié, servait de base aux Berbères pour leurs expéditions vers les musulmans hérétiques. Un siècle plus tard, le monastère est devenu une forteresse et Ribât s’est adjoint un suffixe pour devenir Ribât-el-fath (le camp de la foi). Les moudjâhidîns de Yacoub el Mansour en ont fait leur camp de base pour une guerre sainte face aux armées chrétiennes espagnoles et accessoirement l’ont renforcé de quelques cinq kilomètres de remparts. Comme il leur restait des moellons, ils ont envisagé de l’agrémenter d’une mosquée assez grande pour que l’armée entière puisse venir y prier. Malheureusement le projet sera avorté pour cause de décès du sultan ; il en subsiste aujourd’hui la fameuse tour Hassâne. A défaut de s’y recueillir, elle permet aux visiteurs de se repérer de loin et de bénéficier d’une mire quand ils naviguent dans la ville. Quand à la guerre sainte, aux allures d’un signifiant désormais rempli d’un peu n’importe quoi, ses contours et ses acteurs sont beaucoup moins visibles.

Expulsés par Philippe III en 1609, les derniers Maures d’Espagne (musulmans) sont venus trouver refuge à Salé-le-neuf, devenue la médina de Rabat par la suite. Arrivés par la mer, ils ont pris goût aux vagues, aux sorties maritimes entre amis et en ont même fait une profession : flibustiers. De chassés, ils sont devenus chasseurs. Succès aidant, ils ont fait de leur entreprise une république : la République du Bou Regreg (du nom de l’oued qui sépare les villes de Salé et Rabat) ils ont aussi accepté de verser dix pour cent de leurs gains aux sultans successifs. Un état pirate ? Une expérience alternative en marge des économies précapitalistes ? Les historiens s’interrogent encore. Toujours est-il que de la Manche aux îles Canaries, pendant près de trois siècles, les pirates ont allégés de leur chargement quantité de navires de retour des Amériques. Quant aux marins vaincus, le plus souvent d’obédience chrétienne, ils avaient le choix : être passés au fil de l’épée ou bien rejoindre les rangs de la piraterie et de l’Islam. Un détail : ces virées en mer s’appelaient des djihads, terme traduit de nos jours par « guerre sainte ».
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Malgré sa latitude, caractère maritime et vocation de capitale administrative obligent, Rabat est une cité aérée. Le microclimat de la ville fait même de l’ombre aux dictons et si les marocains prétendent que leur pays est froid mais que le soleil y est chaud (record de la plus basse température de tout le continent africain : moins 24 degrés en février 1935 à Ifrane), ici le mercure ne descend jamais sous les cinq degrés. Alors aux terrasses des cafés on se contente de commenter le thé, le « whisky berbère » dont on abuse sans modération : « le premier verre est sucré comme la vie, le second doux comme l’amour et dernier amer comme la mort ». En revanche, bien qu’aucun verset du coran n’interdise de parler la bouche pleine, tous restent muets à propos de la harira, délice de soupe au coulis de tomate agrémentée de viande, consommée avec des briouates au miel et qui mérite tous les éloges.

Pas question d’envisager un passage à Rabbat sans s’attabler au café Maure. La terrasse posée sur les remparts offre une vue panoramique sur tout le Bou Regreg, dont les eaux sont douces comme du Velours lorsque le soir approche. Malgré la beauté du site, le regard de nos globe-trotters s’arrête à la table d’à côté où ils découvrent une perspective qui surpasse tous les couchers de soleil du monde. Elle se prénomme Samia, alias Sabine lorsqu’elle travaille dans son centre de téléphonie. Bac + 2 et surtout pas d’accent. Son job : vendre à des clients français, belge ou Suisse des options de téléphonie mobile. 42 heures hebdomadaires (au lieu des 48 heures légales) et près de 4OO euros mensuel. Soit plus de deux fois le salaire minimum local (le SMIC est à 1800 dirhams, soit environ 180 euro et pour info le litre de super est à un euro). Ce qui en Europe s’apparente à un job d’étudiante est ici considéré comme un métier branché. Et si sa mère porte encore la djellaba, Samia quitte la maison en minijupe, écoute Vanessa Paradis sur son lecteur MP3 et voudrait bien rencontrer son Jonnhy Deep à elle. Pour un peu, on serait prêt à changer de prénom.

Un petit tour en ville et puis c’est reparti. On a juré de ne faire étape que dans les villes royales.
« – Oh, une plage !
– On s’arrête ? On va se baigner ? »

Ils se précipitent dans la mer. L’eau est froide en ce début de printemps, elle résiste à l’électricité statique de ces drôles d’animaux dépourvus d’écailles, elle glisse sur la peau comme un palet sur la glace.
La Méhari rebachée, la tirette du chauffage ouverte en grand, le goût du sel sur les lèvres et les pieds calés contre le tableau de bord, on commence vraiment à se sentir en vacances. La peau s’assouplit, les muscles s’étirent, le corps est débarrassé de ses contraintes. Il y en a qui dépense des fortunes dans des centres de thalassothérapie ; d’autres baillent bruyamment en traversant un paysage d’Euphorbes qui poussent dans la caillasse.

– Ce soir on mange un tagine de mouton et on boit du Boulaouane.
– Il est quelle heure ?
– Dix neuf heures pile.
– OK, c’est le soir, gare la gazelle ici, il y a un restaurant à droite.

Dans certains restaurants, c’est comme dans les taxis, le prix se fait au jugé, on évalue la catégorie socioprofessionnelle à la cylindrée de la voiture et comme le moteur de la Méhari ne fait que trois chevaux, ses occupants peuvent reprendre deux fois de la semoule sans crainte. Ils méritent bien ça, c’est leur seul repas de la journée.

Fes el bali

C’est reparti, l’aiguille du tableau de bord s’accroche désespérément en haut du tachymètre, elle indique le cap à suivre : droit vers le Sud, pas moyen de dépasser le cent mais on ne s’arrêtera que face au désert.

« – C’est pas rapide hein ? Tu ne veux pas accélérer ?
– Quand on roule moins vite, on voyage plus longtemps.
– Oui, mais le temps passe plus lentement pour ceux qui vont vite.
– Plus le voyage durera, plus on aura l’impression d’être venu de loin. De toute façon, je suis à fond. »

Fès, capitale culturelle et spirituelle annoncent les publications toutes faites de superlatifs : L’Athènes de l’Afrique, La Jérusalem de l’Occident, La capitale des Idrissides (les descendants de Moulay Idriss, fondateur de la ville et descendant du gendre du prophète), Le berceau de l’empire chérifien, La plus ancienne Médina dans la plus ancienne des villes impériale »… l’université est antérieure à la Sorbonne, la femme de Mohammed VI et Tahar Ben Jelloun ont eu l’élégance de naître ici. N’en jetez plus ! Par contre pour trouver une station service ouverte la nuit, on peut toujours rêver. La voiture vient mourir dans un hoquet sous les clameurs du stade Hassan II. On est à dix kilomètres du centre ville et ce soir les jaunes et noirs du MAS (Maghreb Association Sportive), quatre fois champions du Maroc, font cavaler les footballeurs du Wydad de Casablanca. La relégation est en jeu et si ça ne rigole pas sur le terrain au gazon pelé faute de subventions pour l’entretenir, c’est encore pire dans les tribunes.
La voiture est poussée quelques hectomètres et ses occupants installent leur campement carrément sur le parking du stade. Au coup de sifflet final, les spectateurs s’éloignent des gradins et s’en viennent observer mi amusés, mi inquiets ces drôles de transhumants même pas touaregs. « – Pas prudent », vient dire un supporter, et puis demain vous serez être réveillés de bonne heure, le parking sert de msella (mosquée en plein air) pour l’Aïd-el-Mouled. Pas bien grave, la discussion s’engage, on discute, on boit une Flag spécial, l’incontournable bière locale sortie d’une glacière aux couleurs du club (la religion accepte de petits arrangements avec l’alcool les soirs de match). On fait connaissance. Après tout on est là pour ça et le foot est une grammaire universelle. Le MAS est à Fès ce que l’OM est à Marseille. Larbi décline son identité : avant d’être un musulman, il est fassis (habitant de Fès), mais avant tout, il est massawi (un supporter du MAS). Ce club c’est sa fierté, c’est aussi celle du Maroc. Un symbole, dit-il. A l’heure du protectorat, le MAS se targuait de ne faire jouer que des marocains et s’est hissé jusqu’aux 32 eme de finale de la coupe de France. Un palmarès qui claque comme un slogan.
Larbi, l’histoire vivante du club, repart chez lui tard dans la nuit et ses auditeurs, devenus incollables sur le football marocain s’en retournent au fond de leur duvet. Demain il sera là à huit heures pile pour la prière et il apportera un bidon d’essence. Que Allah le protège.

Faire un pas en avant dans la Médina de Fès, c’est reculer dans le temps. Mis à part les antennes satellites qui pullulent sur les toits, il semble que rien n’a changé depuis le règne des Mérinides, ruelles tarabiscotées (au nombre de 9500 si on en croit la légende car personne ne s’est lancé à en faire un recensement, encore moins à en dresser le plan), courettes aveugles, portes basses, planquées et barrées de ferrures, ouvertures suspendues à hauteur des toits, accessibilité raréfiée, tout est fait de recoins en coupe gorge, d’escaliers et de marches, un hymne au jeu de cache-cache, une boite à secrets à taille humaine. « Le prophète a dit qu’il ne fallait pas laisser le regard de l’autre pénétrer ta maison », il n’y a pas de danger, les harems étaient bien planqués.
Les intérieurs sont inviolables et pourtant les murs de la cité foisonnent de monde, de bruits et de parfum. Un bazar au sens premier du terme : martèlement des dinandiers, odeurs de boucherie, de pâtisserie, messes basses des écrivains public à l’abri sous des parapluies noirs, ânes chargés de dattes ou d’agrumes qui défèquent en attendant leur maître. Le moindre regard semble épier, chaque pas tenté peut conduire vers une surprise, un triomphe inespéré… ou une impasse.
Au cœur du dispositif, on cherche en vain le souk des tanneurs. Indications en tête, concentré sur le maillage irrationnel des ruelles et arc-bouté sur ses propres capacités de raisonnements géométriques, on fini par tomber dessus par hasard. Il suffisait de se fier à son odorat. Dans une espèce de boite à œufs géante et puante, des hommes fourmis piétinent des peaux au fond de fosses colorées. L’odeur de chaux vive et de putréfaction prend directement à la gorge et les visiteurs les plus avertis se protègent les voies respiratoires avec des feuilles de menthe. Les autres font de drôles de mines. On rigole en douce les regardant faire la photo la plus pénible de leur vie de touristes amateurs et puis on passe à la boutique pour négocier avec habilité deux cuirs fraîchement travaillées.

Sitôt fait, les sièges de la voiture font peau neuve, ils sont recouverts de mouton peigné et puissamment odorant. Niveaux, Contact, moteur : «Au revoir ici. En avant route ! », se serait exclamé un Arthur Rimbaud content de lui et pointant la prochaine étape. Pare brise rabattu, capote expédiée dans le coffre, intérieur/extérieur cuir, le plus élégant des taxis brousse longe les immeubles en cubes copiés collés dispersés à l’infini. Les faubourgs de la ville sont traversés en flèche et déjà recommencent le voyage au grand air.

Sur la mer, même en panne, on flotte toujours. Sur l’autoroute qui mène à Mèknes lorsque c’est le moteur qui prend l’eau, on regarde les autres passer et la seule bouée s’appelle une dépanneuse.
« – Il est mort ?
Le garagiste n’en peut plus. Il est deux heures du matin et le vent soulève son sweat-shirt alourdi de cambouis. C’est une sorte de mécanicien de garde qui travaille toute la nuit, comme les chirurgiens qui opèrent pendant le réveillon et n’ont pas le temps de se changer entre deux urgences. Et puis, soit il est fatigué, soit il est abruti par sa veille nocturne, il s’esclaffe sans arrêt. Ils sont obligés de lui répéter :
– Il est mort le moteur ?
– Le moteur ? Ah, ah ! Non, la batterie a explosé. Il y a eu un court circuit dans votre machin, il faut virer votre guirlande de Noël sinon vous risquer de consommer plus d’électricité que de pétrole. Et puis Noël, par chez nous… si vous saviez.

La voiture, une fois les antibrouillards débranchés, reprend sa ronde nocturne. Le garagiste, parce qu’il a toujours rêvé d’aller voir ce qu’il y a au bout de l’autoroute, n’a pas fait payer le dépannage.

Meknès

Par peur d’une autre défaillance, le voyage reprend à la lever du jour et s’effectue sur la Nationale. La route se faufile entre les champs de blé, les oliviers et les vergers, on n’est pas loin de Volubilis, capitale d’une province romaine qui fut le grenier à blé de l’Empire. Le sol est fertile, l’eau abondante, les vastes plaines sont protégées par les montagnes. Le minaret de la mosquée principale de Meknès apparaît, recouvert de céramique verte, couleur symbole d’abondance et de création, il étincelle au soleil couchant comme un phare.
Sur l’une des cinq portes de la Médina, il est écrit : « Je suis la porte ouverte à tous les peuples, qu’ils soient d’Occident ou d’Orient ». Effectivement, ils sont tous là, ils vivent ensemble de part et d’autres des remparts battis par des captifs chrétiens : Berbères du moyen Atlas, Arabes des plaines, andalous, juifs, ils grouillent dans un décor fait de places, de jardins, de portes monumentales ou de fontaines publiques, les seqqaâya, dont la seule présence rappelle cette recommandation du Coran : « Il faut offrir de l’eau aux assoiffés ». On aurait préféré une bière fraîche, mais l’Islam nous rappelle à juste titre que l’eau est la seule boisson nécessaire à l’homme.

« Il n’est de nouveau que ce qui a été oublié » : Dans la médina de Meknès, le pavé des ruelles rappelle par son dessin le pavé auto bloquant des jardins pavillonnaires d’île de France, en plus joli.

Gosses en tongues aux muscles secs, aux yeux vipérins qui brillent comme des pierres dans l’ombre des portes cloutées. Enfants des villes chaudes, nourris de la poussière soulevée par les bus. Adolescents à l’intelligence rougie au soleil, vive comme le feu. Peau ultra mate, dents trop souvent ravagées et sourire faux qui dissimule un cœur vrai ; ils pratiquent le multi service : surveiller la voiture, laver le pare brise, orienter vers un cousin marchand de tapis, un hôtel, un restaurant, un hammam, proposer une visite des souks, refourguer aux touristes une améthyste trop brillante pour être vraie ou d’autres substances encore moins légales… Les enfants du Maroc ne grandissent pas tous dans des palais des mille et une nuit et un tiers de la jeunesse urbaine ne trouve pas de travail. Alors comme le climat est trop beau pour rester enfermé et qu’en terre d’Islam, la place de l’homme (et par extension celle du petit garçon) n’est pas à la maison, ils se retrouvent volontiers dehors. Pour s’en sortir, la baraka ne suffit pas, les plus jeunes baguenaudent dans les rues, se regroupent devant les échoppes attractives pour partager une page de BD ou un Coca en magnum de deux litres. Plus de la moitié des marocains ont moins de 25 ans et un tiers moins de 15 ans. Le Maroc est un pays très jeune mais non sans souci : sècheresse, chômage, analphabétisme, croissance faible, disparités sociales, influence des fondamentalistes religieux, démocratie perfectible (le Palais gère en direct les grands ministères sans réel souci de transparence). On est ici dans un pays où c’est pratique d’avoir un fonctionnaire dans sa famille et où on réussi mieux grâce à la corruption et aux bakchichs qu’avec du courage. Le système D est pour ainsi dire inscrit dans la Sunna (tradition qui sert de législation) : « Quand le contexte n’est pas favorable, il faut s’adapter ». Le tourisme ne peut offrir du travail à tout le monde et la seule richesse naturelle du pays, le phosphate, est utilisée pour la fabrication d’engrais dont on dénonce les méfaits partout où ils sont employés. Il reste le textile, l’agriculture (dont le haschich : le Maroc serait le premier producteur mondial) et les devises importées par la diaspora. Du coup, 72 pour cent des marocains instruits n’envisagent de perspectives professionnelles qu’en dehors des frontières. Le roi Mohamed VI (surnommé M6 par ceux qui captent les chaînes françaises), le roi des pauvres, idolâtré comme il se doit, souverain héréditaire, inviolable et sacré, a le dos au mur ; il n’a guère d’autres alternatives que de réussir la mutation vers une société capitaliste, dénuée de sensibilité. Il devra compter sans le soutien des militants islamistes qui ne se gêneront pas pour saper l’ambiance auprès des plus démunis en comparant au démon les réformes en marche. Espérons que les intellectuels musulmans sauront faire valoir une alternative qui concilie modernité et interprétation du Coran, ils y travaillent partout dans le monde.

Une blague que se racontent les marocains pour exprimer leur désarroi face aux pesanteurs qui freinent l’émergence économique du pays : Un anglais dit à un marocain : « tu vois ce pont ? Oui, répond le marocain. L’anglais reprend : Son budget est de 2 milliard mais grâce à une nouvelle méthode, j’ai pu le construire pour seulement 1 milliard.
Le marocain enchaîne : tu vois ce pont ? Non répond l’anglais. Normal, son budget est de 80 milliard et j’ai réussi à le construire grâce à une ancienne méthode et j’ai gagné 80 milliard ».

Essaouira

Le moteur de la Méhari rend l’âme à l’entrée de la ville. La voiture est revendue au prix du plastique et il faudra parlementer à la douane sur le chemin du retour car il est interdit d’abandonner son véhicule. Terminé le temps où on s’offrait un voyage en Afrique pour le prix d’une antique Peugeot refourguée sur place. Tant pis, ou plutôt, insha Allah. D’ici là, comme on dit ici : rien ne vaudra mieux que la semelle des chaussures. La malle, quant à elle, continuera en camion jusqu’à Taliouine où on achètera un âne, le 4X4 des berbères, pour continuer le voyage.

Un petit tour sur le port, au pied des remparts. Les pêcheurs ont revêtu des cirés et réparent leurs filets sans se soucier des nuées de goélands chapardeurs qui tartinent tout le monde de leurs fientes aériennes. Lorsque le soir arrive, les poissons triés et vidés sont chargés dans des camions frigorifiques et les bateaux sont parés pour reprendre la mer à l’aube. C’est l’heure où la police fait déguerpir avec la même nonchalance vendeurs de cigarettes à la sauvette où camping-cars abusivement stationnés, l’heure où il faut songer à trouver un endroit pour dormir. Auparavant, on a encore le temps de profiter de l’ambiance « street food » de la vieille ville pour s’offrir un repas à étapes, ici des brochettes, plus loin un micro tagine, et tout au bout cette ruelle des agrumes aussi juteux qu’une gourde.

Une fois rassasiés, rendez-vous à l’Africa shop où Amin, une recommandation, doit loger les voyageurs. On le suit en taxi tandis qu’il zigzague dans la circulation sur sa Motobécane orange. Il est gardien d’un immense riad appartenant à des français et ne se gène pas pendant leur absence pour sous-louer certaines chambres. La combine est luxueuse et reflète un air d’Andalousie mélangé à quelques traits africains : patio inondé de zelliges, ces fameux carreaux de terre cuite émaillée, avec au centre une fontaine qui éclabousse comme un ruisseau de montagne et rafraîchi les palmes d’un bananier épanoui. Le tout est ceinturé de colonnades élevées vers le bleu du ciel. L’endroit est magnifique, alliance de bois, de stuc, de ferronnerie… toute la gamme du répertoire décoratif des Almohades est réuni. Pourtant l’habileté du mariage des volutes et des matériaux éloignent toute impression de surcharge, l’ensemble ne suggère rien d’autre que la fraîcheur et la grâce. Paiement en liquide de rigueur, les euro sont acceptés.

L’hébergement était luxueux, mais hélas, il faut continuer le voyage, et puisqu’il est nécessaire d’aller à la rencontre des autres pour se connaître soi-même, l’arrêt du bus (ou plutôt l’attente) offrira une occasion idéale. Quant au véhicule lui-même, autocar rouge et blanc, il est copieusement parfumé au désodorisant pour WC et s’arrête sans cesse pour des raisons inaccessibles à l’esprit cartésien d’un européen lambda. Le reste du temps, il circule dans un décor qui rappellerait l’Altiplano Bolivien, n’eut été la couleur rouge de l’Afrique. Des arrêts moins intempestifs au moment des prières laissent aux deux infidèles restés seuls à bord un vague sentiment d’abandon. Les retrouvailles se feront plus loin, aux abords d’une oliveraie, lorsqu’un barbecue arrosé de thé sucré rempli les estomacs et fait friser les papilles pour seulement 20 dirhams. C’est le moment où on se parle, où il faut raconter d’où l’on vient et expliquer entre autres que Montpellier, où vit le cousin du chauffeur, n’est pas dans la banlieue de Paris. Par bonheur, à l’aide d’un petit bâton et du sable de la piste, tableau noir international, on explique facilement les subtilités de la géographie.
reportage photo
Le seul endroit au monde où pousse l’arganier (l’arbre de la vie) se trouve entre Agadir et Essaouira. C’est aussi certainement le seul endroit au monde où on voit des chèvres se prendre pour des écureuils et grimper à la cime des arbres. Tous les deux sont interdépendants l’un de l’autre, la chèvre trouve sa pâture en altitude ; elle se nourrit des feuilles et des fruits de l’arbre et s’en va « digérer » le noyau un peu plus loin. Ramolli par les sucs digestifs et enrobé d’un confortable fumier, il germe ensuite sans difficulté et assure ainsi la pérennité d’un végétal presque aussi vieux que le monde. Malgré cette cohabitation fructueuse, la déforestation, problème majeur au Maroc, fait reculer l’arganier. Une dernière chance pour lui, les industries pharmaceutiques et cosmétiques ne cessent de trouver de nouveaux débouchés aux vertus de l’huile d’argan. Les chèvres s’en félicitent.

Marrakech

Ville de sable sortie du désert, portée au rouge par un ciel de feu, ceinte de fameux remparts contre lesquels des sacs en plastiques soufflés par un improbable Chergui venu de nulle part, viennent s’échouer. En Afrique, la saleté est gage de fécondité et en arabe le soleil est féminin, il s’appelle sham. Du coup Marrakech, gorgée des fruits de la palmeraie, est à la fois oasis et rempart, mère nourricière et protectrice, ville brûlante et ville jardin. Certains la disent envoûtante comme une danseuse du ventre et d’autres prétendent que son âge d’or est éternel. C’est la Bagdad occidentale, de son nom on a extrait celui d’un pays : Maroc. De son histoire, elle a gardé un décor et des couleurs inextinguibles, entremêlées et confuses comme les ruelles de la Médina. De sa beauté, qu’elle étale en couverture des magazines occidentaux, elle a gardé l’essentiel.

Les quatre villes impériales sont ordonnancées sur le même schéma : Une structure urbaine très dense (la médina) à l’intérieur de remparts mastocs, des portes reliées entre elles par des artères rectilignes avec de part et d’autres des quartiers spécifiques aux différents métiers. Au centre du dispositif urbain, le vecteur de l’unité de toute la communauté on trouve la grande mosquée et son inévitable esplanade.

Il existe dans l’agencement des villes marocaines les traces de la double dualité déserts/oasis et nomades/sédentaires. Tandis que les premiers, hommes des campagnes, pratiquaient les razzias et se logeaient sous des tentes, les seconds, hommes des villes, soignaient leurs techniques de défense et érigeaient des remparts. L’islamisation progressive des deux groupes a permis de retrouver la quiétude ; sachant qu’une prière faite un vendredi au milieu d’un grand nombre de fidèles agrée davantage à Dieu qu’un acte isolé dans la nature, on ne s’étonnera plus de voir dans le monde musulman des campagnes quasi désertes et des villes surpeuplées.

Devenus piétons, sacs sur l’épaule et babouches aux pieds, ils entrent dans son antre aux aurores et déambulent en rythme lent depuis le cœur de la Médina jusqu’au jardin Majorelle. Ils visitent du bout des yeux quelques uns des sept mausolées qui en font une ville sainte, avant de se donner des airs de Winston Churchill en rasant au plus prêt le perron de la Mamounia, hostellerie luxueuse et bien fréquentée (à propos : la nuit d’Hôtel à 255 euros, ça nous fait le SMIC à combien ?). Ils se laissent entraîner par la cité, bercer par le claquement des roues des calèches sur le pavé et par l’appel régulier du Muezzin suspendu aux 70 mètres d’altitude de la Koutoubia. Ils déambulent dans des rues inconnues et se perdent volontairement dans le labyrinthe des ruelles pour découvrir au hasard de leurs pas, ici un ferblantier, un dinandier, un savetier, ici un minaret, un âne attelé à une carriole bricolée depuis un essieu de voiture, l’entrée d’un souk ou l’éclat d’une mosaïque. Plus loin, ils s’arrêtent sans concertation devant une lourde porte de cèdre ciselée de dentelles qu’encadre des murs ouvragés dans le plus pur style hispano-mauresque.
Place Jeema El Fna, un thé est versé depuis le ciel pour ôter toute âcreté. L’éclat du plateau cabossé qui fait office de table basse s’est dissipé au soleil comme un tissu se délave sous la pluie. L’ocre des murs contraste avec le vert de la végétation et au loin, par delà les remparts et les palmiers à la tête aussi mal coiffé que celle de nos deux voyageurs, se découpent les crêtes encore enneigées de l’Atlas. A Marrakech la seule horloge est le désert, le temps passe sans heurt, comme de la poudre d’or dans un sablier. On croit rêver.

Mais le sommeil est toujours trop beau, le leefting est trop voyant. La cure cosmétique opérée sur la ville ces quinze dernières années témoigne aussi d’une autre réalité, le cœur de Marrakech est devenue le repère d’une jet set internationale qui vient se planquer derrière les murs des riads (le mot est né ici) restaurées à grand frais. Elle a vendu son âme et ses plus belles maisons pour devenir une ville fashion, un spot très tendance. La capitale des Almoravides, cet empire qui s’étendait jusqu’en Espagne, a trouvé d’autres souverains, des princes d’opérettes qui se sont offert la ville à grand coup de dollars. Ils l’ont transformé en une géographie figée, un truc à touristes et à gens friqués. Une partie de la ville finirait presque par trahir ses habitants d’origine et survit à l’intention d’un peuple qui n’est pas le sien. Ca fout le bourdon et puisque leurs sacs à dos ne sont pas griffés Vuitton et que leur voyage doit les conduire vers l’authentique, nos voyageurs s’éloignent comme ils sont venus, sans faire trop de bruit pour ne pas déranger.

Atlas, Taroudante,

A Taroudante la décision est prise d’acheter un âne qui sera revendu à perte avant de repartir. Les chevaux sont hors de prix, ils sont réservés pour les fantasias ou les activités de loisir, les ânes sont plus chers que les mules car ils sont moins sourcilleux sur la nourriture et plus résistants.
Une mule est à vendre. Le vendeur fait mine d’être fâché lorsque l’on divise son prix par deux. Il évoque ses frais, sa femme et sa mère malade, ses dix enfants, les impôts, la sècheresse, montre ses mains usées par le labeur et la difficulté de la vie. On coupe la poire en deux, on ajoute une poignée de dirhams, et puis deux. Va pour trois. On conclue la transaction main sur le cœur et avec sur le visage la satisfaction d’une joute oratoire respectueuse des intérêts de chacun. Au bout de tout ce zèle indispensable l’animal peut changer de propriétaire et l’eau pour le thé a suffisamment bouilli. La malle est hissée sur le dos de la mule et soigneusement arrimé sur le bas par une sangle ventrale. Un coup de badine et ça démarre. C’est costaud une mule, celle-ci a été ferrée avec du pneumatique recyclé, confort, souplesse, silence du déplacement, comme sur des tongues.
– On aurait du se faire sponsoriser par Michelin.

Bientôt les remparts de la cité s’éloignent à l’arrière. L’équipage longe quelques maisons ocre plantées de chênes kermès aux troncs presque noir. Les tamaris sont en fleur et des constructions couleur de la terre sont dominées par une kasbah de poussière sortie du désert. Le troisième appel du muezzin indique que l’attraction essentielle se situe en ce moment même sur une des places, où des hommes cessent leurs palabres pour s’accroupir lentement. Plus loin en contrebas, une lavandière en blouse de nylon trop moderne ramasse quelques rares branchages pour le feu de ce soir. Le Sahara approche mais les nuits restent fraîches.

Taliouine,

Cent vingt kilomètres séparent Taliouine de Tarroudante. A pieds, en longeant le bas-côté de la route et en marchant à la vitesse d’un âne chargé d’une malle, il faut compter quatre jours. De quoi user les babouches et faire des dizaines de rencontres, être invité à dormir dans un ksar, se régaler d’une Tanjia Marrakchia ou se désaltérer d’un thé à la menthe abrité du soleil derrière la remorque d’un tracteur.
Intrigués par ces nomades à la peau bien claire, les enfants qui d’ordinaire n’ont de cesse de réclamer des stylos ou des bonbons se contentent d’offrir leur compagnie pendant un bout de chemin, encouragent l’âne dans la langue du Prophète et font la conversation à ces trekkeurs d’un genre particulier dans un français très studieux.

La Tanjia Marrakchia : à la fois contenant et contenu, pot en terre et assortiment de mouton et d’épices. Les ingrédients (mouton, ail, safran, cumin, beurre, citron et eau) sont disposés en vrac dans une jarre avant que celle-ci ne soit secoué pour assurer le mélange. Elle est ensuite fermée par un papier tenu par une ficelle puis portée au hammam où elle sera mise à cuire par le « farnachi » dans les cendres du four. Quatre heures de cuisson à l’étouffée sont nécessaires avant de pouvoir festoyer entre amis. La tanjia Marrakchia est un repas souvent préparé par des hommes, pour être consommé entre hommes.

La route traverse des vallées verdoyantes qui alternent avec des déserts de roches, la marche est lente mais joyeuse, poussiéreuse à souhait et ponctuée de saluts de la part des usagers de la route, agriculteur, routiers, cyclomotoristes ou touristes. Elle est agrémentée de haltes aussi fréquentes qu’inutiles où sous le prétexte de remplir une gourde et de demander sa route, on se lie d’une amitié aussi sincère que périssable avec les paysans berbères.

A l’écart des villages teintés de la couleur des pierres alentours, des pousses de blé encore vert ondulent dans le vent. Parfois, des voitures modernes, immatriculées en ville et skis sur le toit, passent en trombe. Le Djebel Toubkal (point culminant du Maroc) est proche et la saison de sport d’hiver n’est pas tout à fait terminée.

A Taliouine, la casbah ressemble à un château de sable et le safran dont la ville assure une production importante est omniprésent, en parfum dans les rues, en pincées dans le tajine, en fleur de crocus dont il est le pistil dans les champs. Il parait que de jeunes mariés aux ressources princières en tapissaient leur couche pour leur nuit de noce. Nos gazous se contenteront de la literie suspecte d’un hôtel bas de gamme, harassés par ces journées de marche, les muscles meurtris mais la tête dans les nuages, ils s’endormiront dans des fragrances qui se rapprochent davantage des odeurs de pieds que de celles des fleurs.

Les ânes, c’est la seconde population animale du royaume, après l’homme et la mobylette. Omniprésents dans tout le pays, accommodés à toutes les charges, à toutes les tâches, on les rencontre en ville, attelés ou soutenant le bas, oreilles dressées dans des ruelles encombrées de congénères tout aussi fardés. On les voit dans les campagnes, immobiles à l’embranchement d’une route et d’un chemin vicinal, yeux mi-clos et allure faussement soumise attendant que la poussière d’un pick-up pétaradant retombe et laisse le passage libre. « On peut tirer un âne avec une ficelle, mais non le pousser » affirme l’écrivain Driss Chraïbi, dévoilant ainsi toute la subtilité de l’animal et par là même celle de ses compatriotes.

Double page finale

Le sentier qui mène au bout du voyage louvoie entre les rochers et se crée un passage en fonction des rares possibilités qui ralentissent la progression de l’animal comme celle des hommes. Il faut sans cesse vérifier l’ajustage du tapis molletonné qui protège le dos du baudet, remettre la malle d’aplomb et resserrer les liens. Une claque sur les fesses trop sveltes de la mule permet de franchir les pires dénivelés. Hardi petite !

Il faut plus de trois heures de marche pour découvrir la halte finale. Au milieu d’un désert de caillasses dans une vallée de la soif, desséchée comme la peau des chèvres qui paissent une verdure quasi inexistante, il y a une maisonnette. Deux pièces en dur avec une tonnelle sur l’avant et un réservoir d’eau de pluie sur le côté qui tient compagnie à un cyprès rachitique. A l’intérieur, le juste minimum : une cheminée, un four à pain, une table solide, un ghorraf, pichet décoré d’émaux et des chaises de paille. Deux lits de camps de l’armée française dans lesquels a sûrement dormi le général Lyautey au temps du protectorat sont repliés dans un angle. Les voyageurs font halte. Là se termine leur voyage. Un palmier à la cime ébouriffée fait office de sémaphore sur une colline proche et annonce l’imminence du désert. Ils défont leurs menus bagages, sortent les lits de camps et les alignent en parallèle face au soleil qui danse immobile avec l’horizon. Entre les lits, il installent la malle et entreprennent de défaire le cadenas et autres fils de fer qui la maintiennent close.

Le couvercle est maintenant levé. A l’intérieur, impeccablement superposés et alignés, des livres… Rien que des livres. Neufs pour certains, lus et relus pour d’autres, parfois rafistolés par du ruban adhésif jaune et cassant. Des auteurs locaux : Driss Chraïbi, Tahar Ben Jelloun, Mohammed Choukri, Abdeljalil Lahjomni, Mohamed Zafzaf… ainsi qu’une traduction du Coran.
Et puis tous ceux de la beat génération : Paul Bowles, Allen Ginsberg, Jack Kerouac, Truman Capote, tenessee William…
Et d’autres encore plus nombreux, tous ceux qui ont aimé le Maroc : Alexandre Dumas, Mark Twain, Paul Morand, Arthur Koestler, Elias Canetti, Daniel Rondeau, André Gide, JMG Le Clézio, Joseph Kessel, Jean Genet (enterré à Larache), Roland Barthes, Samuel Beckett, Pierre Loti, Mac Orlan, Montherlant, Genevoix, Agatha Christie… et d’autres encore.

On en met des livres dans une malle de deux cent litres.
De quoi s’occuper pendant des mois.
De quoi voir arriver l’été et épuiser la réserver d’eau.
De quoi perdre son temps à en mourir, diraient certains.
De quoi profiter d’une époque moderne, diraient d’autres.

– C’est quand même bien la littérature !
– Oui, c’est fou ce que ça fait voyager.

Quelques citations, textes, infos :

« Aller au désert, c’est mieux voir ce qui d’emblée est visible. » Christian Jambet.

« Pour conserver une amitié… il ne faut cultiver aucune illusion sur l’espèce humaine. » TB Jelloun.

« Il y a dans la création des cieux et de la terre et dans la succession des jours et des nuits des signes pour ceux qui sont doués d’intelligence ». Verset du Coran.

10 dirhams = 1 euro
1 dirham = 20 riels
1 riel = 5 centimes marocains

presentation photoreportage Maroc

wedding photographerreportage mariage marocReportages photographique en Terre Marocaine

La ligne éditorial de mon travail de photographe journaliste est depuis toujours orienté et inspiré par la découverte des différentes cultures. Mes collaborations presse laissent libres court aux petites histoire qui tendent à représenter simplement notre « humanité » et ses grandes tendances.

Une indépendance professionnel que malheureusement peu de photographe parviennent à conserver! Les pressions commercial d’un bouleversement mondial ont globalisé et standardisé le monde de l’image et du photojournalisme…Les grandes et les petites agences d’autrefois furent « absorbé », dilué,  pour proposer et diffusé du média à des coûts « concurrentiel ».

Distributeurs et consommateurs sont entrés dans une phase ou la place de l’artistique et de « l’engagement humain « s’efface peu à peu…Heureusement quelques « résistant » ce placent sur un segment marginal qui permet encore d’espérer  une écriture , un témoignage moins éphémère.
photojournalisme
Cette collection de livre vas revivre dans quelques mois grâce à la confiance renouvelé d’éditeur courageux et engagés. Je n’en suis qu’un modeste témoins/acteur dont la seul prétention est d’aimer notre humanité, un photographe par « inadvertance qui tente de suggérer avant de raconter, de regarder et de s’inspirer avant de photographier.

Jean-Charles Rey

Synopsis

Le Maroc, le pays de l’extrême occident-Maghreb al aksa- nommé ainsi par les géographe Musulmans venus d’orient. Creuset de civilisations, marqué par la présence berbère, puis successivement par les Phéniciens, les romains, les Vandales et les Byzantins.

Le Maroc, façonné par les dynasties musulmanes, Idrisside, sadiennes, alaouite, Almohades, Almoravide, Mérinide…vont donner naissance à une culture, une architecture, un artisanat.

Le Maroc réserve au voyageur une palette de « sortileges »et d’émotions forte: la douceur de la cote méditerranéenne, les plages léchées par l’atlantique, le désert brulant, les chaines de l’atlas couverte de neige éternelles et de forêt, les forteresse médiévales, les méandre odorants des souks, les villes impériales éternelles…

Le Maroc, un peuple profondément tolérant, ouvert, bienveillant, ou l’héritage de l’Islam cohabite avec l’influence Française…Qui offre l’hospitalité avec simplicité, comme en témoignent le citadin de Rabat, le teinturier de Fès, le maroquinier de Marrakech, le pêcheur d’Essaouira. « le Maroc ressemble à un arbre dont les racines nourricières plongent profondément dans la terre d’Afrique et qui respire grâce à son feuillage bruissant aux vents d’Europe « comme l’exprimait le roi Hassan II.

Francoise Gilles

REPORTAGE DE MARIAGE -CEDRIC ET STEPHANIE

reportages mariages stephanie

Cédric et Stéphanie

Un mariage en petit comité organisé par Géraldine, wedding planners dite moi oui .Un reportage de mariage qui grâce à la gentillesse de nos mariés sera publié en Février 2011 sur le magazine Wedding Forever.

Un endroit de rêve, des convives d’une rare gentillesse, une cérémonie pleine d’une réelle émotion, vibrante d’intensité  et de complicité.Une soirée sur mesure durant laquelle l’embience était délicieusement accompagner d’un diner exceptionnel!

Grâce à notre « cession engagement « nous avions eus l’occasion de nous rencontrer quelque jours avant pour des moments  en famille ou la créativité et la sensibilité nous ont permis de nous « débrider »…Notre rencontre abouti à bien d’avantage qu’une simple restitution. Nous sommes bien dans la narration  artistique et photographique d’un évènement exceptionnel.

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Au coté de « mes mariés », discret, totalement engagés à chaque instants, le photojournalisme forge une approche authentique et forte, dynamique et créative.

Je propose un travail d’auteur qui  répond aux exigences les plus extrêmes , aux attentes  sans failles de l’excellence dans le domaine!reportage mariage stephanie

N’hesitez pas à vistez mon site pour appréciez une démarche intimiste, artistique et totalement personalisé.

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REPORTAGE PHOTOGRAPHIQUE-LIVRES ASIE

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L’ethno touriste moderne ne part pas, il « fait ». Indes ou Bolivie, Laos ou Désert du Sahara, ses voyages sont autant d’incursions en territoires inconnus dont il revient systématiquement vainqueur. « Cette année, j’ai fait l’Asie du sud-est » dira-t’il. Voyage en charter, convoyage jusqu’à l’hôtel, visite des grottes… son tour-opérator a tout organisé, y compris les conditions de rapatriement en cas de guerre ou d’allergie au nuok mam. Il y en a qui partent en vacances, d’autres qui vont et viennent. Tout simplement. Pour moi essentiellement un prétexte au reportages photographique, à la découverte… A la rencontre et l’expérience humaine.

 

 

LAOS

 

Luang Prabang,

photoreportage mekong

Depuis ce matin, je suis en route dans un bus pourri pour une ville posée sur les bords du Mékong au Nord du Laos : Luang Prabang. Avant le départ, j’ai échangé cent dollars et je me retrouve avec une énorme liasse que j’ai répartie dans toutes mes poches. Un dollar rapporte 10 000 kips. Je suis enfin riche.

Je ne voyage pas pour autant en classe luxe, une fois encore, j’ai pris le mauvais bus, un antique autocar que je soupçonne d’être de fabrication chinoise et qui sillonnait la région à l’époque où elle flirtait sans retenue avec le bloc communiste. Si aujourd’hui, le système politique s’est nettement assoupli, le régime météorologique, lui est resté le même : chaud et humide.
photographie Laos
Placide, le laotien s’adapte. Notre chauffeur transpire à grosses gouttes, essuie son front d’un coup de son krama, sorte de foulard palestinien local, du moins par l’aspect, un tissu rouge et blanc bon à tout faire : tantôt pagne, tantôt chapeau ou bien serviette. Il le revissera sur sa tête au prochain arrêt pipi mais pour le moment il le garde sur son épaule et l’utilise pour astiquer consciencieusement le volant rendu moite par l’effort de ses mains. Il faut dire qu’il ne ménage pas sa peine pour maintenir le cap, le car ondule de gauche à droite comme s’il recevait des rafales de vent latéral. Pourtant hormis le courant d’air chaud qui pénètre dans l’habitacle par toutes les portes ouvertes, il n’y a dehors pas un souffle de vent. La route est aussi déglinguée que le paysage de jungle et de rizière est somptueux et le jeux dans la direction du car n’a d’égal que la bonne volonté du conducteur à le garder en ligne droite. Aux mouvements latéraux s’ajoutent les coups de raquette des suspensions agonisantes à chaque nid de poule.

Le voyage me semble interminable et les montagnes qui se profilent devant, rotondités granitiques couvertes de végétation, spécifiques à ces régions situées au sud de la chaîne Annamitique, épine dorsale de l’Himalaya qui part en quenouille, n’augurent rien de bon quant au confort à venir, seuls espoirs : les noirs nuages de mousson accrochés aux crêtes verte foncé apporteront un peu de fraîcheur sous forme de trombes d’eau… mais rendront la route encore un peu moins praticable.

Ici, la sérénité est dans l’homme ou dans le décor, rarement dans les faits ; l’Européen lambda peine à trouver ses repères dans ce pays qui impose ses marques et où le fatalisme des habitants est à la hauteur des misères passées. Totalement inaptes à la fatigue de la route, mes compagnons de voyage jacassent comme des pies depuis ce matin. Il leur arrive même de crier pour couvrir le son d’une grosse télévision suspendue dans l’allée centrale que personne ne regarde. Elle débite sans s’essouffler des cassettes de film de karaté dont la Thaïlande voisine inonde le marché.

« Le voyage est toujours le même, c’est le transport qui change » me dis-je pour me consoler en laissant dodeliner ma tête bourdonnante de fatigue contre le dossier du siège de devant. Un cratère dans la chaussée expédie mon crane somnolent contre la vitre. Heureusement le guide touristique que j’ai emporté se veut rassurant : « Luang Prabang est une ville qui se visite à pied ». Ca me reposera.
photographie cambodge
Chaleur, moiteur… la torpeur est-elle ce que l’on ressent quand la fatigue se joint à la fournaise ? La nuit s’abat sur Luang et l’avenue principale s’illumine comme les champs élysés la nuit de Noël au moment ou nous arrivons à la gare routière. Je m’extirpe du bus, la poussière du voyage s’est s’infiltrée dans la trame des vêtements, elle croque sous les dents. Un steak à l’échalote avec un St. Esteph.1993 servi dans un restaurant tenu par un couple de français me réconcilie avec l’aventure et me déleste d’un bon paquet de billets. Deux jeunes filles posées sur des tabourets de bar me regardent m’assoupir sur ma table tandis qu’une chaîne hi-fi débite un air de disco remixé à la sauce locale. Il est temps de rejoindre quelque chose qui ressemble à un hôtel. Demain j’ai rendez-vous avec un marin d’eau douce pour une virée sur le Mékong.
photographie boudhiste

 

Ban Tien,

40 000 kips viennent de changer de poche. Mon batelier se frotte les mains et je suis de nouveau pauvre. L’étrave de la pirogue fend les eaux du Mékong et slalome entre des objets flottants faciles à  identifier : tronc, branchages, cadavres d’animaux, bidons.. Je peux laisser une main traîner dans l’eau car on avance trop vite pour les crocodiles. De toute façon, pour espérer en caresser un il faut descendre 3000 kilomètres plus bas, dans le delta.

Sur les rives boueuses, entre les palmiers à sucre, tout un peuple s’active : pêcheurs, potiers, orpailleurs, agriculteurs, éleveurs ou jeunes enfants qui barbotent. De ci, de là, des constructions de bois imputrescible se dressent sur leurs pilotis, une pirogue amarrée attend que son propriétaire endormi dans un hamac termine sa sieste, des buffles immobiles jouent aux hippopotames et trempent jusqu’au garrot.

On s’arrête au village de Ban Tien, visages joyeux, sabaï dii (bonjour), maisonnettes blondes de paille et de planches, nattes sur le sol de terre battu, canards et cochons en roue libre dans tous les coins. Il traîne par ici une odeur indéfinissable de riz, de bois carbonisé, d’urine, peut être l’odeur d’un rêve ; je prends des photos, caresse les mains qui se tendent. Les dents sont pourris mais je ne travaille pas pour les magazines de mode, ces sourires là valent de l’or et  ne sont pas à vendre.

Retour à Luang Prabang. A deux pas d’un temple du XVI eme siècle, aux bas-reliefs ourlés d’or abrités par une toiture à cinq pans d’une prodigieuse légèreté, une famille s’acharne à  ligoter les pattes d’un énorme cochon fou de terreur. Une fois maîtrisée, la bête est chargée sur un side-car bricolé à partir de fers à béton accouplé à une antique Honda et l’équipage monte à bord. Le cochon hurle, la moto s’éloigne en pétaradant dans la ville. Fin du spectacle, les acteurs sont partis mais le décor reste, dans le temple le bouddha d’or n’a même pas soulevé une paupière.
photojournalisme vietnam

Ventiane :

Ventiane se visite à bicyclette affirme mon guide touristique. A pied ou en vélo, qu’importe, pourvu que je ne me fasse pas remarquer, mon visa est périmé depuis trois semaines et on ne plaisante pas avec ce genre de laxisme dans ce pays où rappelons le, le pouvoir appartient aux ultra d’un parti communiste fondé sur le modèle soviétique. Même si on me jette en prison, le confort ne peut pas être pire que dans ce guest house où j’élis domicile : douche commune, cafard, futon douteux, pas de fenêtre et moustiques qui vrombissent comme des B52.

L’interrupteur est défaillant et je dors avec un néon qui clignote au-dessus de ma tête. Pour un pays au réseau électrique balbutiant, j’apprécie la performance.

Le lendemain, je passe la journée à régler mon problème de visa. Je dois payer une amende mais à force de discussion on finit par passer l’éponge. Je réussis même à confier des pellicules à un attaché d’ambassade ; elles rentreront par la valise diplomatique. Je croyais avoir de la chance mais en sortant de l’ambassade, j’ai beau chercher, on a piqué une roue à mon vélo. Me voici de nouveau piéton mais cette fois traînant une bicyclette amputée. Un tuk-tuk s’arrête bientôt en bourdonnant à ma hauteur. Il me ramène chez moi avec mon chargement et je négocie le prix de la course pendant tout le voyage.

Savanaketh,
photographie aventure
Je continue à descendre le Mékong… par la route, en car. La Nationale 13 longe le Mékong qui sert de frontière avec la Thaïlande. Le fleuve séparait il y a un peu plus d’un demi-siècle l’Indochine française du royaume de Siam sous influence anglaise, extrémité orientale de l’Empire des Indes. Depuis 1946 le Laos a retrouvé son indépendance et l’Angleterre a cessé sa tutelle.

Entre la route et le Mékong, on jardine. Neuf laotiens sur dix vivent de l’agriculture, économie de subsistance oblige. Les parcelles cultivées se succèdent, grouillantes ; chapeau conique sur la tête, outillage archaïque en main, courbés en avant, image intemporelle d’une population perpétuant les savoirs-faire ancestraux et ignorant la famine. Seul les seaux en plastique noir dont les laotiens font un usage immodéré témoignent d’un peu de modernité. Tout pousse ici, pas besoin d’engrais, la terre enrichie par les alluvions permet toutes les fantaisies végétales : melons, pastèques, courges et autres cucurbitacées étranges, mais aussi des tamariniers avec leurs fruits en gousses, des goyaves, des bananiers… il se pourrait bien qu’en plantant un sucre en morceau, on obtienne de la betterave.

Le car tombe en panne. Les passagers patientent au bord de la chaussée défoncée et je me régale de brochettes de maïs et de thé vert, assis sur une belle borne kilométrique rouge et blanche, comme chez nous. Le chauffeur et son assistant plongent sous le véhicule pour bricoler la boîte de vitesse et profitent de l’ombre pour y faire une sieste. Nous repartons goguenards quatre heures plus tard, les vitesses craquent, il en manque sûrement une ou deux mais ça roule. Comme la Nationale est en réfection, nous bifurquons sur un tronçon annexe de latérite et tout le monde se déguise en cow-boy, foulard sur les voies respiratoires pour respirer malgré la poussière rouge. Voyageurs d’Afrique et d’Asie : même combat.
photo
Paksé,

Ville agitée, tracée de grandes avenues rectilignes, certaines maisons ressemblent à des villas provençales, ocre des façades compris. On voit parfois passer des Simca hors d’âge, des Motobécanes. Je croise Monsieur Ky, 50 ans cette année et pas une ride, son visage est lisse comme un marbre. Il me fait visiter sa ville où des témoignages de la présence française abondent, à commencer par le nombre de bars. Chacun d’entre eux est l’occasion de trinquer autour d’un verre de lao-lao, un alcool dont le goût se situe à mi-chemin entre un médicament et de l’éther, Monsieur Ky me dit que c’est son secret de longévité, que ça fait rester jeune. Ca doit être vrai, ce soir là, je m’endors comme un bébé.

Comme Monsieur ky a une pirogue, le lendemain nous allons à la pêche, j’espérais pouvoir photographier des dauphins d’Irrawady, animaux rares et sacrés, en fait des dauphins d’eau douce mais ils faut descendre plus au sud, dans le district de Siphandone, là où le Mékong se partage en une multitude de bras et autant d’îlots. A défaut de dauphins, nous revenons avec dix gros poissons que nous dégustons aussitôt en buvant du Lao-lao. Je vais encore bien dormir.

Champasssak,

 

Site du vat Phou, la cité des dieux… J’ignore laquelle dans cet enchevêtrement de bas reliefs et de colonnes de grès fut la première pierre posée au IXe siècle mais à n’en pas douter elle devait être ciselée de motifs comme les autres. Il ne reste que des ruines de ce qui est une sorte de Vatican du Bouddhisme. On a peine à imaginer qu’il y eut de somptueuses joutes nautiques dans le grand bassin et que la Dynastie royale y posséda un pavillon d’agrément aux abords du sanctuaire qui s’élève encore à l’Est. Si le luxe un tantinet mégalomane a disparu, la spiritualité ne s’est pas dissoute dans les eaux de la source lustrale qui coule des flancs de la montagne sacrée. Les dieux Shiva, Vishnou ou Krishna dont la présence est sensible entre les pierres et les frangipaniers continuent à veiller sur les lieux.

Les laotiens sont dans leur grande majorité bouddhistes, ils préparent en ce moment le nouvel an lunaire, le Boun Vat Phou. Des pèlerins ont envahi le site et les cérémonies d’offrandes et de prières se succèdent dans les fumées d’encens tandis qu’à l’écart se déroule une sorte de foire du Trône. Stands de jeux, musique, manèges et restaurants en échoppe génèrent une ferveur qui s’apparente davantage à celle d’une fête foraine qu’à une assemblée charismatique. Un bonze sympathique (le contraire aurait été surprenant, les bonzes sont tous sympathiques) me raconte que la cité de Shrestrapura, au bord du Mékong à quelques kilomètres de Vat Phou est la plus ancienne création urbaine d’Asie du sud-est. Crée par les khmers au VIe siècle, elle est maintenant enfouie sous terre. Des archéologues affirment que certains en seraient partis pour aller fonder le lieu mythique d’Angkor, au Cambodge. Il paraît même qu’ une route existerait à travers la jungle, reliant les deux sites. Il pointe un doigt emprunt de religiosité entre eux colonnes affaissée : le chemin démarre ici. Je jette un coup d’œil à l’enchevêtrement de végétation parfaitement impraticable. Je préfère encore l’autocar.

Si Phan,

Derniers jours avant le Cambodge. Je retourne à la pêche (photographique) aux dauphins d’eau douce dans la région aux quatre mille îles. J’ai trouvé un guide, prof d’anglais dans le civil, promeneur de touristes à ses heures.

C’est ici que le fleuve prend ses aises et s’étale sur plus de dix kilomètres de large, je n’ai pas le temps de compter tous les îlots mais je fais confiance au Mékong. Quatre mille, il en est capable, il sait tout faire, c’est un caméléon liquide. Torrent de montagne à sa source perchée à près de cinq mille mètres aux confins du Tibet, il déboule chargé des neiges fondues de l’Himalaya, à travers la Chine. Ensuite, il lézarde (normal pour un reptile), se ballade, tantôt léthargique, tantôt rapide, il sait même chuter de très haut. Une fois par an, bien plus au Sud, il se charge des eaux de la mousson et repart dans l’autre sens, le courant s’inverse. Du jamais vu. Le Mékong est le meilleur copain des laotiens, ils y lavent leurs légumes, s’y baignent, y font leurs besoins. Lorsqu’ il s’agit de boire, on prélève son eau que l’on fait soigneusement bouillir (les amibes tuent encore, même avec les copains faut faire gaffe), avant de la servir dans un verre lavé… dans le fleuve.

Ca y’est, j’en ai vu un… Enfin, il m’a semblé apercevoir un aileron. Si ça se trouve c’était un requin, j’interroge mon pilote de pirogue : « shark ? ». Il se marre, me répond oui de la tête et accélère à fond pour contourner un sampan chargé d’un autocar à la limite de l’enfournement.

CAMBODGE

 

Mondokeri,

 

Vroum vroum, me voici motard. J’ai un casque, des lunettes et déjà une grosse brûlure sur le mollet gauche, celui qui reste coincé sous le pot d’échappement quand on tombe. Je rigole mais je ne devrais pas, ça peut s’infecter. Même si le Cambodge est LE pays où ont sait soigner les plaies. Et pour cause : vingt ans de guerres, de terreurs, d’abominations… à coup de B52, de napalm, de mines, de loi martiale, de déportation, de génocide, bref de tout ce qui tue. Trois millions le  de tués ou de disparus. Pas question de mettre un pied en dehors des pistes ou des chemins balisés tant il reste de mines antipersonnel dont il faudra bien finir par se débarrasser. Le problème c’est qu’une mine ne coûte rien à fabriquer et enfouir sous le sable comparé aux frais pour la rechercher et la rendre inoffensive.

Neuf heures de moto sur des pistes de latérite franchement défoncées, je ne me plains pas, je double des vélomoteurs hors d’âge encombrés de volumes de marchandises ahurissants : casseroles, bouteilles de gaz, sacs de riz, paniers et toujours ces fameux seaux en plastique noir. Le paysage est surprenant de verdure, en fait la jungle primitive, on croirait un gigantesque jardin. Un jardin avec des éléphants, je croise deux cornacs qui véhiculent chacun un stère de bois, je me range sur le côté, je coupe le moteur, on ne sait jamais, et si les éléphants n’aimaient pas les motos japonaises, après tout elle leur ont un peu piqué leur boulot de transporteur. Même casqué, je ne fais pas le poids. « Soua sadaï »…« bonjour », je parle déjà la langue, les cornacs sont enchantés de voir un barang (un français), les éléphants eux, m’ignorent. Tant mieux.

Pas grand chose à voir à Mondokeri, à part une version de Lara Croft en cambodgien sur une télévision dont le son est réglé au maximum pour couvrir celui du générateur d’électricité remisé derrière la cloison de bambou. Et puis je n’oublierai jamais cette partie de pétanque endiablée avec mes Hôtes, chacun cherchant à sauver l’honneur national. Il faut dire que la pétanque, depuis la présence française dans la région est un peu devenu le sport national. Un jour à Marseille, des australiens m’avaient même dit, « c’est curieux, les français du Sud  jouent à un jeu Cambodgien ».

La ville flottante,

 

Le plus grand bateau du monde en partance pour nulle part, à moitié Arche de Noé et à moitié Kon Tiki. Il fallait l’ingéniosité de l’Asie pour inventer pareille île flottante suspendue sur ce lac Tonlé Sap dont la particularité est de multiplier par trois son volume à la saison des pluies et de s’étaler en proportion. Ici, c’est le paradis des pêcheurs, le plus grand réservoir à poissons d’Asie au-dessus duquel vit (on devrait dire flotte) une population d’origine vietnamienne particulièrement joyeuse. Livré à l’inconsistance de l’eau, rien ne possède de place définitive et cette prédominance de l’horizontalité participe à l’interaction avec le milieu. De fait la géographie du village est en perpétuel mouvement et le moindre déplacement se fait en bateau, les enfants savent nager avant de savoir marcher et manier une pirogue avant d’apprendre à lire. Et pour cause, ils se rendent à l’école à la godille.

Sur le Mékong,

 

Les enfants du Mékong ont la peau couleur chocolat. Mi enfants, mi poissons, ils sont nés dans le fleuve… par le fleuve… pour le fleuve, je ne sais plus. Quand ils plongent comme les canards on voit la plante de leurs pieds, toute blanche… comme le lait. Le dessous de leur pied ne voit pas le soleil, alors forcément.

Ici, plus qu’ailleurs, l’eau c’est la vie. Elle vous nourrit et vous porte jusqu’à la mort, et ici, la vie se réincarne après la mort, alors sûrement qu’un jour ou l’autre on retournera jouer dans le fleuve, comme avant. Le cycle de la vie, le cycle de l’eau, tout recommence au début un jour ou l’autre. De la guerre naît la paix, de l’eau naît la vie, d’un visage naît le sourire… et réciproquement.

Angkor,

 

On ne peut pas envisager de visiter Angkor comme on visiterait Eurodysney. Le monde merveilleux de Mickey ne fait pas le poids face à la capitale de l’empire Khmers. Certes, on y rencontre des personnages avec des grandes oreilles, d’autres avec trois têtes ou bien des créations animalières peu ordinaires, mais chaque déesse sculptée, chaque motif de bas relief, dalle au sol, colonnade ou chapiteau sont ici empreint d’une telle charge émotive que l’envoûtement procuré n’a rien à voir avec la naïveté d’un univers de carton pâte.

Angkor a été créé voici plus de dix siècles, par le roi Yasovarman, premier du nom. Il avait repéré les deux éléments essentiels qui lui permettraient d’élever la capitale khmers, de l’eau pour la nourriture avec la proximité du Tonlé Sap, du bois pour les constructions avec la forêt qui couvrait les collines. Il y ajouta le grès et fit ériger un premier temple au sommet d’une butte : Phnom Bakhèng. Ses successeurs marquèrent tour à tour l’empreinte religieuse du site en rivalisant de prodiges architecturaux pour bâtir un à un les deux cents temples qui forment à ce jour une des plus belle splendeur du monde, inscrite au patrimoine de L’Unesco.

Angkor, cité lumière où on raconte que des fêtes d’une incroyable magnificence y furent données a été longtemps été cité engloutie. Enfouie sous la jungle, tapie sous la mousse, oubliée des hommes davantage occupés à de sanglantes luttes de pouvoir qu’à s’inspirer de la sagesse des Dieux qu’ils inventent. Les statues et les temples de grés ont bien faillit mourir. Les pluies de mousson, la végétation dantesque et les pillages ont laminé le site, les colonnes ont basculé, les racines ont soulevé les fondations, les lichens se sont accrochés aux pierres comme des sangsues, et les animaux de la jungle ont repris leurs droits. Il a fallu attendre le XIXeme siècle pour que les hommes réintègrent et redécouvrent le site. Un inventaire est entrepris et un gigantesque chantier archéologique est mis en route. Il faut relever ce qui peut l’être, remonter les ruines pierres par pierres, remettre Bouddha sur son socle, décramponner les stolons de lianes qui enlacent Shiva, récupérer des statues jetées dans des puits… Durant tout le XXeme siècle, des hommes braveront les difficultés, y compris les guerres et les pillages qui sont une de ses composantes, pour remettre à flot la grandeur d’Angkor Vat.

On prévoit que des millions de touristes viendront visiter Angkor dans les années à venir. Les avant-troupes sont déjà là, ils débarquent par autocar entier, caméscope au poing, casquette fluo sur le crâne, se répandent bruyamment, oubliant parfois qu’il ne sont pas dans un parc d’attraction mais au cœur d’un gigantesque lieu de culte. Plus tard, ils rejoindront, éprouvés, les chambres climatisées du Sofitel et ré embarqueront au plus vite pour la Thaïlande voisine davantage rodée à satisfaire leurs exigences de vacanciers. Ils garderont du Cambodge le souvenir d’une ville proprette (Siem Reap) et de ruines légendaires. Dommage.

A Angkor, alors qu’il faut quitter les lieux avant la nuit, les bonzes aux robes safran continuent à se glisser sans bruit entre les lingams (symboles de Shiva) et les têtes de Bouddha de deux mètres de haut. Ils n’ont pas vocation à remplir le rôle de gentils organisateurs, ils sont ici pour se recueillir.

Phnom Pen,

 

Je suis malade, je me suis réveillé en pleine nuit agité d’une fièvre très élevée. Ma chambre tourne autour de moi et je suffoque. Au petit matin, une main bienveillante me tamponne le front. On m’explique que l’on m’a retrouvé à poil dans l’escalier, délirant et brûlant de fièvre : paludisme. Ca dure depuis deux jours, j’ai sans arrêt la gorge sèche, je transpire sous le ventilateur et l’instant d’après je grelotte. Je suis malade et le Cambodge ne se porte pas très bien non plus.

On dit parfois ici que le bouddhisme est la cause de tous les maux, il aurait rendu les hommes veules et passifs. On dit que le si le Laotien écoute le riz pousser, le Vietnamien le travaille et que le Chinois le vend, le Cambodgien lui, le regarde. La puissance d’il y a mille ans s’est  assoupie au soleil. D’une civilisation combative et entreprenante, d’un royaume extrêmement vaste et unifié, il ne reste que des miettes ; des hectares de ruines, un pays amputé de ses provinces, une économie moribonde, un sol impraticable à cause des mines, des milliers de gens malades ou handicapés dont la plupart n’ont accès ni à l’électricité, ni à l’eau potable et encore moins aux soins les plus élémentaires. Autrefois, on faisait trois récoltes de riz dans l’année, ce qui nécessitait un réseau complexe d’irrigation. Aujourd’hui, une seule. Les Khmers rouges ont même réussit en leur temps l’exploit d’affamer la population. Le Cambodge reste un des pays les plus pauvres du monde : un tiers de sa population vit sous le seuil de pauvreté, corruption, privilèges, arbitraire et autoritarisme étatique empêche le décollement économique. Le développement du tourisme permet de faire entrer des devises étrangères mais le danger de vendre ce que la Thaïlande voisine a tant de mal à juguler est réel ; le porno-tourisme n’apportera que des misères et ne permettra pas d’offrir aux enfants un avenir décent. Il y a déjà 220 000 personnes atteintes du Sida sur un total de 11.5 millions d’habitants, et selon les organisations humanitaires, le fléau gagne du terrain chaque minute.

Le Cambodge a tant de belles choses à promouvoir, à commencer par l’irréductible sourire de ses habitants qu’il doit réussir le tournant de ce siècle qui s’ouvre.

Qu’importe la fièvre, il faut vivre. Je sors en ville : ça grouille, ça klaxonne, ça pédale, ça mange sur le trottoir, ça jacasse, ça rigole. J’ai du mal à croire que les Khmers rouges aient pu évacuer les deux millions et demi d’habitants de cette fourmilière en quelques heures ! C’était en 1975, l’année zéro de la renaissance khmère, c’est à dire hier. Polpot est mort et ses adjudants croupissent dans leurs cellules mais les traces d’impacts de munitions sont visibles sur tant de façades, il y a tant d’hommes mutilés aussi qui tendent la main… et tant d’enfants qui courent et qui jouent autour d’eux . Je me ressens encore les affres de la maladie mais je sais que la fièvre est en train de passer. Après tout, il suffit d’y croire.

 

 

 

VIETNAM

 

Hô Chi Minh-Ville,

Changement radical. Los Angeles à deux pas de la Mer de Chine. Il y a des indicateurs socio-économiques qui sont visibles de la rue, quelque chose me dit que cette ville est à l’aise dans ses baskets : les enseignes des magasins, la couleur des voitures et la façon dont on les gare, l’architecture des immeubles, la joyeuse cohue à la sauce japonaise, chapeau conique sur chemisette Lacoste (de contrefaçon) en sus. Même les cartons d’emballages qui traînent témoignent d’une ville qui n’a pas peur du progrès en marche, ici on fait dans le branché : téléphones cellulaires, produits informatiques, vidéo… une métropole qui consomme, pollue et fait du bruit. Une cité moderne quoi.

Autrefois, c’était un petit port de pêche, seul le bruit des voiles des jonques qui remontaient le Delta venait troubler la sieste à l’ombre des kapokiers. Et puis les français ont débarqué, aménagé le décor à leur goût pour laisser ensuite la place aux américains qui eux même « s’effacèrent » (doux euphémisme quand on sait qu’ils ont largué sur le pays quatre fois plus de bombes qu’en a nécessité la guerre 39-45) devant les forces communistes du Nord, étoile révolutionnaire sur la casquette, les Bo doï.

Saïgon pourtant née bien avant les théories marxistes est devenue « ville nouvelle ». En 1975 elle est rebaptisée du patronyme du vainqueur de Dien Bien Phu et père de la révolution. Nguyen Tat Thanh Ho Chi Minh, de son vrai nom, est quant à lui enterré à Hanoï, là haut dans le Nord pluvieux et bureaucrate. Et comme le Nord c’est…au Nord,  et qu’ici on est loin des diktats, on continue à appeler la ville par son nom d’avant, à sortir tard le soir dans les karaokés et jouer des coudes dans les embouteillages.  Je suis sûr que les saïgonnais parlent le Vietnamien avec l’accent marseillais.

Scooter Honda équipé d’un petit panier, chandail Bénetton et Levi’s, Kim a tout de la jeune fille bien née. C’est elle qui m’a branché dans un anglais impeccable sur un des innombrables marchés de la ville ou j’essayais de connaître le nom des fruits. Vu l’état de mes tongs et la propreté de mon short, je doute qu’elle ait été attirée par mes signes extérieur de richesse. D’ailleurs, elle n’a rien à voir avec ces filles qui se produisent le soir dans des bars en string numérotés et que l’on retrouve au bras d’un touriste fortuné (facile) dans les boutiques à la mode dès le lendemain.

Je lui offre un café, lui raconte ma descente du Mékong et elle me parle de sa famille expatriée en Californie (tiens, tiens) suite à la main mise des communistes sur le Sud. Plus tard, elle me donne rendez-vous dans la boîte de nuit d’un hôtel international. J’ai juste le temps de rentrer prendre une douche avant de la rejoindre. Kim, ça veut dire « Bijou» en vietnamien, elle me présente ses amis, tous issus de cette nouvelle jeunesse saïgonnaise, celle dont les parents se sont enrichis récemment dans des activités tournées vers l’international (l’économie de marché se débrouille très bien avec les exigences du socialisme). On fait rapidement connaissance, on discute, on rit, on boit et on termine la soirée en dansant sur les tables. Kim me raccompagne en scooter dans la nuit, je m’accroche à sa taille fine comme une tige de soja et aux stop, elle penche la tête en arrière pour me parler.

Plus tard, depuis le quinzième étage de mon hôtel, on a partagé un verre de jus de mangue en regardant les lumières de la ville qui s’étirent jusqu’aux sables du delta.

MI Tho,

Le Mékong n’aime pas l’eau salée, il n’a pas envie d’aller se baigner dans la Mer de Chine, alors il fait de la résistance, se sépare en neuf bras dans un delta de 40000 km2 comme autant de tentacules pour se raccrocher à la terre. Mais la terre ne veut plus de lui, elle se fait marécage, rizière, elle se fond dans l’eau, se dérobe en fusionnant avec lui. Le Mékong peut compter sur l’appui des hommes, ils construisent même des canaux pour le garder avec eux. Mais c’est la mer qui vient le chercher, elle remonte dans tout le delta à marée haute et plus haut encore pendant la mousson… Et finalement le fleuve finit par se rendre, par livrer ses flots limoneux à l’eau salée. Le pire n’est jamais décevant, il y a de très belles plages aux confins de l’Indochine.

 

 

Voir la Mangrove et mourir. Glisser silencieusement le long des palétuviers en guettant le serpent qui va sauter d’une racine dans la pirogue pour m’infliger sa morsure définitive. Connaître le Nirvana et libérer le cycle des réincarnations : mourir pour continuer à vivre. L’Asie m’a prise dans sa nasse, de la haine naît l’amour et tant pis pour l’apocalypse, il faudra repasser. La guerre n’est pas le propre de l’homme et la nature a finalement horreur des bombes.

Mon périple sur le Mékong m’a fait perdre quelques kilos mais ce n’est rien en regard de tout ce qu’il m’a apporté. Maintenant je sais ce que vaut la vie, ce qu’est la mort.

On ne fait pas plus taire un cœur qui bat qu’on ne peut stopper l’eau du Mékong. C’est sans espoir, elle finirait par déborder sur les côtés, enjamber le parapet. A l’instar des combattants Vietcong, elle est susceptible de passer sous la terre, dans des galeries, vaille que vaille. La vie n’a jamais cessé ici parce que sa source est intarissable, elle est  liée à la cosmogonie du monde et se déversera sans fin, limpide, forte et joyeuse comme un enfant qui joue sans se soucier du lendemain.

Texte de Herve Giraud

APPROCHE TECNIQUE PHOTOGRAPHIQUE

photographie pack-shot
TECHNIQUE PHOTOGRAPHIQUE ARGENTIQUE ET NUMERIQUE
Quelque fondamentaux essentiel participe à la construction d’une photographie. Pour en comprendre les fondations nous devons les décomposer.
La forme procède de l’origine, 1-la tonalité et la couleur ce combinent ensuite avec 2-le rythme,3- la texture et finalement 4- le volume. Tous les domaines photographique font appel à l’une ou plusieurs de ces composantes…Amplifier ou accentuer avec tel ou tel technique découle de choix et d’orientation artistique afin d’apporter une vrai personnalité aux œuvres composé.
Mélangé la tonalité, la couleur et la forme permet de traduire le volume qui engendrer le réalisme que les 2 dimensions d’un papier photographique doivent reproduire.
La tonalité et la couleur engendrent une lecture spontané puisque nous y sommes naturellement disposé.
Le noir et blanc appellent une approche plus restrictive en s’approchant de l’abstrait et demande une attention particulière sur l’expression et la composition des éléments principaux. Beaucoup de photographe revendique cette tendance comme » artistique « , comme une pratique complexe permettant de souligner ce que la couleur « voile ».
Personnellement j’aime ces 2 pratiques pour des utilisations différentes et des possibilité infini.
1-la couleur
Couleur et tonalité sont intiment rattaché l’une à l’autre, elles sont associé et donnent la substance en lui ajoutant une note émotionnelle la couleur nous informes sur l’environnement et apporte l’ambiance, l’atmosphère.Chacun d’entre nous l’associe en fonction de son « expérience », et bien souvent par association. Les couleurs exacte n’existent pas.La couleur, la lumière, est variable celons sa source et son intensité…La part de sensibilité mise dans nos photographies ne peut s’exprimer qu’en s’éloignant du strict consensus technique et rationnel.Il y a bien évidement les dominantes, les nuances mais l’essentiel est dans l’harmonie et la force de contraste et d’association équilibré.

2-Le rythme
Il à un impacte essentiel pour bien des domaines photographique. Pour la photographie d’architecture il étoffe l’impacte picturale et agence les composante de l’image en lui donnant force et dynamisme. L’unité et la répétition graphique rompt la monotonie et nous dispose à aller chercher plus loin dans la photographie. Un photographe , comme un peintre, dispose d’une palette extraordinaire d’angle, d’approche qui, associé ajoute à la « valeur » illustrative ou informative d’une photographie. L’objet reste l’interprétation , la communication qui émeut et stimule pour mieux la partager!
3-La texture
Souvent « descriptive », elle est présente dans 99% des « bonnes » photographie. Elle ajoute « de la main », du tactile aux autre élément formes, couleur etc…Elle décrit les surfaces et complète nos sens pour nous informer tacitement de la matière.Elle fait appel à notre « expérience « tactile.
Cela engendre de la profondeur et demande une parfaite maitrise de la lumière(orientation source Incidence=Réflexion)et apporte un relief variable, nous dévoilant la nature physique des éléments.
4-Le volume
Elle caractérise et décrit la photographie. C’est un des élément qui me passionne, il donne vie aux image.Apporte à toute les tendances et use de toute les technique.
Le volume, le modelage s’appuie sur l’imagination et la conception même de notre environnement.
Le volume touche les limites du média photographique!

Le traitement de vos reportages photographique
1 heures de reportages photographique nécessite entre 3 et 4 heures de traitement numérique.
Il représente une étape incontournable et permet une réel interprétation artistique. Il ne s’agit pas de « bricoler » la réalité mais bien de la magnifié en apportant tous les éléments technique et artistique précédemment évoqué. L’intention, l’interprétation, libèrent la photographie, repoussant encore d’avantage les marges de créativité.
Le traitement numérique de votre reportage peut ce comparer à ce que les professionnel pratiquaient encore il y a 10 ans, le développement chimique d’un procédé argentique devenue marginal.
Les procédés ont gagné en efficacité et permettent des optimisations inimaginable il y a peu de temps. Une photographie ne peut être techniquement parfaite, notre œil ne l’étant pas! Seul l’instantané est juste ou non, le reste n’est que support à cette portion temporel et avant tout humaine.
La retouche ne permet pas de transformer une mauvaise photo en œuvre d’art. En photoreportage elle ce limite à dépasser les contrainte environnement (lumière,couleur, bruit optique)et technique.
L’essentiel réside toujours dans la prise de vue et l’instant T….La fraction de seconde qui porte l’émotion et l’intensité. Les cout de productions ont été réduit mais nécessitent toujours des investissement considérable. Aussi, les professionnel du mariage qui proposent des tarifs ultra compétitif vont devoir rogner sur cette parti invisible « poste-production »très gourmande en temps et en investissement!
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SYNOPSIS REPORTAGE PHOTOGRAPHIQUE ASIE DU SUD EST

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SYNOPSIS REPORTAGE PHOTOGRAPHIQUE AU FIL DU MEKONG

Durant de longue années j’ai eus le privilège d’illustrer par mes reportages photographique pour une collections de carnet de voyage encore aujourd’hui disponible dans toute les « bonnes librairie »
Une aventure humaine rendue possible grâce au travail talentueux de l’équipe de PEMF, à notre acharnement éditorial qui était bien loin des grandes tendances de notre époque! Loin de l’actualité souvent très sommaire, notre aventure humaine était à des années lumières d’un esthétisme superficiel et stérile. L’objet de nos propos n’était pas photographique ou ethnographique, nous racontions simplement le quotidiens de ces hommes, de leurs existence souvent toute simple mais tellement extraordinaire. Je tache de rendre hommage à leurs gentillesse, à leurs richesse.

Suivre le fil d’un fleuve, c’est voyager en pays d’émotions, s’abandonner à une quête amoureuse et fiévreuse, tisser des liens avec le cœur, la source vitale d’une région, c’est également adopter du temps qui passe. Le Mékong, long de 4880 kilomètres , naît au Tibet 5000 mètres d’altitude. Un reportages photographique le long d’un Torrent impétueux, une aventure qui nous précipites avec fracas à travers les gorges sauvage du Yunnan en Chine, serpente le long des provinces laotiennes où il apporte fraicheur et prospérité. Des photographie à la frontière du Laos et du Cambodge, un reportage photographique qui tourbillonne entre les chutes et rapides une dernière fois avant de s’écouler enfin tranquillement à travers le Cambodge et le sud du Vietnam; là il ce divise comme 9 doigts, neuf draguons de fécondité, avant d’être avalé par l’émeraude de la mer de chine méridionale.Un type de photojournalisme qui vous propose une palette de couleurs dans un décor de légende, à la teinte dorée du limon, hérissé de pirogues à fond plat, le Mékong sillonne les terres rouges des plateaux , les terres noire de la jungle, les terres jaunes des rizières, offrant ses oranges féeriques du soleil levant. Lourd de son parfum exotique et sauvage, bercé par les prières des bonzes safran, le cri des singes ou des éléphants, le clapotement des poissons mais aussi par son bruissant et merveilleux silence…Le Mékong enchâsse de ses rive les maison sur pilotis, caresse les escaliers qui gravissent ses berges, love dans ses méandres paresseux les hauts reliefs de temples merveilles.

Françoise Gilles-directrice général et amis de toujours
photographie reportage Laos

reportage journalisme

REPORTAGE ARCHITECTURE-PHOTOGRAPHIE ARCHITECTURE

Photographie d’architecture
C’est un de mes domaine de prédilection, un domaine aux applications spécifique. La majorité des constructions ont une fonction, une utilisation..Que ce soit habitation, professionnel , religieux, la construction raconte une histoire, témoigne d’un style, d’un environnement particulier.
Le photographe d’architecture examine, scrute, très attentivement, s’attache à étudier tous les angles, à approcher d’une vrai interprétation photographique et artistique.
C’est une discipline qui demande de trouver « l’harmonie », le cadrage, retranscrivant une atmosphère que désirait le concepteur, l’architecte!Une approche photographique très variable d’un bâtiment à un autre! le reportage photographique demande une maitrise technique évidement crucial puisqu’elle implique l’utilisation de chambre(ou au minimum d’objectif à décentrement), très complexe à manœuvrer et n’autorisant aucune marge d’erreur!
Le style et l’esprit, l’élégance, la fonctionnalité, toujours en adéquation avec le maitre, l’architecte.
Ma photographie devance l’apparence et procède au delà des conventions d’un milieu particulier. Ma démarche commercial est très limité puisque mon réseaux relationnel découle de l’édition ou je suis photojournaliste depuis 20 ans.
Mes clients viennent à moi pour un travail différent de celui des spécialiste de l’architecture, des réseaux traditionnel « industriel ». Parfois à contre courant s’il le faut.
Catalogue, campagne promotionel, affichage, mes reportages photographique sont apprécié dans plusieurs domaines d’application.
La photographiephotographie reflet capte sans jargon académique trop souvent usité, qui parfois la rendent ennuyeuse! Le regard porté sur la création est un travail de mémoire « urbanistique », une portion humaine avant tout dans laquelle l’œil ce noie avec délectation.

photographie graphique

MISSION HUMANITAIRE

Un photographe de terrainphotographie touaregue
livre sahara

Le 4X4 du Sultan déboule sur une piste nigérienne. Tout droit dans l’enfer depuis que l’on a quitté la route d’Agadez pour rejoindre Tchin Tabaradene, village en plein désert à proximité duquel se trouve un campement de Touaregs nomades. Un bon 140 km/h avec les Warning qui clignotent, la Toyota officielle déboule dans une pierraille rougissante sous un soleil à faire fusionner l’acier. Pleins phares en plein jour dans un paysage de feu et de poussière et une cassette de Lara Fabian à fond dans l’habitacle. Nous sommes à la mi-Août, pas d’air, pas d’eau, sensation de sécheresse et d’étouffement absolu significative des déserts les plus chauds du globe.
Dans la voiture, il n’y a plus de sons, plus de secousses, seulement des chocs qui assaillent et martèlent les os et les tympans. Le vacarme d’un engin fou qui se précipite à travers l’espace-temps figé de l’Afrique. Sur le pare-brise, un macaron précise l’identité du propriétaire du véhicule : Sa Majesté Elhadji Aboubacar Oumarou Sanda, Sultan du Damagaram, Zinder. Aux commandes, Moussa le jeune frère du Sultan. Il a accepté de faire le détour par ce coin perdu du désert et me déposer avant de descendre plein sud vers le sultanat sur lequel sa famille règne depuis des lustres. La voiture, klaxon bloqué, s’engouffre dans les très rares villages, passe près des campements d’éleveurs itinérants, double tout ce qui bouge et laisse longtemps après son passage, un impénétrable nuage de poussière, figé dans l’air, soutenu par les 40 degrés Celsius de la torpeur ambiante.
Ce qui me vaut ces deux cents kilomètres de piste des conditions de survie bien au-delà de ce que représentent nos routes meurtrières d’Europe, c’est la mission dont j’ai été chargé par l’Unicef. Je dois constituer une documentation photographique qui rende compte de la coopération de l’organisation avec les chefferies nomades traditionnelles (Peulhs, Toubous, Touaregs…). Je vais couvrir la « cure salée », vaste transhumance hivernale des éleveurs de toute la région sud saharienne vers les salines du Nord. Les quelques millimètres d’eau qu’enregistre le Niger en un an tombe à cette saison, une végétation recouvre alors spontanément de grandes étendues sableuses et assurera aux animaux une recharge minérale que l’on espère suffisante pour leur permettre de survivre au cycle inexorable de la saison sèche. Prochaines pluies dans neuf ou dix mois. Aux environs de Ingall, ce sera aussi l’occasion de marier bêtes et hommes, de faire du commerce, des fêtes et des palabres, de parler du conflit tout juste terminé, on s’inquiètera de l’insistance des gouvernements successifs à tenter de disloquer une unité touarègue mise à mal par un monde qu’ils ne comprennent plus. On parlera de tout, de rien, de l’Islam, des bêtes, de la sécheresse de l’année dernière, de celle terriblement meurtrière de 1994. Il y aura des ethnies venues de loin : Mali, Algérie…Libye, Burkina, tous nomades bien sûr, pour qui les notions de territoires, de limites géographiques imposées depuis la décolonisation n’ont jamais eu vraiment de sens. Ces peuples vont et viennent depuis des millénaires, chevauchant les dunes et les chameaux, libres et pauvres, endurcis par les famines, toujours en quête d’un fragile équilibre entre leur survie et l’hostilité du climat ou des hommes.
photographie desert
On raconte que le désert est le jardin d’Allah ; pour disposer d’un lieu où il puisse cheminer en paix, toute forme superflue de vie a été enlevée. De fait, les bergers concentrent leurs efforts à des activités élémentaires de survie, vivant plus que sobrement, paisiblement, se déplaçant avec leur camp et leur famille pour permettre à leurs troupeaux de s’alimenter aux rares pâturages.
Après tout, le désert n’est qu’une grande plage de sable fin, on peut y poser sa serviette n’importe où, on ne risque pas de se fâcher avec son voisin, attention cependant, on y crève pas seulement de chaud, on y crève tout court et la mer est à 700 kilomètres. Lorsque je m’étonnai un jour de l’importance démesurée d’un troupeau appartenant à une seule famille, on me répondit qu’un tiers des bêtes seraient mortes d’épuisement avant les pluies. En toute logique, c’est un peu comme si l’éleveur avait eu l’idée d’ajouter le manque à gagner dans les statistiques de départ. Pas étonnant que les arabes nous aient appris à compter.

L’ Unicef, présente sur place, mènera de front plusieurs activités : soins aux populations nomades, vaccination des hommes, campagne d’informations sanitaires. Evidemment, il y aura de nombreux médecins sur place, des glacières bourrées de seringues et de l’eau à peu près potable, on expliquera qu’il faut enterrer profondément les préservatifs usagers dans le sable plutôt que de les réutiliser (le sida toucherait officieusement 15 pour cent de la population mais personne n’en a jamais entendu parler). Des télévisions étrangères feront le déplacement et quelques poignées de touristes aussi. Ce sera aussi pour le nouveau gouvernement « démocratique » l’occasion d’assurer sa propagande, on envisage une cérémonie colossale, « la flamme de la paix », durant laquelle les armes saisies durant et après le conflit seront brûlées.
photographie portrait
En attendant, plus on roule vite, moins on voyage longtemps, me lance Moussa hilare avant de reprendre en cœur sa chanson préférée de la cassette et de doubler en zigzagant sans complexe au sommet d’une côte. Mes intestins déjà fragilisés par la nourriture locale sont à l’agonie, mes oreilles aussi.
On a envie de rire, il y a pourtant de quoi pleurer. La sécheresse de L’Afrique refoule les larmes avant qu’elles ne débordent, histoire de ne pas gaspiller l’eau peut être. Les indicateurs socio-sanitaires font du Niger un champion dans sa catégorie, celle des pays les plus misérables du monde : mortalité enfantine 374 pour 1000 (1 enfant sur 3 fête ses 5 ans), sida, rougeole, polio, famines, fistules, mariages précoces, in-alphabétisme (l’espérance de vie n’atteint pas 47 ans), sans oublier cette guerre fratricide terminée il y a à peine deux ans, et puis les sauterelles, profiteuses de misère, toujours prêtes à ravager la vie alors même qu’elle agonise. On peut exclure pour l’instant la montée d’un Islam plutôt intégriste,
Depuis deux mois au Niger, j’ai perdu toute notion du confort. Bien sûr, il y a des hôtels climatisés et des voitures qui permettent de voyager à peu près correctement, on peut aussi trouver des piscines et des boissons fraîches, mais mon approche est différente, j’ai décidé de m’imbiber des hommes qui vivent ici pour mieux les approcher. De sorte, j’ai fini par ressembler à une sorte de vagabond, le S.D.F des sables, la survie de mon matériel photo me demande plus d’effort que ma propre santé. Je fais de l’auto-stop, je dors parfois dehors, parfois sous une tente de peau, il m’arrive de fréquenter des pensions minables comme d’être invité dans des palaces. En échange, mon aspect me permet un contact bien plus facile, il arrive même que des nigériens démunis de tout s’inquiètent de mon état, les touaregs m’offrent gîte et couvert.

J’abandonne avec soulagement le 4×4 de Moussa et je rejoins le site du campement en compagnie d’un chamelier moins porté sur le top 50. Pour ma prochaine étape vers Niamey je me contenterai du taxi brousse, question ambiance à bord, à dix-sept dans une 504 pourrie, ça ne devrait pas être mal non plus. Le reste du trajet s’effectue à un rythme davantage conforme à l’idée que l’on se fait du désert, bercé d’avant en arrière par les ondulations caractéristiques du ruminant préféré des voyageurs peu pressé ; le chameau. J’apprends à l’occasion d’une tempête de sable que les narines de cet animal se ferment. Au moins, pendant ce temps là, on ne l’entend pas blatérer. Quand à moi, j’entortille ma tête dans un chèche de quatre mètres, et pour finir, loin d’obtenir l’élégance racée d’un voyageur des sables, le regard perçant sur l’horizon sans fin, je reste planqué derrière une dune les yeux clos en attendant que ça se passe.

Je suis accueilli dans le camp touareg par Ibrahim, le chef, un homme bleu : ainsi nommé à cause de la teinture des vêtements qui déteint sur la peau. Ici, on pratique un Islam proche des plus anciennes traditions, ce sont les hommes qui se voilent, Ibrahim porte donc le chèche en permanence. Il m’invite sous une des cinq tentes pour m’offrir selon la coutume un bol de lait de chèvre. En l’espace de quelques minutes, l’armathan se lève, les nuages rouges voilent le soleil et apportent fraîcheur relative et poussière. La pluie enfin, brève et apaisante, inespérée et puis deux heures plus tard, l’évaporation… étouffante, collante, avec toutes les odeurs qui surgissent. Je reste bouche ouverte, la sueur coule dans mes yeux, l’air est absent, les vêtements sont plaqués sur la peau par la sueur. Toujours assis sous l’épaisse tente de peau, nous buvons maintenant du thé très sucré, brûlant. J’écoute le long monologue d’Ibrahim à propos du puit qu’il vient de quitter et auprès duquel il se sédentarise entre deux transhumances à la cure salée. Le forage plonge à 140 mètres, il n’y a pas de pompe et l’eau sale est remontée à la main dans des outres de peau. L’absence de margelle pose problème car toutes sortes de ruissellements rendent l’eau insalubre, l’empoisonnement guette. Ibrahim sait très bien qu’il ne faudrait pas la boire. Discrètement, abruti de fatigue et de chaleur, je glisse une pastille aseptisante dans mon bol, l’eau vire au rouge, fait des bulles, Ibrahim, perplexe tout comme moi, se penche vers mon récipient, nos regards se croisent et nous éclatons de rire.
Dehors, les chameaux paissent quelques touffes d’une verdure minable. Le gros du troupeau est plus loin, au puit, surveillé par les enfants, nombreux eux aussi, comme si la règle du tiers manquant s’appliquait à leur cas. Le camp n’est jamais installé à proximité d’un point d’eau car les bêlements des chèvres perturberait la tranquillité des hommes. Mon hôte évoque le crime commis ici il y a dix ans, point de départ d’une guerre civile qui dura huit ans entre le gouvernement nigérien et les touaregs. Sous le Prétexte d’un incident entre un groupe de jeunes touaregs et les gardiens d’une prison, l’armée envoya une escouade à Tchin-Tabaradene qui saccagea les campements et assassina enfants, femmes et vieillards. D’après Ibrahim, une opération de nettoyage ethnique a été tentée pendant ces huit années par les autorités politiques sud-saharienne (Mali et Niger) soucieuses de contrôler ou de faire disparaître à son profit le commerce caravanier et la culture pastorale. Dans le camp opposé, on reproche aux touaregs d’avoir été très vindicatifs tout au long du conflit et d’avoir sacrifié de nombreux innocents sans aucun complexe.
Aujourd’hui, il semblerait que le discours dominant s’oriente vers une tentative de consolidation de la paix récemment acquise, politique extérieure oblige si le pays veut continuer à percevoir des aides de pays industrialisés. Lorsque je demande à mon hôte s’il se rendra, le mois prochain, à la cérémonie d’incinération des armes : pour tout réponse, il me ressert un thé, puis plante son regard vers l’entrée de la tente, ouverte sur le ciel zébré des reflets desséchés du désert. Il n’en dira pas plus.

Je passe neuf jours parmi les bergers touaregs. J’essaye de mon mieux de participer à la vie du camp, dresser des tentes, regrouper les bêtes, tirer de l’eau, faire chauffer le thé à la manière locale : un feu de brindille vite enfouie dans une cavité creusée sous les cendres et on pose la gamelle dessus. Je me bats contre les moustiques, les anophèles ,vecteurs de la malaria, j’apprend à vérifier s’il n’y a pas de scorpion dans mes chaussures avant de les enfiler. Pas de serpent qui traîne. Ces traces parallèles d’une quarantaine de centimètres qui progressent sur l’arête d’une dune et que je poursuis naïvement, ce sont les empreintes du déplacement d’un crotale, on me fait signe d’être prudent, la vie est trop fragile par ici et s’exposer avec pour seul motif la curiosité est un luxe banni.
Dans le désert, une heure d’effort réclame deux heures de sieste. Le simple geste de piler le mil réclame une énergie et une résistance hors du commun. Certains disent les africains paresseux ; ici l’européen confronté à la vérité du climat est inactif ou ne survivrait pas un an. Un matin sur deux, à cinq heures, avant que la chaleur ne soit insoutenable, nous plions le camp. Toute la journée, ils chevauchent les bêtes : je suis en permanence dans un état de semi conscience tant la chaleur est forte. Les paysages splendides que nous traversons ne varient guère : du sable et des rochers sombres, riches en manganèse. Les minerais qui affleurent après la pluie s’oxydent en surface et donnent parfois des couleurs étranges. Les sous-sol du Niger assurent au pays un substantiel revenu, pour combien de temps encore ? Le quatrième jour, nous traversons la « route de l’uranium » qui coupe tout le pays du Nord au Sud-Ouest. D’énormes camions nous contournent sans même lever le pied, juste un vague salut à travers le pare brise chargé de poussière.

Je quitte la caravane vers In-Ouagar au niveau du seizième parallèle. Nous prenons rendez vous pour la fin du mois, à Ingall, je ferai passer un message de salutation par la radio. D’ici là, je dois rejoindre l’équipe de l’Unicef et celle d’Antenne 2 qui vient faire un reportage sur la cure salée.

Dans le taxi-brousse qui m’emmène péniblement à Niamey, je tente de m’expliquer les motivations qui poussent ces tribus à voyager pendant de longues semaines pour rejoindre Ingall.. Cette année, il n’a pas beaucoup plu, les pâturages seront rares. Il est un fait établi que le Sahel est surpeuplé et n’offre pas la nourriture suffisante à ceux qui l’arpentent, la survie est peut être plus au sud, dans les états voisins du Burkina, du Nigéria, où subsistent des territoires inoccupés, mais il faudrait pour cela d’autres frontières, d’autres volontés politiques… Bref, l’impossible.

 

Le convoi de l’Unicef pour la cure salée est d’un tout autre gabarit que la caravane que j’ai accompagné : quelques tonnes de matériel chargées sur un camion et quatre véhicules tout terrain. Un contraste technologique comparé à l’équipement ancestral des nomades qui affluent déjà sur le site depuis plusieurs semaines.
Aujourd’hui, dans le désert, la généralisation d’appareils de TSF au sein des tribus a permis de substituer certaines réalités à la parole des marabouts. La venue de cette nouvelle source d’information, si elle n’a pas radicalement changé les habitudes et les croyances, a permis au moins d’éloigner des rumeurs parfois mensongères. C’est par le biais de la radio diffusion que se fait toute la communication relative à l’activité de l’Unicef auprès des « curistes » ; les touaregs sont informés des points de journées de vaccination ainsi que de leurs bienfaits entre deux programmes musicaux.
Le convoi, parti de Niamey, fait halte auprès de tribus disséminés sur les herbages de la cure salée. Chaque jour, une nouvelle étape, à chaque fois nous sommes accueillis par une tribu. Le premier travail est de bien négocier l’indemnité qui sera versée pour notre «hébergement », ensuite, nous recueillons les doléances des chefs de manière très formelle : prises de notes, acquiescements de circonstance et puis avant de repartir, un carton installé sous un acacia pour s’asseoir et tous les enfants viennent se ranger pour la vaccination, je constate que les pleurs et l’angoisse qui se lisent sur les visages avant une piqûre sont communs à toutes les latitudes. Parfois, nous assistons à des fantasias improvisées mais, là encore, on nous présente la facture, l’authenticité de la prestation devient discutable, l’ensemble n’en reste pas moins très photogénique et l’équipe de tournage de A2 qui nous accompagne est aux avant-postes.

Nous voici à In Ouaguer, certains d’entre nous ont abandonné leurs tentes de type européennes pour des installations plus sommaires : nattes posées à même le sol et moustiquaires. la chaleur est accablante. A six heures du matin nous sommes réveillés par le vacarme ahurissant d’un cheptel cosmopolite, vaches, moutons, ânes et dromadaires nous offrent une polyphonie improvisée. Sans doute la présence d’une végétation à peine plus fournie stimule – t’elle leurs organes vocaux. Trois soirs de suite nous sommes assaillis par une tempête de sable qui nous oblige à tout replier en catastrophe, le matériel souffre beaucoup.. Il faut trouver de l’eau aussi, nous en consommons chacun jusqu’à quatorze litres par jour, dont un seul litre pour la toilette !
Les émissions de radio se succèdent depuis l’émetteur de Tahoua et lorsque nous suspendons un haut-parleur à une branche d’arbre, une foule curieuse vient s’asseoir à proximité. Certains apportent même leur propre transistor, souvent de vieux Sonolor des années 60, pour vérifier que le programme est identique.

L’étape suivante nous conduit auprès d’un groupe d’arabes très islamisé. Le président de l’Unicef nous a rejoint et entreprend une longue discussion avec l’Imam : scolarisation des filles, mariages précoces, fistules, excision, M.S.T. il y a de quoi faire. Pendant ce temps, boîtier photographique en main, je cherche les femmes absentes du campement. Lorsque je les trouve, cachées sous une grande tente entourée de nattes, on m’interdit l’entrée. Je réussis une photo avec des réglages hasardeux en confiant l’appareil à une fille de notre équipe. Plus loin, une famille nous présente un jeune garçon d’environ quatre ans, le père indique au médecin que l’enfant est en retard pour marcher, le diagnostic est brutal et immédiat : poliomyélite avec séquelles irréversibles. Le père s’alarme, il nous affirme que l’enfant a été vacciné il y a deux ans. Le médecin acquiesce : c’est possible, une chaîne du froid rompue, ne serait-ce qu’une demi-heure, le temps de filtrer l’essence qui servira à faire redémarrer un container frigorifique et les vaccins sont rendus inactifs. L’enfant repart, comme il est venu, dans les bras de son père, il ne marchera jamais. Nous restons silencieux, songeurs… gênés.
Et puis d’autres enfants nous sont présentés, plaies, pustules, furoncles, malnutrition, malaria, sida, tares en tout genre. Les médecins sont débordés, parfois impuissants, souvent pessimistes.
Le soir, émission de radio en direct, une foule bruyante se presse autour de nous lorsqu’un projecteur allumé par l’équipe télé fait affluer un nuage aveuglant de sauterelles et d’insectes.

A la fin du mois de septembre, la campagne d’information et de vaccination s’achève. Nous sommes tous épuisés. Les nerfs sont à vif, les organismes, mis à mal par la chaleur infernale, l’alimentation, hydraté par une eau souvent douteuse, nous jouent des tours. Il est temps de prendre quelques traitements et de dresser un bilan. Beaucoup de nomades, sachant la couverture végétale trop faible, ne sont pas venus. En attendant la prochaine période de pluie, dans un an, chaque journée passée sera pour les animaux comme pour les hommes une victoire sur la sécheresse et la misère. Confrontés à la difficulté de survivre dans un environnement hostile, s’ajoutent pour les éleveurs touarègues ou peuhl les aléas du « progrès » : pollution, maladies, exclusion, pauvreté. L’avènement d’un monde moderne sonne inexorablement le déclin d’un peuple qui vit comme en des temps immémoriaux.

Assez de bavardages.

En quittant mon hôtel minable pour l’aéroport, quelques enfants se précipitent vers moi, spontanément ils s’accrochent et marchent au rythme du voyageur pressé que je suis redevenu ce matin.. Dans ce pays à l’avenir si précaire, ils sont partout, confiants et insistants, difficile de faire un pas sans être suivi par des groupes d’enfants intéressés. Ce sont mes petits frères ; je suis blanc, ils sont noirs mais on a le même sang. Je flatte leurs crânes rasés, leurs épaules maigres, je serre leurs longs doigts crasseux et j’ai un peu la gorge serrée. On appartient à cette même famille qui se partage la terre. Enfin, qui devrait.
Quand ils me demandent où je vais, je frappe la sacoche où sont rangés mes appareils et je réponds : Pas loin, quatre heures de vol. Je vais montrer les photos de vous à vos cousins qui vivent là bas, dans un pays où la pluie rend les gens maussades.
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